Flash dalit n° 6 – juin 2009

Flash dalit n° 6 – juin 2009 (version PDF)
Flash Dalit
Magazine électronique sur les droits humains des dalits en Asie du Sud
Edit. resp. : B. de Guchteneere, 125 av. de Broqueville, 1200 BruxellesNuméro 6 – Juin 2009
Une initiative du réseau « SOLIDARITE DALITS BELGIQUE »
Adresse de contact : flashdalit@scarlet.be – Flash dalit se trouve également sur le site www.entraide.be

Editorial

Chère lectrice, cher lecteur,

Comme dans les précédentes éditions de notre magazine électronique Flash dalit, l’équipe de rédaction voudrait attirer votre regard sur un aspect particulier des dalits du sud-est asiatique. Nous vous proposons aujourd’hui une courte présentation de la situation des dalits chrétiens. Il nous a semblé, en effet, que leur situation particulière au sein de leurs Eglises et dans la société plus large mérite un regard critique sur cette population, certes minoritaire parmi les dalits, mais majoritaire dans les Eglises chrétiennes de l’Inde. Quelques nouvelles brèves complètent le numéro actuel, en nous penchant notamment sur les suites de la violence dont ont souffert tout particulièrement des dalits chrétiens, notamment dans l’Etat d’Orissa.
L’équipe de Flash dalit

L’EGLISE CATHOLIQUE ET LES DALITS – UNE COURTE PERSPECTIVE HISTORIQUE

Les données historiques regorgent de ségrégation de caste et de discrimination au sein de l’Église catholique en Inde, et ce dès sa création.

A Tiruchirapalli (mieux connu sous son nom Trichy), la cathédrale construite entre 1839 et 1841 était dotée de la séparation traditionnelle des castes. Dans certains endroits, les dalits disposaient de leurs propres églises. Dans d’autres, les offices pour dalits se donnaient en dehors de l’église. Dans les églises communes, les dalits étaient installés sur le côté ou dans le fond et ne pouvaient communier qu’après les chrétiens des castes. Les autorités de l’Église étaient bien entendu au courant et conscientes de cette pratique discriminatoire. Déjà au synode de Pondichéry en 1844, l’arrangement des places assises dans les églises pour les différentes castes fut débattu, de même que l’inégalité et l’injustice envers les dalits. Une déclaration fut émise. Mais les chrétiens des castes accusèrent les missionnaires de tenter d’abolir le système de caste. Ils refusèrent de retourner à l’église jusqu’à ce que l’ancien ordre soit rétabli.

Ailleurs, à Vadakkankulam, les gens de la caste des vellalars refusèrent de communier au corps du Christ à la vue des nadars (dalits) après que le prêtre ait démoli le mur qui empêchait aux deux groupes de se voir dans l’église. De 1893 à 1900, à l’Université St Joseph de Tiruchirapalli, les étudiants de la haute caste refusaient de manger avec ceux de la communauté de pêcheurs. Toujours à Tiruchirapalli, les chrétiens de caste entreprirent des manifestations et des actes de violence contre les adi dravidars pour les empêcher d’entrer dans l’église. L’évêque de Mylapore, lors de la Conférence épiscopale indienne en 1921, implora de ne pas réitérer l’instruction – non mise en œuvre – de la Propaganda Fide en 1783, qui désapprouvait la séparation des places assises dans les églises. Il fit de même pour la lettre de Propaganda de 1865 qui exigeait que toutes les castes soient admises dans les écoles catholiques.

En 1933, les évêques de l’Inde du Sud se rassemblèrent pour rédiger une lettre pastorale commune dans laquelle ils demandaient l’abolition de la distinction de la caste dans les églises.

Malheureusement, au cours des décennies écoulées, l’Eglise catholique en Inde n’est pas parvenue à casser les barrières des castes, malgré que 85 % des écoles y soient dirigées par des chrétiens.

