Actualités

Oct 08 2015

NEPAL – La nouvelle Constitution garantit les droits des dalits


Après un long processus de préparation, le Népal vient de se doter ce 20 septembre 2015 d’une nouvelle Constitution. Même s’il n’existe pas encore de traduction anglaise officielle, des informations et premières analyses nous sont parvenues, permettant de comprendre les grandes lignes de cette Constitution. Nous ne manquerons pas de revenir sur le sujet dès qu’une version officielle et de nouvelles analyses seront disponibles.

Différentes clauses concernent les principes de non-discrimination, d’égalité et d’inclusion proportionnelle des différentes couches de la population, y compris des dalits. Elle garantit les droits des dalits et leur participation effective aux assemblées nationales, régionales et de district, et signale vouloir mettre fin à toute intouchabilité et discrimination dont souffrent les dalits ou d’autres groupes vulnérables. La Constitution annonce des lois particulières pour garantir aux dalits les droits à occuper des emplois publics et à pouvoir suivre une éducation gratuite jusqu’au niveau supérieur. Elle signale aussi que l’Etat offrira des logements aux dalits qui n’en disposent pas et des terrains aux sans terre. Par ailleurs, elle crée une commission nationale des dalits qui aura pour mission de choisir des sujets d’étude, de conseiller le gouvernement en matière de politique en faveur des dalits et de superviser l’application des mesures prises.

Comme c’est le cas pour toute nouvelle Constitution, elle énonce les grands principes et devra être complétée par un ensemble de lois afin de pouvoir appliquer ces principes.

Les organisations dalits du Népal se pencheront sans aucun doute sur la nouvelle Constitution pour analyser dans quelle mesure leurs revendications ont été entendues, et elles veilleront à ce que les différentes législations annoncées voient le jour le plus tôt possible.

Bien avant l’adoption de la nouvelle Constitution, les Nations Unies avaient programmé pour début novembre 2015 une révision périodique de l’application par le Népal des différentes Conventions internationales et autres chartes de Droits humains auxquelles adhère le pays. Au cours de cette session, le gouvernement népalais sera certainement interpellé sur l’adoption des mesures législatives inscrites dans la nouvelle Constitution.

Suite

Oct 01 2015

INDE – Faut-il abolir le système des quotas d’emplois attribués aux dalits ?


Comment faire sortir les dalits de leurs tâches dégradantes? Photo Jakob Carlsen

Comment faire sortir les dalits de leurs tâches dégradantes?
Photo Jakob Carlsen – IDSN

Au cours des derniers mois, des voix s’élèvent pour demander que l’Inde supprime sa politique de discriminations positives, réservant des quotas aux dalits, adivasis et basses castes pour l’accès aux universités et aux emplois publics. Par ailleurs, certaines castes situées plus haut dans la hiérarchie exigent d’y être incluses. Quelle est l’origine de cette politique ? Quelles en sont les avantages et limites ? Le présent article essaie de tenter de répondre aux questions qui entourent la problématique.

Origine des quotas

Dès 1902, donc bien avant l’indépendance de l’Inde en 1947, des maharadjas ou rois locaux ont introduit le système d’emplois réservés aux basses castes, incluant mais dépassant les dalits et adivasis. C’est ainsi qu’à l’heure de l’indépendance, tout le territoire de l’Inde actuelle était couvert par ces mesures de quotas. Elles furent introduites à l’initiative de dirigeants répondant à des mouvements de réforme sociale luttant contre les monopoles de castes et demandant une part raisonnable pour ceux qui étaient écartés de l’éducation, de la gouvernance et de l’administration des Etats princiers.

Dr Ambedkar s’est engagé dès 1943 au sein du Conseil exécutif du Vice-roi à en assurer le maintien dans l’Etat indépendant. Les réservations ont donc été introduites dans la nouvelle Constitution, d’abord en faveur des dalits et adivasis, puis en 1990 pour d’autres basses castes (appelées officiellement « classes arriérées au niveau social et éducationnel »). Des lois détaillent ces principes généraux pour trois catégories de réservations : des postes publics (administrations publiques, banques publiques, universités, etc.), l’admission à l’enseignement et des sièges réservés au parlement national et aux assemblées des différents Etats. Cette dernière mesure fut limitée à une période de 10 ans, alors que les autres quotas sont toujours d’application.

Pourquoi ces réservations ?

La réservation n’a jamais eu l’intention d’être une mesure pour résoudre le problème de chômage. Il s’agissait plutôt de corriger les inégalités d’accès à la gouvernance et à l’administration, aux institutions éducatives et aux sièges électoraux, vu les distorsions créées par le système des castes et en particulier l’intouchabilité dont souffrent encore de nombreux dalits à l’heure actuelle. Car dans le passé, les dalits, adivasis, basses castes voire parfois même les autres castes non brahmines furent systématiquement exclus des services de l’Etat.

