Flash Dalit n°1 – juin 2007

Flash Dalit n°1 – juin 2007 – PDFFlash Dalit
Magazine électronique sur les droits humains des dalits en Asie du Sud
Edit. resp. : B. de Guchteneere, 125 av. de Broqueville, 1200 Bruxelles Numéro 1 – Juin 2007
Une initiative du réseau « SOLIDARITE DALITS BELGIQUE »
Adresse de contact : flashdalit@scarlet.be

Editorial
Chère lectrice, cher lecteur,

Vous découvrez sur votre écran le premier numéro d’un magazine belge de solidarité avec les dalits de l’Asie du Sud. Les dalits, appelés aussi hors castes, intouchables ou harijans, se retrouvent encore aujourd’hui en marge du système des castes. En Inde, au Népal, Sri Lanka, Pakistan ou Bangladesh, leurs droits les plus élémentaires sont bafoués quotidiennement. Pour mieux comprendre leur vie, leurs problèmes et espoirs, leur lutte pour une pleine reconnaissance de leurs droits humains, le jeune réseau Solidarité Dalits Belgique a décidé de créer Flash Dalit, un lien électronique entre tous ceux et celles qui encouragent les efforts des dalits pour faire reconnaître leurs droits humains. Flash Dalit se veut également un trait d’union entre les membres et sympathisants du réseau Solidarité Dalits Belgique et une source d’information sur la vie de cette population méconnue.
Flash Dalit paraîtra environ 4 fois par an, ou davantage si nous avons des informations intéressantes. N’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos remarques et points de vue. Et envoyez-nous des adresses d’autres personnes susceptibles d’être intéressées par notre revue. Si vous ne désirez plus recevoir Flash Dalit, signalez-le par un petit mot à notre adresse e-mail.

LES DALITS DE L’INDE
Ils sont au nombre de 167 millions, appauvris, exclus, privés de droits et de justice. Ce sont ceux et celles qui se trouvent en dessous du système des castes et sont donc littéralement des hors-castes ou « dalits ». Le mot ‘dalit’ signifiant ‘brisé’, ‘moulu’, ‘piétiné’ est utilisé par les hors-castes eux-mêmes pour décrire leur oppression. L’usage du terme ‘dalit’, encouragé par le chef de file de tous les dalits, le Dr. Ambedkar, a permis le développement d’une identité collective parmi les hors-castes, quel que soit leur groupe ethnique ou leur religion.

La discrimination envers les dalits en Inde est encore très forte. En effet, les personnes des castes supérieures ne veulent pas épouser des dalits. Seuls les dalits exercent des activités jugées dégradantes dans la société indienne, telles la collecte d’excréments humains, l’annonce d’un décès et le travail du cuir.
A ce jour, la plupart des hindous de caste refusent de manger ou de boire avec des dalits.
De plus, les dalits faisant preuve d’ascension sociale ou économique ou encore d’émancipation sont remis à leur place par des personnes appartenant aux castes dominantes qui n’hésiteront pas à utiliser, en toute impunité, des actes choquants de violence et d’humiliation. Ils sont appelés « atrocités » (dénomination de 1989 dans la loi ‘The Scheduled Castes and Tribes Act’). Ces atrocités sont très fréquentes (27 par jour dans la période de 2001 à 2005) et consistent en des meurtres, des incendies, des enlèvements, des viols et des passages à tabac.

L’intouchabilité a certes été officiellement abolie en 1950. De même, bien que de nombreuses lois aient été votées (interdiction de collecter les excréments humains à la main, discrimination positive,…), leur application pose problème. On observe en effet un manque de volonté politique à tous les niveaux et l’intouchabilité, le travail forcé, la pauvreté, la collecte manuelle d’excréments, la ségrégation, les spoliations de terres arables, la violence restent des réalités quotidiennes.

L’intouchabilité s’observe particulièrement :

– Dans les services gouvernementaux
Dans 37,8% des villages, les dalits doivent occuper des places séparées dans les écoles.
Dans 27,6% des villages, les dalits ne peuvent entrer dans un commissariat de police.
Dans 25,7% des villages, les dalits sont interdits d’entrée dans les magasins distribuant des denrées rationnées.
Dans 33% des villages, les travailleurs de la santé publique refusent de visiter les habitations des dalits.
Dans 23,5% des villages de dalits, la correspondance n’est pas délivrée à domicile.
Dans 14,4% des villages dalits, les dalits n’ont pas accès aux bureaux de l’administration locale.
Dans 12% des villages dalits, les dalits se voient refuser l’accès aux isoloirs ou doivent former une file d’attente séparée pour pouvoir voter.
Dans 48,4% des villages dalits, l’accès à l’eau potable est interdit.

– Au marché
Dans 35% des villages visités, les dalits sont empêchés de vendre leurs produits sur les marchés locaux.
Dans 47% des villages qui disposent de coopératives laitières, les dalits sont empêchés d’y vendre du lait ; dans 25% de ces mêmes villages, les dalits ne sont pas non plus autorisés à y acheter du lait.

