Flash Dalit n°3 – janvier 2008

Flash Dalit n°3 – janvier 2008 (version PDF)
Flash Dalit
Magazine électronique sur les droits humains des dalits en Asie du Sud
Edit. resp. : B. de Guchteneere, 125 av. de Broqueville, 1200 BruxellesNuméro 3 – Janvier 2008
Une initiative du réseau « SOLIDARITE DALITS BELGIQUE »
Adresse de contact : flashdalit@scarlet.be – Flash dalit se trouve également sur le site www.entraide.be

Editorial

Chère lectrice, cher lecteur,

Voici le troisième numéro de notre lien électronique rassemblant ceux et celles qui voudraient mieux connaître et appuyer les efforts des dalits en Asie du Sud pour sortir des discriminations dont ils sont victimes. Ce numéro évoque principalement l’accès des dalits à la terre. Il apparaît en effet que la terre est un élément clé pour garantir une alimentation et une vie décente de cette population qui vit, en grande majorité, dans les régions rurales des pays du sous-continent indien. L’éveil des dalits progresse, comme d’ailleurs aussi la réussite des combats menés. Mais il reste encore bien des embûches pour faire reconnaître le droit à une vie digne pour toute cette population.
Que l’année 2008 voie une avancée significative dans cette lutte pour une véritable reconnaissance et une vie meilleure pour cette population d’hommes, de femmes et d’enfants marginalisés dès leur naissance.
Dans ce sens, nous vous souhaitons une année 2008 de solidarité et de succès !
L’équipe de Flash dalit
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JANADESH, LA GRANDE MARCHE DES SANS TERRE

Ils étaient 25.000 ce 2 octobre 2007 à marcher sur la route nationale 3 qui quitte Gwalior en direction de New-Delhi. Durant les deux jours précédents, ils étaient arrivés par camions venant des districts proches ou par trains successifs venant de 18 états de l’Inde. Pour plusieurs d’entre eux, ils attendaient cet événement et l’avaient préparé depuis plusieurs mois, certains même depuis 3 ans.

Sous la bannière “Janadesh” (le Verdict du peuple), ces 25.000 marcheurs veulent interpeller les autorités, revendiquer leur accès à la terre et rappeler à leurs concitoyens qu’ils sont les oubliés du miracle économique indien. Ils font partie en effet des couches les plus marginalisées de la population : adivasis (tribaux) expulsés de leurs terres au nom des politiques forestières ou de grands projets industriels, dalits (intouchables) victimes de l’injustice du système des castes, travailleurs agricoles saisonniers ou petits paysans chassés de leurs terres par les dégâts écologiques. Ils se sont rassemblés à travers toute l’Inde à l’invitation d’Ekta Parishad (le Forum de l’unité).

Ce mouvement d’inspiration gandhienne s’est construit, au début des années 90, sous l’impulsion de Rajagopal PV et sur la base d’une mobilisation populaire, d’abord dans le Madhya Pradesh et aujourd’hui dans une dizaine d’états; l’organisation compte actuellement plus de 150.000 membres. Le mouvement s’adresse aux populations les plus fragilisées, les dalits et les populations tribales, en leur proposant une double démarche :
–l’appui à des projets de développement communautaire et local en vue d’atteindre l’autosuffisance et de pallier aux lacunes des programmes gouvernementaux;
–et d’autre part, l’organisation de mobilisations pour réclamer l’accès aux droits reconnus par la constitution, et tout particulièrement l’accès à la terre et aux ressources de base.

Ekta Parishad n’en est pas à son coup d’essai : en 1999, la première marche (padyatra) de 3.000 km pendant 6 mois a permis d’informer et de conscientiser des milliers de villageois au Madhya Pradesh. Depuis lors, de nombreuses autres padyatras ont été organisées dans plusieurs états, souvent sur 4 à 5 semaines. Chaque jour, le groupe des militants s’arrête dans 3 ou 4 villages, ils sont à l’écoute des problèmes des paysans et de leurs doléances et leur expliquent également quels sont les droits que la constitution leur reconnaît. A la fin de la marche, des manifestations sont organisées devant les bureaux du gouvernement pour présenter ces doléances – avec des cas précis bien documentés. Dans certains états, Ekta Parishad a obtenu la constitution d’une commission paritaire (gouvernement – Ekta Parishad) permanente afin d’examiner ces différents litiges et tenter de résoudre au moins certains d’entre eux. Mais les majorités politiques changeant, il fallait souvent recommencer ce travail de plaidoyer; une grande partie des problèmes provenait du Département des forêts qui dépend directement du gouvernement central de Delhi. C’est ainsi qu’est née l’idée d’organiser une grande marche au niveau national afin d’interpeller les plus hautes autorités du pays.