La Constitution ne prévoit donc pas de quotas pour les « pauvres » ou les « classes économiquement arriérées ». Elle a voulu créer un terrain de jeu plus équitable, permettant à des individus de groupes désavantagés de dépasser leurs handicaps sociaux imposés afin de pouvoir entrer en compétition dans une société très inégalitaire.

Ces groupes ne sont pas désavantagés de par leur propre volonté ou par un manque de combativité, ils ne sont pas stupides ni paresseux comme le disent leurs détracteurs. Ils sont marginalisés par un système social qui justifie et perpétue l’inégalité sociale.

Sans nul doute, la modernité, l’industrialisation et l’urbanisation ont affaibli considérablement ce système des castes. Néanmoins, la discrimination pratiquée depuis des siècles dont souffrent certains groupes sociaux en bas de la hiérarchie des castes a rendu leurs membres incapables d’entrer en compétition sur un pied d’égalité avec ceux qui possédaient ce qui est appelé le capital social, culturel et économique.

Les critères de reconnaissance appliqués à la sélection des groupes bénéficiaires ont été l’intouchabilité (pour les castes répertoriées ou dalits), l’isolation dans des conditions vulnérables (pour les tribus répertoriés ou adivasis) et la combinaison d’arriérations sociales et éducatives (pour les basses castes). Ce dernier groupe inclut des Chrétiens et des Musulmans, alors qu’ils sont exclus du groupe des castes répertoriées ou dalits.

Compris de cette façon, les mesures de réservation constituent une part d’un ensemble global visant la justice sociale en vue d’atteindre le but de l’égalité sociale inscrite dans la Constitution.

Faut-il abolir aujourd’hui le système des quotas ?

Dans la mesure où l’intouchabilité, malgré son caractère illégal, n’a pas été éradiquée dans la société indienne, et que persistent d’autres discriminations touchant les trois catégories de populations visées par la politique de réservation, il ne semble pas opportun d’abolir cette politique à l’heure actuelle. En d’autres termes, tant que les populations visées n’ont pas acquis la capacité d’assurer leur part d’emplois publics, d’accès à l’université et de bien-être sur base de leurs « mérites » dans une compétition ouverte, l’abolition du système semble prématurée. Aujourd’hui encore, la proportion des catégories de population bénéficiant de cette politique sont toujours sous-représentées dans l’accès aux emplois publics, aux universités et aux postes politiques dans le pays et la plupart des Etats. Ainsi, en 2011, les catégories bénéficiant du système de réservations occupaient 23,2% des postes des services gouvernementaux de catégorie A (les plus puissants et les mieux payés), alors qu’ils constituent 75% de la population. L’Etat n’est pas encore parvenu à leur permettre d’atteindre un niveau de compétence pour permettre de rivaliser avec les castes supérieures lors de compétitions ouvertes. L’intouchabilité des dalits et l’isolation dans des conditions vulnérables des adivasis persistent, avec toutes les conséquences sociales que cela entraîne. Et l’égalité entre les populations en bas du système des castes et celles des castes socialement avancées pour assurer leur développement, leur bien-être et leur vie n’est nullement atteinte.

Ce maintien des mesures de réservation ne plaît pas à certaines personnes appartenant aux castes socialement avancées. Car il est vrai que parmi elles, il y a des pauvres et des sans-emploi. Mais surtout, beaucoup de personnes de castes supérieures ont toujours considéré les autres comme des êtres inférieurs. Et ils éprouvent du ressentiment envers ces communautés « inférieures » qui ont réussi à se hisser économiquement et socialement grâce aux mesures de justice sociale introduites par les différents gouvernements.

Que ce soit en matière de conditions de vie, de pauvreté, de revenus, de niveau d’éducation, l’écart entre les castes supérieures et ceux du bas de la pyramide des castes reste important. Tant que cela dure, des mesures favorisant la justice sociale restent nécessaires. Et le système des réservations en fait partie.

(D’après P.S. Krishnan, ancien Secrétaire du Gouvernement indien, et Ajaz Ashraf, journaliste)

Suite

Sep 30 2015

Dalits musulmans en Inde


Pendant des centaines d’années la construction sociale de l’Inde a été façonnée autour d’un système de castes hindou inflexible. Et cet héritage a encore aujourd’hui un impact profond sur la société indienne moderne, en particulier pour les dalits qui se trouvent tout en bas de la hiérarchie du système de castes.

Depuis toujours, les dalits ont accompli des emplois rituellement impurs, comme ramasser des ordures, balayer la route, la crémation des morts et l’élimination des déchets humains.

Certains se sont donc convertis à d’autres religions, et notamment à l’Islam, pour éviter les discriminations et préjugés envers leurs communautés. Mais souvent, les discriminations les rattrapent.

