Flash dalit n° 10 – septembre 2011

Flash Dalit n°10 – juin 2011 (Version PDF)

Flash Dalit
Magazine électronique sur les droits humains des dalits en Asie du Sud
Edit. resp. : B. de Guchteneere, 125 av. de Broqueville, 1200 BruxellesNuméro 10 – Septembre 2011
Une initiative du réseau « SOLIDARITE DALITS BELGIQUE »
Adresse de contact : flashdalit@scarlet.be – Flash dalit se trouve également sur le site www.entraide.be

Editorial

Cher lecteur

Afin de mieux rendre compte des différentes nouvelles concernant la situation des Dalits à travers l’Asie, nous vous proposons dans votre Flash dalit certains articles plus courts, avec un lien pour lire l’article dans son intégralité (en anglais pour le moment). N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et suggestions. L’équipe de rédaction.

Conférence : Décennie décisive contre la discrimination basée sur le travail et l’ascendance

La Conférence « Décennie décisive contre la discrimination basée sur le travail et l’ascendance (2011-2020) » a eu lieu à Genève les 24 et 25 juin 2011. Elle a été organisée par un groupe d’organisations incluant la Campagne Nationale sur les Droits Humains des Dalits (NCDHR), le Mouvement International contre Toute Forme de Discrimination et de Racisme (IMADR), le Réseau International de Solidarité Dalit (IDSN) ainsi que d’autres organisations nationales et internationales. Le but de la conférence était d’évaluer les interventions du passé, en particulier réalisées envers les Nations Unies, et de développer des stratégies efficaces en vue de préparer des interventions nationales et internationales pour la prochaine décennie 2011-2020. Environ 50 personnes ont participé à la conférence, provenant de l’Inde, du Népal, du Sri Lanka, du Bangladesh, du Japon et de l’Europe.

Dans son allocution aux participants de cette conférence, M. Mungoven, parlant au nom de Mme Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, signalait ceci : « Pour le Haut Commissaire, ce qui importe avant tout, c’est ce qui se passe sur le terrain et qui a des répercussions sur la vie de ceux dont l’existence quotidienne est déterminée et limitée par leur caste et profession. Pauvreté, chômage, discrimination dans l’administration de la justice, accès inégal aux soins de santé, à l’éducation et au logement sont des problèmes que rencontrent les victimes des discriminations de caste.
Les victimes comprennent les éboueurs manuels qui nettoient encore aujourd’hui de leurs mains nues les toilettes publiques dans des villes qui aspirent au plus haut développement, des familles qui n’ont pas accès à une source publique d’eau potable, des enfants qui héritent de leurs parents une dette et un travail forcé, des jeunes gens brillants et diplômés qui se voient refuser leur nomination ou promotion, des villageois soumis à un rituel humiliant voire même à des violences de la part des plus puissants et des femmes qui subissent des formes multiples de discriminations et qui sont victimes de violences, y compris la violence sexuelle, l’exploitation et des traitements inhumains. »

Dans leur déclaration finale, les participants insistent sur l’importance de constituer un véritable mouvement mondial des communautés affectées par les discriminations basées sur l’ascendance et le travail (DAT) dans différentes régions, nations et cultures du monde. En effet, les communautés affectées sont les principaux acteurs pour « faire tomber les barrières de caste » afin que tous puissent jouir des droits et libertés à la fin de la décennie 2011-2020. Pour y parvenir, lors de la conférence, les participants ont adopté des stratégies spécifiques aux niveaux local, national, régional et international.

Pour plus d’informations sur la conférence, sa déclaration finale, le discours du représentant du Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, ainsi qu’un rapport de la conférence, voir :
http://idsn.org/news-resources/idsn-news/read/article/conference-on-dalit-rights-the-un/128/

Regards sur la situation des Dalits au Bangladesh

L’Etat ne discriminera aucun citoyen en fonction de la religion, de la race, de la caste, du sexe ou du lieu de naissance.
Constitution du Bangladesh, article 28 (1), 1972

Chaque jour nous sommes confrontés à de la discrimination. Les gens nous disent « ne restez pas près de moi parce que vous êtes sales et dalits. »
Babi Rani.

Sur papier, le Bangladesh a une constitution progressiste qui garantit l’égalité des droits de tous les citoyens, sans distinction de sexe, de caste, de religion, d’ethnie ou de race.

Le Bangladesh a ratifié tous les principaux traités et conventions internationales concernant les droits humains, y compris la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Cependant, les Dalits et autres communautés minoritaires à travers le pays continuent de subir des discriminations.