– Au travail
Dans 25% des villages, les salaires des dalits sont inférieurs à ceux payés au reste de la population. Les dalits travaillent aussi de plus longues heures, sont souvent payés en retard et sont victimes d’abus verbaux et physiques
Dans 37% des villages, le paiement des salaires aux dalits se fait à distance pour éviter tout contact physique.

– Pour les pratiques religieuses
64% des dalits sont interdits d’accès dans les temples hindous.
Dans près de 50% des villages, les dalits n’ont pas accès aux lieux d’incinération.

– Dans la sphère privée
Dans 73% des villages, les dalits ne sont pas autorisés à entrer dans des maisons habitées par des non-dalits.
Dans 70% des villages, dalits et non-dalits ne peuvent partager le même repas.
35,8% des dalits ne peuvent entrer dans les magasins villageois.

Les femmes dalitsDu fait du manque de parité, les femmes dalits doivent faire face à une double discrimination. Elles sont davantage victimes de la pauvreté et une majorité d’entre elles subissent des violences physiques ou sexuelles de la part de personnes appartenant aux castes dominantes. Ces actes de violence sont souvent perpétrés intentionnellement dans le but de maintenir l’oppression sur la communauté des dalits.

(Source : Dalits of India : « Cast an eye on the dalits of India »)

LES DROITS DES FEMMES DALITS EN ASIE DU SUD
Les 20 et 21 novembre 2006 s’est tenue à La Haye (Pays-Bas) une conférence internationale sur les droits humains des femmes dalits.

Le contexte général
En Asie du Sud – c’est-à-dire l’Inde, le Népal, le Pakistan, le Bangladesh et le Sri Lanka – les dalits ont souffert pendant des siècles d’une discrimination fondée tant sur leur travail que sur leurs origines et cette discrimination se poursuit jusqu’à nos jours. Les dalits – connus sous les noms d’intouchables ou de hors-castes – sont au nombre de 260 millions en Asie du Sud. Du fait de leur caste, ces dalits subissent chaque jour la discrimination, l’exclusion sociale et la violence. Même si la croissance économique a été forte dans la région pendant la décennie écoulée, les disparités de castes demeurent et se sont même multipliées. La situation des femmes dalits dans ces pays requiert une attention spéciale et urgente. Celles-ci forment en effet une des plus importantes populations de personnes discriminées dans le monde et elles doivent faire face à une discrimination systématique et structurelle à trois titres : comme dalits, comme femmes et comme pauvres.

Antécédents
Depuis des années, les organisations et mouvements de femmes dalits expriment de plus en plus leurs préoccupations spécifiques, affirment leur identité et lancent un appel à la solidarité à la communauté internationale (notamment lors de la conférence mondiale contre le racisme en 2001).
Lors de la 4e conférence mondiale des femmes (1995, Beijing), la discrimination dont sont victimes les femmes dalits a été reconnue internationalement pour la toute première fois.
Plus tard, les dalits – et notamment les femmes – ont joué un rôle crucial pendant la Conférence mondiale contre le racisme (2001, Durban, Afrique du Sud).
Suite à la Conférence nationale sur la violence contre les femmes dalits, tenue à Delhi les 7 et 8 mars 2006, plusieurs organisations d’Asie du Sud et d’Europe ont répondu à l’invitation des femmes dalits et ont organisé la conférence de La Haye.

Points saillants de la conférence
Les discriminations de caste, de classe et de genre empêchent les femmes dalits de bénéficier de leurs droits humains fondamentaux, spécialement leurs droits à la dignité, à l’égalité et au développement. Les atrocités et les violences dont sont les victimes les femmes dalits sont un moyen de soutenir un système discriminatoire. En outre, elles suscitent aussi des réactions chaque fois que les pratiques d’intouchabilité et les normes des castes sont remises en question ou transgressées. L’impunité pour de telles discriminations ou violences est alors utilisée comme un moyen de préserver les différences de caste et de genre établies. Pour que les femmes dalits puissent jouir de leurs droits humains et pour que les Objectifs du millénaire pour le développement puissent être atteints, il faut absolument mettre un terme à la discrimination, à la violence et à l’impunité.

Cette conférence a formulé et adressé plusieurs recommandations aux gouvernements respectifs du Népal, de l’Inde, du Pakistan, du Bangladesh et du Sri Lanka afin qu’ils respectent les droits des femmes dalits. Ces recommandations concernent les institutions législatives et exécutives, les organisations de développement et la parité. Elles cherchent à aider les femmes dans leur participation à la vie quotidienne dans ces pays, notamment par l’accès aux terres, par la liberté religieuse, par la lutte contre la discrimination et l’éradication de pratiques inhumaines et humiliantes. Enfin, elles visent à la réalisation de campagnes afin de mieux faire prendre conscience du statut des femmes dalits.