« Cela me dérange chaque fois que je me présente. Les personnes me demandent mon nom de famille », dit Rakesh, qui est un dhobi, la caste des blanchisseurs.

Rakesh s’est converti à l’Islam et s’appelle désormais Ali Kanojia.

« Je leur dis que je m‘appelle Rakesh. Alors ils demandent, ‘Rakesh comment’? Ce sont en particulier les Hindous qui insistent », dit-il.

En outre, beaucoup de convertis sont confrontés à la résistance et même à la violence de leurs propres familles ou communautés. La nouvelle religion qu’ils ont choisie peut poser un ensemble de défis – comme ceux auxquels est confronté Ali Kanojia de la part de ses proches.

 « Il n’est pas simple de se convertir à l’Islam, » dit-il. « Ils [la famille] disent que cela ne leur convient pas. Je demande, pourquoi? Ils disent que les Musulmans n’ont pas une bonne image. »

La conversion d’Abdulrahman Bharti à l’Islam lui a même presque coûté sa vie.

«Je me suis fait tirer dessus par des individus hindous du clan Sawar …. Quand quelqu’un se convertit, la nouvelle foi l’accueille, mais des individus de la foi précédente tentent de s’opposer à la conversion. S’ils n’y parviennent pas, ils vont tenter de le tuer. C’est ce qui est arrivé à moi », dit Bharti, qui a été blessé par balle à la poitrine et à la jambe.

Après l’indépendance en 1947, les autorités indiennes ont prévu des mesures de discrimination positive en faveur des membres de basses castes, mais tout le monde ne bénéficie pas de ces avantages.

La Loi sur quotas réservés aux basses castes et aux dalits ne concerne pas ceux qui se sont convertis au Christianisme ou à l’Islam. Pour les dalits convertis à ces religions, les inconvénients de la conversion pourraient sans doute l’emporter sur les avantages, en particulier en ce qui concerne l’emploi.

« La sécurité d’emploi concerne les Sikhs, les Jaïns et les Bouddhistes, mais pas les Chrétiens et les Musulmans qui sont exclus de ces quotas réservés aux dalits, » dit Meenakshi Ganguly de Human Rights Watch.

Ali Kanojia, par exemple, n’a pas été capable d’obtenir un emploi de la part des autorités publiques.

« Si vous ne disposez pas d’un certificat de ‘caste répertoriée’, vous n’obtiendrez pas un emploi réservé. Et je ne dispose pas d’un tel certificat. … Je ne peux pas donc pas obtenir un emploi, n’importe où », dit Kanojia.

Voilà quelques extraits du film de Mostafa Bouazzaoui ‘Dalit Muslims of India’ qui évoque les discriminations dont souffrent les dalits musulmans, essentiellement de la part de leurs propres communautés d’origine. Le film offre une perception de la conversion à des religions différentes, comme ce fut déjà le cas du réformateur social et principal architecte de la Constitution indienne, BR Ambedkar, né dalit et converti au bouddhisme.

Source : Aljazeera, septembre 2015

Suite

Sep 29 2015

Nations Unies (New York): Les Objectifs du Développement Durable et les dalits


Photo Asha Kowtal

Photo Asha Kowtal

Rappelez-vous les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) qui étaient censés, entre autres, diminuer de moitié l’extrême pauvreté dans le monde avant 2015. N’ayant atteint que partiellement leurs objectifs, les Nations Unies viennent d’accepter ce 25 septembre 2015 à New York une nouvelle charte, celle des Objectifs du Développement Durable (ODD), fixant des objectifs encore plus ambitieux que les précédents, et ce à l’aube de l’année 2030. Mais une nouvelle fois, la discrimination basée sur l’ascendance, telle que vécue par les 260 millions de dalits à travers le monde, n’y figure pas. Quelle conséquence pour les personnes concernées ?

Les dalits qui ont fait le voyage de plusieurs pays d’Asie du Sud vers New York ne sont pas contents. Ils ont fait entendre leurs voix au cours des journées qui ont précédé l’adoption par les Nations Unies du nouveau plan qui envisage de mettre fin à l’extrême pauvreté (moins de 1,25 dollar par jour), de lutter contre les injustices et l’inégalité, de limiter les changements climatiques, etc.

Les 17 grands principes couvrent une multitude d’objectifs et visent à révolutionner le monde et améliorer le sort des habitants du Nord et du Sud de la planète.

Mais pour que les pays transforment ces objectifs ambitieux dans des plans d’action nationaux, il est important qu’ils soient aussi clairs que possible. L’absence de toute référence aux discriminations basées sur l’ascendance et le travail, imposées par le système des castes en particulier aux dalits, n’est pas de bon augure pour préparer des plans d’actions dans les différents pays d’Asie du Sud.

