Actualités

Feb 05 2016

Népal – Le droit à la terre pour construire la paix    


Par Rubeena Mahato, Nepali Times, 5 – 11 février 2016

Les acquis du mouvement pour le droit à la terre ne proviennent pas d’un bain de sang ni de la guerre, mais d’un mouvement social non violent.

Photo J.Carlsen, IDSN

Photo J.Carlsen, IDSN

Depuis 20 ans, un mouvement social de base non violent s’est construit lentement à travers le pays, organisant les plus pauvres et les plus marginalisés en vue de vivre en liberté et en dignité. Il compte 100.000 membres qui sont des paysans sans terre, des tout petits propriétaires, des dalits et d’autres groupes marginalisés, et ils ont été le fer de lance d’une lutte pour le droit à la terre et les droits agraires au Népal.

Le Forum national pour le droit à la terre (NLRF) a obtenu des titres de propriété pour plus de 39.000 paysans sans terre et petits paysans, et a joué un rôle central dans la mise en place de la politique foncière sur la propriété partagée (Joint Land Ownership), aidant à établir l’égalité de propriété de la terre pour les femmes. Il est le résultat d’une longue lutte qui a abouti récemment à un sit-in de huit jours par un millier de femmes sans terre dans la région de Khula.

Le plaidoyer de ce groupe ainsi que d’autres organisations dalits a contribué à inclure la disposition qui garantit des terres aux dalits sans terre dans la nouvelle constitution. Plusieurs dispositions foncières progressives dans la Constitution, y compris un arrêt des expulsions énergiques, découlent directement du travail accompli par ce mouvement. Le président dalit du NLRF, Lyam Bahadur Darjee, m’a dit récemment: « La nouvelle constitution utilise les mots exacts que nous avons proposés pour mettre fin à la propriété foncière double. » Dans une société où le pouvoir a toujours été exercé par le contrôle des terres, les personnes sans propriété foncière se retrouvent en bas de la hiérarchie sociale et économique. Les plus pauvres au Népal sont ceux qui ne possèdent pas la terre qu’ils cultivent. Exclure les paysans sans terre a été l’un des moyens de maintenir des relations de pouvoir inégales au Népal. Il n’est donc pas surprenant que les dalits des collines et des plaines soient principalement des paysans sans terre.

Cette campagne menée par des communautés parmi les plus démunies et marginalisées du Népal a conduit à des changements politiques au sein d’institutions étatiques souvent peu coopérantes et parfois même hostiles. Cela prouve à quel point les mouvements sociaux peuvent être puissants et conduire à de réelles transformations. Plus que toute autre chose, cela était pour moi aussi une affirmation de la puissance de l’action non violente et du militantisme. En clair: je travaille dans une organisation qui collabore avec le NLRF, et j’ai été le témoin de la puissance du pouvoir des communautés de mes propres yeux.

En visitant des groupes de sans terre dans l’est du Népal qui ont vécu sans droits fonciers pour des générations et qui ont été victimes d’harcèlements constants, de la violence et de l’expulsion par les autorités de l’Etat, je fus frappée par l’ampleur des injustices auxquelles ils ont été confrontés, et la détermination qu’ils ont montrée pour améliorer leur vie.

Les groupes ont lancé des entreprises agraires et des coopératives pour améliorer les moyens de subsistance, pour mobiliser des ressources et pour résister activement aux violations des droits fonciers. Même les familles les plus pauvres envoient leurs enfants à l’école. Dirigé par des femmes, des dalits et d’autres groupes marginalisés, le mouvement a également aidé à défier les normes du genre et de la caste. Récemment, le NLRF a soumis ses contributions pour le sixième amendement à la Loi sur la propriété foncière et il travaille actuellement pour fournir des informations pour la politique d’aménagement du territoire afin que la politique protège les intérêts des petits propriétaires terriens et des sans terre.

Bien sûr, il y a des défis à venir. Des milliers de familles sans terre vivent dans une pauvreté abjecte, et les réformes politiques sont difficiles à mettre en œuvre quand beaucoup dans les institutions publiques et la bureaucratie viennent de familles de propriétaires fonciers dont les intérêts sont en conflit avec les paysans sans terre. Les militants pour le droit à la terre sont régulièrement harcelés, arrêtés et ont leurs maisons brûlées. Des manifestations et des rassemblements pacifiques sont perturbés, dans la mesure où la campagne est souvent perçue comme s’attaquant au gouvernement.

Parfois, il est difficile de mener des campagnes car la plupart des militants sont pauvres et doivent travailler pour gagner un salaire journalier. Malgré cela, il y a une véritable motivation parmi les membres qui croient dans leur force collective pour influencer le changement.

En leur parlant, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux partis politiques qui ont exploité l’ordre du jour de la réforme agraire pour gagner le soutien populaire. La réforme agraire était en fait l’une des principales exigences des maoïstes quand ils ont lancé leur lutte armée il y a exactement 20 ans cette semaine. Mais ils ont abandonné cette priorité une fois au pouvoir.

Ces réformes durement acquises en matière de gouvernance de la terre n’ont pas été acquises par un bain de sang ni à la guerre, mais par le plaidoyer d’un mouvement social non violent.

