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Mar 21 2016

Genève – Nouveau rapport des Nations Unies sur la discrimination de caste


Le rapporteur spécial des NU sur les questions des minorités à l'écoute des discriminations de caste en Mauritanie

Le rapporteur spécial des NU sur les questions des minorités à l’écoute des discriminations de caste en Mauritanie

GENÈVE. Le 15 mars dernier, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités, Mme Rita Izsak-Ndiaye, a présenté au Conseil des droits de l’homme (CDH) son rapport sur les discriminations liées au système des castes. Elle exhorte les pays affectés à prendre des mesures urgentes et globales pour lutter contre la discrimination fondée sur la caste.

« La question de la discrimination des castes m’a touchée depuis le début de mon mandat. Il est inacceptable que 260 millions de personnes soient considérées comme inférieures. Cela ne peut pas être toléré », a déclaré le Rapporteur spécial, en commentant le rapport lors d’une manifestation parallèle au Conseil des droits de l’homme (CDH) à Genève sur les « minorités et la discrimination fondée sur la caste ».

L’événement a réuni des experts sur les pays touchés par les castes en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe, soulignant le caractère global de cette question grave des droits humains. Ensemble avec les représentants des dalits de toute l’Asie du Sud, ils ont exploré des moyens pour éliminer la discrimination fondée sur la caste et l’ascendance, qui touche environ 260 millions de personnes à travers le monde.

L’intervention fut centrée sur la situation au Yémen et en Mauritanie, où la discrimination des castes reste profondément ancrée dans les mentalités et prend parfois des formes extrêmement violentes, même si elle reste le plus souvent ignorée par les gouvernements des pays concernés ainsi que par le monde extérieur.

L’événement a fait suite à la présentation par le Rapporteur spécial sur les questions des minorités de son rapport sur la caste et des formes analogues de discrimination au Conseil des droits de l’homme. Dans le rapport, elle appelle les Etats affectés par les castes à adopter une (nouvelle) législation, mettre en œuvre les lois existantes, sensibiliser à la question, élaborer des plans nationaux de lutte contre la discrimination de caste et prendre « des mesures énergiques » contre la violence liée à la caste envers les femmes et les jeunes filles.

Selon le rapport, la discrimination de caste est tellement ancrée dans les relations interpersonnelles et sociales que pour la surmonter, cela « exigera non seulement des réponses juridiques et politiques, mais aussi des approches communautaires visant à changer les mentalités des individus et la conscience collective des communautés locales. »

Le rapport propose une analyse approfondie et systématique de la discrimination fondée sur la caste et les systèmes analogues, la décrivant comme un phénomène mondial et une violation des droits humains portant gravement atteinte aux principes fondamentaux universels de la dignité humaine et de l’égalité. Il souligne que les groupes touchés par le système des castes souffrent d’une exclusion et d’une déshumanisation extrême et sont souvent privés de leurs droits les plus élémentaires. En outre, la discrimination de caste est une cause majeure de pauvreté, qu’elle perpétue dans les communautés touchées.

« Ce rapport est un effort très courageux. Il soulève les espoirs de millions de dalits qui sont soumis à des formes inhumaines de discrimination fondée sur la caste, le travail et l’ascendance. Nous rêvons que cela puisse être une étape sur la voie vers une Convention des Nations Unies sur l’élimination de la discrimination fondée sur la caste », a déclaré Manjula Pradeep, directrice exécutive de l’organisation indienne pour les droits des dalits, Navsarjan.

D’autres militants dalits d’Asie du Sud ont également accueilli favorablement le rapport. Ils conviennent que ce sera un outil important dans la lutte contre la discrimination des castes dans leur pays d’origine.

« Le rapport ne restera pas un simple document. Nous allons l’utiliser pour le travail de plaidoyer, et il donnera beaucoup de poids à nos discussions avec les institutions nationales des droits de l’homme », a déclaré Henri Tiphagne, un des principaux défenseurs indiens des droits humains et membre du conseil IDSN.

Minority Rights Group, Human Rights Watch et IDSN ont félicité Mme Izsák-Ndiaye d’avoir abordé la question importante et longtemps négligée de la discrimination fondée sur la caste.

« Nous pensons que ce rapport constituera une étape importante dans la reconnaissance progressive par l’ONU et la communauté des Etats du dommage significatif causé par les violations des droits humains fondées sur la caste, » estiment les trois organisations dans un communiqué remis lors du débat au CDH.

Au cours du débat, plusieurs Etats ont exprimé leur soutien fort pour le choix du Rapporteur spécial d’un sujet difficile pour son dernier rapport. Beaucoup ont noté la vulnérabilité particulière des femmes touchées par les castes, d’autres ont exprimé leur choc au vu de l’ampleur du problème. Le Nigeria décrit le nombre de personnes soumises à la discrimination de caste comme «ahurissant».

La Norvège a évoqué la possibilité d’inclure des indicateurs de caste dans les objectifs de développement durable. La Suisse a demandé quelles mesures concrètes le CDH pourrait prendre pour aider les États touchés par la caste et a signalé qu’il était intolérable qu’ « en 2016, une grande partie de la société soit considérée comme inférieure et inhumaine. »

Source: IDSN

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Mar 14 2016

Prix Amnesty International pour l’avocat Henri Tiphagne (Inde)


Photo: Brian Tronic / American India Foundation

Photo: Brian Tronic / American India Foundation

L’avocat indien et défenseur des droits humains Henri Tiphagne se verra décerner le 8ème Prix des droits humains d’Amnesty International Allemagne. Le prix, qui sera présenté lors d’une cérémonie officielle le 25 avril au Théâtre Maxim Gorki à Berlin, est une reconnaissance de l’engagement exceptionnel d’Henri Tiphagne pour les droits humains.