Pourtant les évêques sont conscients du problème et de leur responsabilité, comme le montre un texte adopté en assemblée générale en mars 1998 : « L’Eglise catholique en Inde s’est engagée activement, en particulier au cours des dernières années, à dénoncer le système des castes et les discriminations envers les dalits. Elle a pris des mesures positives pour leur développement… »

LA SITUATION DES DALITS CHRETIENS DANS L’EGLISE CATHOLIQUE D’AUJOURD’HUI

Bien que les dalits chrétiens représentent 65% des fidèles de l’Eglise catholique du Tamil Nadu, près de 3,8% seulement des prêtres et religieuses sont dalits. De même, parmi près de 155 évêques catholiques recensés en Inde, moins d’une dizaine sont dalits. Une fois encore, il s’agit d’une sérieuse exclusion des dalits chrétiens de la structure de l’Église, même si ceux-ci représentent une grande majorité de la population catholique. Il s’agit là d’une preuve irréfutable de la domination de la caste à tous les niveaux de sélection, de recommandation et de prise de décision lors de la nomination des dirigeants.

Avec la formation du Mouvement pour la libération des dalits chrétiens (DCLM, en anglais), la lutte des dalits chrétiens pour l’égalité, la justice et la non discrimination au sein des Eglises est devenue une réalité. Bien que le Mouvement se limite au Tamil Nadu, ses effets se sont également fait sentir dans d’autres États du sud. Dans certains États du nord, quelques tentatives d’unification des dalits chrétiens ont été entreprises.

Ci-dessous se trouvent des extraits du manifeste des dalits chrétiens soumis à la Conférence épiscopale du Tamil Nadu.

(1) La pratique de l’intouchabilité n’a pas de place au sein de l’Église. Quelle que soit sa forme, elle doit être interdite.
(2) La structure de l’autorité de l’Église catholique doit être décentralisée et démocratisée en vue de permettre la mise en place d’un clergé dalit et la participation des dalits dans les organes de prise de décision tels que les conseils paroissiaux, les commissions de surveillance pour l’éducation, les centres diocésains de service social et autres organes administratifs.
(3) Nous exigeons une certaine justice sociale de la part de l’Église. Pour nous, justice est évidemment synonyme de partage du pouvoir, ce qui doit se baser sur le principe de la proportionnalité.
(4) Nous comprenons que la vocation est un appel de Dieu. Toutefois, le fait que seulement 3,8% des prêtres et autres membres du clergé soient d’origine dalit chrétienne indique une certaine discrimination, qu’elle soit manifeste ou non. Des changements au niveau de la structure doivent être apportés, afin de recruter davantage d’hommes et de femmes de la communauté dalit en vue de rétablir un certain équilibre.
(5) Les églises chrétiennes en Inde – qui rassemblent 2% de la population totale – sont capables de fournir 20% des services de l’éducation dans le pays. Une organisation d’une telle ampleur doit adopter les dalits chrétiens comme groupe cible et travailler pour le développement de leur éducation.
(6) Les centres diocésains de service social disposant d’un énorme budget doivent diriger leurs ressources pour améliorer la qualité de vie (logement, santé et alimentation) des dalits chrétiens dans leurs diocèses. Des représentants dalits doivent être présents au conseil d’administration et dans les fonctions administratives.
(7) Dans la lutte pour obtenir ses droits du pouvoir central et des gouvernements des États, l’Église doit adopter des options plus précises afin de politiser le problème.
(8) Nous demandons à l’Église de développer des programmes économiques pour réduire la faim et la misère des dalits qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, en particulier les ouvriers agricoles sans terre.
(9) Ces dalits chrétiens qui travaillent dans des mouvements et organisations œuvrant pour l’amélioration de la cause dalit ne doivent pas être pénalisés ou brimés.