La violence politique et le chantage sont devenus des moyens reconnus pour arriver au pouvoir au Népal, mais ce n’est que par la lutte pacifique et la participation aux processus démocratiques que tout changement social ou politique peut être atteint. Les changements recherchés par des moyens violents sont de courte durée et causent plus de dégâts que le bien qu’ils étaient censé offrir. Les mouvements sociaux menés par les sans terre sont par contre bien vivants au Népal, car ils sont prêts à prendre le long mais enrichissant chemin de la liberté.

Larges extraits de l’article de Rubeena Mahato traduits par Solidarité Dalits Belgique

Suite

Feb 01 2016

INDE – Le suicide d’un étudiant dalit : la goutte qui fait déborder le vase de l’injustice


Le suicide de Rohith Vemula le 17 janvier dernier, cet étudiant indien de 26 ans, est à la fois une tragédie humaine et un symbole de siècles d’abus systémique et d’injustice envers les dalits en Inde. « Ma naissance m’a été fatale », écrit Rohith Vemula dans sa note de suicide. Cette notion sonne vrai pour beaucoup trop de dalits en Inde, destinés à la discrimination dès la naissance.

Ce n’est pas le premier étudiant dalit qui se suicide, il y en a eu d’autres avant lui qui n’ont trouvé aucune solution à l’exclusion et à l’ostracisme auxquels ils ont été confrontés. En 2007, le Comité Thorat a également présenté un rapport sur la discrimination de caste dans le  All India Institute of Medical Science et au cours des années, de nombreux cas de discrimination dans les universités à travers l’Inde ont fait surface. La différence, c’est que son cas représente la goutte d’eau qui a fait que des personnes en Inde protestent publiquement et que la communauté internationale marque sa solidarité.

Des gens du monde entier, de San Francisco à l’Afrique du Sud, ainsi que les médias ont parlé de la mort de Rohith Vemula comme d’un symbole de l’oppression des castes et de siècles d’injustice subie par les dalits en Inde. Sa note de suicide a été publiée par les principaux médias indiens.

En Inde, certains commentateurs estiment que son suicide est une « affaire personnelle », alors que d’autres affirment qu’il est le résultat direct de l’exclusion et de l’oppression de caste par l’Université de Hyderabad qu’il fréquentait. Le groupe « Hyderabad pour féminisme » écrit :

“Le sentiment de désespoir qui est tangible dans la lettre de Rohith vient de cette dissonance entre ce qu’il avait rêvé qu’il allait devenir – un écrivain de science, écrivant de façon créative et philosophique sur la science – et ce qu’il est devenu – un hors-caste, un étranger, un hors-tout dans cet espace idéalisé de l’enseignement supérieur et de la recherche, à savoir l’université. Le monstre, c’est ceci: un être humain délégitimé, isolé et déshumanisé systématiquement, ses rêves chassés et écrasés sous ses pieds “.

Rohith était membre d’un groupe d’étudiants de l’Université de Hyderabad qui se battait contre la discrimination de caste. Selon le site indépendant Scroll.in, « les autorités universitaires les avaient empêchés d’entrer dans le bâtiment administratif, les dortoirs, le restaurant universitaire, les bibliothèques et d’autres espaces communs. » Les étudiants suspendus dormaient dans des tentes en dehors du campus. Selon de nombreuses sources, Rohith et les membres d’autres groupes d’étudiants avaient entamé une grève de la faim pour demander que leur suspension soit levée. D’autres étudiants affirment que les allégations contre les étudiants suspendus étaient fausses, mais l’université a maintenu la suspension.

Dans un message posté sur Facebook et cité sur Globalvoicesonline.org, un ami de Rohith écrit ceci :

« Une des raisons pour lesquelles Rohith et d’autres ont été persécutés par l’administration, c’est qu’il a organisé des campagnes et des programmes pour mettre en évidence la persécution et la discrimination à l’encontre des musulmans et a travaillé pour que les dalits et les musulmans se rejoignent pour lutter contre ce phénomène, au niveau du campus. »

Près de 130 universitaires du monde entier ont écrit une lettre ouverte au vice-chancelier de l’Université de Hyderabad pour exprimer leur choc et l’angoisse face au suicide de Rohith Vemula, et exigeant que justice soit faite et que des manifestations de solidarité soient organisées dans des universités en Inde comme à l’étranger.

Alors que le suicide tragique de Rohith Vemula est juste la pointe d’un iceberg gigantesque de l’injustice et de la lutte fondée sur la caste, il est à espérer que l’attention qu’il reçoit va secouer à la fois les autorités indiennes et la communauté internationale, et conduira à des actions plus systématiques et concertées contre ce fléau de la discrimination qui menace de détruire la société indienne de l’intérieur et sape les notions d’égalité et de droits humains si chères à la communauté internationale.

Source: IDSN

Suite

Jan 09 2016

Bangladesh: Une chaîne humaine pour mettre fin à la violence contre les femmes dalits


Photo BDERM

Photo BDERM

La Fédération des femmes dalits du Bangladesh (BDWF) et Nagorik Uddyog ont organisé conjointement une chaîne humaine le 9 décembre 2015 dans le cadre de la campagne mondiale « Oranger le  Monde: Mettre fin à la violence contre les femmes et les filles », lancée par ONU Femmes. Les organisations ont mis l’accent spécifique sur la situation des femmes et des filles dalits. Les discours à l’occasion de l’évènement ont souligné la vulnérabilité des personnes à l’intersection des discriminations de caste et de genre ainsi que leur lutte pour le respect de leurs droits.