Et pourtant, dans les textes préparatoires des nouveaux objectifs, la référence était incluse. Malheureusement, le texte final présenté à l’Assemblée générale ne présentait plus ces références.

C’est la raison pour laquelle les représentants du Asia Dalit Rights Forum (ADRF) ont manifesté à New York, espérant – en vain – d’influer sur la décision finale. D’après les organisateurs, « les négociations inter-gouvernementales sur les ODD 2015 ont fermé la porte à la question des dalits, malgré plusieurs tentatives pour présenter nos préoccupations. Il est absolument crucial à ce stade que plusieurs d’entre nous participent et essaient de rendre visible la question de la caste, car ces buts et objectifs de développement vont constituer le cadre dans lequel chaque pays sera amené à planifier et à formuler des programmes de développement à l’échelle nationale. »

Le travail de lobbying revient donc au niveau national. Et la vigilance reste de mise, car nombreux sont ceux dans le différents pays concernés qui préfèrent « oublier » les discriminations dont souffrent les dalits, alors que ces discriminations sont la cause même de leur pauvreté et des injustices dont ils souffrent.

Suite

Sep 17 2015

INDE – La lutte des dalits chrétiens pour abolir l’intouchabilité en Eglise


Pourquoi les dalits se convertissent-ils au christianisme? Pour sortir du système de castes hindou, me direz-vous. Pas tout-à-fait vrai, comme nous l’avons découvert à Harobele, à seulement 60 km de Bangalore. Le christianisme est entré dans  la région il y a plusieurs siècles. La mission catholique, ici, est une des plus anciennes dans le Karnataka (sud de l’Inde), créée en 1675. 980 des 1.000 familles du village sont catholiques.

Le catholicisme, cependant, n’y a pas aboli l’intouchabilité. Au bistrot du village, les dalits se font toujours servir le thé dans un gobelet jetable en plastique. En face, dans le salon de coiffure, les dalits sont également exclus. Un villageois dalit raconte : « La dernière fois que les dalits ont tenté de forcer leur chemin dans les restaurants et les salons de coiffure, les catholiques de caste supérieure ont boycotté les établissements jusqu’à ce que l’ordre ancien ait été restauré. »

Les hostilités de castes dans ce village se sont aggravés en janvier dernier, quand plus d’une centaine de familles dalits catholiques ont été contraintes de passer une nuit dans les champs pour se cacher de la foule déchaînée de castes supérieures catholiques.

Et bien que l’intervention de militants ait assuré l’enregistrement d’une plainte en vertu de la loi de prévention d’atrocités envers les castes et tribus répertoriés (dalits et adivasis), la plainte n’a pas abouti. « Les victimes sont catholiques. Ils ont perdu leur statut de caste répertoriée quand ils se sont convertis », dit un policier contacté.

Le prêtre du village, dalit lui-même, a été tenu à l’écart par des hommes catholiques violents des castes dominantes quand ils ont attaqué les dalits, hommes, femmes et enfants, et détruit leurs maisons. « Ils n’ont même pas épargné les bovins et les chiens », explique un dalit dont le père a été l’un des premiers à être attaqués.

Dans ce village habituellement paisible, même le cimetière est divisé selon les castes, et les dalits sont contraints de cuisiner et de manger séparément lors des fêtes organisées par la paroisse.

Après l’émeute de janvier, les propriétaires des castes dominantes ont empêché les dalits de traverser leurs terres pendant des semaines. Ils n’ont cédé qu’après l’intervention de la police. Il faut savoir que les catholiques de castes supérieures possèdent la plupart des terres agricoles et des richesses du village.

Une étude récente a révélé en outre qu’il était courant que des catholiques de castes supérieures emploient des dalits en tant que travailleurs asservis jusque dans les années 1960. Beaucoup de dalits ont alors abandonné leurs terres aux castes supérieures pour libérer les travailleurs asservis.

Une Eglise entachée de discrimination de caste

« L’Eglise indienne a ignoré le principe fondamental de l’égalité que Jésus a prêché. Les païens et les Samaritains étaient les shudras et les dalits d’Israël au cours de l’époque de Jésus. Son combat était de libérer ces opprimés. Mais malheureusement, l’Eglise catholique de l’Inde n’a jamais compris le côté radical de Jésus. » (Kancha Ilaiah, intellectuel dalit catholique et auteur de Pourquoi je ne suis pas un hindou)

L’ironie ou de la tragédie de la situation dans le village de Harobele est que les membres des deux principales sous-castes de dalits catholiques – Holeyas et Madigas – se bagarrent entre eux. Ils ne mangent pas les uns dans les maisons des autres et ne se marient pas entre les deux sous-castes. « Personne ne veut être à la base de la pyramide », explique le Pr Japhet.

