Flash Dalit n°5 – novembre 2008

Flash Dalit n5- Novembre 2008 (version PDF)
Flash Dalit
Magazine électronique sur les droits humains des dalits en Asie du Sud
Edit. resp. : B. de Guchteneere, 125 av. de Broqueville, 1200 BruxellesNuméro 5 – Novembre 2008
Une initiative du réseau « SOLIDARITE DALITS BELGIQUE »
Adresse de contact : flashdalit@scarlet.be – Flash dalit se trouve également sur le site www.entraide.be

Editorial

Chère lectrice, cher lecteur,

Au cours du second semestre de cette année 2008, les nouvelles provenant d’Inde revêtent souvent un caractère inquiétant. La presse internationale évoque un regain d’intolérance religieuse et une recrudescence de la violence dans plusieurs Etats tels l’Assam, Goa, l’Orissa, le Karnataka, le Madhya Pradesh, le Kerala, etc. Or il se fait que ces violences concernent très souvent des dalits. Pour nous limiter à quelques articles récents, citons les suivants :

(1) un article, paru dans l’International Herald Tribune (IHT) du 23 octobre 2008 et signé par Samini Sengupta, rappelle que le plus grand peintre indien, Maqbool Fida Hussain, vit actuellement en exil volontaire à Dubai. Au cas où il rentrerait chez lui, à Mumbai, il craint de devenir une cible facile pour un groupe de nationalistes hindous qui n’ont pas hésité à mettre sa tête à prix, pour une somme de 11 millions de dollars américains;
(2) une lettre d’Inde, parue dans l’IHT du 24 octobre 2008 sous la signature d’Anand Giridharadas, est très explicite. On peut y lire ces passages : “De Mumbai au Bengale en passant par les plaines du centre de l’Inde, on reconnaît à la violence un nouveau statut privilégié. (…) Les insurgés maoïstes brûlent tout sur leur passage à travers le centre de l’Inde, gagnant ainsi le contrôle de vastes zones défavorisées.(…) Pendant ce temps, des extrémistes musulmans font exploser des marchés, des extrémistes hindous massacrent des chrétiens tandis que les hommes politiques se réunissent en commissions.”
(3) enfin, l’article de première page du National Catholic Reporter (USA) daté du 28 octobre 2008 et signé par le rédacteur en chef de cet hebdomadaire s’ouvre par ces mots : “Des attaques d’extrémistes hindous dirigées contre des chrétiens en Inde durent déjà depuis trois mois malgré les appels adressés aux autorités indiennes pour qu’elles mettent fin à cette violence.”

De fait, l’Etat d’Orissa, tout particulièrement, a été à plusieurs reprises à la une de l’actualité. Chaque fois, il s’agissait du déferlement d’une vague de violences contre la minorité chrétienne locale, essentiellement constituée de dalits. Dans ce cinquième numéro du magazine électronique, nous voudrions dès lors analyser cette situation. De passage à Bruxelles, Mgr Sarat Chandra Nayak, évêque de Berhampur (district adjacent à celui de Kandhamal) et dalit lui-même, nous a fait part de sa propre analyse qui est à la base de ce numéro.
L’équipe de Flash dalit

ORISSA – LA CHASSE AUX CHRETIENS

En moins d’un an, le district de Kandhamal (Etat d’Orissa, au sud de Kolkata) a été le théâtre de violences extrêmes dont les victimes sont essentiellement des chrétiens de la région. Assassinats, pillages et destructions de leurs maisons, viols et humiliations de religieux et religieuses, reconversions forcées à l’hindouisme de ceux qui se font repérer dans la jungle où ils avaient trouvé refuge. Si les assassinants se comptent par dizaines et que de nouvelles morts sont à ajouter à la liste chaque semaine, le nombre total de victimes se chiffre par dizaines de milliers. Certaines sources parlent en effet de plus de 50.000 personnes qui ont dû fuir leur maison et se réfugier, soit dans la jungle, soit dans des camps d’accueil érigés par les autorités, soit chez des proches en ville.

Qui sont ces victimes et pourquoi sont-elles ainsi poursuivies ?

Il n’est pas exagéré de dire que la chasse aux chrétiens a été déclarée ouverte par les fanatiques hindous du VHP (Vishwa Hindu Parishad) et du BD (Bajrang Dal). Ces chrétiens sont essentiellement des dalits et, en moindre mesure, des tribaux convertis au christianisme au cours des 150 dernières années.

Des missionnaires français ont été les premiers à entrer dans cette région peu hospitalière de la forêt du district de Kandhamal, sans infrastructure sociale ou routière à l’époque. Ils ont choisi de servir des populations les plus démunies, à savoir des populations pauvres et reculées, exclues du système des castes hindoues. Petit à petit, ils ont ouvert des écoles, des dispensaires, des services sociaux. Les dalits et tribaux ont apprécié ce geste humanitaire de la part de ces missionnaires étrangers, et un nombre important, tout particulièrement parmi les dalits, se sont convertis au christianisme. C’est ainsi que le district de Kandhamal compte environ 20% de chrétiens, alors que la moyenne nationale est à peine de 2,5%, en régression d’ailleurs au cours des dernières années.