De plus, il est fait référence à la Déclaration universelle des droits de l’Homme et à la Convention des Nations-Unies pour l’élimination de toute discrimination, pour donner des recommandations à la communauté internationale, aux Nations-Unies et à l’Union européenne. Ces recommandations visent à la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement. Ainsi, la communauté internationale, les Nations Unies et l’UE se doivent de donner aux femmes dalits les mêmes droits au développement et doivent également veiller à la mise en œuvre du contenu de la conférence de la Haye. La communauté internationale a également une mission de dénonciation des atrocités commises sur les dalits et plus particulièrement sur les femmes. Il est également important de faire évoluer les mentalités en levant l’impunité pour les membres de castes plus élevées qui commettent des actes de violence sur les dalits. La mise en pratique de ces recommandations doit se faire dans les plus brefs délais. Enfin, l’Organisation internationale du travail devrait également proposer des mesures pour que les femmes dalits puissent jouir des droits fondamentaux du travail.

(‘The Hague Declaration on the human rights and dignity of dalit women’,
publié conjointement par plusieurs organisations en novembre 2006)

EN BREF

UN PRIX EST DECERNE A UNE MILITANTE INDIENNE DES DROITS HUMAINS DALITS

Le 8 mars 2007, l’Autorité nationale des services juridiques et l’Institut de la justice dans les relations entre hommes et femmes ont honoré Madame Urmila Devi, responsable des enquêtes et du suivi à la Campagne nationale des droits humains dalits (NCDHR), pour sa contribution à la défense des droits humains et au respect de la justice sociale, avec pour élément central la justice dans les relations entre hommes et femmes. Ce prix est décerné en reconnaissance du travail fourni par Urmila Devi et par les autres membres du programme d’enquête et de suivi des droits humains des dalits ainsi que pour leur persévérance dans la lutte pour la justice. Ce travail consistait à soulever sans relâche les questions relatives aux violations des droits humains des dalits et plus particulièrement celles qui touchent les femmes et les enfants.
Cette reconnaissance officielle encourage à poursuivre avec détermination les engagements visant à l’abolition de l’impunité qui caractérise encore les actes de violence commis sur des femmes dalits.

VICTOIRE D’UNE DALIT AUX ELECTIONS LEGISLATIVES D’UTTAR PRADESH, INDE
« Dans l’Uttar Pradesh, la nomination d’une dalit, Kumari Mayawati, au poste de ministre-présidente, après la victoire de son parti, le ‘Bahujan Samaj Party’ (BSP, Parti des masses) aux élections législatives, est perçue (par beaucoup) comme un changement décisif. Le 11 mai dernier, le BSP a remporté la majorité absolue des sièges à l’Assemblée de l’Etat, avec 203 députés sur un total de 406 sièges (1). (…)
Installée le 13 mai 2007, Kumari Mayawati va désormais diriger cet Etat de 180 millions d’habitants, sans que son parti, qui représente les ‘dalits’ (2), n’ait à créer des alliances pour former une majorité. C’est une première dans cet Etat du nord de l’Inde qui fait partie des régions les plus pauvres du pays et où la scène politique est encore largement tributaire des questions liées à l’appartenance aux castes. Toutefois, Mme Mayawati doit son succès à une campagne qui n’a pas été menée exclusivement en faveur des dalits. Défiant les sondages et les analyses de nombreux observateurs, elle a réussi à former une puissante alliance entre les dalits et les brahmanes, ces derniers étant marginalisés dans la politique de l’Etat depuis une vingtaine d’années, malgré leur place privilégiée en haut de l’échelle des castes. (…)
« La victoire de Mayawati représente la possibilité de déclencher une nouvelle révolution sociale en Inde », a commenté Chandra Bhan Prasad, un analyste politique indien. (…)
Mme Mayawati, dont les mandats précédents n’ont pas toujours laissé de bons souvenirs (3), devra cependant faire preuve de fermeté et de compétence pour sortir cet Etat du sous-développement dans lequel il se trouve. « Nous ferons de l’Uttah Pradesh un Etat libéré de l’injustice et du crime », a-t-elle promis (4). En attendant l’heure des réformes, des milliers de familles ont retrouvé l’espoir d’un avenir meilleur en matière d’emploi et d’éducation, du fait de la victoire de leur ‘behanji’ (sœur).
In : Eglises d’Asie, n° 464, 1er juin 2007, p.9
(1) C’est la première fois depuis 1991 qu’un parti remporte une majorité absolue dans l’Etat.
(2) Les « dalits » – que la Constitution indienne désigne sous l’euphémisme de « castes répertoriées » (scheduled castes) – représentent un peu plus de 21% de la population de l’Uttar Pradesh. Trente millions d’entre eux souffrent actuellement d’inégalités sociales et économiques.
(3) Mme Mayawati a été accusée de corruption à plusieurs reprises. Faute d’avoir obtenu la majorité lors de ses trois précédents mandats, elle avait dû former un gouvernement de coalition avec ses rivaux.
(4) Dans cet Etat, une trentaine de ministres ont été poursuivis pour meurtres, viols ou vols.

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