Les estimations varient, mais les enquêtes par sondage indiquent qu’il y a environ 5,5 millions de Dalits et d’autres membres de communautés socialement exclues au Bangladesh. La discrimination de caste est un sujet très complexe – il résulte d’une variété de facteurs qui interfèrent : la caste, la religion, le lieu de naissance de la famille et la profession. Dans une économie essentiellement rurale et semi-urbaine, les métiers traditionnels (par exemple la pêche, le travail des balayeurs, des coiffeurs, la lessive, la teinturerie, les forgerons, les cordonniers, les tisserands, les bouchers) jouent un rôle important pour définir les relations sociales, politiques et économiques. Ces métiers se transmettent en général au sein de la famille et ces communautés souffrent souvent de pratiques de discrimination, de ségrégation et d’intouchabilité qui y sont associées. Ainsi, l’appartenance à leur caste a des répercussions sur l’accès à l’éducation, aux emplois, aux soins de santé, au système judiciaire et au droit de choisir où vivre, où travailler, où pratiquer la religion et avec qui se marier.

Pauvreté et Droits humains

La majorité des Dalits du Bangladesh vivent en dessous du seuil de pauvreté, ils sont à la traîne dans tous les indicateurs de développement (ainsi, les taux de mortalité maternelle sont beaucoup plus élevés parmi les femmes dalits). En ville, les Dalits vivent habituellement dans ce qu’on appelle des « colonies », dans des conditions semblables aux bidonvilles, et souvent, 3 générations et 8-12 personnes partagent une seule pièce. Environ 60.000 Dalits habitant Dhaka ont des problèmes d’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires. La majorité des Dalits ne possèdent pas de terre, et dans les régions rurales, ils vivent dans des huttes construites de boue et de paille, souvent sur des terrains publics, sous la menace constante d’expulsions.
Les Dalits et les autres communautés d’exclus souffrent d’insécurité quotidienne, d’incertitude et de violence. Des cas d’abus physique, de viol et d’assassinat sont régulièrement signalés. A Jessore, en juillet 2009, une adolescente dalit a été violée par un groupe d’hommes. Dans la majorité des cas, les auteurs ne sont pas traduits en justice en raison de la discrimination opérée par la police, de l’absence de priorité donnée à l’affaire, du lobbying politique par les auteurs ou du manque d’argent de la victime ou de sa famille pour poursuivre l’affaire. Les victimes et leurs familles craignent souvent les représailles. Contrairement à l’Inde, il n’existe pas de quotas pour les dalits en politique, et la représentation politique est très faible – moins de 0,5% des sièges au niveau national et local sont occupés par des Dalits.

Femmes dalits

Les femmes dalits sont victimes de beaucoup de formes de discriminations et de violence qui résultent de l’appartenance à leur caste et de leur sexe, et elles sont particulièrement vulnérables. Les communautés dalits sont souvent profondément patriarcales, avec des restrictions sévères imposées sur les droits des femmes, leur mobilité et leur liberté, en particulier en matière de mariage. Beaucoup de filles se marient jeunes, sont incapables de quitter leur maison sans être accompagnées et n’ont aucune indépendance financière. Les femmes dalits qui sont autorisées à travailler sont souvent des balayeuses ou font du nettoyage ; elles sont régulièrement victimes d’abus, tant de la part de leur employeur que du public. Le congé de maternité d’après les règles du gouvernement est de 4 mois, mais on refuse souvent aux femmes dalits de prendre plus que 2 mois.

Emploi

Les Dalits et les autres communautés exclues travaillent habituellement dans les emplois les plus ingrats, peu payés et dangereux. Le chômage et le sous-emploi constituent des enjeux majeurs, notamment en raison du manque de compétences, de formation et d’éducation. Lors d’un récent sondage parmi les cordonniers, il est apparu que 53% ne gagnent que 20 à 30 € par mois. Les Dalits qui vivent et travaillent dans les plantations de thé sont confrontés à des discriminations spécifiques. En effet, beaucoup d’entre eux vivent dans la servitude ou reçoivent des salaires extrêmement bas (0,3 € par jour), de sorte qu’ils sont incapables de s’offrir une alimentation adéquate, des soins de santé ou l’éducation pour leurs enfants.

Education

La plupart des Dalits ne terminent pas l’enseignement primaire, et la grande majorité ne suivent qu’un an ou deux de scolarité. Une étude a montré des taux de scolarisation de 10%, avec un pourcentage d’abandon de 95%, alors qu’au Bangladesh, le taux de scolarisation général est de 85%. La pauvreté et des pratiques discriminatoires de la part des enseignants et des autres élèves sont les raisons principales qui poussent les familles dalits à préférer que leurs enfants cherchent un travail plutôt que d’aller à l’école. Dans un sondage, 82% des Dalits hindous et 84% des Dalits musulmans signalèrent avoir souffert de discrimination avant même d’entrer à l’école et beaucoup souffrent de discriminations dans les écoles, par exemple en étant forcés de s’asseoir par terre ou de nettoyer les toilettes. La récente politique gouvernementale en matière d’éducation, qui s’engage à enseigner les enfants dans leur langue maternelle, n’est pas encore mise en œuvre. Par ailleurs, rien n’est prévu pour que des enfants dalits puissent apprendre le bangladais, ce qui constitue un obstacle majeur à leur scolarisation.
Source : BDERM Bangladesh