« Depuis plusieurs décennies, Henri Tiphagne s’est engagé inlassablement et courageusement pour les droits humains. Le travail inestimable de son organisation comprend une campagne contre la discrimination et l’usage de la torture en Inde », a déclaré Selmin Çalýþkan, directeur d’Amnesty International Allemagne.

« Henri Tiphagne et son organisation People’s Watch se battent pour assurer les droits des autres et pourtant, ils sont eux-mêmes harcelés et entravés par les autorités. Il existe de nombreuses autres organisations de la société civile en Inde qui sont dans une situation similaire. Ce prix est donc destiné à envoyer un signal fort de soutien à l’ensemble du mouvement indien des droits humains. »

Henri Tiphagne est le fondateur de l’organisation People’s Watch, l’une des organisations les plus remarquables en faveur des droits humains en Inde. Depuis plus de 20 ans, People’s Watch a investigué et documenté les violations des droits humains, et a fourni une représentation juridique aux personnes concernées. L’organisation soutient également activement l’éducation aux droits humains. En 1997, Henri Tiphagne a fondé un institut offrant une formation pour les enseignants ainsi qu’un appui aux programmes d’éducation aux droits humains dans les écoles. Jusqu’à présent, cela a permis de toucher environ 500.000 enfants dans 18 Etats indiens.

Au cours des dernières années, de nombreuses organisations ont fait l’objet d’intenses pressions de la part du gouvernement indien, et People’s Watch ne fait pas exception. Les comptes bancaires de l’organisation ont été gelés à plusieurs reprises depuis 2012, avec pour résultat que certains employés ont dû être licenciés et de nombreux programmes abandonnés. Une plainte déposée par People’s Watch contre ces actions du gouvernement est toujours en cours d’instruction.

Les gouvernements successifs de l’Inde ont utilisé la Loi sur les contributions financières en provenance de l’étranger – qui impose des restrictions sur le financement étranger pour les organisations de la société civile – à des fins politiques. Les cibles visées par les autorités comprennent des organisations non-gouvernementales, ainsi que des militants et des groupes de protestation qui font campagne, par exemple, contre les expulsions forcées liées à des projets miniers.

Chaque fois que les militants et les organisations sont obligés de limiter la portée de leur travail en raison de ce genre de harcèlement, les droits humains tels que les droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association sont menacés.

Le Prix des droits humains est attribué par Amnesty Allemagne tous les deux ans en reconnaissance d’individus ou d’organisations qui militent pour les droits humains dans des conditions très difficiles.

Grâce à ce prix, Amnesty International vise à honorer et soutenir les lauréats pour leur engagement exceptionnel en faveur des droits humains et à sensibiliser le public allemand à ce travail. Le prix est doté de 10.000 euros, fournis par la fondation d’Amnesty Allemagne Stiftung Menschenrechte, Förderstiftung Amnesty.

Le Prix des droits humains sera présenté pour la huitième fois en 2016. Les anciens lauréats comprennent Monira Rahman du Bangladesh (2006), Women of Zimbabwe Arise du Zimbabwe (2008), Abel Barrera du Mexique (2011) et Alice Nkom du Cameroun (2014).

(Communiqué de presse AI Allemagne)

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Mar 14 2016

Bangladesh – Des millions de dalits ont besoin d’eau et de toilettes


 

Bidonville dalit à Dhaka Photo J. Carlsen

Bidonville dalit à Dhaka
Photo J. Carlsen

Les dalits du Bangladesh sont privés d’accès à l’eau, aux sanitaires et à l’hygiène (WASH – Water, Sanitation and Hygiene). Un nouveau rapport exhorte le gouvernement du pays à prendre des mesures sur la question et les groupes de la société civile à accorder plus d’attention aux besoins de la population dalit.

Pour les dalits de Dhaka, l’eau propre est un luxe. La population non-dalit de la capitale du Bangladesh fait généralement bouillir ou filtre son eau, mais les dalits, économiquement défavorisés et discriminés, doivent souvent se contenter de sources d’eau non potable.

« Nous avons la chance d’avoir une source d’eau; qu’elle soit salubre ou non, ce n’est pas notre principale question », dit une militante des droits dalits, Sonu Rani Das, dans un récent rapport sur l’accès à l’eau, aux sanitaires et à l’hygiène (WASH) pour les dalits au Bangladesh.

La situation dans sa « colonie » – un terme pour désigner les hameaux où vivent la plupart des dalits – n’est qu’un exemple des nombreux problèmes auxquels les quelque 5,5 – 6,5 millions de dalits du Bangladesh doivent faire face dans leur vie quotidienne. Ils vivent dans des conditions épouvantables, souvent dans des endroits sales avec une canalisation qui déborde ou qui est bouchée, des égouts à ciel ouvert, un manque de latrines et de salles de bains, et près des terrains d’immondices.