Dans un communiqué à propos de la chaîne humaine, le Mouvement des droits des dalits et autres exclus du Bangladesh (BDERM) écrit:

« Les femmes et les filles dalits sont souvent les victimes de violences et d’atrocités. Elles sont victimes de discriminations dans la société plus large et de maltraitance au sein de leur famille. L’insécurité, l’incertitude, la privation, le viol, l’assassinat, la torture physique et les enlèvements sont le destin cruel pour nombre de femmes et de filles dalits à travers le pays ».

Les orateurs en provenance du BDWF, du BDERM et du Forum des droits des minorités ainsi que les représentants de la communauté dalit ont demandé instamment à tous les citoyens de s’engager pour  mettre fin à la violence contre les femmes et les filles et de prendre des mesures pour remédier à la discrimination subie par les femmes et des filles dalits du Bangladesh.

BDERM rappelle par ailleurs que les valeurs sociales et les pratiques et croyances religieuses et culturelles du Bangladesh sont patriarcales, maintenant la domination des hommes sur les femmes. Et ce malgré la Constitution qui proclame l’égalité entre hommes et femmes.

Parmi les quelque 6,5 millions de dalits au Bangladesh, les femmes et les filles sont les victimes qui souffrent le plus. L’éducation ne leur est souvent pas accessible, dans la mesure où les parents estiment que l’éducation des filles ne sert à rien et qu’il vaut mieux qu’elles apprennent les tâches ménagères. C’est pourquoi, beaucoup de filles dalits quittent l’école avant d’avoir terminé leurs études primaires.

En outre, les filles vivent cloîtrées dans les hameaux dalits. Souvent, elles ne quittent pas le hameau, même en cas d’urgence. Et rares sont les femmes dalits qui travaillent en dehors du village. Sans parler des filles qui ne peuvent travailler qu’à l’intérieur du hameau dalit.

Sources :  IDSN et BDERM

Suite

Dec 28 2015

Inde – Loi amendée contre les violences envers les dalits votée en chambre haute du Parlement


C’est en sa séance du 21 décembre 2015 que la Rajya Sabha, la chambre haute du Parlement indien, a approuvé les amendements de la loi concernant les violences envers les castes et tribus répertoriées (dalits et adivasis). Les amendements introduits élargissent le champ d’action de la loi et augmentent les peines encourues par ceux qui l’enfreignent.

Au cours des dernières années, une large consultation avait été engagée parmi de nombreuses associations de la société civile indienne, et en particulier parmi les organisations dalits, pour évaluer l’impact de la loi initiale et pour suggérer des améliorations en vue de la rendre plus effective. Ce travail avait conduit d’abord à la promulgation d’une ordonnance en mars 2014 par l’ancien gouvernement indien, qui n’était pas parvenu à faire voter la loi avant la fin de la législature.

Début août 2015, l’actuel gouvernement Modi avait fait voter les amendements à la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien. Le vote du 21 décembre dernier entérine donc les amendements dans la mesure où les deux chambres du Parlement y ont ainsi donné leur aval.

Avec toutes les organisations qui ont contribué à l’amélioration de cette loi, l’équipe de Solidarité Dalits Belgique se réjouit et espère une application rapide des nouvelles mesures pour protéger dalits et adivasis des violences dont ils sont trop souvent encore victimes.

Voir aussi:

INDE: Dalits et adivasis mieux protégés contre les actes de violence

DELHI (INDE) – Le Parlement amende la loi protégeant les dalits et adivasis contre la violence

Suite

Dec 10 2015

Inde –  Les dalits frappés de manière disproportionnée par les inondations de novembre 2015 au Tamil Nadu, sans aide en vue


Photo SASY Tamil Nadu 2015

Photo SASY Tamil Nadu 2015

Un rapport d’évaluation de la situation dans le Tamil Nadu à la suite des inondations dévastatrices du 9 novembre 2015 constate que les ménages dalits sont les principales victimes de l’inondation et ne bénéficient pas d’une aide du gouvernement, en dépit de l’assistance fournie aux non-dalits. Les données recueillies auprès des victimes révèlent que plus de 95% des maisons endommagées par les inondations appartiennent à des dalits, mais ces derniers n’ont pas bénéficié des abris mis en place par le gouvernement. Le rapport “Pas de répit pour les dalits dans la réponse à la catastrophe, Tamil Nadu” a été publié par le National Dalit Watch (NDW) et la Social Awareness Society for Youth (SASY), Tamil Nadu.

L’équipe d’enquête a interrogé 8392 ménages dans 20 des villages les plus affectés par les inondations du district de Cuddalore. Un peu moins de 41% d’entre eux étaient des ménages dalits. Le rapport révèle que 90% des personnes blessées dans les inondations étaient dalits, 95% des maisons endommagées, 92% du bétail emporté par les flots et 86% des récoltes perdues appartenaient à des dalits.