EN BREF

L’OIT ET LES ÉBOUEURS MANUELS EN INDE
L’Organisation Internationale du Travail OIT travaille avec le gouvernement et des partenaires sociaux en Inde pour s’attaquer aux discriminations des dalits dans 5 Etats indiens. L’objectif principal est d’appuyer les efforts du gouvernement pour améliorer l’efficacité de la législation et les règlementations concernant l’ébouage manuel, ainsi que d’intégrer la communauté des éboueurs manuels dans ce processus. D’après Coen Kompier, un spécialiste de l’OIT en matière de normes de travail et travaillant au bureau OIT de Delhi, « la réhabilitation des éboueurs manuels dépend de la confiance engendrée au sein de cette communauté, mais aussi de la suppression définitive de la discrimination de caste dont souffrent les éboueurs manuels. A travers les activités de notre projet, nous explorons dès lors des façons de réhabiliter les éboueurs manuels de façon authentique et efficace, leur donnant une véritable voix pour choisir leur profession ou emploi. » Plus d’information dans l’article suivant :
http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/press-and-media-centre/insight/WCMS_159813/lang–en/index.htm

ACCÈS À LA TERRE : UNE SECONDE MARCHE NATIONALE EN INDE

A partir d’octobre 2011, Ekta Parishad a programmé une “longue marche” d’un an qui va parcourir 300 districts de l’Inde, de Kanyakumari (au Sud) jusqu’au Nord, pour mobiliser les sans-terre à réclamer leurs droits à la terre, à l’eau et aux forêts dans une action non-violente qui culminera en octobre 2012 par une marche de 100.000 personnes sur Delhi. Cette mesure devrait permettre en particulier d’améliorer les conditions de vie de beaucoup de dalits et d’adivasis (populations indigènes). Tout prochainement, Rajagopal, le responsable d’Ekta Parishad, présentera à Bruxelles ses combats sociaux non violents et les enjeux liés à l’accès à l’eau et à la terre, en Inde et partout ailleurs dans le monde (15 sept. 2011 à 20 h, ULB, auditoire H2215, Campus Solbosch, av. Paul Héger 22, 1050 Bruxelles). Soyez les bienvenus !
Pour suivre les préparatifs et le déroulement de cette marche, voici le lien :
http://www.ektaparishad.com/jansatyagraha-2012

INDE : VERS UNE SUPPRESSION DES « CONSEILS DE CASTES » OU KHAP PANCHAYATS

Le 19 avril dernier, la Cour Suprême de l’Inde a déclaré inconstitutionnels les khap panchâyats (ou « conseils de caste »), dont la très forte influence en milieu rural et parfois même dans les villes, perpétue le système discriminatoire des castes ainsi que les exécutions extrajudiciaires.

La décision est d’importance, les khap panchâyats jouant un rôle prédominant dans la vie des villages, tenant lieu de tribunal et appliquant eux-mêmes les sentences (y compris de mort) en toute illégalité. Dans les Etats du Nord-Est comme dans le sud du pays (Tamil Nadu), ces conseils de caste sont particulièrement redoutés et leurs sentences exécutées sans rencontrer la moindre opposition. Selon les médias locaux, le nombre des affaires de « crimes d’honneur » réglées par les khap panchâyats, est largement sous-estimé, les familles des victimes n’osant pas porter plainte et les forces de l’ordre se gardant d’intervenir.

« C’est un excellent jugement qui supprime un système judiciaire parallèle agissant en contradiction avec les lois de notre pays », a commenté auprès de l’agence Ucanews, Jyotsna Chatterjee, une responsable protestante. Elle reconnaît cependant qu’il sera difficile d’éradiquer rapidement un système séculaire, enraciné si profondément dans la mentalité indienne. « Le changement devra être progressif. La Cour a donné la direction à prendre et maintenant la société et le gouvernement devront poursuivre », conclut-elle.

Ces dernières années ont vu une augmentation inquiétante des exécutions ordonnées par ces khap panchâyats, qu’il s’agisse d’interdire des mariages entre castes ou de sanctionner des unions jugées contre-nature. La sentence établie par un tribunal constitué à la hâte, sur simple dénonciation le plus souvent, est appliquée immédiatement, et peut aller du bannissement à la peine de mort, en passant par le viol collectif, la torture ou la mutilation.

La Cour Suprême a motivé son jugement en déclarant que ces “tribunaux de pacotille” n’avaient aucune autorité pour appliquer leurs lois « barbares et illégales » et que les responsables de ces « coutumes des temps féodaux » devaient être sévèrement punis.

D’après Eglises d’Asie, 22 avril 2011

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