La discrimination contre eux se manifeste en particulier par des difficultés d’accès aux services d’eau et aux toilettes. Dans la partie rurale du pays, 89 pour cent des dalits utilisent des latrines partagées, la plupart du temps sans toit. Et dans les « colonies » dalits urbaines, 84 personnes partagent en moyenne un point d’eau, et il y a une latrine pour 40 personnes.

Le rapport – produit par le Bangladesh Dalit and Excluded Rights Movement (BDERM) et l’ONG Nagorik Uddyog – constate que de nombreuses mesures prises par le gouvernement du Bangladesh pour améliorer les services d’eau et d’hygiène pour la population en général, tant dans les zones urbaines que rurales, n’ont eu que peu d’effet sur les dalits du pays. « C’est dans une large mesure parce que la reconnaissance des questions dalits doit encore évoluer, » selon le rapport.

Le rapport présente un certain nombre de recommandations au gouvernement. Celles-ci comprennent l’adoption d’une loi sur la lutte contre la discrimination; des mesures pour assurer « un accès adéquat et sans discrimination à l’eau et l’hygiène » pour les ménages dalits; le ciblage des colonies dalits pour améliorer les installations WASH; et l’abolition des « barrières physiques, culturelles, économiques et sociales » auxquelles les dalits se heurtent pour accéder aux services WASH.

D’autres recommandations s’adressent aux organisations de la société civile. Elles devraient « augmenter l’interaction avec la population dalit », renforcer le pouvoir et les capacités des dalits et de leurs organisations pour exiger des installations WASH et former des groupes de travail WASH pour identifier les besoins dalits dans ce domaine.

Source : IDSN

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Feb 18 2016

Inde – Les dalits toujours marginalisés


 


La discrimination contre les Dalits est en hausse en dépit des lois plus sévères. Les attitudes de la police et de l’appareil judiciaire doivent changer.

Par Christophe Jaffrelot, chargé de recherche au CERI/Sciences Po à Paris. Publié le 18 février 2016 dans The Indian Express.

BlurbReady22La mobilisation des dalits qui gagne du terrain dans le sillage du suicide de Rohith Vemula reflète les problèmes structurels dont il était bien au courant. Certes, les réservations ont donné naissance à des entrepreneurs dalits et une classe moyenne dalit bénéficiant d’emplois du gouvernement. Mais en dépit de cela, ou à cause de cela, les attitudes anti-dalits progressent.

Le nombre de cas enregistrés d’atrocités anti-dalits, notoirement sous-estimé, a bondi de 17,1 pour cent en 2013 (par rapport à 2012), selon le National Crime Records Bureau (NCRB). L’augmentation est encore plus marquée entre 2013 et 2014 et se situe à 19,4 pour cent. Le mot «atrocités» doit être explicité ici, sinon il deviendra un autre terme bureaucratique, un euphémisme abstrait.

La loi sur la prévention des atrocités envers les tribus et les castes répertoriées de 1989 donne une liste des « infractions et atrocités ».

Quelqu’un est coupable de l’une de ces « infractions et atrocités » si il ou elle force un dalit ou un adivasi « à boire ou à manger toute substance non comestible ou désagréable », « enlève de force les vêtements de la personne d’un membre d’une caste ou d’une tribu répertoriée ou la fait défiler nue ou avec le visage ou le corps peint », « le dépossède de sa terre », l’oblige à faire du « travail forcé », « l’exploite sexuellement », « salit l’eau » qu’il utilise, lui refuse le « droit de passage à un lieu public », l’oblige « à quitter sa maison, son village ou tout autre lieu de résidence », etc.

Cette liste est surprenante, non seulement en raison de son détail, mais aussi parce que la Constitution rédigée par Ambedkar avait déjà pris soin de la plupart de ces questions. (…) En 1989, pourquoi une nouvelle loi détaillée doit dresser la liste des cas de « crimes et atrocités »? Parce qu’aucune des législations précédentes n’avait fait la différence.

La loi de prévention contre les atrocités n’a pas eu un énorme impact, comme en témoignent les chiffres mentionnés ci-dessus. Les atrocités ont continué, et de façon insupportable. En octobre 2014, un garçon de 15 ans a été brûlé vif par un homme de caste supérieure dans le village de Mohanpur (district de Rohtas) parce que ses chèvres avaient mangé sa récolte de riz. En juin 2015, deux garçons dalits ont été tués dans une altercation parce qu’ils étaient à court de Rs 4 (6 Eurocents) dans un moulin à farine d’Allahabad. En octobre 2015, deux enfants de trois et huit ans ont été brûlés vifs dans leur maison du village de Ballabgarh (Haryana) après une dispute avec des Rajputs locaux. En mai de cette même année, un dalit de 21 ans a été tué à Shirdi (Maharashtra) parce qu’il jouait une chanson à la gloire d’Ambedkar.

En parallèle, les femmes dalits continuent d’être victimes de violences et de viols, de la même manière que Mahasweta Devi, qui a eu 90 ans ce mois-ci, les a décrits il y a des décennies dans ses histoires courtes.

Quelle a été la réponse de l’État, ces derniers temps? Une nouvelle loi a été adoptée. Le mois dernier, le Parlement indien a rendu la législation en vigueur encore plus sophistiquée. Cette loi prévoit des mesures sévères contre ceux qui agressent sexuellement les dalits et adivasis ou occupent leurs terres illégalement; elle déclare également comme une infraction de guirlander avec des chaussures un homme ou une statue, de forcer un dalit d’enlever ou transporter des carcasses humaines ou animales ou de faire la vidange manuelle des toilettes sèches.

