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Apr 26 2016

Le 8e Prix des Droits Humains d’Amnesty Allemagne décerné à l’Indien Henri Tiphagne


Photo: Brian Tronic / American India Foundation

Photo: Brian Tronic / American India Foundation

BERLIN, 25 avril 2016 – Lundi, Amnesty Allemagne a décerné son 8e Prix des droits humains à l’avocat indien et défenseur des droits humains Henri Tiphagne. La cérémonie de remise de prix, qui a eu lieu au Maxim-Gorki-Theater à Berlin, a rendu hommage à son engagement de plusieurs décennies en faveur des droits humains en Inde. « Le plaidoyer passionné de Henri Tiphagne dans la lutte contre la torture et la discrimination en Inde est exemplaire et sert d’inspiration pour des militants du monde entier qui s’engagent en faveur des droits humains », a déclaré Selmin Çalışkan, directeur d’Amnesty International Allemagne. « Grâce à son organisation People’s Watch, Henri Tiphagne soutient les victimes de la violence d’Etat depuis plus de 20 ans maintenant. Comme il les aide à faire valoir leurs droits et obtenir réparation, il est lui-même pris pour cible par les autorités ».

Au milieu des années 1990, Henri Tiphagne a fondé l’organisation People’s Watch. Sa vision était celle d’une société libre de toute discrimination fondée sur la caste et de violations des droits humains. People’s Watch a pour mission de faire de la recherche et de documenter les violations des droits humains, ainsi que de fournir une représentation juridique aux personnes touchées par ces crimes. L’organisation soutient également activement l’éducation aux droits humains. En 1997, Henri Tiphagne a fondé un institut offrant une formation pour les enseignants ainsi que le mentorat autour des programmes d’éducation aux droits humains à l’école. Jusqu’à présent, ils ont atteint environ 500.000 enfants dans 18 Etats indiens.

Lors de la cérémonie de remise du prix, Henri Tiphagne a dit: « Nous tenons à remercier Amnesty International pour ce prix, car cela nous rappelle que nous ne sommes pas seuls dans notre combat pour les droits humains. L’Inde a une société civile dynamique. Je suis honoré d’accepter ce prix au nom de toutes les femmes et tous les hommes courageux qui luttent sans relâche pour les droits humains en Inde. Cependant, l’espace pour les militants de la société civile diminue constamment. Le gouvernement ne nous laisse pas d’espace pour respirer ».

« Ce prix est extrêmement bien mérité. Henri Tiphagne a été un champion résolu des droits humains en Inde depuis des décennies », a déclaré Tara Rao, directeur des programmes d’Amnesty International en Inde. « Les défenseurs des droits humains en Inde passent par des moments difficiles, et le pays a besoin de plus de militants comme Henri Tiphagne, qui défendent les droits d’autrui ».

Les ONG basées en Inde et bénéficiant d’un financement en provenance de l’étranger doivent être enregistrées conformément aux dispositions du Foreign Contribution (Regulation) Act ou FCRA. Cette mesure est appliquée par le ministère des Affaires intérieures. La loi autorise la suspension de l’enregistrement d’une organisation pendant 180 jours, en attendant l’évaluation de l’organisation. Ceci est une longue période et cause des difficultés financières pour de nombreuses organisations, comme tous leurs comptes bancaires sont gelés pour la durée.

Entre 2012 et 2014, People’s Watch avait ses comptes bancaires gelés à plusieurs reprises par le gouvernement d’alors. Cela a mis à mal le financement de l’organisation, ce qui signifie que certains employés ont dû chercher un autre emploi et de nombreux programmes ont dû être abandonnés. Au cours de sa dernière évaluation imposée par l’État, People’s Watch a interjeté appel et lors d’une première audience en juillet 2014, le juge a décidé en faveur de l’organisation.

Ces tentatives du gouvernement indien visant à restreindre le travail des organisations de défense des droits humains tels que People’s Watch sont symptomatiques d’une tendance mondiale plus large: « Au cours de la dernière décennie, la société civile à travers le monde est soumise à une pression accrue. Dans de nombreux pays, des lois sont adoptées pour entraver délibérément ou empêcher carrément les ONG de faire leur travail », a déclaré Selmin Çalışkan. « Les gouvernements restreignent la liberté d’expression et la liberté de la presse, et cherchent à intimider les acteurs de la société civile. Les défenseurs des droits humains courent constamment le risque d’être traînés dans la boue, dépeints comme des sympathisants de terroristes ou détenus pour des motifs fallacieux ».

