Actualités du Monde

Mar 13 2017

Minorités et (in)égalité de l’aide en cas de catastrophes


Organisée le 24 et 25 novembre 2016, la neuvième session du forum sur les questions relatives aux minorités était axée sur la situation des minorités pendant des crises humanitaires. Ce forum constitue une opportunité unique pour des représentants d’État, des experts, la société civile, des communautés minoritaires et des agences spécialisées de s’engager dans un dialogue constructif et d’essayer de trouver des moyens pour renforcer la protection et la promotion des droits de minorités lors de la prévention de crises, pendant des situations de crise et après les crises.

International Dalit Solidarity Network (IDSN) a assisté à ce forum et invité deux représentants d’organisations membres qui ont tenu un discours à cette occasion. Il s’agissait de Bhakta Bishwakarma, représentant de Nepal National Dalit Social Welfare Organization (NNDSWO, organisation nationale pour la protection sociale des dalits de Népal), et Deepak Nikarthil, représentant de National Campaign on Dalit Human Rights (NCDHR, campagne nationale sur les droits humains des dalits) et de Asia Dalit Rights Forum (ADRF, forum sur les droits des dalits en Asie).

Lors de la réunion, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités, Rita Izsák-Ndiaye, a résumé ses conclusions et affirmé que, partout dans le monde, les crises elles-mêmes, qu’elles soient naturelles ou déclenchées par l’être humain (dont des sinistres et des conflits), ainsi que la suite des crises ont affecté des minorités de façon disproportionnée. La Rapporteuse spéciale a cité quelques exemples qui illustraient que des minorités au Sri Lanka, au Nigeria, aux États-Unis, au Yémen, en Asie du Sud et d’autres pays ont été frappées par des situations de crise de manière disproportionnée. La Rapporteuse spéciale a remarqué qu’« une analyse des interventions d’urgence pour réagir aux catastrophes naturelles dans des pays d’Asie du Sud, dont l’Inde, le Pakistan, le Sri Lanka et le Népal, a démontré que les dalits ont été, par exemple, victimes de discriminations flagrantes lors de chaque étape de l’intervention en cas de catastrophe, du sauvetage à la réhabilitation. »

La déclaration de la Rapporteuse spéciale reprend les conclusions du rapport publié par l’IDSN en 2013 « Equality in Aid : addressing caste discrimination in humanitarian response » (Égalité dans l’apport de l’aide : s’attaquer aux discriminations fondées sur la caste durant des interventions humanitaires) :

« Durant les phases de secours et de réhabilitation qui suivent les sinistres, les dalits ont fait des expériences qui démontrent à quel point les discriminations fondées sur la caste peuvent s’ancrer dans l’injustice et la renforcer. Les discriminations fondées sur la caste persistent dans la vie quotidienne dans de nombreux pays malgré des lois et des politiques, et les discriminations fondées sur la caste qui apparaissent lors du secours et de la réhabilitation en cas de catastrophe sont dès lors très prévisibles. Malheureusement, les normes humanitaires minimales n’exigent pour le moment pas que les fournisseurs d’aide humanitaire actifs dans des pays caractérisés par un système de caste comprennent ou réagissent aux discriminations fondées sur la caste ou aident à les comprendre ou à y réagir. »

Avant la session du forum, des projets de recommandations avaient été élaborés. Ces projets avaient pour but de protéger et de promouvoir les droits des minorités lors de chaque étape d’une crise humanitaire. Les participants du forum ont été invités à donner leur avis sur ces projets et à y ajouter des éléments. Les quatre exposés tenus pendant le forum ont confirmé que ceux qui subissent des discriminations fondées sur la caste sont affectés par des crises humanitaires de manière démesurée.

Bhakta Bishwakarma, représentant de l’IDSN et de la NNDSWO, a déclaré que pendant le tremblement de terre dévastateur au Népal, 8 856 personnes ont trouvé la mort et plus de 22 309 personnes ont été blessées. Bien que le tremblement ait touché tous les habitants de la même façon, « il a affecté divers castes et groupes ethniques différemment. ” La discrimination en cas de sinistre ” a été observée lors de l’étape de secours et de sauvetage : environ 60 % des dalits ont subi des discriminations lors des opérations de secours et de sauvetage, ce qui représente un déni des droits de l’homme et de la dignité des personnes. »

Un représentant de l’IRA-Mauritanie a déclaré que les Muhamasheen au Yémen et les minorités ethniques en Mauritanie font l’objet de discriminations fondées sur la caste et sur des systèmes similaires. Tandis qu’on sait relativement peu sur les discriminations fondées sur la caste en Mauritanie, le Minority Rights Group International (groupe international pour les droits des minorités) a publié en janvier 2016 un rapport intitulé « Even war discriminates : Yemen’s minorities, exiled at home » (Même la guerre discrimine : les minorités du Yémen exilées dans leur patrie) sur les discriminations fondées sur la caste subies par les Muhamasheen au Yémen et l’impact démesuré d’un conflit armé sur cette communauté.