Photo SASY Tamil Nadu 2015

Photo SASY Tamil Nadu 2015

Ajoutant l’insulte à l’injure, l’équipe d’enquête constate que parmi les personnes interviewées, une large discrimination à l’encontre des dalits a affecté le sauvetage et les secours, les ménages et les villages non-dalits ayant reçu l’appui du gouvernement alors que les ménages dalits n’ont pas reçu de soutien malgré les lourdes pertes subies.

Malgré le fait que leurs maisons étaient les plus endommagées, aucune famille dalit touchée par les inondations et interrogé par l’équipe n’a bénéficié d’un abri du gouvernement et les familles dalits n’ont souvent pas été en mesure d’accéder à des camps de secours mis en place dans les villages des castes dominantes, en raison de la discrimination et de la distance.

« Nous ne disposons toujours pas de murs et d’un toit, après 20 jours d’inondations, aucun fonctionnaire n’a visité notre village jusqu’à maintenant ; même le président du conseil du village (panchayat), qui est de la communauté dominante, est totalement biaisé et ne se soucie pas de notre situation, » raconte un dalit du panchayat (commune) de Parankipettai.

Aucune famille dalit n’a reçu des rations alimentaires par le biais du système de distribution publique de l’Etat du Tamil Nadu – et cela même 10 jours après l’inondation. Des dalits interrogés expliquent que souvent l’aide alimentaire a été donnée à des non-dalits vivant dans des maisons en béton, mais que les dalits sont laissés affamés.

Le rapport indique aussi que dans 90% des villages dalits, il n’y a pas d’alimentation en eau potable et les sources d’eau publiques ont été détruites ou contaminées. Dans certains villages, les dalits ont également expliqué que les personnes de castes dominantes ont refusé de leur permettre de prendre de l’eau aux sources appartenant à des non-dalits ou dans des hameaux de caste dominante.

Il y a un manque criant de services médicaux immédiats dans la plupart des villages dalits en dépit de la propagation de maladies transmises par l’eau et malgré que 90% des blessés interviewés étaient dalits. Beaucoup d’enfants dalits souffrent en outre de fièvre et ne reçoivent aucun traitement.

« Lorsque l’eau est entrée dans ma maison, j’ai couru pour trouver un endroit sûr, mais à mon âge, je n’y suis pas parvenue en toute sécurité et j’ai cassé la jambe dans ce chaos … il n’y avait aucune opération de sauvetage ni d’assistance médicale fournie par le gouvernement dans notre village, » raconte cette femme de 72 ans du village de Malavanur.

Besoins immédiats et recommandations

Les besoins immédiats des dalits dans les villages touchés comprennent le sauvetage et l’évacuation, une aide alimentaire immédiate, des abris, des soins de santé, l’accès à l’eau potable, aux toilettes et aux compensations, y compris la reconstruction des écoles. Une évaluation détaillée des besoins est présentée dans le rapport.

Le rapport propose également des recommandations détaillées pour répondre à ces besoins. Parmi les recommandations de sauvetage et de secours spécifiques proposés se retrouvent des recommandations aux autorités et aux autres fournisseurs de secours. Elles comprennent notamment l’intégration de dalits dans les services de secours et de réhabilitation, la mise en place de dialogues multipartites, des enquêtes sur les discriminations de caste dans les efforts de secours, l’évaluation des pertes subies par les dalits et des indemnisations adéquates. Le rapport recommande également l’ouverture urgente d’un groupe de travail pour élaborer des stratégies en vue d’ « actions inclusives pour la réduction des risques en cas de catastrophes » au niveau du district.

Les organisations à l’origine du rapport rappellent que l’histoire se répète, dans la mesure où National Dalit Watch a déjà signalé les effets disproportionnés des catastrophes sur les ménages dalits et la discrimination dans les efforts de secours et de sauvetage, notamment à l’occasion du tsunami de 2004 et de nombreuses autres catastrophes en Inde.

Malheureusement, le rapport est encore une autre pièce à rajouter aux preuves de la vulnérabilité des dalits aux catastrophes naturelles et la discrimination de caste dans les efforts de secours au cours des dernières années, la dernière ayant été soulevée par IDSN dans un appel urgent en relation avec le tremblement de terre au Népal. La publication d’IDSN, Egalité en matière d’aide, qui avait rassemblé des cas et des recommandations, est également très utile dans ce dernier exemple.

Source: IDSN

Suite

Nov 09 2015

Nations Unies –  Les droits humains des dalits au Népal


Photo J.Carlsen, IDSN

Photo J.Carlsen, IDSN

Le 4 novembre dernier, les Nations Unies ont analysé la façon comment le Népal a mis en œuvre les traités des Nations en matière de droits humains auxquels le pays a souscrit.

Des questions liées à la discrimination des dalits et à l’intouchabilité y ont été abordées, dans la mesure où elles ont un impact négatif sur la vie sociale, économique et politique de la communauté des dalits. Malgré de nombreuses promesses des gouvernements népalais, les dalits ne jouissent toujours pas de leurs droits humains fondamentaux, en particulier à cause de mécanismes étatiques inefficaces, de ressources insuffisantes et d’un manque de détermination de la part des autorités.

