Flash dalit n° 7 – avril 2010

Flash dalit n° 7 – avril 2010 (version PDF)
Flash Dalit
Magazine électronique sur les droits humains des dalits en Asie du Sud
Edit. resp. : B. de Guchteneere, 125 av. de Broqueville, 1200 BruxellesNuméro 7 – Avril 2010
Une initiative du réseau « SOLIDARITE DALITS BELGIQUE »
Adresse de contact : flashdalit@scarlet.be – Flash dalit se trouve également sur le site www.entraide.be

Editorial

Chère lectrice, cher lecteur,

Au cours de l’année écoulée, la parution du Flash dalit a été quelque peu interrompue. Vous l’avez certainement remarqué. Une surcharge de travail des permanents et bénévoles en est l’origine. L’équipe de rédaction vous demande de bien vouloir l’en excuser. Il va de soi que le sujet reste plus préoccupant que jamais. Avec le numéro actuel, « Solidarité Dalits Belgique » voudrait reprendre la série des Flashs dalit dans une parution plus régulière. Pour y parvenir, nous avons élargi nos collaborations jusqu’en Inde. Plus d’information à ce sujet dans un des prochains numéros.

Aujourd’hui, nous vous présentons un numéro consacré à la dimension internationale des discriminations envers les dalits. Comme le déclare la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, tous les êtres humains naissent égaux en dignité et en droits. Quand tel n’est pas le cas pour une population particulière, cela concerne tout le monde. C’est sur cette base que les problèmes des dalits nous concernent également, même si ces discriminations ne sont pas particulièrement visibles en Belgique. Mais n’oublions pas que le phénomène dépasse un pays particulier, ce qui lui donne une autre dimension internationale. L’équipe de rédaction vous souhaite donc bonne lecture et espère vivement vous compter parmi les personnes exprimant votre solidarité à leur égard.
L’équipe de Flash dalit

Discriminations contre les dalits :
Un phénomène mondial
qui nécessite une action globale

L’exclusion des dalits et les discriminations dont ils souffrent constituent une grave atteinte aux Droits humains. Et cela ne concerne pas que l’Inde. Même si souvent, la question des dalits est assimilée à une question propre à ce pays, elle est d’actualité dans d’autres pays également, car elle fait partie des discriminations transmises par héritage que l’on retrouve en plusieurs régions du monde.

Un phénomène complexe et global

Le système des castes divise la population en groupes sociaux inégaux et hiérarchisés. Des castes dominantes bénéficient de la plupart des droits et sont astreintes à moins d’obligations, alors que celles situées en bas de l’échelle doivent faire face à la plupart des obligations sans que l’on ne reconnaisse leurs droits. Ceux qui appartiennent à ces dernières sont considérés comme des « êtres humains de seconde catégorie », des « impurs » qui « polluent » d’autres groupes de castes. Ils sont connus comme « intouchables » et sujets à des « pratiques d’intouchabilité », tant dans le domaine public que privé. Ces « intouchables » – connus en Asie du Sud comme Dalits – sont souvent contraints à des tâches sales, dégradantes et dangereuses, comme, par exemple, enlever les détritus humains. De telles tâches renforcent la stigmatisation dont ils souffrent au sein de la société. En conséquence, ils vivent souvent dans l’extrême pauvreté et sont exclus des prises de décision et d’une participation effective dans la vie publique et civile.

La discrimination des castes affecte environ 260 millions de personnes à travers le monde, la majorité d’entre elles habitant en Asie du Sud. Elle se traduit par des violations massives des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. Même si de telles discriminations sont souvent illégales dans les pays concernés, les lois ne sont pas nécessairement appliquées et le système juridique, biaisé en faveur des castes supérieures, laisse les dalits sans aucune protection.

La division d’une population donnée en castes est un phénomène global qui dépasse une religion particulière. En Asie du Sud, il est vrai que la discrimination de castes est traditionnellement ancrée dans le système de castes de l’hindouisme, en fonction duquel les dalits sont considérés comme « hors castes ». Néanmoins, les systèmes des castes et leurs discriminations se sont également transmis dans les communautés chrétiennes, bouddhistes, musulmanes et sikhes. Ils se retrouvent en outre en Afrique, dans d’autres régions d’Asie, au Moyen Orient, dans le Pacifique et dans les communautés de la diaspora à travers le monde entier.