LES DALITS CHRETIENS DANS LA SOCIETE INDIENNE

Une analyse minutieuse révèle que, dans une grande mesure, les professions dans lesquelles sont engagés les dalits chrétiens sont semblables à celles des dalits hindous. Selon une étude réalisée dans l’Inde du Nord-Ouest, près de 30% des dalits chrétiens sont des ouvriers. Parmi eux, plus de 7 sur 10 travaillent comme ouvriers agricoles dans un secteur non organisé et moins de 3 sur 10 dans le secteur des services. En outre, plus de 10% des dalits chrétiens sont éboueurs, tout comme leurs homologues hindous. Selon le recensement de 1991, près des deux tiers de l’ensemble des dalits sont des ouvriers agricoles dans le Tamil Nadu. Quant aux dalits chrétiens, une étude réalisée au Tamil Nadu indique que 55% d’entre eux sont des ouvriers agricoles. Par conséquent, le pourcentage est fort proche. De même, près de 15 % des dalits travaillent sur leurs propres champs agricoles ; parmi eux, 7% sont chrétiens. Un faible pourcentage des dalits chrétiens est passé dans les emplois inférieurs dans l’administration ou dans l’enseignement. L’éducation qu’ils ont reçue dans les établissements chrétiens en est peut-être la raison. Toutefois, la grande majorité reste ouvriers agricoles sans terre comme les autres dalits.

D’un point de vue légal, la Constitution indienne habilite le président de l’Inde à déterminer les castes et groupes pouvant être considérés comme castes répertoriées et pouvant par conséquent profiter de postes réservés aux dalits. Le président a établi un ordre connu sous le nom de Constitution (Scheduled Castes) Order en 1950. Selon ce dernier, seuls les dalits hindous représentent une caste répertoriée ; ils sont donc les seuls à bénéficier des privilèges et droits prévus pour les castes répertoriées par la Constitution. Les sikhs et les bouddhistes furent introduits dans le plan des quotas réservés en 1956 et 1990 respectivement, suite à une pression politique. Une autre raison de leur inclusion serait que ces deux religions sont considérées comme étant dérivées de l’hindouisme. Et pourtant, la Constitution définit la caste répertoriée comme une catégorie sociale. Dans ces articles, aucun contexte religieux des communautés des castes répertoriées n’est mentionné.

Le troisième paragraphe de cette loi viole les droits constitutionnels des dalits chrétiens et dalits musulmans. Sur base de cet argument, une pétition a été présentée devant la Cour suprême. La Haute Cour de Madras a également reconnu l’appel d’un dalit qui contestait l’exclusion des dalits chrétiens par rapport à la Loi de 1976 sur la protection des droits civils. Pour les chrétiens, cette discrimination basée sur la religion viole la Constitution indienne. Les principes constitutionnels interdisent en effet toute discrimination par rapport à la religion, à la race, à la caste, au sexe ou au lieu de naissance. Il est intéressant de signaler que plusieurs gouvernements d’États et des commissions telles que la Commission Mandal ou la Commission des classes moins favorisées d’Andra Pradesh recommandèrent au pouvoir central et aux gouvernements des États d’étendre les privilèges des quotas de réservation des castes répertoriées aux dalits chrétiens. C’est pour cette raison que le débat de la Commission Mandal se devait de mentionner la persévérance des discriminations basées sur la caste, même après la conversion religieuse : « Le changement de religion n’a pas toujours réussi à supprimer les castes. Les personnes converties transposent leurs castes et leurs métiers dans les nouvelles religions. Il en résulte que même parmi les sikhs, les musulmans et les chrétiens, le système de caste prévaut à plusieurs niveaux, en dépit de leur prédication. Ce système de caste est donc devenu le drame de la société indienne entière dont le degré de rigidité varie de religion à religion ».

Le 22 décembre 1986, on essaya d’introduire une fois encore un changement législatif en attirant l’attention du Parlement sur les demandes des castes répertoriées. L’un des principaux arguments de P.J. Kurien – à l’origine de cette proposition de loi- était que les personnes de castes répertoriées converties au christianisme étaient, sur le plan social, économique et éducatif, au même niveau (et dans certains cas plus bas) que leurs homologues hindous. En outre, Kurien déclara qu’une personne convertie reconvertie ensuite à l’hindouisme peut devenir membre des castes répertoriées et bénéficier de tous les avantages. Ici, la liberté de religion n’a aucun sens.