Dans la mesure où la nouvelle Constitution a été adoptée le 20 septembre dernier, les Nations Unies veilleront également à ce que les clauses qui garantissent la non-discrimination, l’égalité et l’inclusion proportionnelle des minorités soient appliquées de façon correcte.

Les principales préoccupations des organisations dalits

Pour préparer cette revue universelle périodique (UPR) du Népal, une coalition d’organisations dalits du Népal avait dressé un inventaire des principales préoccupations en matière de droits humains, en collaboration avec la plateforme internationale IDSN (Réseau international de solidarité dalit). Parmi les thèmes abordés du document transmis aux Nations Unies, on peut lire en particulier le droit à la participation et représentation politiques, inscrit dans la nouvelle constitution, mais qui reste à être traduit en pratique dans la mesure où la représentation des dalits dans les assemblées politiques n’atteint que 7% et celle dans les services gouvernementaux même pas 2%, alors que les dalits constituent une minorité d’environ 13,6% de la population totale du pays.

Les dalits constituent une des communautés les plus pauvres de la nation, que ce soit en termes de revenus, de consommation ou de développement humain. 42% d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté, alors que la moyenne nationale se situe à 25,2%.

La majorité des dalits n’est pas scolarisée, et seules quelques personnes ont suivi une éducation supérieure.

Après le dernier tremblement de terre (avril 2015),  les dalits ont reçu moins d’aide humanitaire que les castes plus élevées, alors qu’ils étaient particulièrement touchés par le séisme.

Les recommandations envers les Nations Unies

Pour les organisations dalits, il est primordial que le gouvernement du Népal prenne les mesures nécessaires pour transformer en lois et appliquer les mesures inscrites dans la nouvelle Constitution : représentation politique proportionnelle, plan d’action national pour éliminer la discrimination basée sur la caste, renforcer les mesures pénales en cas d’actes d’intouchabilité, etc.

Une attention particulière est exigée de la part du gouvernement népalais face aux multiples formes de discrimination dont souffrent les femmes dalits ;  les organisations de la société civile exigent notamment des campagnes de sensibilisation, une meilleure éducation et des budgets appropriés.

Pour améliorer la situation socio-économique des dalits, ces organisations dalits demandent d’améliorer la qualité de l’éducation – en ville et dans les régions rurales –, l’octroi de bourses d’études et une politique de distribution de terres aux dalits sans-terre.

Enfin, un meilleur accès à la justice, à l’aide humanitaire et aux organisations des Nations Unies fait également partie des recommandations transmises à Genève.

Lors de la session du 4 novembre, ces préoccupations et bon nombre d’autres sujets ont été présentés, tout en soulignant également des acquis positifs tels que l’adoption de la nouvelle Constitution, la stratégie nationale et le Plan d’action pour le renforcement du pouvoir des femmes et les progrès en matière d’élimination de la pauvreté.

La session s’est terminée avec les recommandations envers le gouvernement népalais, dont le rapport final est préparé par le Groupe de Travail UPR – Népal.

Source : IDSN

Suite

Nov 04 2015

Inde – La caste au menu


Caste au menu« La Caste au menu » (2014) est un film documentaire de 21 minutes réalisé par cinq étudiants de l’Ecole des études culturelles et des médias, de l’Institut Tata des sciences sociales (TISS), Mumbai, dans le cadre de leur cursus universitaire. Il devait être présenté le 31 octobre lors d’un festival du film documentaire à New Delhi. Mais le 29 octobre, un jour avant le début du festival, l’organisateur du festival a fait savoir que le film documentaire ne pouvait pas être projeté. En fait, le ministère de l’Information et de la Radiodiffusion a refusé son autorisation, à cause de la mention « viande bovine » dans le texte du film. Il faut savoir que les autorités indiennes prônent de plus en plus une alimentation sans viande de bœuf dans les institutions publiques, comme pratiquée par les castes supérieures.

Sur les 19 films prévus pour la projection au festival, c’est le seul film à qui on a été refusé la projection.

Les auteurs du film sont choqués et profondément bouleversés par la tournure des événements. Ils prévoient de projeter le film sur les campus universitaires et par les organisations de la société civile à travers le pays pour encourager le dialogue. En outre, ils signalent qu’ils mettront le film en ligne dans les prochains jours.

Le film aborde la nourriture comme un sujet d’exclusion, en mettant l’accent sur la consommation de bœuf à Mumbai. Il présente les comportements des différentes castes dans les choix alimentaires des personnes de la ville, avant d’aborder les préoccupations liées aux moyens de subsistance, l’inclusion sociale et les droits humains.

En retraçant les racines mythologiques et historiques de la culture de la consommation de viande en Inde, le film traite de la hiérarchie maintenue par les préférences brahmaniques, avec ses conséquences sur l’économie politique des industries du cuir et de la viande.

En arrière-plan, le film suit la politique de caste des universités face à la demande d’inclure le bœuf dans les menus des restaurants universitaires. Il observe aussi que de nombreux restaurants à Mumbai offrent des spécialités de viande de bœuf, mais hors menu. D’où le titre du film : « La caste au menu ».