Problème global – réponse globale !

En 2009, Madame Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, a déclaré qu’il était temps d’éradiquer le concept honteux des castes et appelé la communauté internationale à appuyer de tels efforts. Comparant la campagne contre les discriminations de castes à celles qui ont permis de mettre fin à l’esclavage et à l’apartheid, elle a plaidé « qu’il est possible et impératif d’abattre les barrières des castes également ». Mme Pillay parle en connaissance de cause. Elle a été engagée dans la lutte contre le système d’apartheid et elle est d’origine indienne. Ses paroles constituent un des plus grands succès pour la cause des dalits. Et il est dû en particulier aux engagements, aux luttes et à la détermination des dalits eux-mêmes, renforcés par un plaidoyer au niveau national et appuyés, surtout au cours des 10 dernières années, par un sens grandissant des responsabilités parmi les acteurs internationaux afin de mettre fin à cette forme de discrimination.

D’autres succès importants ont été engrangés, tant dans des pays concernés directement qu’au niveau international. Ceci montre que la discrimination de caste est de plus en plus reconnue comme une atteinte majeure aux Droits humains, au développement et à la sécurité de notre temps.

Plusieurs gouvernements ont fait connaître leur appui au document provisoire des Nations Unies, connu comme « Principes et lignes directrices pour éliminer la discrimination liée au système des castes » , premier texte des Nations Unies traitant de ces atteintes aux Droits humains d’une façon globale. Le Népal a été le premier pays concerné à donner son aval au texte de l’ONU, et le Pakistan a également signalé son appui aux principes de l’ONU. En Grande Bretagne, la « House of Lords » a voté en faveur d’un amendement de la loi sur l’égalité (Equalities Bill) pour rajouter la discrimination de caste à celles liées à la couleur de la peau, à l’ethnie ou à la nationalité de la population vivant outre-Manche. Elle vient de demander une étude à ce sujet avant de se prononcer définitivement. Malheureusement, le gouvernement indien persiste à refuser de reconnaître la discrimination de caste comme un problème international de Droits humains. Au cours de la session de printemps 2010 du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies à Genève, des pays membres de l’ONU ont essayé de pousser à la ratification du texte provisoire. Mais, selon un diplomate belge auprès des Nations Unies, l’Inde n’est pas encore prête à changer d’avis. Pour ce pays qui se flatte d’être la plus grande démocratie du monde, il suffit que la constitution ait aboli l’intouchabilité et que des lois soient censées protéger les castes répertoriées (dalits) contre des atrocités. Dans ses positions officielles, la diplomatie indienne insiste à chaque interpellation que l’application de sa législation est une affaire interne au pays dans laquelle elle ne tolère aucune intervention extérieure. Une telle position nous semble tout à fait regrettable, d’autant plus que l’Inde pourrait se profiler comme le champion de la lutte contre les discriminations des dalits.

Lutte des dalits – appui international

Nul ne conteste que les premiers acteurs pour pousser les gouvernements concernés à lutter contre de telles discriminations soient les victimes elles-mêmes, dans les pays concernés. Dans la plupart des pays d’Asie du Sud, les dalits se sont organisés et ont entamé un plaidoyer en faveur de leur cause. Au Népal et au Pakistan, l’appui du gouvernement est le plus manifeste. En Inde, les politiciens reconnaissent généralement le problème. Le Premier ministre, M. Manmohan Singh, a dit en décembre 2006 que « l’intouchabilité n’est pas seulement une discrimination sociale, mais une souillure pour l’humanité ». Par ailleurs, la constitution de 1951 condamne l’intouchabilité. Le Parlement indien a voté, il y a 20 ans déjà, une loi pour lutter contre les atrocités dont souffrent les dalits et adivasis (tribaux). Et des discriminations positives facilitent l’entrée de dalits – et d’autres catégories sociales marginalisées – dans l’administration et les institutions éducatives. Nul doute donc que l’Inde reconnaît le problème et s’est doté de mesures à la fois punitives et inclusives. Mais les textes ne suffisent pas. Il faut les appliquer ! Et le système des castes est tellement ancré dans la culture du pays qu’à bien des endroits, la volonté politique manque pour appliquer la législation protégeant les dalits. L’impunité règne en force, et il faut un plaidoyer national et international pour changer une mentalité ancrée depuis au moins 2000 années dans la culture du pays.