Une autre tentative d’introduire une proposition de loi présentant une disposition pour la réservation de postes pour les dalits chrétiens fut mise en place de 1991 à 1994. Narayana Swamy introduit une proposition recommandant d’inclure les dalits chrétiens dans les castes répertoriées. Cette proposition énonçait clairement que les castes répertoriées et les chrétiens convertis des castes répertoriées vivent dans le même village ou la même ville sous une organisation sociale similaire. Il n’y a aucune raison de leur refuser les droits à cause de leur conversion. Mais cette proposition de loi ne put voir le jour. Dans une Note de Cabinet datant du 6 mars 1996, le Ministère de la santé et du bien-être avait proposé de considérer les convertis au christianisme des castes répertoriées comme castes répertoriées afin de les rendre éligibles pour toutes les protections statutaires et les avantages octroyés aux membres des castes répertoriées. Le Cabinet accepta cette proposition lors de sa réunion du 7 mars 1996. Bien que la proposition de loi fût reprise en introduction comme élément supplémentaire au Lok Sabha le 12 mars 1996, elle ne put être présentée. Suite à l’ajournement du Parlement, le cabinet décida, le 14 mars 1996, qu’une ordonnance soit proposée au président. Toutefois, celle-ci ne fut pas promulguée non plus.

En nommant la Commission nationale pour les minorités religieuses et linguistiques, le précédent gouvernement de l’UPA (Alliance progressiste unie) a montré qu’il est ouvert à un examen de la demande des dalits chrétiens et des dalits musulmans.

Une opposition à la demande des dalits chrétiens pour la réservation de postes pourrait néanmoins venir des quatre groupes suivants :
(a) Les forces nationalistes hindoues : ils pourraient s’opposer à la réservation de postes pour les dalits chrétiens et les dalits musulmans sous prétexte que si les dalits issus de ces religions se voient accorder ce quota, de nombreux autres dalits abandonneraient l’hindouisme à leur tour.
(b) Les dalits adeptes de l’hindouisme, du sikhisme et du bouddhisme : ils devraient partager alors le quota de réservation également avec ces groupes. Ils pourraient se préoccuper plus de ne pas perdre ce quota que d’étudier les possibilités de créer un groupe solide au sein des dalits et d’obtenir une plus grande solidarité pour la défense de leurs droits. Car la limite actuelle de 15,5% du quota de réservation pour les castes répertoriées n’est pas établie une fois pour toutes et peut être réexaminée ;
(c) Les chrétiens de caste : ils pourraient également s’y opposer, de peur de voir les dalits considérés leurs égaux. Depuis le début, ils se sont opposés à toute tentative de changement et se sont rebellés contre l’Église lorsqu’elle essaya d’introduire des modifications dans la vie des dalits chrétiens.
(d) Enfin, les hommes politiques : ils resteront indécis sur la question puisque les dalits chrétiens ne constituent pas une part importante des votes. Accepter ou refuser le quota de réservation aux dalits chrétiens dépendra majoritairement des perspectives électorales.

Finalement, en tenant compte de tous ces faits, le nouveau gouvernement issu des élections générales de 2009 devrait demander que la Commission nationale pour les minorités religieuses et linguistiques soumette son rapport au plus vite afin que celui-ci soit examiné attentivement. Le Premier ministre devrait ensuite faire une déclaration proactive, comme ce fut le cas avec le Rapport du Comité Sachar et octroyer le quota de réservation aux dalits chrétiens dans un délai précis.

L’avenir nous dira si ces espoirs sont couronnés de succès.

Sources : Fr Cosmon Arokiaraj, CBCI Commission for SC/ST/BC ; Fr Francis Xavier, SJ ; Prakash Louis, Bihar Social Institute

EN BREF

INDE : UNE FEMME DALIT PRESIDENTE DU PARLEMENT.