Source : Communiqué des cinéastes du film « La caste au menu »

Suite

Nov 02 2015

Inde – Les dalits dans le recensement national de 2011


LL-India01-aLes résultats du recensement national de 2011 donnent un aperçu remarquable de la vie des dalits à travers l’Inde ; ils montrent également ce qui reste à faire si le gouvernement est sérieux quant à la croissance inclusive.

Les données du recensement de 2011 donnent une image claire de la situation socio-économique des dalits, avec des détails sur les États où ils sont en grand nombre, leur présence dans les zones rurales et urbaines, l’état de leurs logements, leur accès à l’eau potable, la présence ou l’absence de toilettes, le type de combustible utilisé pour la cuisson et le nombre de ménages qui utilisent des services bancaires ou possèdent des radios, des télévisions, des téléphones, des ordinateurs, des deux-roues et des voitures.

Parmi les 44 millions de ménages dalits dans le pays, plus de 74 pour cent vivent dans les zones rurales. La répartition est similaire dans la plupart des États, à l’exception du Gujarat et du Maharashtra. Au Gujarat, le nombre de ménages dalits dans les zones urbaines dépasse très légèrement celui des zones rurales. Dans le Maharashtra, parmi les quelques 330 000 ménages dalits, 54 pour cent sont situés dans les zones rurales et 46 pour cent dans les zones urbaines.

La répartition des dalits entre les différents États montre que 60 pour cent de toute la population dalit est concentrée dans six États: Uttar Pradesh, Bengale occidental, Tamil Nadu, Andhra Pradesh, Maharashtra et Bihar.

Si d’une façon générale, une amélioration sensible a été constatée depuis le recensement de 1991 en matière de logement, il n’empêche que 78 pour cent des dalits vivent dans des logements d’une ou deux pièces.

Les données montrent également que 70 pour cent des ménages dalits n’ont pas accès à l’eau courante et dépendent de pompes manuelles pour l’eau potable, alors que ce pourcentage est inférieur à 60 pour cent pour la population en général.

Une mesure cruciale de la qualité de vie est la disponibilité de toilettes dans les habitations. Là aussi, les ménages dalits sont à la traîne, avec seulement 34 pour cent disposant de toilettes dans leur logement.

Selon les données du recensement, plus de 50 pour cent des dalits utilisent le bois comme principal combustible dans la cuisine.

Compte tenu de l’importance accordée par le gouvernement à rendre les services bancaires disponibles de façon universelle, il serait bien de commencer avec les communautés dalits dont plus de 50 pour cent n’ont pas accès aux facilités bancaires.

Il est plus inquiétant de noter qu’environ un million de ménages dalits (ou 18,44 pour cent) ne possèdent ni téléphone mobile ou fixe, ni radio, ni TV, ni ordinateur, ni deux-roues ni voiture.

Source : Article « Dalit nation » par Ramesh Chakrapani, paru dans le magazine Frontline le 7 août 2015

Suite

Oct 19 2015

New York – des femmes dalits témoignent


En septembre et octobre 2015, plusieurs femmes dalits se sont retrouvées à New York et dans d’autres villes américaines pour témoigner de l’intouchabilité dont elles ont été victimes. Et elles affirment qu’elles mèneront le combat contre toutes les discriminations et humiliations subies à cause de leur statut de hors caste.

Manisha Mashaal avait 5 ans quand son instituteur l’a appelée pour la première fois intouchable devant le reste de sa classe. « C’est alors que j’ai découvert pourquoi la maison de ma famille était si près de la décharge d’ordures du village, et pourquoi elle était si séparée des maisons des castes dominantes, » poursuit-elle.

L’Inde est le foyer de plus de 100 millions de femmes dalits, selon le recensement national de 2011. Les dalits, parfois appelés “intouchables”, ont longtemps été considérés comme le plus bas échelon du système des castes en Inde, malgré le fait que la Constitution de l’Inde de 1950 a aboli l’intouchabilité.

Aujourd’hui, Manisha a 27 ans, mais elle se rappelle toujours les harcèlements des étudiants et des enseignants dans son village de Badarpur à cause de son statut d’intouchable. Elle dit que les enseignants ont jeté son cartable hors de la classe et refusaient de vérifier ses devoirs, tandis que les étudiants chantaient des comptines se moquant d’elle et des autres enfants dalits.

Plus elle grandissait, plus les moqueries se sont transformées en menaces de violences sexuelles, dit Manisha. C’est pourquoi, à l’âge de 16 ans, elle a commencé à assister à des réunions de solidarité des dalits pour savoir comment elle pourrait se protéger.

Pour les femmes dalits victimes de violence sexuelle, les policiers disent souvent «  Mais comment pouvez-vous avoir été violées ?  Vous êtes une dalit ! Si quelqu’un vous touche, il se rendrait impur. »

Manisha était loin d’être seule dans son cas. Une étude menée par la Campagne nationale sur les droits humains des dalits a montré que plus de la moitié des femmes dalits ont subi une agression physique. Plus de 46% ont subi un harcèlement sexuel. Et vingt-trois pour cent disent qu’elles se sont fait violer.