Ekta Parishad s’est alors concerté avec d’autres mouvements nationaux qui défendent les intérêts des dalits et des adivasis en vue d’organiser cette “marche des sans terre” de 340 km, de Gwalior à Delhi, du 2 au 28 octobre 2007. Les revendications de Janadesh se déclinaient en trois points principaux :
•la constitution d’une Commission nationale de la terre qui étudierait les différents problèmes auxquels doivent faire face ces populations marginalisées et pourrait déterminer les conditions – au niveau national et dans chaque état – pour la mise en place d’une réelle réforme agraire;
•la mise en place de tribunaux à comparution rapide pour les conflits fonciers, pour que ceux-ci puissent être tranchés dans des délais raisonnables, et empêcher certains potentats locaux de conserver des terres de façon illégitime simplement parce qu’ils ont les moyens de payer des avocats pendant plusieurs années;
•la création d’un système de “guichet unique” pour tous problèmes de la terre, car, à l’heure actuelle, les petits paysans doivent faire face à de multiples interlocuteurs administratifs. Ce système est d’ailleurs déjà proposé par le gouvernement indien… pour l’installation des firmes multinationales !

Quels résultats Janadesh a-t-il apportés ? Le premier résultat était déjà tangible dès les premiers jours de la marche : c’était tout simplement que Janadesh se réalise ! Il y a 3 ans, certains étaient sceptiques. Aujourd’hui, ils étaient bien 25.000 sur la route, marchant en 4 files indiennes, drapeaux au vent, beaucoup de femmes pieds nus, chantant, dansant, beaucoup avec un baluchon de 10 kg sur la tête. Leur détermination était impression¬nante, ils s’étaient préparés depuis si longtemps : il y a 2 ans, j’avais déjà vu dans les villages reculés les réserves de riz que l’on constituait mois après mois, quelques poignées de riz et 1 ou 2 roupies chaque mois en prévision de la marche. Depuis 3 ans aussi, des dizaines de “camps de jeunes” ont été organisés pour sensibiliser des jeunes aux conditions de vie de ces populations et les former comme animateur, et aujourd’hui ce sont ces animateurs et animatrices qui encadrent cette foule. Une organisation exemplaire : ils sont divisés en 25 groupes de 1.000, chaque groupe est autonome avec 2 camions pour l’intendance (matériel de cuisine, vivres, etc.), 1 tracteur avec citerne d’eau qui circule parmi les marcheurs car il fait jusqu’à 40° en journée, 1 vélo-rickshaw avec haut-parleurs, et des ambulances qui circulent le long de la route. Les premiers jours plusieurs tomberont d’ailleurs de faiblesse et seront pris en charge par les médecins. Tout au long de la route, les villageois se sont aussi mobilisés : ils ont offert eau, nourriture, couvertures, car la nuit il fait 10° et on dort à même la route, mais aussi en saluant les marcheurs avec des pétales de fleurs ou des guirlandes.

Le tout premier résultat de la marche, c’est donc bien la motivation des marcheurs et des animateurs d’Ekta Parishad. Même si, demain, le gouvernement prend certaines décisions en faveur des sans terre, ce n’est que grâce à leur mobilisation, chacun dans sa région, que ces décisions pourront être appliquées. Le travail de Janadesh ne fait donc que commencer !

Pour le résultat politique, les marcheurs auront dû attendre le dernier jour à Delhi. Tout au long du trajet, des messages politiques avaient été annoncés : tel ministre s’est décommandé en dernière minute, tel autre s’est fait attendre pendant 1h30 pour ne rien annoncer de nouveau. Le 29 octobre, alors que les marcheurs avaient passé la nuit dans un grand parc de Delhi et s’apprêtaient à effectuer les 4 derniers km qui devaient les mener devant la zone protégée du parlement, toutes les issues du parc ont été bloquées par 1.500 policiers lourdement armés ! Des discussions se sont poursuivies (comme les jours précédents) avec les autorités, les marcheurs étant laissés dans l’incertitude, dans la poussière et sans réserve d’eau. Ce n’est qu’en fin de journée que le ministre du développement rural est venu remettre par écrit une proposition ferme de création d’une Commission nationale pour la terre, la principale revendication des marcheurs. Rajagopal et ses collègues ont estimé l’engagement suffisamment “ferme” et a déclaré la marche close par une grande victoire. Après des manifestations de joie, les marcheurs – pour beaucoup épuisés – ont repris le chemin du retour, bien décidés à se mobiliser à nouveau si les promesses ne sont pas tenues.