Pirbhu Lal Satyani, membre de la National Lobbying Delegation on minorities (délégation nationale des groupes de pression sur les questions relatives aux minorités) et coordinateur du Pakistan Dalit Solidarity Network, a affirmé que « des centaines de milliers de dalits ont été touchés par des inondations au Pakistan en 2010, beaucoup d’entre eux se sont vu refuser l’accès aux camps de secours », ils devaient « vivre et dormir en plein air » et n’avaient pas accès à des biens de première nécessité tels que des aliments, de l’eau et des couvertures.

Deepak Nikarthil, représentant de la NCDHR, de l’ADRF et de l’IDSN, a déclaré que « la région de l’Asie du Sud est une des régions les plus susceptibles d’être frappées par un sinistre » et compte plus de 215 millions de dalits qui font face à « une discrimination et une exclusion structurelles dans tous les aspects, y compris la réaction en cas de catastrophe, l’aide et le processus de réhabilitation après une crise humanitaire ».

Les acteurs ont formulé une série de recommandations. En voici quelques-unes : reconnaître la discrimination à l’égard de groupes spécifiques, collecter des données désagrégées afin de déterminer de quelle manière les minorités sont affectées par des situations de crise, entrer en contact avec des communautés vulnérables durant des sinistres et impliquer des groupes minoritaires dans la planification préalable aux catastrophes et des plans d’intervention. La Rapporteuse spéciale présentera les recommandations finales du forum sur les questions relatives aux minorités au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en mars 2017.

Source : IDSN

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Mar 10 2017

L’Inde bloque le financement du « Navsarjan Trust », membre de l’IDSN


Dernièrement, le gouvernement indien a bloqué une série de financements étrangers des ONG de défense des droits de l’homme. À ce moment-là, il a révoqué la licence de l’ONG de défense des droits des dalits Navsarjan qui lui permettait de bénéficier de financements étrangers. Sans cette licence, Navsarjan n’est plus autorisé à recevoir des financements de la part de donateurs étrangers et a dû demander à son personnel de 80 personnes de démissionner.

Le gouvernement accuse Navsarjan Trust d’être impliqué dans « des activités indésirables visant à porter atteinte à l’harmonie entre les groupes, castes et communautés religieuses, raciales, sociales, linguistiques et régionales », ce qui l’a amené à ordonner l’annulation de la licence de l’ONG. Cependant, le gouvernement ne fournit ni exemples concrets ni preuves manifestes pour appuyer sa déclaration.

La révocation de la licence est la dernière dans une série de révocations semblables non justifiées. D’après une analyse juridique publiée par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit de réunion pacifique et d’association en avril 2016, le Foreign Contribution Regulation Act (FCRA, loi sur la réglementation des contributions étrangères) n’est pas en conformité avec le droit, les principes et les normes internationaux, et les restrictions prévues par cette loi sont « susceptibles d’affecter de manière démesurée les associations impliquées dans des travaux cruciaux dans le domaine des droits de l’homme, celles qui abordent des questions telles que l’obligation de rendre compte du gouvernement et la bonne gouvernance ou celles qui représentent des populations vulnérables et minoritaires ou leurs points de vue. »

En juin 2016, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, Michel Forst, celui sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, David Kaye, et celui sur le droit de réunion pacifique et d’association, Maina Kiai, ont incité le gouvernement indien à abroger la loi sur la réglementation des contributions étrangères (FCRA) qui selon eux, sert « de plus en plus à faire taire des organisations pour la défense de priorités civiles, politiques, économiques, sociales, écologiques ou culturelles qui peuvent différer de celles favorisées par le gouvernement. »

Le Parlement européen a aussi demandé aux autorités indiennes d’abroger les dispositions de la loi « qui ne sont pas conformes aux normes internationales et susceptibles de saboter le travail des ONG, dont des organisations de dalits et autres organisations représentant des groupes défavorisés au sein de la société indienne, en les empêchant de recevoir des financements de la part de donateurs internationaux. »

En novembre 2016, les ONG internationales des droits de l’homme Human Rights Watch et Amnesty International ont aussi exprimé de profondes préoccupations quant à la situation en Inde qu’ils perçoivent comme une tentative du gouvernement de faire taire des ONG qui se montrent critiques à l’égard de sa position en révoquant les licences qui permettent à ces ONG de bénéficier de financements étrangers.

« Tandis que l’Inde encourage activement des investissements étrangers dans les industries principales, elle essaie d’entraver le financement de projets qui visent à aider les personnes les plus vulnérables et exclues », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice de recherches sur l’Asie du Sud à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait collaborer avec ceux qui essaient d’engager une réforme des droits et leur donner les moyens de poursuivre leur mission au lieu de considérer la critique comme une menace à éliminer. »

Membre de l’IDSN, Navsarjan a mis sur pied d’indispensables programmes de développement et d’éducation pour les dalits ainsi que des programmes visant à développer les capacités des dalits et des adivasis à revendiquer leurs droits et à vivre en dignité.