Cette attitude envers les femmes dalits, ainsi que l’attitude envers le viol en général, ont décidé Manisha et d’autres à se mobiliser et à créer le mouvement « Les femmes dalits luttent » (Dalit Women Fight). C’était à l’occasion du viol brutal d’une étudiante de 23 ans par six hommes dans un bus à Delhi. A l’époque (décembre 2012), toute la presse internationale avait parlé de l’incident qui avait conduit à la mort de la victime. Cet événement a attiré, selon Manisha, l’attention bien nécessaire à la question du viol en Inde.  « Mais qu’en est-il du viol des femmes dalits ? Ces viols ne sont souvent même pas inscrits comme tels dans les registres de la police », rappelle-t-elle.

Ainsi, Kaffee, une jeune étudiante dalit de 22 ans a été enlevée sur son chemin pour passer un examen. Le lendemain, elle a été retrouvée morte. Elle avait été violée et portait des marques de brûlures de cigarettes sur tout son corps. Pour la police, elle s’était suicidée…

Des membres du mouvement « Les femmes dalits luttent » ont dit à un journaliste canadien que la discrimination fondée sur la caste n’est pas seulement présente dans des villages reculés. Elles ont signalé que l’oppression est tout aussi apparente dans les grandes métropoles de l’Inde.

Anjum Singh, une femme dalit de 36 ans, est née et a grandi dans la ville animée de New Delhi, la capitale de l’Inde. Sa famille a vécu là depuis sept générations. « New Delhi a peut-être changé par la construction de centres commerciaux géants et de grands ponts, mais la mentalité des gens n’a pas changé », a-t-elle déclaré. « Les gens nous appellent toujours intouchables. Nos quartiers sont considérés comme impurs, nous ne sommes pas autorisés dans les temples des gens de castes supérieures, et ils ne nous permettent pas de manger ou de boire avec des non-dalits. »

Manusha Mashaal,  Anjum Singh et les autres représentantes des femmes dalits se demandent pourquoi le gouvernement indien ou les médias ne font pas de l’abolition de la violence sexuelle envers les femmes dalits une priorité.

Sushma Raj, une autre femme dalit venue témoigner aux États-Unis, est l’une des plus jeunes du groupe. Elle a juste 25 ans. C’est une vraie combattante; elle s’est d’abord opposée à ses propres parents, qui refusaient de prendre en charge son éducation. « Ils ont dit, ‘Qu’est-ce que l’éducation peut faire pour toi? Il vaut mieux de rester à la maison et de te marier’,» signale-t-elle.

Pendant quatre ans, elle a pédalé les 22 miles pour aller à l’école chaque jour. Elle a également épaulé d’autres étudiantes dalits dans sa communauté. Finalement, elle a été engagée comme institutrice.

« Une fois que mes parents ont réalisé que l’éducation peut faire la différence dans la vie, et que des femmes comme moi peuvent faire la différence dans la communauté dalit, ils ont commencé à me soutenir à fond », a déclaré Sushma, qui vit aujourd’hui avec son mari à Patna au Bihar. Et ils travaillent tous les deux pour la communauté dalit.

Sanghapali Aruna, 34 ans, fait également partie du groupe. Son père, un militant dalit, lui a appris qu’elle doit être fière de son identité et de sa caste. Ainsi, lors d’un entretien d’embauche qu’elle avait jusque-là brillamment réussi, elle a dit qu’elle appartient aux dalits et en est fière. « L’intervieweur n’a rien dit, mais je pourrais dire qu’il a été pris de court. Il a repris l’offre d’emploi et m’a dit d’attendre son appel téléphonique car il doit encore prendre une décision finale ». Elle n’a jamais reçu cet appel, ni ce travail…

La visite des femmes dalits à San Francisco coïncidait avec celle du Premier ministre indien, Narendra Modi, qui avait donné un discours deux jours auparavant dans la ville voisine de San Jose.

« L’Inde est passée des textes sacrés aux satellites”, a déclaré Modi dans son discours. « Le monde a commencé à croire que le 21e siècle appartient à l’Inde. »

Mais les femmes dalits estiment que tant que la discrimination et la violence fondées sur la caste ne sont pas éliminées, l’Inde ne peut pas aller de l’avant.

Propos recueillis par Maham Javaid et publiés dans Oye Times, Canada (16/10/2015). Traduction Solidarité Dalits Belgique

Suite

Oct 15 2015

Nations-Unies – Pas d’allusion au système de castes dans les Objectifs du développement durable


Le gouvernement de l’Inde insiste régulièrement sur le fait que les discriminations dont souffrent les dalits sont une affaire interne et ne devraient pas être débattues au niveau international, en particulier aux Nations Unies. La question est à nouveau actuelle dans la mesure où les Nations Unies lancent leurs Objectifs du développement durable, sans référence à la discrimination engendrée par le système de castes.

Selon le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, les Objectifs pour un développement durable constituent un « agenda pour mettre fin à la pauvreté sous toutes ses formes – un agenda pour la planète, notre maison commune ». Visant à réduire l’inégalité sous toutes ses formes, il n’est pas surprenant que les mouvements des droits humains en Inde n’acceptent pas que le texte ne comporte aucune allusion à la caste en tant que facteur d’exclusion, une exclusion qui existe depuis les temps anciens, des siècles avant la formation de la République de l’Inde en 1947.