Depuis 10 ans maintenant, le Réseau International de Solidarité Dalit s’attelle à cette tâche. Grâce à un réseau comportant des plateformes dalits dans les pays concernés, des réseaux de solidarité dans plusieurs pays ainsi que des organisations nationales et internationales, IDSN interpelle l’opinion publique européenne, les Nations Unies, la Communauté Européenne et les entreprises étrangères installées en Inde pour que chacun, à son niveau, contribue à lutter contre les discriminations dont souffrent les dalits.

Au niveau politique, les Nations Unies ont demandé à l’Inde de fournir des rapports sur l’avancement dans le combat contre les discriminations provenant du travail ou transmises par hérédité . Mais l’Inde refuse de reconnaître que les textes de l’ONU s’appliquent aux dalits de son pays. La Commission et le Parlement européens ainsi que plusieurs pays de l’Union Européenne essaient d’inclure dans leurs pourparlers politiques et économiques avec leurs homologues indiens la question des discriminations envers les dalits.

Plus récemment, un nouvel axe de travail international a rejoint l’aspect politique. Il s’agit d’interpeller les grandes entreprises européennes pour qu’elles pratiquent dans leurs filiales indiennes des mesures de discriminations positives pour favoriser l’emploi décent des dalits, soit d’autres mesures d’inclusion sociale au profit des dalits.

La Belgique se sent-elle concernée ?

Depuis de nombreuses années, le monde politique belge est très attentif à la question des Droits humains, non seulement à l’intérieur de la Belgique, mais également au niveau international. Il suit donc de près la situation en Inde et se veut fédérateur au niveau européen. Tant l’ambassade de la Belgique à Delhi que la délégation de la Belgique auprès des Nations Unies à Genève se disent préoccupées des atteintes aux Droits humains dont sont victimes les dalits.

Du côté de la société civile, un groupe informel proche des ONG et des syndicats s’est formé il y a quelques années pour sensibiliser l’opinion publique et le monde politique à la question. Aujourd’hui, il ressent le besoin de renforcer son action et lance un appel pour des collaborations. En effet, la Belgique accède en juillet 2010 à la présidence tournante de l’Union Européenne. Il faut donc l’encourager dès maintenant à poursuivre les efforts européens entrepris au cours des années passées et en particulier sous les présidences suédoise et espagnole.

Le mois dernier, SAR le Prince Philippe a emmené une délégation d’industriels belges en Inde, afin de renforcer la présence économique et industrielle belge dans ce pays. Il est donc important d’approcher ces industriels afin que leurs implantations en Inde ne renforcent pas les discriminations, mais qu’elles facilitent l’inclusion sociale tant nécessaire. Des contacts similaires dans d’autres pays européens, et notamment en Grande Bretagne, en Allemagne et en Hollande commencent à porter leurs fruits.

Appel aux volontaires

Si vous estimez que vous pouvez faire plus que de lire ce bulletin électronique et que vous avez envie de vous engager pour faire avancer la cause des dalits, contactez-nous ! Ensemble, nous pourrons
–Sensibiliser l’opinion publique belge à cette discrimination qui, à plusieurs égards, ressemble fortement aux problèmes que la population noire d’Afrique du Sud a connus sous le régime d’apartheid ;
–Interpeller les parlementaires et les gouvernements pour que la Belgique encourage la diplomatie européenne en la matière et interpelle les gouvernements de l’Asie du Sud sur la question ;
–Approcher les industriels belges pour qu’ils facilitent une approche d’inclusion sociale dans leurs filiales en Asie du Sud et en particulier en Inde.

Pour réaliser ces tâches, le groupe « Solidarité Dalits Belgique » a besoin de votre collaboration active et de votre soutien. Contactez-nous pour voir comment VOTRE contribution peut faire la différence.

EN BREF

IDSN – dix ans de lutte contre la discrimination de caste.

Lors de sa rencontre annuelle à Genève, le Conseil du Réseau International de Solidarité avec les Dalits (International Dalit Solidarity Network – IDSN) a soufflé le 8 mars dernier ses dix bougies. 10 années de lutte contre la discrimination de caste, présente dans plusieurs pays et régions du monde. La lutte des dalits est de plus en plus reconnue au niveau international, y compris par le Prix Nobel de la Paix, l’archevêque sud-africain Desmond Tutu.