« Le fait que le gouvernement a révoqué la licence du Navsarjan qui lui permettait de recevoir des financements étrangers est extrêmement préoccupant parce que cette organisation a accompli pendant des décennies des travaux cruciaux et légitimes afin de garantir les droits des dalits et des adivasis en Inde », a déclaré le président du comité de l’IDSN. « Cette répression que le gouvernement exerce sans fournir de vraies justifications vise à faire taire ceux qui s’engagent en faveur des droits des dalits et à entraver leur travail pour le bien-être des hors-castes. »

Dans un article publié dans CatchNews, Martin Macwan, le fondateur de Navsarjan, a émis ses points de vue sur la révocation de la licence et expliqué pourquoi le gouvernement en veut à Navsarjan. En Inde, des manifestations en faveur de l’organisation ont lieu, et Navsarjan considère en ce moment les voies de recours possibles.

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Mar 10 2017

Le Parlement européen appelle à l’élaboration d’une politique de l’UE sur les discriminations fondées sur la caste


Dans son Rapport de 2016 intitulé « rapport annuel sur les droits de l’homme et la démocratie dans le monde, et la politique de l’Union européenne », le Parlement européen a exprimé de profondes préoccupations quant aux violations flagrantes des droits de l’homme des dalits. Dans ce même rapport, il appelle à l’élaboration d’une politique de l’UE sur les discriminations fondées sur la caste.

Le rapport publié par la commission des affaires étrangères du Parlement européen indique que le Parlement européen « s’inquiète vivement de la proportion alarmante des agressions violentes fondées sur la caste, dont sont victimes les dalits, et de l’institutionnalisation de la discrimination dans l’impunité ». Il condamne « les violations persistantes des droits de l’homme commises à l’encontre de personnes victimes de hiérarchies entre castes et de discriminations fondées sur la caste, en ce compris le déni d’égalité et d’accès au système judiciaire et à l’emploi et le maintien d’une ségrégation et d’obstacles fondés sur la caste empêchant l’exercice des droits de l’homme fondamentaux et le développement. »

De plus, le rapport incite les institutions européennes à mettre sur un même pied les discriminations fondées sur la caste et les autres causes de la discrimination dans leur lutte contre les inégalités et « demande de nouveau l’élaboration d’une politique de l’Union sur les discriminations fondées sur la caste. »

Cette déclaration fait référence au rapport de l’année passée dans lequel le Parlement européen avait exigé l’adoption d’un instrument de l’UE afin de prévenir et d’éradiquer les discriminations fondées sur la caste ainsi que d’intégrer ce sujet dans les lignes directrices et plans d’action du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et de la Commission.

En effet, le Parlement européen pousse l’UE depuis de nombreuses années à redoubler ses efforts pour combattre les discriminations fondées sur la caste et à s’y attaquer directement au niveau politique. Dans son dernier rapport, le Parlement a de nouveau demandé que l’UE « saisisse chaque occasion d’exprimer sa profonde inquiétude à l’égard desdites discriminations. »

Sources : IDSN et Parlement européen

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Dec 19 2016

Les ODD « n’oublieront-ils personne » sans données ventilées sur la discrimination fondée sur la caste?


En 2015, dix-sept objectifs de développement durable (ODD) ont été adoptés par les dirigeants mondiaux pour guider les agendas du développement mondial pour les 15 prochaines années. Pourtant, à ce jour, les indicateurs mesurant la réalisation de ces objectifs n’ont pas encore été finalisés. Les 17 et 18 novembre 2016, le Groupe inter-institutions et d’experts sur les Objectifs de Développement Durable (GIIE-ODD) a tenu sa 4e réunion afin de finaliser les indicateurs de développement global.

Les organisations de la société civile ont participé à différents stades de la préparation des objectifs et des cibles des ODD, et maintenant à celle des indicateurs mesurant ses résultats. En juillet 2016, le Forum asiatique pour les Droits des Dalits, un réseau de la société civile qui défend les droits des dalits, a organisé des événements parallèles au Forum politique de haut niveau sur le développement durable de 2016 – Veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte. Il s’agissait notamment de deux événements parallèles sur l’inclusion des communautés les plus marginalisées et socialement exclues dans les ODD.

Un des événements parallèles a mis l’accent sur les femmes marginalisées et a accueilli Mme Rita Izsak-Ndiaye, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités. Il a été noté lors de l’événement que, partout, les femmes sont systématiquement discriminées dans la structure institutionnelle patriarcale et font face à divers obstacles dans l’atteinte des objectifs de développement et l’accès aux services et aux biens. Toutefois, les femmes affectées par le système des castes sont confrontées à une discrimination multi-structurée fondée sur leur sexe, leur caste, leur classe et leur religion.