La nomination de Meira Kumar comme présidente du ‘Lok Sabha’, la Chambre Basse du Parlement de l’Inde, fut reconnue comme un événement historique. Sa candidature ayant été approuvée tant par les parlementaires de la majorité que ceux de l’opposition, Meira Kumar fut invitée à se rendre à la tribune présidentielle. Elle y fut conduite par le premier ministre Singh et par le leader de l’opposition, Advani.

Singh déclara que l’élection de la juriste et diplomate, âgée de 64 ans, était en réalité une percée sociale : “Pour la première fois, une femme a été choisie pour remplir les fonctions de présidente de la Chambre. Une femme qui en outre appartient à la communauté des dalits. En vous choisissant, les parlementaires rendent honneur aux femmes de ce pays et à leurs considérables contributions”. A son tour, Meira Kumar s’exprima en termes solennels : “Je suis honorée qu’une chance extraordinaire et historique m’ait été offerte. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour diriger au mieux cette honorable assemblée.”

Bien sûr, Meira Kumar n’est pas la première femme à atteindre les échelons les plus élevés de la vie politique en Inde. Ce qui donne un caractère unique à l’élection de Meira Kumar c’est qu’elle est à la fois femme et dalit. Même si le système des castes est condamné et interdit par la constitution de l’Union Indienne , il n’en reste pas moins que les 260 millions de dalits, un quart de la population totale de l’Inde, subissent toujours une marginalisation extrême, surtout dans les zones rurales. Elles doivent toujours accomplir les travaux les plus abjects et ne peuvent utiliser les services comme l’approvisionnement en eau potable par exemple.

Meira Kumar a été une diplomate de haut niveau. Elle fut aussi élue comme membre du parlement à cinq reprises et était, avant sa récente élection, ministre de l’Eau dans le gouvernement central. Un journaliste du ‘Times of India’ souleva la question de savoir si elle peut prétendre à être ou même à devenir un symbole pour la femme dalit opprimée.

Les partisans de la nouvelle présidente du parlement insistent sur son engagement, pendant de longues années, pour la défense des droits des femmes et aussi des droits humains. En effet, il est clairement établi que Meira Kumar a, au cours des vingt dernières années, visité un nombre incalculable de villages où des femmes dalits avaient été victimes de violences et d’autres formes d’oppression.

(D’après Koen Vidal, De Morgen, 04.06.09, p. 20)

7 mois après… Entretien exclusif avec Mgr Cheenath (Orissa)

Sept mois après la dernière vague de violences antichrétiennes qui a endeuillé le district du Kandhamal, dans l’Etat de l’Orissa, pas un seul auteur de ces actions violentes n’a été jugé et condamné ; certains extrémistes hindous ont bien été arrêtés mais ils ont été rapidement remis en liberté sous caution et continuent de faire régner un climat de peur dans la région. De passage à Paris, dans un entretien exclusif à Eglises d’Asie, Mgr Raphael Cheenath, archevêque du diocèse catholique de Cuttack-Bhubaneswar, dénonce cette situation mais veut croire que les élections générales, qui débutent le 16 avril prochain, sont susceptibles d’apporter des changements à même de « redonner espoir aux communautés chrétiennes » dont il a la charge.

Dans le district du Kandhamal, la situation est aujourd’hui redevenue calme. Mais, dénonce Mgr Cheenath, ce sont là des apparences trompeuses : « [Les chrétiens] ont peur de revenir chez eux car ils ne veulent pas être soumis au chantage des hindouistes, qui leur promettent de restituer leurs biens s’ils se convertissent à l’hindouisme. » Dans les camps de personnes déplacées, mis en place par le gouvernement de l’Etat de l’Orissa, les chrétiens ne sont pas plus rassurés. D’une part, les autorités souhaitent désormais fermer ces camps et, pour cela, elles exercent de fortes pressions sur les personnes pour qu’elles acceptent de repartir chez elles ; et, d’autre part, aucun coupable n’ayant été déféré devant la justice, les chrétiens ont peur de se retrouver vivre aux côtés de ceux-là même qui les ont persécutés. »