Au début du nouveau millénaire, il s’était exprimé ainsi : « En 2001, j’ai constaté que l’Inde a été au premier rang pour lutter contre l’apartheid et j’ai exprimé ma conviction que le peuple indien voudrait également mettre fin au fléau de la discrimination de caste. J’espère toujours qu’il en est ainsi. J’interpelle donc avec force le gouvernement indien et mon propre gouvernement pour appuyer les efforts internationaux en vue d’éliminer la pratique de l’intouchabilité qui constitue une souillure pour l’humanité. Un tel support constituerait un encouragement à la lutte pour les droits des dalits, non seulement en Inde, mais à travers le monde entier. »

En 2010, il reste malheureusement encore beaucoup à faire pour éliminer cette atteinte majeure aux droits humains qui affecte quelque 260 millions de personnes à travers le monde.

Tout avait commencé par un appel à la solidarité lancé par des militants dalits d’Asie du Sud qui estimèrent que leur voix n’était pas entendue. Cet appel a conduit à la création d’IDSN et, 10 ans plus tard, la cause des dalits est reconnue à travers le monde entier. IDSN y a joué un rôle important. Le réseau est devenu une source indispensable d’information, en particulier à travers son site Internet et ses publications. Mais ces réussites ne conduisent pas à l’euphorie. Les dalits continuent à souffrir de violations flagrantes de leurs droits humains, et beaucoup d’obstacles se dressent encore devant eux avant que cette discrimination n’appartienne au passé.

Alors que les défenseurs des droits pour les dalits ont agi pendant plusieurs décennies dans leurs pays respectifs, ils reconnaissent aujourd’hui l’importance d’une action globale et concertée afin de créer une volonté politique et de susciter l’appui de la société civile. Un pays comme l’Inde ne peut que bénéficier d’un tel engagement au niveau international.

« Nous sommes parvenus à internationaliser le phénomène. Les gouvernements ne peuvent plus prétendre que la discrimination de caste n’est qu’une affaire interne des pays qui pratiquent les systèmes de castes. Il s’agit d’un problème global de droits humains et il faut le combattre par des moyens globaux, » selon la coordinatrice du réseau, Rikke Nöhrlind.

« Solidarité Dalits Belgique » est fière d’être associée à IDSN et souhaite au réseau international beaucoup de succès au cours des prochaines années.

Kandhamal – missions européenne et américaine

Depuis les sanglantes émeutes antichrétiennes en Orissa de décembre 2007 et d’août 2008, beaucoup d’encre a coulé. Si le gouvernement indien estime que la situation s’est normalisée, il reste encore beaucoup à faire, comme l’ont constaté deux délégations étrangères récemment.

D’abord, une mission dépêchée par l’Union européenne se rendait en Inde du 3 au 5 février 2010. Au terme de cette mission, Mgr Raphael Cheenath, archevêque catholique de Cuttah-Bhubaneswar (déjà cité dans le n° précédent de Flash dalit ) avait dénoncé en termes très clairs la propension des autorités de l’Etat de l’Orissa et du district de Kandhamal à ne pas tenir les promesses faites par elles en matière d’indemnisation des victimes et de réinstallation des personnes ayant pris la fuite.

Quelques semaines plus tard, une délégation de chrétiens américains s’est aussi rendue en Inde. Ce voyage avait été rendu nécessaire par les informations contradictoires reçues aux Etats-Unis par diverses institutions indiennes quant à la situation actuelle en Orissa. Durant les cinq jours passés en Inde, la délégation a rencontré aussi bien des responsables des Eglises chrétiennes et des survivants des attaques que des hommes politiques locaux et des leaders de groupes hindouistes radicaux. Les délégués américains ont été surpris d’entendre des responsables hindous qui s’expriment ‘du haut d’une position qu’ils imaginent supérieure et estiment qu’ils peuvent dicter leur ordre du jour à l’Eglise et au gouvernement’. Au terme de cette mission en Inde, la délégation avait la ferme intention de demander au gouvernement américain d’étudier de près la situation en Orissa.

D’après une dépêche d’Eglises d’Asie, Paris

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