Lors de la 4ème réunion du GIIE-ODD, le Forum asiatique pour les Droits des Dalits a mis l’accent sur la nécessité d’inclure la discrimination fondée sur les castes dans les indicateurs du développement durable et d’assurer l’inclusion des 260 millions de personnes discriminées pour des raisons de caste, de travail et d’ascendance. L’organisation s’est dit préoccupée par la résistance à inclure des cibles pour lutter contre la discrimination fondée sur les castes non seulement au sein des objectifs, mais aussi dans leurs indicateurs.

En préparant la 4e réunion du GIIE-ODD, le Forum asiatique pour les Droits des Dalits a rédigé un document soulignant la nécessité de disposer de données ventilées et d’inclure les discriminations fondées sur les castes dans les indicateurs finalisés des ODD.

« L’absence de la notion de discrimination fondée sur le travail et l’ascendance (DTA) dans le document principal, les objectifs et les cibles des ODD ainsi que dans les indicateurs globaux prouve clairement qu’il n’y a pas la moindre reconnaissance de la DTA dans l’agenda mondial du développement. D’un côté, les Objectifs du Développement Durable se veulent transparents, responsables et participatifs, en incluant toutes les populations, mais de l’autre, ils excluent structurellement les populations traditionnellement marginalisées et socialement exclues ».

La 4e réunion du GIIE-ODD a conclu « d’examiner chaque type de ventilation (suivant sexe, âge, lieu, revenu, etc.) », de préparer un plan détaillé et de le présenter pour commentaires avant la 5e réunion du GIEE. D’ici là, les militants des droits des dalits continueront de faire pression sur le groupe pour que les personnes discriminées pour des raisons de caste, de travail et d’ascendance ne soient pas exclues des agendas globaux de développement pour les 15 prochaines années.

Source : IDSN

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Dec 15 2016

Inde: l’Eglise catholique admet que les dalits chrétiens sont discriminés en son sein


Pour la première fois de son histoire, l’Église catholique indienne a officiellement reconnu que les dalits chrétiens sont confrontés à l’intouchabilité et à la discrimination et que « leur participation au niveau du leadership (…) aux niveaux supérieurs est presque nulle ».

Dans un document de politique préparé et publié lundi, la Conférence épiscopale catholique de l’Inde (CBCI) admet la situation et cherche à abolir toutes formes d’exclusion de cette partie socialement arriérée et à renforcer leur statut au sein de l’Eglise et de la communauté.

Le document de 44 pages, intitulé « Politique de renforcement des dalits dans l’Église catholique en Inde », demande aux 171 diocèses de soumettre dans un an des plans à court et à long terme pour mettre fin à toutes les formes de discrimination contre les dalits chrétiens.

« S’il existe des pratiques différenciées basées sur la discrimination de castes, ces pratiques devraient être abolies immédiatement. Sinon, des mesures strictes devraient être prises par l’autorité ecclésiale concernée », indique le document.

Le cardinal Baselios Cleemis Catholicos, président de la CBCI, a déclaré au journal The Indian Express: « C’est une étape révolutionnaire. Nous admettons qu’il s’agit d’un grave péché social et d’un problème. C’est un péché, dans le sens de l’esprit chrétien. Le document constitue donc une étape pour mettre fin à la pratique de la discrimination au sein de l’Eglise. Il s’agit à la fois d’un message et d’une introspection. »

En fait, l’Église lutte depuis des années pour l’inclusion des chrétiens dalits dans la liste des castes répertoriées (dalits reconnus par le gouvernement, N.d.T.).

Mais son dernier document politique admet que, bien que 12 millions sur 19 millions de membres de l’Église catholique en Inde soient des chrétiens dalits, « leur participation au niveau du leadership – dans l’administration diocésaine ainsi que dans les ordres religieux – est minime et aux niveaux supérieurs, elle est presque nulle ».

À l’heure actuelle, seulement 12 des plus de 500 évêques de l’Église catholique en Inde sont des chrétiens dalits.

« Il est dorénavant admis que la pratique de l’intouchabilité et de la discrimination envers les dalits existe au sein de l’Église et il est urgent d’aborder ces questions », dit le document.

Il ajoute cependant qu’il y a eu des changements positifs et « une plus grande acceptation des droits et de la dignité des dalits au moins au niveau idéologique et théorique » en raison des efforts de l’Église et des groupes de dalits.

Bien que différents niveaux de la structure de l’Église aient été sensibilisés, la jeune génération développant un sens beaucoup plus élevé de dignité et d’estime de soi, il existe néanmoins de nouvelles formes de discrimination.

« Puisqu’il n’y a pas de représentation adéquate dans les séminaires, dans les nominations aux postes clés ni dans le partage des ressources communes dans les ordres religieux et dans l’Église en général, des efforts sont nécessaires pour remédier à la situation, car de bons prêtres sont importants (…) pour la mission de Église », indique le document.