Le Prix des droits humains est attribué par Amnesty Allemagne à d’individus ou des organisations en reconnaissance de leur engagement pour les droits humains dans des circonstances difficiles. Le prix vise à honorer et soutenir l’engagement exceptionnel des lauréats en faveur des droits humains et de sensibiliser le public allemand à leur travail. Il est doté de 10.000 euros, fournis par la Fondation d’Amnesty Allemagne Stiftung Menschenrechte, Förderstiftung Amnesty. Le Prix des droits humains a été présenté pour la huitième fois en 2016. Les anciens lauréats comprennent: Monira Rahman du Bangladesh (2006), Women of Zimbabwe Arise du Zimbabwe (2008), Abel Barrera du Mexique (2011) et Alice Nkom du Cameroun (2014).

Source : Communiqué d’Amnesty Allemagne

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Apr 21 2016

Rencontre avec le P. Suresh et Ms Nandhini, deux dalits catholiques du Tamil Nadu


Le P. Suresh parmi des membres de Solidarité Dalits Belgique

Le P. Suresh parmi des membres de Solidarité Dalits Belgique

Il est plus facile de parler de pauvreté que du problème de caste. Et parmi les hors castes ou dalits, les chrétiens subissent une discrimination supplémentaire dans la mesure où le gouvernement indien ne les reconnaît pas parmi les « castes répertoriées » bénéficiant de mesures de réservation pour l’emploi, l’éducation ou en politique.

Ms Nandhini avec J.Vellut, membre de Solidarité Dalits Belgique

Ms Nandhini avec J.Vellut, membre de Solidarité Dalits Belgique

Tel était le message principal du P. Suresh du Tamil Nadu, un prêtre diocésain dalit et de Ms Nandhini, directrice d’une école pour enfants dalits à Kanjipuram au sud de Chennai (anc. Madras), de passage à Bruxelles. Une délégation de Solidarité Dalits Belgique les a rencontrés ce 20 avril 2016 en évoquant avec eux la situation des dalits chrétiens, et en particulier des dalits catholiques en Inde.

Ils rappellent qu’en Inde, les Chrétiens constituent 2,3% de la population, les Bouddhistes 6%, les Musulmans 10%, alors que la grande majorité de la population indienne est de confession hindoue. Dans toutes ces confessions, on retrouve le système des castes et donc aussi des dalits.

Malheureusement, un Ordre Présidentiel du 10 octobre 1956 a décidé que seuls les dalits hindous seraient considérés comme « castes répertoriées » bénéficiant des mesures de réservation et de protection. En 1991 les dalits des religions dites indiennes (sikhisme, bouddhisme) y ont été rajoutées, mais les dalits chrétiens et musulmans ne bénéficient toujours pas du statut qui leur donnerait droit aux mesures de protection et de réservation, alors que leur position dans la société et dans l’économie du pays reste très précaire et qu’ils sont confrontés à de multiples discriminations en société.

Au sein de leurs Eglises respectives, les dalits chrétiens souffrent également de discriminations et de rejets de la part de la hiérarchie et des autres paroissiens. Ainsi, parmi les 22 évêques catholiques du Tamil Nadu, seuls deux sont dalits, alors que les dalits constituent entre 70 et 80% des chrétiens. Encore aujourd’hui, les cimetières sont souvent séparés : celui qui jouxte l’église paroissiale est réservé aux chrétiens de castes, et les funérailles sont célébrées dans cette église principale. Quant aux dalits, ils doivent se contenter d’un cimetière en dehors du village et leurs funérailles sont célébrées dans une petite chapelle à proximité de ce cimetière. Et, d’après le P. Suresh toujours, des funérailles d’une personne dalit dans l’église paroissiale et l’enterrement dans le cimetière principal, il y a quelques années, ont conduit à des réactions fortes de la part des catholiques de castes du village.

Le P. Suresh signale donc que les dalits chrétiens se battent sur deux fronts pour être reconnus : face au gouvernement et à l’intérieur de leurs Eglises respectives.