Interrogé sur les conditions qui permettraient un retour à la normale au Kandhamal, Mgr Cheenath résume ainsi son propos : « Lorsque les gouvernements sont faibles, l’avenir est lugubre. » Dès lors que le gouvernement fédéral, à Delhi, et le gouvernement local, dans tel ou tel Etat, se montrent faibles, les hindouistes passent à l’action, explique encore Mgr Cheenath. A cet égard, l’évêque salue la déclaration, le 20 mars dernier, du ministre fédéral de l’Intérieur, Palaniappan Chidambaram, qui, de passage à Bhubaneswar, capitale de l’Orissa, a déclaré qu’il était « de la responsabilité (de l’Etat de l’Orissa) de s’assurer que la paix est maintenue dans le district du Kandhamal », mais Mgr Cheenath souligne aussi que l’impunité dont continuent de bénéficier, à ce jour, les auteurs des attaques antichrétiennes est révélatrice d’une certaine faiblesse des pouvoirs publics.

En conclusion, Mgr Cheenath se dit heureux que les fêtes de Noël dernier se soient déroulées dans le calme, mais il déplore que les personnes victimes des attaques antichrétiennes manquent toujours de tout. A cet égard, il souligne qu’il est plus facile de trouver un soutien en Occident, auprès des grands organismes caritatifs, pour des catastrophes naturelles, telles le cyclone qui avait ravagé l’Orissa en octobre 1999, que pour des violences liées à des persécutions religieuses. Mgr Cheenath se dit inquiet pour la fête de Pâques, célébré, cette année, le 12 avril, soit quatre jours avant le début des opérations électorales (qui se déroulent sur près d’un mois en Inde), et qui pourrait servir de prétexte à un coup d’éclat des groupes hindouistes.

D’après une dépêche d’Eglises d’Asie, Paris

SIKHISME ET DALITS EN INDE
Fin mai 2009, deux chefs religieux indiens de la secte ‘radivasi’, constituée de dalits appartenant à la religion sikh, étaient en mission dans divers pays d’Europe occidentale. Les membres de cette secte vénèrent un saint, né dans une famille de travailleurs du cuir et donc considérés, au moins depuis le 15ème siècle, comme ‘intouchables’.
Un de ces deux leaders fut massacré dans un temple à Vienne, en Autriche, le 24 mai 2009.
La nouvelle de cet assassinat ne tarda pas à être largement diffusée dans l’Etat indien du Pendjab, dont les leaders étaient originaires. Dans cet Etat, il a fallu immédiatement faire face à une éruption sauvage d’émeutes, souvent en déclarant sur le champ un couvre-feu et cela dans plusieurs villes de l’Etat.
Informé de la cette situation, le premier ministre de l’Union indienne, Manmohan Singh, lui-même un Sikh, n’a pas tardé à faire entendre sa voix en disant: « le sikhisme prêche la tolérance et l’harmonie. J’en appelle à toutes les couches de la population du Pendjab d’abjurer la violence et de maintenir la paix. »
En principe, le sikhisme rejette toute division de caste; un de ses enseignements majeurs est du reste l’égalité de tous les croyants. Mais l’existence de sectes basées sur des considérations de caste dans le sikhisme met clairement en lumière combien profondes sont en réalité – et ce depuis des millénaires – les divisions de castes.
L’Etat du Pendjab aurait un des taux les plus élevés de dalits dans toute l’Union indienne. Même si l’intouchabilité a beaucoup régressé, elle reste très présente dans la vie quotidienne des Sikhs dans les campagnes, écrit Surinder JODHKA, un sociologue de l’Université Jawaharlal Nehru à Delhi, où il étudie les castes dans l’Etat du Pendjab.

D’après Lydia Polgreen, International Herald Tribune, 26 mai 2009, p.8

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