Il affirme que les dalits sont privés d’accès à des cours orientés vers l’emploi ou répondant à une demande.

« Même avec des références reconnues, le fait d’être un dalit confère un statut inférieur. Cette mentalité est contraire à la foi fondamentale du christianisme, que veut que chaque personne humaine est créée à l’image de Dieu. Alors que le terme d’hindou de caste peut être justifié, le terme chrétien de caste est simplement contradictoire en soi, le moins qu’on puisse dire », stipule le texte.

L’Église a également admis que, au lieu de susciter des dirigeants dalits à partir de la base, une « approche de caste est adoptée traditionnellement qui divise les fidèles par groupes d’intérêts acquis ».

Le document affirme également que les chrétiens dalits sont «pris en sandwich entre l’État et l’Église».

Critiquant le jugement de la Cour suprême qui stipule qu’il n’existe aucune preuve qu’après conversion, les dalits chrétiens demeurent socialement et économiquement arriérés comme c’est admis pour les dalits hindous, le document de politique estime que cette position est contraire à l’article 15 (1) de la Constitution interdisant la discrimination fondée sur la religion.

Dans le document, la CBCI demande à tous les diocèses d’abolir « toute pratique d’intouchabilité, de discrimination et d’exclusion, notamment dans les lieux de culte et les cimetières ».

Elle exige également une attention particulière à tous les niveaux pour la promotion des chrétiens dalits au sein de la structure locale, assurant une représentation proportionnelle dans les organes ecclésiastiques et les conseils paroissiaux et la participation des femmes dans ces organes de décision.

Source : Indian Express

Traduction : Solidarité Dalits Belgique

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Nov 07 2016

Rikke Nohrlind se retire de la direction du Réseau Dalit IDSN


idsn-council-2016Des amis et la famille de Rikke Nohrlind – y compris la plupart de ses collègues actuels et anciens – se sont réunis à Copenhague le lundi 24 octobre 2016 pour célébrer les nombreuses réalisations de la directrice sortante d’IDSN.
Le Conseil d’IDSN (dont beaucoup de membres étaient présents) était ravi d’offrir une réception pour remercier Rikke et lui souhaiter un chaleureux au-revoir et bonne chance. Rikke a été à la tête du Réseau international de Solidarité Dalit depuis 2003.
Sous son leadership, l’organisation est devenue de plus en plus forte, avec des avancées majeures au niveau des Nations Unies et de l’Union européenne. Après mûre réflexion, Rikke a décidé que le temps est venu pour elle de se retirer de l’organisation – et de s’engager personnellement dans de nouvelles aventures et préoccupations.
Solidarité Dalits Belgique se joint à cette assemblée pour exprimer à Rikke son immense gratitude et son respect pour tout ce qu’elle a accompli et donné à cette juste cause.

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Oct 27 2016

Cette génération sera la dernière à dépecer les vaches en Inde


Photo: J. Vellut

Photo: J. Vellut

Un Dalit avec une maîtrise en histoire, forcé par les circonstances à dépecer les vaches, se souvient des jours sombres de sa jeunesse et il espère que ses deux fils seront délivrés de ce destin.

MEERUT : Ovindra Pal connaît bien son histoire. Et cela le rend d’autant plus amer. Alors qu’il est assis dans sa maison d’une seule pièce, “une maison en dur” comme il tient à préciser lors de l’interview, l’homme de 56 ans (de la caste des Jatav, intouchable) est en colère : malgré une maîtrise de l’Université Chaudhary Charan Singh, il a fini par devoir faire ce que son père et ses ancêtres avaient fait – dépecer les vaches.

« L’influence des brahmanes sur la structure sociale peu après l’effondrement de l’empire Maurya, dans les années 150 av. JC, est devenue si puissante qu’elle a  déshumanisé les castes inférieures à jamais. Pour les siècles suivants, les Dalits n’ont jamais pu s’en relever ou prospérer », fulmine-t-il. Puis son visage s’illumine. « Un de mes fils est diplômé en droit de l’Université de Delhi. L’autre étudie à l’Institut indien de technologie de l’information, Allahabad. Tous deux se préparent pour travailler dans les services publics. Ma génération sera la dernière de ma famille à devoir dépecer les vaches. En fait, je pense qu’il s’agit de la dernière génération de Dalits en Inde qui sera contrainte à exercer cette profession traditionnelle. »

Les deux fils de Pal disent qu’ils vont honorer la parole de leur père. L’aîné, Avenash Gautam, 25 ans, dit: « Je comprends la tristesse de mon père et l’espoir qu’il met en nous. Nous ne pouvons pas vraiment comprendre ce qu’il a vécu. »  Vêtu d’un T-shirt de marque et d’un jeans de qualité, il ajoute: « Nous avons seulement entendu les histoires qu’il a vécues et cela nous brise le cœur. »