Cela fera-t-il une différence? Non, si la police et le système judiciaire ne changent pas leur attitude. En dépit du fait que la loi a mis en place des tribunaux spéciaux pour des procès expéditifs, le taux de condamnation en vertu de cette loi est restée très faible au cours des dernières années et a diminué, même – de 30 pour cent en 2011 à 22,8 pour cent en 2013 (des données plus récentes ne sont pas disponibles). Et le pourcentage des « affaires en suspens » a augmenté de 80 à 84 pour cent.

Mais le fait même d’avoir un cas enregistré en vertu de cette loi est un problème en soi. En moyenne, seul un tiers des cas d’atrocités est enregistré conformément à la loi. La police est réticente à le faire en raison de la sévérité des sanctions susceptibles d’être imposées.

De nombreux dalits ne connaissent pas leurs droits et de toute façon ne peuvent pas livrer une bataille juridique coûteuse en termes de temps et d’argent. Le Recensement national de 2011 offre une image poignante de la condition socio-économique des dalits, ce qui explique leur vulnérabilité. Sur les 44.226.917 ménages dalits en Inde, 74 pour cent vivent dans des zones rurales, où la terre qu’ils possèdent par ménage est en moyenne inférieure à 0,3 ha – la plupart d’entre eux sont sans terre. Un total de 20.616.913 ménages dalits vivent dans une seule pièce et 13.924.073 dans deux pièces. Seuls 22 pour cent des ménages dalits vivent dans des maisons plus grandes. Et seulement 34 pour cent d’entre eux disposent de toilettes dans leurs maisons. Plus de 50 pour cent des ménages dalits utilisent le bois comme principal combustible pour la cuisine.

Le taux d’alphabétisation des dalits est en hausse, cependant. En 2011, leur taux d’alphabétisation a dépassé les 66 pour cent (8 points de moins que les non dalits ou non adivasis). Mais les dalits instruits veulent plus – et notamment intégrer le système universitaire. Certains d’entre eux ont réussi à le faire, mais ils sont souvent confrontés à des expériences frustrantes quand ils sont victimes de discrimination dans l’institution même qui devrait favoriser la mobilité sociale. Rohith Vemulawas (qui s’est suicidé, n.d.T.) était l’un d’entre eux. Il y en a beaucoup d’autres. Prenons le cas de Senthil Kumar de Jalakandapuram (près de Salem). Ce fils d’un éleveur de porcs a rejoint l’Université de Hyderabad, tout comme Rohith Vemula, et a obtenu une bourse de doctorat en physique en 2007. Mais il se suicida en 2008 – victime de l’atmosphère locale – après avoir échoué aux examens et perdu sa bourse. Aujourd’hui, les enfants de sa famille ne veulent pas être éduqués – sa mère même « déteste l’éducation ». Mais un pays peut-il progresser si un cinquième de sa population n’a pas un accès complet à l’enseignement supérieur? Quel type de développement (mot-clé aujourd’hui en Inde) ce sera?

L’auteur est chargé de recherche au CERI-Sciences Po / CNRS, Paris, professeur de politique indienne et de sociologie au King’s India Institute, Londres et chercheur non résident au Carnegie Endowment for International Peace.
Traduction : Solidarité Dalits Belgique

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Feb 05 2016

Népal – Le droit à la terre pour construire la paix    


Par Rubeena Mahato, Nepali Times, 5 – 11 février 2016

Les acquis du mouvement pour le droit à la terre ne proviennent pas d’un bain de sang ni de la guerre, mais d’un mouvement social non violent.

Photo J.Carlsen, IDSN

Photo J.Carlsen, IDSN

Depuis 20 ans, un mouvement social de base non violent s’est construit lentement à travers le pays, organisant les plus pauvres et les plus marginalisés en vue de vivre en liberté et en dignité. Il compte 100.000 membres qui sont des paysans sans terre, des tout petits propriétaires, des dalits et d’autres groupes marginalisés, et ils ont été le fer de lance d’une lutte pour le droit à la terre et les droits agraires au Népal.

Le Forum national pour le droit à la terre (NLRF) a obtenu des titres de propriété pour plus de 39.000 paysans sans terre et petits paysans, et a joué un rôle central dans la mise en place de la politique foncière sur la propriété partagée (Joint Land Ownership), aidant à établir l’égalité de propriété de la terre pour les femmes. Il est le résultat d’une longue lutte qui a abouti récemment à un sit-in de huit jours par un millier de femmes sans terre dans la région de Khula.

Le plaidoyer de ce groupe ainsi que d’autres organisations dalits a contribué à inclure la disposition qui garantit des terres aux dalits sans terre dans la nouvelle constitution. Plusieurs dispositions foncières progressives dans la Constitution, y compris un arrêt des expulsions énergiques, découlent directement du travail accompli par ce mouvement. Le président dalit du NLRF, Lyam Bahadur Darjee, m’a dit récemment: « La nouvelle constitution utilise les mots exacts que nous avons proposés pour mettre fin à la propriété foncière double. » Dans une société où le pouvoir a toujours été exercé par le contrôle des terres, les personnes sans propriété foncière se retrouvent en bas de la hiérarchie sociale et économique. Les plus pauvres au Népal sont ceux qui ne possèdent pas la terre qu’ils cultivent. Exclure les paysans sans terre a été l’un des moyens de maintenir des relations de pouvoir inégales au Népal. Il n’est donc pas surprenant que les dalits des collines et des plaines soient principalement des paysans sans terre.