Dès le mois de novembre, les consultations ont commencé pour la formation de cette Commission nationale qui sera formée paritairement de délégués du gouvernement (développement rural et services du cadastre) et de la société civile (Ekta Parishad et experts d’ONG). Les deux autres revendications dépendent de chaque état individuellement, le gouvernement central a promis d’appuyer ces revendications. Une bataille a été gagnée – de façon non violente ! – mais tous les militants et les équipes d’Ekta Parishad restent vigilants.
Jacques V.

PORTRAITS DE MARCHEURS

Veeraputtiran et Ganesan

Veeraputtiran et Ganesan sont des dalits du Tamil Nadu. Ils sont victimes du “système des castes” qui leur interdit d’aller puiser de l’eau au puits principal du village ou d’entrer dans le temple principal, et bizarrement aussi d’élever des chiens mâles. “Un enfant de caste va m’appeler par mon nom, mais moi je dois l’appeler ‘maître’”, explique Veeraputtiran. Conformément à la loi, il a été élu et inscrit comme chef du panchayat (conseil communal), mais il n’a même jamais pu entrer dans le bâtiment du panchayat, car un puissant propriétaire de haute caste contrôle le village. “C’est la norme sociale, tu dois l’accepter”, lui rétorque le responsable du district lorsque Veeraputtiran vient réclamer son aide.

Ganesan appartient à une des 19 familles qui se sont vu attribuer 19,8 hectares de terres lors d’une redistribution suite à la loi de 1961 (Ceiling Act, qui limitait le nombre d’hectares que pouvait posséder un même propriétaire). Quarante ans plus tard, et après de longues procédures judiciaires, ils ont obtenu des titres de propriété (pattas) en leur nom, mais la terre reste toujours entre les mains de riches politiciens et d’entrepreneurs et ils sont toujours empêchés de l’occuper.

Lakshmi

Lakshmi Kalko est une jeune militante de 25 ans, de la tribu Oraon, elle habite le village de Kuvatoli (district de Ranchi). Sa maison est construite sur une petite parcelle de 0,4 ha où sa famille vit depuis plus de 30 ans. Mais le gouvernement refuse de leur accorder un titre foncier. Sa famille a acheté cette terre à un grand propriétaire aujourd’hui décédé et dont les fils ne reconnaissent pas la transaction. Ils ont rempli formulaire après formulaire et sont fatigués de cette paperasse administrative; ils ont demandé une audience publique au tribunal mais les représentants du gouvernement ont refusé de s’y rendre.

Lakshmi se bat à la fois pour l’obtention de son titre foncier et pour l’accès de l’ensemble de sa communauté à la terre. “Dans cette marche Janadesh, il y a beaucoup de pauvres gens, j’en fais partie, je suis solidaire avec eux et ils sont solidaires avec moi.” Que va-t-elle faire au retour de Janadesh ? Elle reprendra ses activités d’animation et d’organisation des groupes de femmes au sein d’Ekta Parishad. Elle va s’intéresser particulière¬ment à la question des femmes seules qui sont très nombreuses dans cet Etat. En outre, elle cultive la terre avec sa famille, seule une activité est réservée aux hommes : le labour. Mais Lakshmi envisage de passer outre cette coutume et de se servir de la charrue.

Communautés du Chhattisgarh

Gyanadhar, du village de Ratanpur, explique que les gens ont été chassés de leurs terres parce que le gouvernement les a vendues à une entreprise minière. Ils sont donc devenus travailleurs à la journée, mais il n’y a pas de travail disponible tout au long de l’année. Et il ajoute : “Nous sommes victimes à la fois des Naxalites (mouvement politique prônant la violence) et de la police. A cause de la pauvreté, la malnutrition est de plus en plus fréquente.” Murali explique que dans sa région (district de Korba) un autre site industriel a pollué 7.000 ha de terres, l’eau qu’ils puisaient pour boire a été polluée et plusieurs personnes sont victimes de maladies respiratoires.