Ce qui a toujours ulcéré Pal c’est de constater qu’il n’ait jamais pu obtenir un emploi respectable en dépit du fait qu’il soit le seul diplômé universitaire au sein de sa communauté des équarrisseurs et balayeurs de Bhagwatpura. « J’y pense toujours, déclare Pal, mais l’idée a été tuée dans l’œuf par mon propre père. Il souhaitait que je puisse l’aider dans le travail de la famille. Cependant, à cause de mon éducation, beaucoup de choses ont changé pour nous. Au fil du temps, à la fin des années 90, nous avons formé une coopérative et nous avons commencé à obtenir des appels d’offres publics pour l’équarrissage des animaux. »

« Le revenu annuel que nous en tirions m’a permis de construire une maison en dur et d’éduquer mes enfants. » L’éducation est quelque chose dont Pal ne se lasse pas de parler, car il est un lecteur assidu qui va tous les dimanches au marché Daryaganj de Delhi pour acheter des livres. « Je veux que mes fils réussissent brillamment les examens pour rentrer dans les services publics, dit-il, l’éducation permet de grandir. C’est le seul moyen qui nous permettra de faire oublier la honte et l’assujettissement dont nous avons souffert pendant des siècles. »

Par Sandeep Rai, Times of India, 15 août 2016

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Aug 09 2016

Inde – Grèves et manifestations après les violences  envers les dalits à Una (Gujarat)


Photo extraite de vidéo

Photo extraite de vidéo

Le 11 juillet dernier, près de la petite ville d’Una au Gujarat, quatre jeunes dalits se sont fait attaquer brutalement et rouer de coups pendant une heure et demie avec des bâtons et des barres métalliques, quand ils étaient occupés à dépecer une vache morte des suites d’une morsure d’un lion. Sur les photos de l’incident, on voit clairement qu’un des bâtons utilisés appartient à la police…

Les attaquants, venus sur les lieux avec une trentaine de motos, font partie d’un groupe de « vigiles de vaches », un groupe de membres de castes supérieures s’opposant à l’abattage de vaches, pour des raisons religieuses ancrées dans l’hindouisme.

Il faut savoir qu’il incombe à certaines familles dalits – et ce à travers toute l’Inde – de dépecer les animaux morts, y compris les vaches, pour enlever et tanner la peau et pour éliminer le reste de la bête.

La violence de l’incident et l’absence de toute action sérieuse de la police ont provoqué une vague d’indignation à travers tout le Gujarat et même au-delà. Quant à la communauté de dalits, ils ont entrepris des protestations pendant toute une semaine dans cet Etat à la pointe ouest de l’Inde. Et depuis lors se constitue un mouvement de grève : nombre de dalits refusent, en effet, de débarrasser les carcasses de bêtes mortes, au détriment de la puanteur et des problèmes sanitaires qu’une telle grève provoque dans la chaleur de cet Etat.

Le 31 juillet dernier, une grande manifestation a réuni 20.000 dalits à Ahmedabad, la capitale du Gujarat, au cours de laquelle ils se sont engagés à cesser leurs activités traditionnelles de ramassage des carcasses de bêtes mortes et l’ébouage des égouts et des latrines.

Leur leader, Jignesh Mevani, explique au Huffington Post India, que « le mouvement n’est non seulement une lutte contre les forces sociales et politiques d’exclusion. Il est également une lutte interne dans laquelle les dalits doivent se rendre compte qu’ils ne sont pas là pour nettoyer la boue de la société. Et en faisant ce changement, ils doivent s’attendre à des difficultés telles que la perte des moyens de subsistance. »

Mevani s’attend à ce qu’un quart seulement de ceux qui se sont engagés à cesser ces activités traditionnelles mettent leur résolution en pratique, mais il est convaincu que des milliers d’autres s’y rajouteront dans les prochains mois.

Le 5 août, une grande marche partira d’Ahmedabad pour rallier Una le jour de l’Indépendance (15 août). Les slogans sont d’ordre plus politique. La demande adressée au gouvernement de l’État est de fournir au moins cinq acres de terre pour chaque famille dalit dans le Gujarat, et d’établir des tribunaux spéciaux pour traiter les cas d’atrocités contre eux, comme inscrit dans la loi.

Les marcheurs prévoient de rencontrer les dalits dans les villages tout au long du parcours de 350 kilomètres, afin de les inciter à quitter leurs emplois subalternes et d’exiger des terres du gouvernement. «La lutte pour la terre est un élément clé. Ceux qui possèdent la terre ont le pouvoir», dit Mevani.