Au niveau national, ils attendent toujours de la part des gouvernements successifs, tant dirigés par le Parti du Congrès que par le BJP (actuellement au pouvoir), de tabler au parlement une discussion concernant une décision de la Cour suprême qui déclare illégal le fait de refuser aux dalits chrétiens et musulmans le statut de « caste répertoriée ».

Au sein de l’Eglise catholique en particulier, le P. Suresh dit se confronter à un nombre croissant d’évêques qui prennent parti pour les catholiques de castes et dont certains vont jusqu’à refuser l’ordination de certains séminaristes dalits. Et pourtant, en 2001, la conférence épiscopale du Tamil Nadu avait signé une prise de position en 10 points en faveur d’un engagement pour faire respecter les dalits au sein de l’Eglise et de son hiérarchie.

Les dalits des différentes confessions chrétiennes ont instauré un Conseil national des dalits chrétiens pour mieux faire entendre leurs voix et pour coordonner leurs actions. Une protestation a été organisée il y a deux ans à Delhi, mais l’appui en provenance de l’étranger apporterait plus de poids à leurs revendications, selon le Père.

Pour améliorer le statut des dalits chrétiens en Eglise et en société, l’éducation est considérée comme un moyen privilégié. Trop de jeunes dalits quittent en effet l’école avant de finir leurs études à cause des discriminations qu’ils subissent. Ms Nandhini insiste donc sur l’importance des écoles qui préparent les enfants dalits à leur vie et même à l’entrée en université. Pour elle, le renforcement des droits et pouvoirs des dalits passe inexorablement par l’éducation et l’action politique.

Qu’attendent les deux visiteurs indiens des Belges engagés pour marquer leur solidarité avec les dalits ? Eh bien, parmi les marques de soutien possibles, ils citent des contacts avec la presse pour atteindre même le pape François qui, jusqu’à présent, n’a ni évoqué le problème des dalits chrétiens ni pris position en leur faveur.

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Apr 13 2016

Inde – 125e anniversaire de la naissance du Dr. Ambedkar


Dr. B.R. Ambedkar

Dr. B.R. Ambedkar

Ce 13 avril 2016 marque le 125e anniversaire de la naissance du Dr Ambedkar.

Bhim Ram Ambedkar (1891-1956) est une figure centrale dans la lutte des dalits pour plus de respect et de dignité, et sa statue ou photo apparaissent dans tous les lieux chers aux dalits en Inde. Plus globalement, ce personnage est connu à la fois pour son rôle dans la lutte pour l’indépendance de l’Inde, comme rédacteur principal de la Constitution du pays fraîchement indépendant et comme rassembleur des dalits.

Contemporain du Mahatma Gandhi, Ambedkar est cependant peu connu au niveau international.

Pour mieux comprendre le personnage et sa pensée, rien de tel que de se plonger dans son livre “Annihilation of Caste”, dont vous trouverez ici des extraits en français.

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Apr 12 2016

Inde – le Bhim Yatra donne espoir aux éboueurs manuels


Des militants au cours de leur périple de 125 jours à travers l'Inde pour dénoncer l'ébouage manuel

Des militants au cours de leur périple de 125 jours à travers l’Inde pour dénoncer l’ébouage manuel. Photo SKA

Au cours des quatre derniers mois, des militants ont sillonné l’Inde en bus pour protester contre l’enlèvement manuel des excréments. Leur « marche » – le Bhim Yatra – se conclut le 13 avril à New Delhi, à l’occasion du 125e anniversaire du grand leader dalit, le Dr Ambedkar.

Le message est clair: « Arrêtez de nous tuer » – dans les latrines sèches, les égouts et les fosses septiques. Un groupe de militants représentant la communauté des éboueurs manuels a porté ce message à travers l’Inde depuis décembre 2015, et sur le chemin, il a donné de l’espoir aux personnes impliquées dans cette pratique inhumaine et illégale en les informant de leurs droits.