Naval Singh (district de Jhabua) explique encore que certaines personnes qui disposent d’un titre de propriété et paient des taxes en conséquence ne peuvent pas prendre possession de leur terre. L’alcoolisme est aussi un problème important, qui est parfois favorisé par des leaders politiques qui distribuent de l’alcool gratuitement, notamment lors des campagnes électorales, dit-il. Indra Bai (district Vidisha) estime que le fait de ne pas posséder de terre est le problème principal, mais elle se plaint aussi que les riches reçoivent des cartes de rationnement alors que les pauvres n’en reçoivent pas.

Maya

Maya (district de Chambal) conduit une délégation de 250 personnes du Madhya Pradesh. Elle est mariée mais n’a pas encore d’enfants. Pour elle, la situation des femmes est très mauvaise dans sa région. Beaucoup sont analphabètes et n’ont pas leur mot à dire sur la gestion des ressources. Il est fréquent que le mari décide de vendre une parcelle sans en aviser sa femme.

Maya possède aujourd’hui une parcelle. Avant son mariage, cette parcelle était au nom de son père. Il y a deux ans, son père lui a transféré les documents de propriété et a fait établir un titre foncier au nom de sa fille. Maya cultive plusieurs céréales dont du riz, elle garde une partie pour l’alimentation et vend le reste. Son mari n’a pas de titre foncier à son nom. C’est sa femme qui prend toutes les décisions concernant la gestion et la mise en valeur de la terre. Maya est animatrice bénévole pour Ekta Parishad depuis 8 ans. “Je marche ici pour que l’ensemble des femmes accède à ma situation : posséder un titre foncier.”

DES TERRES POUR LES DALITS

A l’heure actuelle, en Inde, 80% des Dalits travaillent dans le secteur agricole et vivent donc dans les campagnes où le système des castes est encore plus marqué qu’en ville. Extrêmement peu d’entre eux sont propriétaires des terres qu’ils cultivent. En effet, celles-ci sont concentrées dans les mains de grands propriétaires: 12% des familles possèdent 60% de la terre. Les Dalits, quant à eux, y sont engagés comme ouvriers agricoles pour un salaire dérisoire et souvent engagés à la journée. Réduits à la misère, ils se trouvent dans l’obligation d’emprunter de l’argent aux propriétaires terriens et deviennent ainsi des “travailleurs liés”, c’est à dire attachés au propriétaire jusqu’au remboursement total de leur dette. Bien souvent, ce remboursement durera tout au long de leur vie et, pour la plupart, de celles de leurs enfants. Ils sont ainsi entraînés dans une spirale infernale sur plusieurs générations, reproduisant ces inégalités sociales et alimentant le cercle vicieux de leur dépendance aux castes supérieures. Cette forme d’esclavage est pourtant totalement interdite par la loi…
Une solution pour sortir de cet engrenage serait qu’ils deviennent propriétaires des terres qu’ils cultivent. Et bien que des lois existent à ce sujet, on remarque que l’Etat ferme bien souvent les yeux sur cette problématique, préférant sans doute que les choses restent telles qu’elles sont, perpétuant ainsi la hiérarchie mise en place. Ce qui n’est pas bien difficile à comprendre quand on sait que ceux qui jugent et ceux qui possèdent ont un intérêt commun à ce que les Dalits restent leurs sbires et aient besoin d’eux pour assurer leur survie.