La plupart des militants dalits estiment qu’il est absurde qu’un programme visant à réduire les inégalités en Inde (et dans bien d’autres pays avec une importante population d’origine indienne) n’aborde pas la question de la caste. Après tout, des atrocités basées sur la caste continuent d’être signalées avec une régularité alarmante de partout dans le pays. Pourtant, d’après les militants d’Asie du Sud, c’est bien sur l’insistance de l’Inde que la mention de la caste a été omise dans le document final de l’ONU.

L’Agenda pour le développement durable comprend 17 grands principes et 169 cibles spécifiques pour mettre fin à la pauvreté, réduire les inégalités et lutter contre le changement climatique au cours des 15 prochaines années. Il fait partie des plans pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) adoptés en 2000. Un nouveau terme apparaissant dans le document 2030 est celui de « l’indignité de la pauvreté ».

Le document explique les mesures à prendre et les problèmes à surmonter pour que la communauté internationale se dirige vers un monde sans pauvreté, sans faim et avec des inégalités réduites, soulignant la nécessité d’une croissance inclusive.

L’Objectif n° 10 aborde spécifiquement la question de l’inégalité. Il vise à « renforcer et promouvoir l’inclusion sociale, économique et politique de tous, indépendamment de l’âge, du handicap, de la race, de l’origine ethnique, de la religion ou de la situation économique ou autre » en « assurant l’égalité des chances et en réduisant les inégalités, y compris par l’élimination complète de discriminations légales, politiques et pratiques ».

D’après des militants dalits d’Asie du Sud, il sera impossible d’atteindre les Objectifs du développement durable dans la région sans aborder la caste comme un système social qui perpétue l’inégalité et la privation. Et dès que le projet du document a été rendu public, le Forum asiatique pour les droits des dalits (FADD) dont le siège est à Katmandou, avait suggéré à l’ONU d’inclure la discrimination fondée sur la caste dans le document définitif, mais la suggestion a été ignorée.

Le Forum avait rappelé que les dalits sont touchés par la pauvreté de génération en génération, à cause de « systèmes d’exclusion qui empêchent (…) l’accès au développement et à l’état de droit ». Depuis des siècles, les dalits ont été victimes de discriminations et de crimes haineux, et ont été considérés comme impurs et polluants. L’importance de la caste en tant que facteur d’exclusion sociale avait été reconnue dans les avant-projets du document de l’ONU, mais ne se retrouve plus dans le document final.

 « L’Inde semble bloquer tous les efforts pour que l’on reconnaisse la caste comme une cause majeure d’exclusion », signala Meen Bishwakarma, un député népalais  à la presse new yorkaise. Pour le député et militant népalais, la discrimination de caste ne peut pas être considérée seulement comme un problème interne à l’Inde, car les dalits vivant dans d’autres pays d’Asie du Sud sont, eux aussi, historiquement affectés par ce système.

Selon une étude réalisée par le Réseau international de solidarité dalit (IDSN) pour la Commission européenne en 2009, 260 millions de personnes sont touchées par la discrimination de caste, ce qui en fait l’un des plus graves problèmes de droits humains dans le monde d’aujourd’hui. Selon l’étude, la répartition géographique de la discrimination de caste sous diverses formes ne se limite pas à l’Inde ; elle couvre non seulement l’ensemble de la région de l’Asie du Sud, mais aussi d’autres parties de l’Asie. Et des systèmes similaires de discrimination affectent certaines couches de populations dans certains pays africains et du Moyen-Orient.

Malgré le fait que la caste est l’un des principaux facteurs qui expliquent la discrimination envers des individus sur la base de leur naissance, tout comme la race aux Etats-Unis, l’Inde a toujours objecté à traiter la caste comme une question de droits humains universels au pair avec la race. Cette approche s’est transformée en une controverse majeure en 2001 lors de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, tenue à Durban, en Afrique du Sud.

A l’époque, le gouvernement indien d’Atal Bihari Vajpayee avait pris la position officielle que traiter la caste sur les mêmes lignes que la race diluerait la lutte contre la discrimination raciale. Les militants et les chercheurs qui étudient la caste et la race affirment, cependant, que les deux sont des formes institutionnalisées d’une hiérarchie fondée sur la naissance, avec des privilèges et des handicaps transmis à travers les générations.

Maintenant, l’adoption des Objectifs du développement durable a ravivé le vieux débat. Pour le militant dalit Anand Teltumbde, « traiter la caste comme une affaire interne de l’Inde est absurde, car elle affecte les Indiens où qu’ils se trouvent, même en dehors des frontières du pays. Une organisation mondiale telle que l’ONU aurait dû prendre en compte les réalités sociales des sociétés où le système des castes prévaut, pour que son programme de développement durable soit complet ».

Sans prendre en considération la question de la caste, l’Inde risque de ne pas être en mesure de tenir d’autres engagements internationaux qu’elle a pris en matière de droits humains.

Extraits d’un article de NK Bhoopesh paru le 12 octobre 2015 dans The Tehelka (Traduction Solidarité Dalits Belgique)

Suite

Page 4 of 17« First...23456...10...Last »