Dalits dans l’Eglise en Inde Nombre total Nombre de dalits Pourcentage de dalits
Chrétiens en Inde 25 millions 20 millions 80%
Catholiques en Inde 18 millions 12 millions 65%
Prêtres catholiques 15420 754 5%
Religieux catholiques 7031 310 4%
Religieuses catholiques 65000 3200 5%
Evêques catholiques 180 07 4%

(Mémorandum envoyé au Pape, 2013)

« Je suis honteux que la discrimination fondée sur la caste est si ouvertement pratiquée dans un village dont je suis le prêtre », affirme le père Chinnappa. Mais il ne peut pas faire grand-chose pour changer un système social qui a existé pendant trois siècles. Le P. Chinnappa considère comme son premier devoir de mettre fin au système de castes dans sa paroisse. Il dit attendre le bon moment pour mettre subtilement la question à l’ordre du jour lors d’un événement de l’église. Mais quel soutien le P. Chinnappa trouvera-t-il dans le comité de gestion de la paroisse, dominé par des castes supérieures ? L’archevêque du diocèse de Bangalore, le père Bernard Moras, lui-même d’une caste supérieure, refuse d’accepter que l’Eglise a fermé les yeux sur le sort des dalits dans le village. « Les villageois sont peut-être influencés par les villages environnants non-chrétiens. Le système des castes est un péché. Il n’y a pas de discrimination à l’intérieur des locaux de l’église », dit-il, n’offrant aucune explication pourquoi même les morts reposent en fonction de l’ordre des castes dans le cimetière de la paroisse de Harobele. Et jusqu’en 1997, lorsque la nouvelle église a été construite, les dalits étaient assis de façon séparée pendant les célébrations.

Des prêtres catholiques cherchent l’intervention du pape

La structure de l’Eglise catholique en Inde a vu d’un mauvais œil lorsque quatre prêtres dalits se sont plaints auprès du pape François, accusant l’Eglise catholique indienne de suivre le système de caste. Déjà le 24 juin 2013, un mémorandum l’avait averti que les dalits catholiques sont « désillusionnés et se préparent à quitter l’Eglise » tout en cherchant une « fin de l’intouchabilité à tous les niveaux de l’Église catholique. » La réponse du pape a été décevante. Le bureau du pape a fait savoir qu’il n’y avait pas de système de castes dans la sélection des prêtres et que le mérite était le seul critère. Ce qui revient essentiellement à dire que les dalits ne possèdent pas le mérite de devenir prêtres…

Depuis 25 ans, le Mouvement chrétien de libération des dalits (DCLM) a exigé la protection des droits civils simples de dalits catholiques tels que le droit de siéger avec des castes supérieures catholiques au cours des célébrations religieuses, le droit de manger avec les castes supérieures et de se marier avec une personne d’une autre caste. Il demande également un traitement égal lors d’événements organisés par l’Eglise. Le 30 juin dernier, le P. Mary John, président du DCLM, et certains responsables politiques se sont adressés au Secrétaire général de l’ONU, exigeant que l’ONU révoque le statut d’observateur permanent du pape François auprès des instances de l’ONU en tant que chef d’Etat du Vatican et de l’ensemble du monde catholique.

(Larges extraits d’un article paru dans HINDUSTAN TIMES du 2 août 2015)

Suite

Aug 13 2015

Asie du Sud : La prostitution imposée aux femmes dalits


En Asie du Sud, nombreuses sont encore les femmes dalits forcées à la prostitution, et notamment dans les temples.  Photo J.Carlsen, IDSN

En Asie du Sud, nombreuses sont encore les femmes dalits forcées à la prostitution, et notamment dans les temples.
Photo J.Carlsen, IDSN

« Chaque fois que je regarde les femmes mariées de mon âge portant leurs enfants et marchant à côté de leur mari, je pense à moi-même, ma vie et mon avenir, et quelque chose rejaillit au plus profond de moi, et j’ai envie de pleurer », dit Durgamma, offerte au temple et devenue une devadasi ou prostituée du temple quand elle avait 12 ans. Son père lui a arrangé environ 20 amants depuis, des relations qui ont duré d’une semaine à deux ans. A 25 ans, elle est maintenant trop vieille pour être une devadasi.

Le système des castes encourage toujours la discrimination institutionnalisée des femmes des castes inférieures par des hommes de castes supérieures, partout en Inde et en Asie du Sud. Il existe de nombreux exemples de pratiques déloyales qui lient les femmes à la prostitution fondée sur la caste.

Le système s’appelle devadasi. Des filles aussi jeunes que 11 ans sont « mariées » à la déesse Yellamma (ou Renuka) lors d’une cérémonie où un collier de perles rouges et blanches est attaché autour de leur cou, signifiant une vie de servitude. Elles ne sont alors plus autorisées à épouser un homme, et implicitement deviennent des esclaves sexuelles pour les castes supérieures.