Cette campagne menée par des communautés parmi les plus démunies et marginalisées du Népal a conduit à des changements politiques au sein d’institutions étatiques souvent peu coopérantes et parfois même hostiles. Cela prouve à quel point les mouvements sociaux peuvent être puissants et conduire à de réelles transformations. Plus que toute autre chose, cela était pour moi aussi une affirmation de la puissance de l’action non violente et du militantisme. En clair: je travaille dans une organisation qui collabore avec le NLRF, et j’ai été le témoin de la puissance du pouvoir des communautés de mes propres yeux.

En visitant des groupes de sans terre dans l’est du Népal qui ont vécu sans droits fonciers pour des générations et qui ont été victimes d’harcèlements constants, de la violence et de l’expulsion par les autorités de l’Etat, je fus frappée par l’ampleur des injustices auxquelles ils ont été confrontés, et la détermination qu’ils ont montrée pour améliorer leur vie.

Les groupes ont lancé des entreprises agraires et des coopératives pour améliorer les moyens de subsistance, pour mobiliser des ressources et pour résister activement aux violations des droits fonciers. Même les familles les plus pauvres envoient leurs enfants à l’école. Dirigé par des femmes, des dalits et d’autres groupes marginalisés, le mouvement a également aidé à défier les normes du genre et de la caste. Récemment, le NLRF a soumis ses contributions pour le sixième amendement à la Loi sur la propriété foncière et il travaille actuellement pour fournir des informations pour la politique d’aménagement du territoire afin que la politique protège les intérêts des petits propriétaires terriens et des sans terre.

Bien sûr, il y a des défis à venir. Des milliers de familles sans terre vivent dans une pauvreté abjecte, et les réformes politiques sont difficiles à mettre en œuvre quand beaucoup dans les institutions publiques et la bureaucratie viennent de familles de propriétaires fonciers dont les intérêts sont en conflit avec les paysans sans terre. Les militants pour le droit à la terre sont régulièrement harcelés, arrêtés et ont leurs maisons brûlées. Des manifestations et des rassemblements pacifiques sont perturbés, dans la mesure où la campagne est souvent perçue comme s’attaquant au gouvernement.

Parfois, il est difficile de mener des campagnes car la plupart des militants sont pauvres et doivent travailler pour gagner un salaire journalier. Malgré cela, il y a une véritable motivation parmi les membres qui croient dans leur force collective pour influencer le changement.

En leur parlant, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux partis politiques qui ont exploité l’ordre du jour de la réforme agraire pour gagner le soutien populaire. La réforme agraire était en fait l’une des principales exigences des maoïstes quand ils ont lancé leur lutte armée il y a exactement 20 ans cette semaine. Mais ils ont abandonné cette priorité une fois au pouvoir.

Ces réformes durement acquises en matière de gouvernance de la terre n’ont pas été acquises par un bain de sang ni à la guerre, mais par le plaidoyer d’un mouvement social non violent.

La violence politique et le chantage sont devenus des moyens reconnus pour arriver au pouvoir au Népal, mais ce n’est que par la lutte pacifique et la participation aux processus démocratiques que tout changement social ou politique peut être atteint. Les changements recherchés par des moyens violents sont de courte durée et causent plus de dégâts que le bien qu’ils étaient censé offrir. Les mouvements sociaux menés par les sans terre sont par contre bien vivants au Népal, car ils sont prêts à prendre le long mais enrichissant chemin de la liberté.

Larges extraits de l’article de Rubeena Mahato traduits par Solidarité Dalits Belgique

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Feb 01 2016

INDE – Le suicide d’un étudiant dalit : la goutte qui fait déborder le vase de l’injustice


Le suicide de Rohith Vemula le 17 janvier dernier, cet étudiant indien de 26 ans, est à la fois une tragédie humaine et un symbole de siècles d’abus systémique et d’injustice envers les dalits en Inde. « Ma naissance m’a été fatale », écrit Rohith Vemula dans sa note de suicide. Cette notion sonne vrai pour beaucoup trop de dalits en Inde, destinés à la discrimination dès la naissance.

Ce n’est pas le premier étudiant dalit qui se suicide, il y en a eu d’autres avant lui qui n’ont trouvé aucune solution à l’exclusion et à l’ostracisme auxquels ils ont été confrontés. En 2007, le Comité Thorat a également présenté un rapport sur la discrimination de caste dans le  All India Institute of Medical Science et au cours des années, de nombreux cas de discrimination dans les universités à travers l’Inde ont fait surface. La différence, c’est que son cas représente la goutte d’eau qui a fait que des personnes en Inde protestent publiquement et que la communauté internationale marque sa solidarité.

Des gens du monde entier, de San Francisco à l’Afrique du Sud, ainsi que les médias ont parlé de la mort de Rohith Vemula comme d’un symbole de l’oppression des castes et de siècles d’injustice subie par les dalits en Inde. Sa note de suicide a été publiée par les principaux médias indiens.