Sources: Navsarjan Trust et Huffington Post India

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Aug 05 2016

Bezwada Wilson, Prix Ramon Magsaysay 2016 : “Aucun être humain ne devrait être soumis à cette pratique inhumaine”


Bezwada Wilson, Prix Magsaysay 2016

Bezwada Wilson, Prix Magsaysay 2016

Bezwada Wilson, quinquagénaire dalit d’une famille d’éboueurs manuels, vient de recevoir le Prix Ramon Magsaysay 2016 aux Philippines, pour son engagement en vue d’éradiquer l’ébouage manuel.medallion

La récupération manuelle des excréments humains est une négation d’humanité en Inde. Réservé aux dalits ou « intouchables » de l’Inde de par l’inégalité structurelle dans laquelle ils se retrouvent, l’ébouage manuel consiste à enlever à la main les excréments humains des latrines sèches et à porter sur la tête des paniers d’excréments vers des sites d’élimination désignés. Occupation héréditaire, le ramassage manuel emploie quelque 180.000 ménages dalits pour nettoyer les 790.000 latrines sèches  publiques et privées à travers l’Inde. 98 pour cent des éboueurs sont des femmes et des jeunes filles qui ne touchent qu’un maigre salaire. Bien que la Constitution et d’autres lois interdisent les latrines sèches et l’emploi des éboueurs manuels, la législation n’est pas strictement appliquée dans la mesure où le gouvernement lui-même est le plus grand violateur des lois existantes.

Bezwada Wilson est né dans une famille dalit à Kolar Gold Fields dans l’Etat du Karnataka. Bien que sa famille ait été engagée dans l’ébouage manuel depuis des générations, les parents lui ont épargné ce travail, et il a été le premier de sa famille à poursuivre des études supérieures. Traité comme un paria à l’école et bien conscient du sort de sa famille, Bezwada était rempli d’une grande colère; mais il a su canaliser cette colère dans une croisade pour éradiquer l’ébouage manuel.

Il a commencé par changer les mentalités de sa famille et de ses proches – que d’être un dalit n’est pas leur destin, mais un statut imposé par la société telle qu’elle est organisée, et qu’aucun être humain ne devrait faire ce travail avilissant d’ébouage manuel. En 1986, il a envoyé une plainte au sujet de latrines sèches aux autorités de leur ville. Comme les autorités l’ont ignorée,  il a transmis la plainte au Premier ministre, menaçant de poursuites judiciaires. Suite à cela, les latrines sèches de la ville ont été transformées en latrines à chasse d’eau et les éboueurs transférés vers des emplois autres.

Avec audace, il a poursuivi sa croisade dans d’autres Etats, en collaboration avec des militants dalits, recrutant des volontaires pour ce qui deviendra ultérieurement le mouvement populaire des éboueurs manuels et de leurs enfants, Safai Karmachari Andolan (SKA). Avec Bezwada Wilson comme coordinateur national, SKA a été lancé en 1993 quand il a déposé une plainte pour un cas de litige d’intérêt public (LIP) à la Cour suprême de l’Inde, en nommant tous les Etats, territoires de l’Union et les ministères des Chemins de fer, de Défense, de la Justice et de l’Education pour avoir violé la loi de 1993 sur l’interdiction des latrines sèches et l’emploi des éboueurs manuels.

SKA a mené des réunions au niveau des districts pour sensibiliser à l’ébouage manuel, au système des castes et à la loi de 1993 sur les violences envers les dalits. Il a formé des responsables locaux et des volontaires pour le mouvement. En 2004-2005, il a entrepris une démolition massive de latrines sèches à travers l’Etat de l’Andhra Pradesh. Il a publiquement dénoncé la violence au travail subie par les femmes qui pratiquent l’ébouage manuel et a rencontré des représentants politiques pour exiger de démolir les latrines sèches et de fournir d’autres postes de travail aux éboueurs. En 2010, SKA a conduit une marche à l’échelle de l’Inde pour l’éradication totale de l’ébouage, et de nouveau en 2015 il a organisé une action en bus de 125 jours à travers 30 États de l’Inde pour mobiliser le public contre l’ébouage manuel. Le mouvement a contribué à des progrès significatifs. En 2013 SKA a réussi à obtenir une nouvelle loi qui inclut l’appui à la réadaptation des éboueurs. Il a exercé des pressions auprès des autorités locales pour des bourses pour les enfants des éboueurs manuels, et a organisé une formation professionnelle pour les filles des éboueurs pour leur permettre de trouver des emplois plus décents. Actuellement, il est impliqué dans l’élaboration d’une nouvelle loi qui prévoit une aide financière pour les éboueurs qui veulent changer de profession.

Cinquante ans, Bezwada Wilson a passé 32 ans sur sa croisade. Son leadership se base non seulement sur un sentiment d’indignation morale, mais aussi sur ses compétences remarquables dans l’organisation de masse, en œuvrant au sein du système juridique complexe de l’Inde.

SKA est devenu un réseau de 7000 membres dans 500 districts à travers le pays. Sur les quelque 600.000 éboueurs manuels en Inde, SKA a libéré environ 300.000. Alors que Bezwada a placé au cœur de son travail l’auto-émancipation des dalits, il souligne que l’ébouage manuel n’est pas un problème sectaire: « Vous vous adressez à tous les membres de la société, car aucun être humain ne devrait être soumis à cette pratique inhumaine. » La société elle-même doit être transformée.