Parfois, des prêtres convainquent des parents pauvres que dédier leur fille à la déesse aiderait des membres de la famille à renaître comme brahmanes de haute caste dans leur prochaine vie. Ils permettent même aux membres de la famille dalit d’entrer dans les temples normalement fermés aux castes inférieures.

À d’autres moments, de riches propriétaires exploitent les pauvres en payant pour offrir une jeune fille comme devadasi, en échange du droit de passer les premières nuits avec elle.

Quand les prêtres et les autres hommes de castes supérieures couchent avec elle, ils prétendent que ce sont les désirs de la déesse qu’ils apaisent.

Rien qu’au Karnataka (sud de l’Inde), on estime qu’il y a environ 100.000 devadasis. Aujourd’hui, la plupart se retrouvent dans les bordels des grandes villes de l’Inde, où elles sont mieux payées surtout quand elles sont jeunes. La religion et le marché du sexe suivent la même logique. Des devadasis jeunes sont considérées comme des divinités, mais elles sont rejetées dès qu’elles vieillissent.

On voit souvent des femmes devadasis plus âgées assises, en mauvaise santé, autour des temples pour mendier. N’ayant aucun moyen de gagner de l’argent à leur âge, les mères poussent elles-mêmes leurs filles à vendre leur corps pour nourrir la famille. Cela ne laisse aucune place aux jeunes filles pour aller à l’école, et le cycle se reproduit d’une génération à l’autre.

Chaque année, environ 5 à 10.000 filles entrent dans cette vie de soumission sexuelle et de prostitution qui s’ensuit. La plupart des filles et des femmes dans les bordels urbains de l’Inde sont dalits, de caste inférieure, adivasis ou de minorités. 90 % des filles de prostituées en Inde suivent leur mère dans la prostitution. Et la prostitution est seulement la dernière variante d’un long héritage d’exploitation.

L’abus sexuel des femmes dalits sous diverses formes par les castes supérieures est de routine dans tout le pays. Des femmes des castes inférieures qui étaient traditionnellement danseuses et artistes, comme celles de la communauté Bedin du nord et du centre de l’Inde, ne furent jamais autorisées à se marier. Cependant, les hommes de castes supérieures étaient autorisés à les garder comme concubines. Et si un enfant naissait de cette relation, seule la mère était responsable.

Et cela continue. Une femme Bedin élève toujours seule son enfant, entre ses spectacles de danse, ses problèmes avec la police souvent hostile et la gestion de la troupe.

Aujourd’hui, beaucoup de ces artistes se retrouvent dans des bars de Bombay et de Dubaï, sur la ligne ténue entre la danse et la prostitution, alors que la demande pour leurs spectacles traditionnels diminue, la possibilité de s’engager dans d’autres travaux est faible et qu’elles trouvent plus facilement l’argent dans les villes.

Cet abus prospère toujours, non seulement en Inde, mais également dans les pays avoisinants. Il fait partie de la psyché de l’ensemble de la région et, plus que tout autre facteur, détermine encore le sort de générations. Le système des castes montre toujours ses griffes dangereuses.

Une fille née d’une femme Badi, une prostituée intouchable dalit au Népal, est enregistrée à l’Etat sous le nom de « Népali » à la naissance. Marquée ainsi, elle doit suivre sa mère dans le commerce de la prostitution. Beaucoup d’entre elles viennent à Mumbai et Kolkata, car la société n’offre pas d’alternatives.

Selon un militant des droits humains bien connu de Karachi (Pakistan), « la violence sexuelle brutale en Inde a des parallèles frappants au Pakistan, avec la violence contre les femmes dalits déclenchée par les forces féodales au Pendjab et au Sindh. »

Et il en est sensiblement de même au Bangladesh. « Dans plusieurs régions, les propriétaires terriens utilisent le viol comme une arme pour déplacer des familles dalits de leurs terres. Dans cette société musulmane, les femmes dalits subissent des attaques psychologiques et physiques », dit un militant dalit de Dhaka.

Et au Sri Lanka, des femmes dalits ayant été cadres du mouvement de libération LTTE sont spécifiquement ciblées, même après la fin de la guerre civile.

Les femmes dalits, nées en bas du système de caste, ne peuvent pas faire grand-chose pour lutter contre cette hégémonie millénaire. Elles n’ont pas le choix ; elles doivent permettre leur propre abus, accepter tout ce qu’elles trouvent sur le chemin et vivre en attendant un nouveau jour d’exploitation.

De par leur malheureuse naissance, elles sont forcées à se souvenir de la seule chose que la société attend d’elles, sur le marché et dans le temple : leur corps.

Article de Kabir Sharma, paru dans Youth Ki Awaaz le 10 juin 2015 et traduit par SDB.