En Inde, certains commentateurs estiment que son suicide est une « affaire personnelle », alors que d’autres affirment qu’il est le résultat direct de l’exclusion et de l’oppression de caste par l’Université de Hyderabad qu’il fréquentait. Le groupe « Hyderabad pour féminisme » écrit :

“Le sentiment de désespoir qui est tangible dans la lettre de Rohith vient de cette dissonance entre ce qu’il avait rêvé qu’il allait devenir – un écrivain de science, écrivant de façon créative et philosophique sur la science – et ce qu’il est devenu – un hors-caste, un étranger, un hors-tout dans cet espace idéalisé de l’enseignement supérieur et de la recherche, à savoir l’université. Le monstre, c’est ceci: un être humain délégitimé, isolé et déshumanisé systématiquement, ses rêves chassés et écrasés sous ses pieds “.

Rohith était membre d’un groupe d’étudiants de l’Université de Hyderabad qui se battait contre la discrimination de caste. Selon le site indépendant Scroll.in, « les autorités universitaires les avaient empêchés d’entrer dans le bâtiment administratif, les dortoirs, le restaurant universitaire, les bibliothèques et d’autres espaces communs. » Les étudiants suspendus dormaient dans des tentes en dehors du campus. Selon de nombreuses sources, Rohith et les membres d’autres groupes d’étudiants avaient entamé une grève de la faim pour demander que leur suspension soit levée. D’autres étudiants affirment que les allégations contre les étudiants suspendus étaient fausses, mais l’université a maintenu la suspension.

Dans un message posté sur Facebook et cité sur Globalvoicesonline.org, un ami de Rohith écrit ceci :

« Une des raisons pour lesquelles Rohith et d’autres ont été persécutés par l’administration, c’est qu’il a organisé des campagnes et des programmes pour mettre en évidence la persécution et la discrimination à l’encontre des musulmans et a travaillé pour que les dalits et les musulmans se rejoignent pour lutter contre ce phénomène, au niveau du campus. »

Près de 130 universitaires du monde entier ont écrit une lettre ouverte au vice-chancelier de l’Université de Hyderabad pour exprimer leur choc et l’angoisse face au suicide de Rohith Vemula, et exigeant que justice soit faite et que des manifestations de solidarité soient organisées dans des universités en Inde comme à l’étranger.

Alors que le suicide tragique de Rohith Vemula est juste la pointe d’un iceberg gigantesque de l’injustice et de la lutte fondée sur la caste, il est à espérer que l’attention qu’il reçoit va secouer à la fois les autorités indiennes et la communauté internationale, et conduira à des actions plus systématiques et concertées contre ce fléau de la discrimination qui menace de détruire la société indienne de l’intérieur et sape les notions d’égalité et de droits humains si chères à la communauté internationale.

Source: IDSN

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Jan 09 2016

Bangladesh: Une chaîne humaine pour mettre fin à la violence contre les femmes dalits


Photo BDERM

Photo BDERM

La Fédération des femmes dalits du Bangladesh (BDWF) et Nagorik Uddyog ont organisé conjointement une chaîne humaine le 9 décembre 2015 dans le cadre de la campagne mondiale « Oranger le  Monde: Mettre fin à la violence contre les femmes et les filles », lancée par ONU Femmes. Les organisations ont mis l’accent spécifique sur la situation des femmes et des filles dalits. Les discours à l’occasion de l’évènement ont souligné la vulnérabilité des personnes à l’intersection des discriminations de caste et de genre ainsi que leur lutte pour le respect de leurs droits.

Dans un communiqué à propos de la chaîne humaine, le Mouvement des droits des dalits et autres exclus du Bangladesh (BDERM) écrit:

« Les femmes et les filles dalits sont souvent les victimes de violences et d’atrocités. Elles sont victimes de discriminations dans la société plus large et de maltraitance au sein de leur famille. L’insécurité, l’incertitude, la privation, le viol, l’assassinat, la torture physique et les enlèvements sont le destin cruel pour nombre de femmes et de filles dalits à travers le pays ».

Les orateurs en provenance du BDWF, du BDERM et du Forum des droits des minorités ainsi que les représentants de la communauté dalit ont demandé instamment à tous les citoyens de s’engager pour  mettre fin à la violence contre les femmes et les filles et de prendre des mesures pour remédier à la discrimination subie par les femmes et des filles dalits du Bangladesh.

BDERM rappelle par ailleurs que les valeurs sociales et les pratiques et croyances religieuses et culturelles du Bangladesh sont patriarcales, maintenant la domination des hommes sur les femmes. Et ce malgré la Constitution qui proclame l’égalité entre hommes et femmes.

Parmi les quelque 6,5 millions de dalits au Bangladesh, les femmes et les filles sont les victimes qui souffrent le plus. L’éducation ne leur est souvent pas accessible, dans la mesure où les parents estiment que l’éducation des filles ne sert à rien et qu’il vaut mieux qu’elles apprennent les tâches ménagères. C’est pourquoi, beaucoup de filles dalits quittent l’école avant d’avoir terminé leurs études primaires.

En outre, les filles vivent cloîtrées dans les hameaux dalits. Souvent, elles ne quittent pas le hameau, même en cas d’urgence. Et rares sont les femmes dalits qui travaillent en dehors du village. Sans parler des filles qui ne peuvent travailler qu’à l’intérieur du hameau dalit.

Sources :  IDSN et BDERM

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Dec 28 2015

Inde – Loi amendée contre les violences envers les dalits votée en chambre haute du Parlement


C’est en sa séance du 21 décembre 2015 que la Rajya Sabha, la chambre haute du Parlement indien, a approuvé les amendements de la loi concernant les violences envers les castes et tribus répertoriées (dalits et adivasis). Les amendements introduits élargissent le champ d’action de la loi et augmentent les peines encourues par ceux qui l’enfreignent.