Pour les fanatiques hindous, qui ne représentent qu’une infime minorité agissante parmi les adeptes de l’hindouisme largement dominant en Inde, cette présence des chrétiens est comme un corps étranger qu’il faut combattre et éliminer tel un virus qui pourrait mettre en danger le corps entier.

Dès les années ’70, des organisations hindoues ont commencé à ouvrir des écoles pour jeunes défavorisés, des dispensaires dans des villages reculés et des services sociaux pour les plus pauvres. Cette approche fut assez nouvelle dans les milieux hindous où l’action sociale reste essentiellement individuelle et se traduit sous forme d’aumônes. Cette nouvelle vague sociale de la part des milieux hindous copiait en fait l’action des missionnaires et visait à reconquérir par leurs propres moyens les chrétiens pour les soustraire de l’influence des Eglises catholique et protestantes.

Parmi les fers de lance de cette tactique de reconversion se situait un religieux hindou particulièrement combatif, le Swami Lakshmanananda Saraswati. Au passé plutôt trouble, ce leader hindou a ouvert depuis des années un premier ashram pour l’éducation des garçons dans une région de Kandhamal. Récemment, il en avait ouvert un second pour accueillir également des jeunes filles.

Mais la stratégie ne fut pas couronnée de succès, dans le sens où, malgré le développement des institutions copiant celles des Eglises, il n’y eut pas de reconversions massives à l’hindouisme. Le religieux changea donc de tactique et devint plus violent

Début des années 2000, le courant extrémiste hindou de la région prenait pour cible les institutions chrétiennes. Dans le raisonnement du Swami, en éliminant les institutions éducatives et sanitaires proches des Eglises, on couperait la base aux chrétiens qui s’adresseraient tout naturellement alors aux institutions nouvelles proches du milieu hindouiste. Ce fut notamment la tactique choisie par Saraswati lors des événements de Noël 2007. Prenant prétexte du fait qu’une paroisse chrétienne avait, avec l’autorisation des autorités locales, érigé un arc devant l’église, autrement dit sur territoire hindou, pour célébrer Noël, les fanatiques hindous ont détruit une cinquantaine d’églises, mais aussi des petits magasins tenus par des chrétiens, signes trop visibles d’une certaine réussite économique réservée antérieurement quasi exclusivement à des hindous en provenance des régions côtières de l’Etat d’Orissa.

A l’époque déjà, la puissance et la rapidité avec lesquelles la violence s’était déferlée sur les institutions et échoppes de la minorité chrétienne avaient fait dire aux observateurs que la construction de l’arc devant une église n’avait nullement été la raison de l’attaque, mais bien un détonateur seulement.

26 août 2008 – Assassinat du Swami Lakshmanananda et augmentation des violences contre les chrétiens

C’est dans ce contexte où les passions étaient à leur comble qu’est intervenu l’assassinat sauvage du Swami Lakshmanananda, à l’intérieur même de l’ashram servant d’école pour jeunes filles. Quelques semaines avant l’assassinat, un groupe maoïste illégal appelé Naxalites avait menacé de mort le religieux à cause de ses activités jugées contraires à une harmonie et une égalité parmi les différentes couches de la population du district. Le lendemain du meurtre, le même groupe a revendiqué le quintuple meurtre dans l’ashram. En effet, 4 autres leaders extrémistes hindous avaient été tués en même temps que leur maître.

Mais pour les hindous fanatiques, il ne pouvait y avoir qu’un seul coupable : les chrétiens. Au cours des semaines qui suivirent, les attaques se sont donc multipliées et leur caractère est devenu de plus en plus féroce : au lieu de s’attaquer essentiellement aux institutions, ils se sont attaqué à présent à tout ce qui était chrétien. Viol collectif d’une religieuse, assassinats de prêtres et de simples chrétiens, pillage et destruction systématique des maisons appartenant à ces chrétiens, destruction et incendie d’un centre d’action sociale du diocèse catholique, expulsions des chrétiens de leurs maisons et villages. Tout fut bon pour vider le district de sa population chrétienne.

Une visée politique à l’échelle de l’Inde ?