Suite

Aug 11 2015

INDE – Les enfants oubliés de l’industrie du coton


Photo de la ICN / Stop Child Labour Campaign

Photo ICN / Stop Child Labour Campaign

Yadamma est une jeune fille de 14 ans, originaire d’une famille de main-d’œuvre agricole dalit dans un village isolé de l’Andhra Pradesh. Cela fait trois ans qu’elle travaille dans les champs de coton et qu’elle ne va pas à l’école.

Sa mère a emprunté 8000 Roupies (environ 110 EUR) à un producteur de coton pour couvrir les dépenses médicales de son mari. Depuis lors, Yadamma travaille chez le même employeur ; au début pour rembourser la dette, ensuite pour améliorer la situation financière de sa famille.

Dans la plantation, elle est en charge de tâches telles que la pollinisation croisée, les semis, le désherbage, la récolte et l’application d’engrais. La pollinisation croisée constitue son activité principale. Pendant ce temps de la pollinisation croisée, elle travaille environ 10-12 heures par jour et reçoit un salaire mensuel de 4500 Roupies (environ 65 EUR).

Au cours de la dernière saison de production, Yadamma a eu un grave problème de santé en raison de la forte exposition à des pesticides pulvérisés dans les champs où elle travaillait. Tout en continuant à travailler, elle avait des maux de tête graves et se sentait étourdie. À un certain moment, elle s’est évanouie et a perdu connaissance. Le médecin local lui a donné un traitement et lui a conseillé de prendre quelques jours de congé et d’éviter les pesticides à l’avenir.

Le cas de Yadamma est un des exemples décrits dans le nouveau rapport Enfants oubliés du coton, publié par le Comité néerlandais sur l’Inde (ICN) et la Campagne contre le travail des enfants Stop Child Labour Campaign, qui constate que près d’un demi-million d’enfants en Inde travaille dans l’industrie de la production du coton. La plupart d’entre eux sont des dalits, adivasis ou appartenant à d’autres basses castes (OBC). Le rapport avertit que la plupart de ces enfants ne fréquentent pas l’école et sont soumis à des travaux dangereux et des produits chimiques nocifs.

Le rapport constate également que les enfants travailleurs sont payés bien en dessous du salaire minimal et travaillent notamment pour rembourser les dettes de leurs parents. Ils doivent souvent travailler de 8 à 12 heures par jour. La plupart ont abandonné l’école, et ceux qui fréquentent l’école en saison creuse peinent à suivre leur travail scolaire. Deux tiers des enfants sont des filles, et il se trouve qu’elles reçoivent des salaires plus bas que les garçons. Toujours d’après ce rapport, près de 70% des enfants sont recrutés ou victimes de la traite en provenance d’autres régions de l’Inde. Comme documenté précédemment, les dalits et autres groupes minoritaires en Inde sont particulièrement vulnérables à l’exploitation de la main-d’œuvre en raison des multiples discriminations dont ils sont victimes.

Le rapport, qui couvre l’Andhra Pradesh, le Gujarat, le Rajasthan, le Karnataka et le Tamil Nadu, constate une augmentation du nombre d’enfants travaillant dans l’industrie du coton, alors qu’il y a une légère baisse du nombre d’enfants au travail dans d’autres secteurs industriels. L’augmentation du nombre d’enfants travailleurs dans le secteur du coton est due à la croissance rapide de ce secteur, tandis que le déclin relatif du travail des enfants dans d’autres secteurs peut être dû, selon le rapport, à une sensibilisation accrue réalisée lors de campagnes ciblées. Néanmoins, le rapport insiste sur le fait que le problème reste alarmant et est préjudiciable pour les enfants concernés.

Parmi les recommandations, le rapport invite les entreprises de l’habillement à surveiller tous les maillons de leur chaîne d’approvisionnement en coton pour détecter le travail des enfants et le paiement du salaire minimal pour les employés. Il appelle au partage des connaissances entre les entreprises pour aider à mettre fin au travail des enfants et interpelle le gouvernement à prendre des mesures pour assurer le salaire minimal garanti et répondre à son «devoir de protéger». Enfin, le rapport recommande de mettre au point des mécanismes efficaces pour dénoncer les problèmes constatés.

Source : India Committee Netherlands

Suite

Aug 11 2015

NEPAL – Quelles améliorations pour une Constitution respectueuse des dalits ?


Katmandou. Le 4 août dernier, un rassemblement de politiciens et d’organisations dalits s’est terminé dans une violente altercation avec la police. D’après les organisateurs, la police aurait utilisé une force excessive contre les manifestants et blessé un certain nombre de participants, dont Durga Sob, présidente de l’Organisation féministe dalit (FEDO) ainsi que d’autres militants dalits et des membres de l’Assemblée constituante.