Les Panchami lands.
A la fin du 19°siècle, les Britanniques commencèrent à distribuer des terres aux Dalits. Terres supposées être inaliénables. Et pourtant…
Dans le Tamil Nadu par exemple, 600.000 hectares de terres (Panchami lands) auraient été ainsi octroyées aux hors castes. Et bien qu’une loi de 1978 interdise de les vendre hors de la communauté, le constat actuel est bien différent. On remarque qu’elles ont été, dans leur majorité, négociées à bas prix ou usurpées par les Indiens de castes. Et quand certains Dalits revendiquent leur droit sur les terres, cela se solde par des conflits meurtriers auxquels la police participe en laissant ces affaires sans suite.
Actuellement, plusieurs associations de défense des droits des Dalits visent la récupération de ces Panchami lands, devenue un véritable enjeu tant économique que symbolique. Et, malgré que l’on soit encore loin d’une justice en ce domaine, quelques actions réussies nous permettent de croire en l’ébauche d’un futur prometteur.
Citons l’exemple de ces 31 femmes intouchables à Kattupaiyur (Tamil Nadu), qui peuvent, dès à présent, brandir fièrement leurs titres de propriété des terres cultivables qu’elles ont conquises, et ce, non sans avoir dû lutter durement! Cela ne représente qu’un demi-hectare pour chacune, mais avec cette surface, leur famille pourra être autosuffisante en riz. Dans cette conquête des terres, les femmes Dalits en Inde sont en première ligne. Il faut dire qu’elles prennent en charge 55 à 66% du travail agricole, gagnent deux fois moins que les hommes et sont souvent victimes d’abus de tout genre de la part des propriétaires. Abus sur lesquels elles et leurs maris ferment les yeux par peur des représailles, manque d’information sur les lois en vigueur, analphabétisme, et du fait de leur dépendance économique par rapport aux hautes castes.
L’autonomie que leur procure un titre de propriété les met à l’abri du risque d’être jetées à la rue par leur mari ou leurs fils. Car bien que motrices dans cette lutte, elles ont d’abord vu les titres accordés à leurs époux. Mais depuis 6 ou 7 ans, les autorités se sont rangées aux arguments des ONG: elles cèdent plus rarement leur terre sur un coup de tête qu’un homme plus tenté par l’argent facile, et pensent en premier lieu au bien-être de leurs familles. Ce qui fait qu’aujourd’hui, les titres sont établis quasi systématiquement à leurs noms.
Ces timides changements nous montrent l’importance de continuer à lutter en ce sens. Le fait de posséder ses propres terres, permet à une famille de sortir de l’engrenage de la dette aux propriétaires, dette qu’elle transmettra souvent à ses enfants. Ceci étant un premier pas vers l’émancipation. En s’assumant alimentairement de la sorte, les enfants seraient moins convoités pour le travail agricole et pourraient donc se diriger sur le chemin de l’école. Nous voyons dès lors tout ce que ceci entraînerait comme changement tant au point de vue des mentalités que des conditions de vie.

2 acres de terres aux familles pauvres
Rappelons-nous également ce qui s’est passé au Tamil Nadu, cet état du sud de l’Inde, où lors des dernières élections en mai 2006, les deux partis principaux jouaient à qui offrirait le plus de cadeaux à ses électeurs.
Après avoir gagné les élections, le présent gouvernement a proclamé vouloir distribuer 2 acres de terres à toutes les familles pauvres sans terre. Mais ne serait-on pas en droit de douter de la faisabilité d’une telle chose quand on connaît le nombre de sans terre et celui des terres disponibles?
En effet, même si le gouvernement a entamé cette distribution de terres dans le district de Tiruvallur et qu’il a continué jusque fin 2007 dans d’autres districts, il semble que moins de 3.000 familles aient bénéficié à ce jour de ce programme. Encore que certaines familles ont dû se contenter d’un tiers d’acre…
Autre constatation, c’est que les Dalits ne semblent pas être prioritaires dans la liste de distribution. On peut remarquer que ce sont plutôt les castes arriérées et ceux qui vivent déjà sur ces terres qui sont privilégiés lors du don.
L’avenir nous dira quoi penser de ces mesures et combats pour donner aux plus pauvres, et particulièrement aux dalits, l’accès à la terre. En attendant, des choses ont l’air de bouger, alors croyons-y !
Francesca Bernacconi

EN BREF

BIHAR : EGLISE CATHOLIQUE ET EMANCIPATION DES DALITS

Lors de l’installation du nouvel archevêque catholique de Patna, le Président du Parlement de l’Etat a reconnu le rôle primordial de l’Eglise catholique dans l’émancipation des dalits.