Pour Mgr Sarat Chandra Nayak, évêque dalit du diocèse de Berhampur au sud d’Orissa et originaire du district de Kandhamal, l’analyse conduit à des visées politiques : « Il ne faut pas oublier qu’il y aura des élections en avril prochain. Nous sommes donc en période préélectorale et les partis tentent de renforcer leur base auprès de la population majoritaire, à savoir les hindous. » D’où une violence accrue contre les chrétiens dans plusieurs Etats indiens, en particulier ceux gouvernés par ou avec le BJP (Bharatiya Janata Party) : d’abord le Gujarat – où le BJP s’était d’abord attaqué aux musulmans avant de viser également les chrétiens – , puis Orissa, Karnataka et Madhya Pradesh. Car ce parti veut changer l’Inde qui s’affiche comme un Etat laïc en Hindustan, Etat hindou ; programme connu sous l’appellation « agenda safran ». Enfin, la violence contre les chrétiens s’est même répandue au-delà des Etats où le BJP est au pouvoir, et notamment au Kerala.

D’une façon générale, on constate donc que la violence contre les chrétiens vise à attirer les hindous vers les partis nationalistes hindous. Et comme les autres partis ont peur de perdre leur base hindoue s’ils s’affichent trop ouvertement en faveur de la minorité chrétienne victime de ces vagues de violence, les réactions de l’Etat indien restent molles et insuffisantes.

Dans ce contexte, les chrétiens d’Orissa et du reste de l’Inde ne sont pas très optimistes pour les prochains mois. Avec Mgr Sarat, ils craignent en effet que la violence persistera, en même temps que les reconversions forcées vers l’hindouisme. Et les chrétiens qui ont fui leurs villages ne retourneront pas si tôt reconstruire leurs maisons et vivre en harmonie avec les autres villageois, majoritairement hindous.

Les évêques catholiques de l’Orissa encouragent leurs fidèles

Le 31 octobre dernier, les évêques de l’Orissa ont publié une Lettre pastorale à l’intention de leurs fidèles qui subissent de graves persécutions depuis le 23 août dernier, date de l’assassinat du religieux et extrémiste hindou Swami Laxmanananda Saraswati. Depuis le début des violences, c’est la première fois que les évêques s’adressent à la communauté chrétienne de l’Orissa ; leur lettre est tout à la fois une missive aux chrétiens persécutés, un appel au gouvernement indien et un message à la communauté internationale.

A ce jour, la vague de persécution antichrétienne qui a gagné par la suite d’autres Etats de l’Inde a fait, selon les sources gouvernementales, plus de 60 morts (des sources ecclésiastiques font mention d’au moins 500 morts), 50.000 réfugiés, et détruit 4.500 maisons et une centaine d’églises. Ce bilan vient de s’alourdir le 28 octobre dernier avec le décès du P. Bernard Digal des suites des blessures reçues lors de son passage à tabac par des militants hindouistes dans le district de Kandhamal. La mort du prêtre, âgé de 47 ans, trésorier de l’archidiocèse de Cuttack-Bhubaneswar et considéré comme « un des piliers de l’Eglise de l’Orissa », a soulevé un réel émoi au sein de la communauté chrétienne de l’Inde. (…)

Ouvrant le message des évêques, une citation du psaume 22, « Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer », rappelle, dans la période de crise que vit l’Eglise de l’Orissa, l’enracinement de la foi dans la confiance en Dieu. Les six prélats de l’Orissa soulignent tout d’abord le courage de leurs fidèles en « s’inclinant humblement devant la force de leur foi » et les encouragent à « continuer la mission de compassion, d’amour, d’unité, de justice et de paix » qui leur a été confiée par le Christ. Ils réaffirment ensuite que le christianisme bannit la haine ainsi que toute forme de violence et que les chrétiens ne peuvent être tenus responsables de l’assassinat de Swami Laxmanananda Saraswati, comme l’ont prétendu les hindouistes afin de justifier leurs attaques.

Puis, analysant les raisons qui, selon eux, sont à l’origine du déchaînement de violence des derniers mois, les évêques expliquent : « L’Eglise est du côté des pauvres et des marginaux. Grâce à l’instruction, l’assistance médicale, les programmes de développement, l’Eglise a conduit les membres des communautés les plus vulnérables à une prise de conscience. Ils ont commencé à réclamer leurs droits. Tout cela ne plaît pas aux puissants qui craignent pour leur position et se sentent menacés par les pauvres. »
Enfin, soulignant l’inaction des autorités de l’Etat de l’Orissa et leur responsabilité dans les violences, les évêques demandent fermement au gouvernement de prendre les mesures nécessaires afin de protéger les chrétiens. Ils remercient également toutes les organisations internationales et les institutions chrétiennes qui se sont fait l’écho des persécutions et ont apporté leur soutien. Le texte de cette Lettre pastorale a été diffusé et lu dans toutes les paroisses, les écoles, les associations, les communautés religieuses et les institutions chrétiennes, à l’occasion de la Toussaint.
Eglise d’Asie, 7 novembre 2008

GOA – DES CHRETIENS CONDAMNENT LA PROFANATION DE TEMPLES HINDOUS

Le P. Francis Caldeira, porte-parole de l’archidiocèse catholique de Goa, dans un communiqué de presse le 18 octobre dernier, a manifesté son soutien envers la communauté hindoue dont quatre temples ont été profanés depuis le début du mois. Il a également souligné que cette série de profanations mettait en péril la cohésion sociale : “Nous condamnons les actes de vandalisme et de lâcheté commis contre ces lieux de culte, et exprimons notre totale solidarité envers la communauté touchée. (…) Nous demandons aux autorités de tout mettre en œuvre pour arrêter les coupables.”