La manifestation a été déclenchée par une profonde inquiétude des militants dalits qui craignent pour le respect de leurs droits dans la nouvelle Constitution. En effet, certains droits garantis dans des versions antérieures semblent avoir été édulcorés dans la version actuelle. Les militants dalits ont donc demandé de veiller à ce que leurs droits soient garantis dans le processus d’élaboration de la nouvelle Constitution.

Le projet actuel mentionne bien le principe de la non-discrimination et l’élimination de toutes formes de discrimination basées sur la caste, ainsi que l’intouchabilité. Toutefois, des préoccupations ont été soulevées en ce qui concerne certaines dispositions pratiques, y compris les sections sur les droits des femmes, les droits des dalits et les droits à l’inclusion, l’égalité et la justice sociale. Les militants dalits ont, entre autres, appelé à garantir la représentation proportionnelle de la communauté dalit. En plus, ils appellent à un supplément de 10%, 5% et 3% au niveau local, régional et national respectivement, au-delà de la proportionnalité, comme cela avait été inscrit dans les versions précédentes de la nouvelle Constitution.

Par ailleurs, les dalits voudraient que l’on clarifie le statut de la Commission nationale dalit (NDC) et la représentation des dalits dans cette commission, de même que les mécanismes des droits humains qui devraient régir les commissions provinciales.

Selon les militants dalits, il ne suffit pas de souligner les principes de la non-discrimination pour garantir les droits des dalits si l’on ne garantit pas en même temps les autres droits liés à leur vie, leur dignité, leur représentation et leur participation et si l’on ne suit pas de façon expresse une approche des droits humains dans tout le processus d’élaboration de la nouvelle Constitution. La majorité des organisations nationales, y compris FEDO, ont plaidé pour que leurs préoccupations soient prises en compte, et que la nouvelle Constitution réponde clairement aux aspirations des plus marginalisés, en particulier de la communauté dalit.

Suite

Aug 06 2015

DELHI (INDE) – Le Parlement amende la loi protégeant les dalits et adivasis contre la violence


Le Lok Sabha, chambre basse du Parlement indien, vient d’adopter en ce 4 août 2015 les amendements à la loi de prévention des atrocités envers les castes et tribus répertoriées, soit les dalits et adivasis.

Au cours des 6 dernières années, un consortium national sur les droits humains des dalits et d’autres organisations avaient fait campagne pour amender la loi existante. Le gouvernement précédent, Parti du Congrès en tête, avait promis de passer les amendements préparés par la société civile, mais n’avait finalement pu que passer une ordonnance avant les élections de 2014, avec des effets limités dans le temps.

La loi de 1989 a été considérée par les organisations dalits comme un outil important pour lutter contre la violence envers les communautés dalits et adivasis, même si les règles d’application avaient été formulées seulement en 1995.

Mais dès 1991, centenaire de l’anniversaire d’Ambedkar, les organisations dalits n’avaient cessé de sensibiliser la communauté à la nouvelle loi et organisé des formations pour que les dalits puissent utiliser la loi.

Parmi les amendements adoptés au cours de cette semaine, relevons l’extension de la notion de violence envers les dalits et adivasis, la création de tribunaux spéciaux en vue d’appliquer la loi de façon plus efficace et le renforcement des peines. Dorénavant, toute exploitation sexuelle d’une femme dalit ou adivasi est considérée comme une offense punissable, la loi précisant que tout attouchement intentionnel d’une femme dalit ou adivasi de manière sexuelle sans son consentement, l’utilisation de mots, d’actes ou de gestes à connotation sexuelle, l’offre de jeunes femmes en tant que devadasis (prostituées) aux temples ou tout autre pratique similaire seront considérés comme une offense.

Félicitations aux organisations dalits impliquées dans la révision de la loi !

Suite

Aug 06 2015

KATMANDOU (NEPAL) – Manifestation dalit réprimée par la police


Durga Sob Manif 03 08 2015KATMANDOU – Plus d’une vingtaine de militants et de dirigeants dalits ont été blessés dans la capitale népalaise lors d’un affrontement avec la police au cours d’une manifestation organisée pour réclamer que la nouvelle constitution respecte davantage les dalits.

Diverses organisations dalits affiliés à 10 partis représentés à l’Assemblée constituante avaient appelé à bloquer la circulation pendant une heure, de 10h à 11h, ce mardi 4 août au Bijuli Bazaar, Katmandou.

Des manifestants et des policiers ont été blessés lorsque la police a usé de matraques et a chargé contre les manifestants pour débloquer la circulation. Parmi les victimes de la violence policière se retrouvent notamment trois parlementaires et des militants pour les droits des dalits, dont Durga Sob de l’organisation dalit FEDO.

La police a également arrêté certains manifestants impliqués dans l’entrave à la circulation.

La plupart des victimes ont subi des blessures à la tête et ont été traitées à l’hôpital de la fonction publique.

Source: IDSN

Suite

Page 5 of 17« First...34567...10...Last »