Les militants du mouvement contre l’ébouage manuel Safai Karmachari Andolan (SKA) avaient lancé le Bhim Yatra en décembre de l’année passée et ont depuis visité 500 districts dans 30 États. Ils ont parcouru plus de 35.000 kilomètres, parlé à des milliers de gens ordinaires et soulevé la question avec les dirigeants politiques, y compris le président Pranab Mukherjee. Une délégation de la société civile l’a rencontré le 18 mars dernier et exigé une « fin immédiate à la pratique de l’ébouage manuel et aux décès dans les égouts. »

L’ébouage manuel est interdit en Inde, mais continue néanmoins à travers tout le pays, souvent avec le consentement ou même l’encouragement des autorités. Des centaines de milliers de femmes, principalement dalits, sont obligées de ramasser les excréments humains de leurs mains nues. D’autres centaines de milliers, surtout des hommes dalits, nettoient les égouts tout en risquant leur vie. SKA estime que 1200 en meurent chaque année.

« Est-ce parce que ce sont des dalits qui font cet ébouage manuel, que le gouvernement ne prend pas leur réadaptation au sérieux ? Si des membres d’autres castes étaient impliqués, une solution aurait sûrement été trouvée, » a déclaré Dr Bezwada Wilson, responsable national de SKA dans une récente interview avec The Tribune.

Le Yatra – décrit par SKA comme un « voyage de la douleur et de l’angoisse » – arrive ce 12 avril à New Delhi et se termine le 13 dans la capitale, coïncidant avec le 125e anniversaire de la naissance du Dr Ambedkar, qui avait exhorté ses compatriotes dalits à « quitter le balai et prendre la plume ». Lors de la dernière rencontre, 125 familles de toute l’Inde prennent la parole sur le sujet douloureux des décès dans les égouts.

« Nous ne voulions pas célébrer l’anniversaire en apportant la guirlande habituelle à notre idole. Nous avons pensé que la meilleure façon de célébrer Babasaheb (Ambedkar) serait d’apporter sa vision au peuple et de conscientiser les gens à leurs droits », a déclaré le Dr Wilson à Catch News pendant le périple du Bhim Yatra.

Source : IDSN

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Apr 08 2016

Human Rights Watch: L’UE devrait encourager l’Inde à protéger les dalits


A la veille du sommet UE-Inde du 30 mars 2016, Human Rights Watch (HRW) a adressé une lettre à l’UE abordant de nombreuses questions clés de droits humains. Y figure en particulier l’échec du gouvernement indien pour protéger la population dalit du pays.

D’après HRW, l’Union européenne devrait encourager le gouvernement indien à prendre des mesures immédiates pour éliminer les abus contre les dalits, fournir des plans concrets pour mettre en œuvre des lois pour assurer leur protection et faire respecter son engagement de mettre fin au ramassage manuel des excréments.

Ces demandes constituent les messages les plus importants liés à la question de caste dans une lettre ouverte à l’occasion du sommet UE-Inde, adressée par Human Rights Watch (HRW) aux dirigeants européens Donald Tusk et Jean-Claude Juncker. La lettre aux présidents respectifs du Conseil européen et de la Commission européenne aborde de nombreuses questions clés des droits humains. Elle a été publiée le 29 mars dernier, à la veille du sommet entre l’UE et l’Inde.

HRW note que le gouvernement indien continue à « ne pas parvenir à mettre en œuvre des politiques visant à protéger les dalits (ou « intouchables ») et les groupes tribaux face aux discriminations et à la violence. » L’organisation ajoute que le taux d’abandon scolaire parmi les enfants dalits est particulièrement élevé et qu’il est dû à la discrimination de caste ; ce qui conduit souvent aux pires formes du travail des enfants et au mariage précoce.

La lettre mentionne également le récent rapport sur la discrimination fondée sur la caste par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités. Selon ce rapport, les victimes du système de castes continuent à souffrir d’exclusion, de déshumanisation et de violence accrue. Le rapport note également que la pratique de récupération manuelle des excréments, liée au système de castes, continue en dépit d’être interdite. La lettre fait référence à des recherches menées par Human Rights Watch, qui souligne que les gouvernements et les municipalités utilisent toujours les éboueurs manuels.

HRW exhorte également l’Union européenne et ses Etats membres à suivre la résolution du Parlement européen de 2012 sur la discrimination des castes en Inde, qui les appelle à inclure la question dans leurs dialogues avec les autorités indiennes, et à donner la priorité aux programmes luttant contre la discrimination de caste, y compris dans l’éducation, de même qu’à des programmes visant plus particulièrement les femmes et les filles. La résolution prévoit également que la future coopération de l’UE avec l’Inde soit notamment évaluée sur base de  son incidence sur la discrimination de caste.