En nominant Bezwada Wilson pour recevoir le Prix Ramon Magsaysay 2016, le conseil d’administration reconnaît son énergie morale et sa prodigieuse habileté à diriger un mouvement populaire pour éradiquer la servitude dégradante de l’ébouage manuel en Inde, afin que les dalits puissent récupérer leur dignité humaine qui leur est un droit naturel de naissance.

Sources et photos: SKA

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Jul 25 2016

Rencontre avec Lalida et Perumal, témoins privilégiés de l’action des dalits


Lalida et Perumal - un couple de Pondichéry qui milite pour les droits des dalits et en particulier pour les droits des femmes dalits

Lalida et Perumal – un couple de Pondichéry qui milite pour les droits des dalits et en particulier pour les droits des femmes dalits. Photo E.Watteau

Elle s’appelle Lalidamballe, lui s’appelle Perumal. Ce couple de militants de Pondichéry (Inde) constitue un des rares mariages entre un homme dalit et une femme de basse caste. Mais leur engagement n’est pas d’abord « privé ». A la tête de l’organisation ADECOM qui lutte pour les droits des dalits depuis bientôt 25 ans, Lalida entend défendre en premier lieu les droits des femmes et des enfants, plus vulnérables et davantage exposés aux violences et aux discriminations. Et le statut d’avocat de son mari apporte des connaissances juridiques précieuses et ouvre des portes vers les tribunaux en cas de besoin.

A travers l’organisation ADECOM, le couple entend améliorer les droits économiques, culturels, sociaux et politiques des dalits dans la région de Pondichéry. « Nous aidons les femmes à augmenter leurs revenus par la coupe-couture, le travail agricole, mais aussi en leur permettant d’accéder à des prêts bancaires ou en travaillant dans des coopératives de femmes », nous raconte Lalida lors de notre entrevue à Solidarité Dalits Belgique. « Mais l’important, c’est d’avoir une vision plus globale d’émancipation et de renforcement de leurs droits », poursuit-elle. La lutte contre les discriminations sociales et les violences occupe donc une place importante dans son engagement. « Les femmes subissent souvent des violences au sein de leur couple, en particulier quand leur mari est saoul. Et en général, elles attendent une médiation de notre part, car elles n’ont pas envie de quitter leur mari, faute d’indépendance économique. Mais quand elles décident d’attaquer leur mari violent en justice, nous les assistons à travers notre forum d’avocats qui offre un soutien juridique gratuit. »

D’après Perumal, l’approche est similaire en cas de violence de la part d’hommes de caste. « La loi de prévention de violences envers les dalits et tribaux a bien été renforcée récemment, mais les violences continuent », dit-il. « Et les dalits dépendent souvent des autres villageois (de caste) pour trouver un travail dans leurs champs. S’ils attaquent des gens de caste en justice, ils risquent de perdre leur travail. Alors ils optent souvent pour une médiation de notre part ; ils cherchent un compromis plutôt que l’application pure et simple de la loi. D’autant plus que les auteurs des violences ont souvent le bras long et parviennent à faire traîner les affaires judiciaires pendant des années voire des dizaines d’années. Et à quoi sert une condamnation 20 ou 40 années après les faits ? Il vaut mieux trouver un accord à l’amiable qui garantit que les violences cessent et que les deux communautés puissent vivre en paix. »

C’est pourquoi, ADECOM est engagée également dans un travail d’éducation pour prévenir la violence. Bien sûr, c’est plus facile au sein des jeunes couples que dans les relations entre castes et hors castes.

Pour favoriser de bonnes relations entre dalits et non dalits, Lalida mise également sur le travail politique. Comme les dalits ont accès aux assemblées villageoises (gram sabha), il faut les encourager à y faire valoir leurs droits et intérêts. Et quand des postes de présidents de conseils locaux (panchayats) ou des postes de sarpanchs (échevins) sont réservés à des dalits ou des femmes, il faut former et accompagner les élus afin qu’ils puissent exercer leur mandat au bénéfice de toute la communauté. Ainsi, on crée des modèles positifs pour les autres, au sein du village ou ailleurs.  Et dans le travail d’ADECOM, cette mise en avant de modèles fait partie des stratégies d’éducation.

Malheureusement, il s’agit d’un travail de longue haleine. Car il faut changer la mentalité et le comportement des gens de caste, et cela ne se fait pas du jour au lendemain. Bien sûr il existe des villages qui s’affichent officiellement déjà comme « non-discriminatoires », mais Perumal pose la question des critères : « Ok, on trouve des villages où les gens de caste acceptent (enfin !) de manger avec les dalits, mais qu’en est-il de mariages entre les deux communautés ? Et surtout de mariages d’un homme dalit avec une femme de caste ! »

Nul doute, le chemin est encore long…

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