« Aucune autre institution que l’Eglise catholique n’a autant contribué à redonner dignité aux dalits. » C’est par ces mots que, le 9 décembre 2007, le président (speaker) du Parlement du Bihar, Uday Narayan Choudhary, a rendu hommage au rôle joué par l’Eglise catholique dans l’émancipation des dalits, à l’occasion de la cérémonie d’installation de Mgr William D’Souza, 61 ans, nouvel archevêque catholique de Patna.
Uday Narayan Choudhary, premier dalit à accéder au poste de président du Parlement du Bihar, a précisé que pendant des siècles, les dalits ont souffert d’un complexe d’infériorité. « Mais depuis les années 1930, l’Eglise s’est efforcée de corriger ce malaise de manière progressive et dans la discrétion. Et, aujourd’hui, beaucoup d’entre nous ont un rôle de premier plan dans la société, je n’exagère pas, c’est une vérité vécue. » a-t-il confié aux 4000 fidèles rassemblés pour l’occasion, en expliquant le rôle de l’Eglise dans sa propre carrière politique.
(Source : Eglises d’Asie, n° 476, 1er janvier 2008, p. 8)

NOËL VIOLENTE POUR DES DALITS CHRÉTIENS EN ORISSA

D’après plusieurs sources en provenance de l’Inde, les 24 et 25 décembre 2007 resteront gravés dans les mémoires des populations chrétiennes du district de Khandamal (Orissa, Inde) comme des journées noires. Attaques violentes de populations chrétiennes par des extrémistes hindous, incendie de plusieurs églises paroissiales et de nombreuses chapelles locales, destructions de maisons et de biens de familles chrétiennes : Noël n’a pas connu la paix et la sérénité attendues.

Tout a commencé la veille de Noël, quand des bandes armées ont exigé la fermeture d’un marché fréquenté par des familles chrétiennes faisant leurs derniers achats avant la fête. Ils ont ensuite attaqué plusieurs paroisses qui se préparaient à célébrer Noël. Avec des slogans comme « tuez les chrétiens, détruisez les églises », les bandes ont mis à feu plusieurs églises paroissiales, en commençant par celle de Balliguda. Elles se sont également attaqué aux maisons appartenant à des chrétiens, aux presbytères et même à des dispensaires et des dortoirs d’étudiants. En tout, plus de 500 maisons ont été incendiées, de même que plus de 50 églises et chapelles. De nombreuses personnes ont été blessées, alors qu’au moins une personne a perdu la vie. D’après certaines sources, au 6 personnes seraient mortes dans les incidents. Dans quasi tous les villages, des personnes sont parties se cacher dans les forêts pour éviter d’être attaquées.

La brutalité des attaques et le fait que plusieurs attaques ont eu lieu au même moment à des endroits différents indiquent que la violence a été préméditée et organisée. La tension avait été palpable plusieurs jours auparavant, avec des rassemblements de groupes extrémistes hindous dans la capitale de l’Etat d’Orissa. Et malgré plusieurs appels des responsables religieux chrétiens, la police n’a pris aucune mesure préventive pour éviter la violence. Pire, certains actes ont été commis en présence de la police, sans qu’elle n’intervienne pour arrêter la violence.

Quant aux camps qui accueillent les familles qui ont perdu leur maison à Barakhama et à Brahminigaon, ils présentent, selon des observateurs, des conditions inhumaines et honteuses, en particulier pour les femmes, les enfants et les malades.

Parmi la population chrétienne du district de Khandamal, la peur règne. Tant les victimes actuelles que ceux qui ont peur d’être les prochaines victimes se sentent abandonnées par les autorités et à la merci des fondamentalistes hindous.

BILLET DE NOS PARTENAIRES

DES PROJETS POUR SE LIBERER

La conférence de Durban sur le Racisme en 2000 a permis une réelle prise en compte des effets du système de castes en Inde sur les dalits. Ceci dit, les attaques et les souffrances au quotidien n’ont pas cessé, ni les oppositions et les protestations d’ailleurs.

Certains dalits jouissent aujourd’hui d’une réelle liberté et d’une marge de manœuvre importante, que ce soit à la tête d’ONG, d’un mouvement populaire ou encore d’un parti politique. Il faut cependant souligner que, même s’ils sont passés à travers les filets des oppressions, ils attendent toujours la mise en place de réelles alternatives qui pourraient sortir définitivement les dalits de leur situation de dépendance.

Malheureusement, les acquis des protestations ne sont pas convertis en des projets économiques. Ainsi, les manifestations pour l’obtention des terres ne sont pas suivies de projets agricoles viables et les rares alternatives mises en place sont construites sur des schémas et des logiques dominantes.

On ne construit pas du nouveau avec les hardes du passé, d’autant plus que ce passé est injuste et inhumain.

Tout est à imaginer entièrement. Tous les idéaux demandent à être traduits dans la pratique. Le pari est certes complexe et difficile mais sûr et cohérent.
B. Augustin Jaykumar
INDP/ Pondichéry

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