La lettre couvre beaucoup d’autres problèmes graves de droits humains en Inde qui sont également pertinents pour les dalits, y compris les attaques contre la liberté d’expression, l’impunité pour les violations des droits humains et la nécessité de réformer les lois du travail du pays. Elle décrit également l’Inde comme « un promoteur faible des droits humains à l’ONU » et invite l’UE à encourager l’Inde à « jouer un rôle plus positif au nom des droits humains internationaux et de soutenir les victimes d’abus, au lieu de protéger des gouvernements répressifs pour échapper à un contrôle international. »

Le sommet UE-Inde s’est concentré essentiellement sur les questions de commerce et d’investissement. La délégation indienne était dirigée par le Premier ministre Narendra Modi en personne.

Source IDSN

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Apr 08 2016

Genève / Bruxelles – Les membres d’IDSN interpellent la communauté internationale


Les membres d’IDSN après l’Assemblée générale du réseau le 14 mars 2016. Photo: IDSN

Les membres d’IDSN après l’Assemblée générale du réseau le 14 mars 2016. Photo: IDSN

La troisième semaine de mars 2016 a été riche en événements pour IDSN. L’assemblée générale du réseau s’est réunie à Genève, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités a présenté un rapport novateur sur la discrimination de castes, et les membres d’IDSN ont rencontré plusieurs hauts fonctionnaires des Nations Unies et de l’Europe.

Le 14 mars 2016, les membres d’IDSN en provenance de différentes régions du monde se sont réunis à Genève pour l’Assemblée générale triennale du réseau. Les participants étaient des dalits défenseurs des droits humains en Asie du Sud, des réseaux de solidarité Dalit d’Europe, des associés et le personnel du Secrétariat international IDSN.

L’Assemblée générale est l’organe suprême d’IDSN. Elle élit le conseil d’administration du réseau et est également un important forum d’échange d’informations. Lors de cette réunion, les membres d’IDSN ont souligné leur forte détermination à poursuivre la lutte mondiale contre la discrimination de caste, lutte qui a permis des avancées importantes au cours des dernières années.

A la suite de l’Assemblée générale, les membres d’IDSN se sont lancés dans quelques jours d’intense lobbying au Conseil des Droits de de l’Homme (CDH) de l’ONU à Genève. Ils ont rencontré le Haut-Commissaire adjoint des Nations Unies aux Droits de l’homme, Kate Gilmore, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités, Ritz-Izsák Ndiaye, et d’autres fonctionnaires de l’ONU.

Le rapport de Mme Izsak-Ndiaye sur les « minorités et la discrimination fondée sur la caste » a été le point focal des activités de la semaine. Elle l’a présenté au dialogue interactif avec les membres du CDH le 15 mars. Plusieurs délégués – y compris ceux de la Suisse, la Norvège et le Nigeria – ont fortement soutenu ce rapport, alors que l’Inde a continué à exprimer sa position récalcitrante, refusant d’accepter que la discrimination de caste puisse être assimilée à une question de minorité.

Le lendemain, le Haut-Commissariat pour les Droits de l’Homme a organisé un événement parallèle sur les minorités et la discrimination fondée sur la caste, avec la participation du Rapporteur spécial ainsi qu’un certain nombre d’experts de différents pays et régions, notamment d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient. Les discussions ont été animées et productives et ont mis en évidence le caractère global de la discrimination de castes.

Des représentants d’IDSN ont également pris part au Forum des OSC, réunissant les 17 et 18 mars dernier à Bruxelles les organisations de la société civile (OSC) du secteur du développement international et des droits humains, les institutions européennes et les Etats membres. La réunion a rassemblé plus de 800 participants, et la discrimination des castes a été soulevée dans plusieurs forums de discussion. Henri Tiphagne, directeur de Peoples Watch-Inde et membre d’IDSN, a présenté à la séance de clôture une déclaration très ferme sur la diminution rapide de l’espace démocratique en Inde et sur la discrimination des castes. Il a appelé l’UE à soutenir les défenseurs des droits humains plus efficacement et à intensifier le dialogue politique avec l’Inde.