Au cours des dernières années, une large consultation avait été engagée parmi de nombreuses associations de la société civile indienne, et en particulier parmi les organisations dalits, pour évaluer l’impact de la loi initiale et pour suggérer des améliorations en vue de la rendre plus effective. Ce travail avait conduit d’abord à la promulgation d’une ordonnance en mars 2014 par l’ancien gouvernement indien, qui n’était pas parvenu à faire voter la loi avant la fin de la législature.

Début août 2015, l’actuel gouvernement Modi avait fait voter les amendements à la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien. Le vote du 21 décembre dernier entérine donc les amendements dans la mesure où les deux chambres du Parlement y ont ainsi donné leur aval.

Avec toutes les organisations qui ont contribué à l’amélioration de cette loi, l’équipe de Solidarité Dalits Belgique se réjouit et espère une application rapide des nouvelles mesures pour protéger dalits et adivasis des violences dont ils sont trop souvent encore victimes.

Voir aussi:

INDE: Dalits et adivasis mieux protégés contre les actes de violence

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Dec 10 2015

Inde –  Les dalits frappés de manière disproportionnée par les inondations de novembre 2015 au Tamil Nadu, sans aide en vue


Photo SASY Tamil Nadu 2015

Photo SASY Tamil Nadu 2015

Un rapport d’évaluation de la situation dans le Tamil Nadu à la suite des inondations dévastatrices du 9 novembre 2015 constate que les ménages dalits sont les principales victimes de l’inondation et ne bénéficient pas d’une aide du gouvernement, en dépit de l’assistance fournie aux non-dalits. Les données recueillies auprès des victimes révèlent que plus de 95% des maisons endommagées par les inondations appartiennent à des dalits, mais ces derniers n’ont pas bénéficié des abris mis en place par le gouvernement. Le rapport “Pas de répit pour les dalits dans la réponse à la catastrophe, Tamil Nadu” a été publié par le National Dalit Watch (NDW) et la Social Awareness Society for Youth (SASY), Tamil Nadu.

L’équipe d’enquête a interrogé 8392 ménages dans 20 des villages les plus affectés par les inondations du district de Cuddalore. Un peu moins de 41% d’entre eux étaient des ménages dalits. Le rapport révèle que 90% des personnes blessées dans les inondations étaient dalits, 95% des maisons endommagées, 92% du bétail emporté par les flots et 86% des récoltes perdues appartenaient à des dalits.

Photo SASY Tamil Nadu 2015

Photo SASY Tamil Nadu 2015

Ajoutant l’insulte à l’injure, l’équipe d’enquête constate que parmi les personnes interviewées, une large discrimination à l’encontre des dalits a affecté le sauvetage et les secours, les ménages et les villages non-dalits ayant reçu l’appui du gouvernement alors que les ménages dalits n’ont pas reçu de soutien malgré les lourdes pertes subies.

Malgré le fait que leurs maisons étaient les plus endommagées, aucune famille dalit touchée par les inondations et interrogé par l’équipe n’a bénéficié d’un abri du gouvernement et les familles dalits n’ont souvent pas été en mesure d’accéder à des camps de secours mis en place dans les villages des castes dominantes, en raison de la discrimination et de la distance.

« Nous ne disposons toujours pas de murs et d’un toit, après 20 jours d’inondations, aucun fonctionnaire n’a visité notre village jusqu’à maintenant ; même le président du conseil du village (panchayat), qui est de la communauté dominante, est totalement biaisé et ne se soucie pas de notre situation, » raconte un dalit du panchayat (commune) de Parankipettai.

Aucune famille dalit n’a reçu des rations alimentaires par le biais du système de distribution publique de l’Etat du Tamil Nadu – et cela même 10 jours après l’inondation. Des dalits interrogés expliquent que souvent l’aide alimentaire a été donnée à des non-dalits vivant dans des maisons en béton, mais que les dalits sont laissés affamés.

Le rapport indique aussi que dans 90% des villages dalits, il n’y a pas d’alimentation en eau potable et les sources d’eau publiques ont été détruites ou contaminées. Dans certains villages, les dalits ont également expliqué que les personnes de castes dominantes ont refusé de leur permettre de prendre de l’eau aux sources appartenant à des non-dalits ou dans des hameaux de caste dominante.

Il y a un manque criant de services médicaux immédiats dans la plupart des villages dalits en dépit de la propagation de maladies transmises par l’eau et malgré que 90% des blessés interviewés étaient dalits. Beaucoup d’enfants dalits souffrent en outre de fièvre et ne reçoivent aucun traitement.

« Lorsque l’eau est entrée dans ma maison, j’ai couru pour trouver un endroit sûr, mais à mon âge, je n’y suis pas parvenue en toute sécurité et j’ai cassé la jambe dans ce chaos … il n’y avait aucune opération de sauvetage ni d’assistance médicale fournie par le gouvernement dans notre village, » raconte cette femme de 72 ans du village de Malavanur.

Besoins immédiats et recommandations

Les besoins immédiats des dalits dans les villages touchés comprennent le sauvetage et l’évacuation, une aide alimentaire immédiate, des abris, des soins de santé, l’accès à l’eau potable, aux toilettes et aux compensations, y compris la reconstruction des écoles. Une évaluation détaillée des besoins est présentée dans le rapport.