Le ministre-président de l’Etat de Goa, Digambar Kamat, a annoncé une récompense de 100.000 roupies (1.600 euros) pour toute information qui permettrait d’identifier les coupables. Il a également ajouté que le gouvernement mettrait en place une équipe d’investigation spéciale pour élucider l’affaire. Il a rappelé qu’au cours des deux dernières années, plus de 500 profanations de lieux de culte ont eu lieu dans la partie sud de l’Etat. Le ministre-président a ajouté que les quatre dernières profanations, perpétrées sur le même mode, laissaient à penser qu’elles faisaient partie d’un plan pour troubler l’entente entre les communautés. Le chef de l’opposition, Manohar Parrikar, a avancé, quant à lui, que c’était le ‘Indian Mujahideen’, groupe islamiste qui a revendiqué de récents attentats dans le pays, qui était derrière cette série de profanations, dans le but d’exacerber les tensions intercommunautaires dans l’Etat.
Eglises d’Asie, 24 octobre 2008.

ASSAM – AFFRONTEMENTS ENTRE ABORIGENESxET MUSULMANS

En Assam, les chrétiens ont porté secours aux victimes des affrontements entre aborigènes et musulmans, qui ont fait plus de 50 morts et 100.000 réfugiés depuis le début du mois

La plupart des violences se sont produites dans les districts d’Udalguri, où l’ethnie bodo est majoritaire, et la région de Darrang, proche du Bangladesh, où les musulmans sont les plus nombreux. La tension entre les deux communautés était déjà forte depuis que les Bodos avaient demandé, en août dernier, l’expulsion des musulmans de l’Assam; pour la plupart, les musulmans sont des immigrés venus du Bangladesh voisin. Mais les violences ont vraiment commencé le 3 octobre lorsque des musulmans ont volé du bétail appartenant à des Bodos. (…) Selon le P. John Besra, du diocèse de Tezpur, où se trouvent les deux districts touchés par les exactions, les chrétiens n’ont pas été épargnés par les violences. Il rapporte que trois Bodos catholiques ont été tués par des groupes musulmans et que trois villages aborigènes catholiques, situés près des régions occupées par les musulmans, ont été ‘entièrement brûlés’. (…) Dans les districts d’Udalguri et Darrang, des chrétiens portent secours aux victimes, rassemblant des fonds pour faire construire des abris provisoires, et faisant parvenir des biens de première nécessité aux réfugiés.
Eglises d’Asie, 22 octobre 2008.

“LE CHRISTIANISME FAIT PARTIE DE NOTRE HÉRITAGE NATIONAL”, DÉCLARE LE PREMIER MINISTRE INDIEN
Anto Akkara (*)

Le Premier ministre indien Manmohan Singh a affirmé que “le christianisme fait partie de notre héritage national” à l’occasion de la visite que le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE), lui a rendue le 18 octobre à sa résidence de New Delhi.

“Nous avons été très heureux d’entendre le Premier ministre indien nous dire cela”, a déclaré le pasteur Kobia lors d’une conférence de presse tenue à la suite de cette rencontre.

Le commentaire du Premier ministre réfute les allégations des groupes nationalistes hindous qui qualifient le christianisme de “religion étrangère” pour justifier leurs attaques dirigées contre la communauté chrétienne indienne, qui représente 2,32% du milliard d’habitants que compte le pays.

En fait, le christianisme a une plus longue histoire en Inde que dans les bastions chrétiens d’Europe et d’autres régions occidentales. Comme le rapporte la tradition, c’est en 52 de notre ère que l’apôtre Thomas aborda au Kerala, sur la côte sud-ouest du pays, en compagnie de négociants en épices, posant ainsi au “pays des noix de coco” les bases d’une communauté chrétienne très vivante.

Au cours de l’audience d’une demi-heure accordée au secrétaire général du COE, le Premier ministre Singh a affirmé que le gouvernement de coalition (United Progressive Alliance) qu’il préside s’est engagé à “restaurer la normalité” et à mettre fin aux attaques dont les chrétiens sont victimes dans l’Etat oriental d’Orissa et dans d’autres régions du pays.
23/10/2008
(*) Anto Akkara, journaliste indépendant à Bangalore, correspondant d’ENI (Ecumenical News International).

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