Le rapport propose également des recommandations détaillées pour répondre à ces besoins. Parmi les recommandations de sauvetage et de secours spécifiques proposés se retrouvent des recommandations aux autorités et aux autres fournisseurs de secours. Elles comprennent notamment l’intégration de dalits dans les services de secours et de réhabilitation, la mise en place de dialogues multipartites, des enquêtes sur les discriminations de caste dans les efforts de secours, l’évaluation des pertes subies par les dalits et des indemnisations adéquates. Le rapport recommande également l’ouverture urgente d’un groupe de travail pour élaborer des stratégies en vue d’ « actions inclusives pour la réduction des risques en cas de catastrophes » au niveau du district.

Les organisations à l’origine du rapport rappellent que l’histoire se répète, dans la mesure où National Dalit Watch a déjà signalé les effets disproportionnés des catastrophes sur les ménages dalits et la discrimination dans les efforts de secours et de sauvetage, notamment à l’occasion du tsunami de 2004 et de nombreuses autres catastrophes en Inde.

Malheureusement, le rapport est encore une autre pièce à rajouter aux preuves de la vulnérabilité des dalits aux catastrophes naturelles et la discrimination de caste dans les efforts de secours au cours des dernières années, la dernière ayant été soulevée par IDSN dans un appel urgent en relation avec le tremblement de terre au Népal. La publication d’IDSN, Egalité en matière d’aide, qui avait rassemblé des cas et des recommandations, est également très utile dans ce dernier exemple.

Source: IDSN

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Nov 09 2015

Nations Unies –  Les droits humains des dalits au Népal


Photo J.Carlsen, IDSN

Photo J.Carlsen, IDSN

Le 4 novembre dernier, les Nations Unies ont analysé la façon comment le Népal a mis en œuvre les traités des Nations en matière de droits humains auxquels le pays a souscrit.

Des questions liées à la discrimination des dalits et à l’intouchabilité y ont été abordées, dans la mesure où elles ont un impact négatif sur la vie sociale, économique et politique de la communauté des dalits. Malgré de nombreuses promesses des gouvernements népalais, les dalits ne jouissent toujours pas de leurs droits humains fondamentaux, en particulier à cause de mécanismes étatiques inefficaces, de ressources insuffisantes et d’un manque de détermination de la part des autorités.

Dans la mesure où la nouvelle Constitution a été adoptée le 20 septembre dernier, les Nations Unies veilleront également à ce que les clauses qui garantissent la non-discrimination, l’égalité et l’inclusion proportionnelle des minorités soient appliquées de façon correcte.

Les principales préoccupations des organisations dalits

Pour préparer cette revue universelle périodique (UPR) du Népal, une coalition d’organisations dalits du Népal avait dressé un inventaire des principales préoccupations en matière de droits humains, en collaboration avec la plateforme internationale IDSN (Réseau international de solidarité dalit). Parmi les thèmes abordés du document transmis aux Nations Unies, on peut lire en particulier le droit à la participation et représentation politiques, inscrit dans la nouvelle constitution, mais qui reste à être traduit en pratique dans la mesure où la représentation des dalits dans les assemblées politiques n’atteint que 7% et celle dans les services gouvernementaux même pas 2%, alors que les dalits constituent une minorité d’environ 13,6% de la population totale du pays.

Les dalits constituent une des communautés les plus pauvres de la nation, que ce soit en termes de revenus, de consommation ou de développement humain. 42% d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté, alors que la moyenne nationale se situe à 25,2%.

La majorité des dalits n’est pas scolarisée, et seules quelques personnes ont suivi une éducation supérieure.

Après le dernier tremblement de terre (avril 2015),  les dalits ont reçu moins d’aide humanitaire que les castes plus élevées, alors qu’ils étaient particulièrement touchés par le séisme.

Les recommandations envers les Nations Unies

Pour les organisations dalits, il est primordial que le gouvernement du Népal prenne les mesures nécessaires pour transformer en lois et appliquer les mesures inscrites dans la nouvelle Constitution : représentation politique proportionnelle, plan d’action national pour éliminer la discrimination basée sur la caste, renforcer les mesures pénales en cas d’actes d’intouchabilité, etc.

Une attention particulière est exigée de la part du gouvernement népalais face aux multiples formes de discrimination dont souffrent les femmes dalits ;  les organisations de la société civile exigent notamment des campagnes de sensibilisation, une meilleure éducation et des budgets appropriés.

Pour améliorer la situation socio-économique des dalits, ces organisations dalits demandent d’améliorer la qualité de l’éducation – en ville et dans les régions rurales –, l’octroi de bourses d’études et une politique de distribution de terres aux dalits sans-terre.

Enfin, un meilleur accès à la justice, à l’aide humanitaire et aux organisations des Nations Unies fait également partie des recommandations transmises à Genève.

Lors de la session du 4 novembre, ces préoccupations et bon nombre d’autres sujets ont été présentés, tout en soulignant également des acquis positifs tels que l’adoption de la nouvelle Constitution, la stratégie nationale et le Plan d’action pour le renforcement du pouvoir des femmes et les progrès en matière d’élimination de la pauvreté.

La session s’est terminée avec les recommandations envers le gouvernement népalais, dont le rapport final est préparé par le Groupe de Travail UPR – Népal.

Source : IDSN

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