La question de la caste a également été signalée comme un défi dans la déclaration publiée par le Haut-Représentant Federica Mogherini au nom de l’Union européenne à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, le 21 mars dernier.

Source : IDSN

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Mar 21 2016

Genève – Nouveau rapport des Nations Unies sur la discrimination de caste


Le rapporteur spécial des NU sur les questions des minorités à l'écoute des discriminations de caste en Mauritanie

Le rapporteur spécial des NU sur les questions des minorités à l’écoute des discriminations de caste en Mauritanie

GENÈVE. Le 15 mars dernier, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités, Mme Rita Izsak-Ndiaye, a présenté au Conseil des droits de l’homme (CDH) son rapport sur les discriminations liées au système des castes. Elle exhorte les pays affectés à prendre des mesures urgentes et globales pour lutter contre la discrimination fondée sur la caste.

« La question de la discrimination des castes m’a touchée depuis le début de mon mandat. Il est inacceptable que 260 millions de personnes soient considérées comme inférieures. Cela ne peut pas être toléré », a déclaré le Rapporteur spécial, en commentant le rapport lors d’une manifestation parallèle au Conseil des droits de l’homme (CDH) à Genève sur les « minorités et la discrimination fondée sur la caste ».

L’événement a réuni des experts sur les pays touchés par les castes en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe, soulignant le caractère global de cette question grave des droits humains. Ensemble avec les représentants des dalits de toute l’Asie du Sud, ils ont exploré des moyens pour éliminer la discrimination fondée sur la caste et l’ascendance, qui touche environ 260 millions de personnes à travers le monde.

L’intervention fut centrée sur la situation au Yémen et en Mauritanie, où la discrimination des castes reste profondément ancrée dans les mentalités et prend parfois des formes extrêmement violentes, même si elle reste le plus souvent ignorée par les gouvernements des pays concernés ainsi que par le monde extérieur.

L’événement a fait suite à la présentation par le Rapporteur spécial sur les questions des minorités de son rapport sur la caste et des formes analogues de discrimination au Conseil des droits de l’homme. Dans le rapport, elle appelle les Etats affectés par les castes à adopter une (nouvelle) législation, mettre en œuvre les lois existantes, sensibiliser à la question, élaborer des plans nationaux de lutte contre la discrimination de caste et prendre « des mesures énergiques » contre la violence liée à la caste envers les femmes et les jeunes filles.

Selon le rapport, la discrimination de caste est tellement ancrée dans les relations interpersonnelles et sociales que pour la surmonter, cela « exigera non seulement des réponses juridiques et politiques, mais aussi des approches communautaires visant à changer les mentalités des individus et la conscience collective des communautés locales. »

Le rapport propose une analyse approfondie et systématique de la discrimination fondée sur la caste et les systèmes analogues, la décrivant comme un phénomène mondial et une violation des droits humains portant gravement atteinte aux principes fondamentaux universels de la dignité humaine et de l’égalité. Il souligne que les groupes touchés par le système des castes souffrent d’une exclusion et d’une déshumanisation extrême et sont souvent privés de leurs droits les plus élémentaires. En outre, la discrimination de caste est une cause majeure de pauvreté, qu’elle perpétue dans les communautés touchées.

« Ce rapport est un effort très courageux. Il soulève les espoirs de millions de dalits qui sont soumis à des formes inhumaines de discrimination fondée sur la caste, le travail et l’ascendance. Nous rêvons que cela puisse être une étape sur la voie vers une Convention des Nations Unies sur l’élimination de la discrimination fondée sur la caste », a déclaré Manjula Pradeep, directrice exécutive de l’organisation indienne pour les droits des dalits, Navsarjan.

D’autres militants dalits d’Asie du Sud ont également accueilli favorablement le rapport. Ils conviennent que ce sera un outil important dans la lutte contre la discrimination des castes dans leur pays d’origine.

« Le rapport ne restera pas un simple document. Nous allons l’utiliser pour le travail de plaidoyer, et il donnera beaucoup de poids à nos discussions avec les institutions nationales des droits de l’homme », a déclaré Henri Tiphagne, un des principaux défenseurs indiens des droits humains et membre du conseil IDSN.

Minority Rights Group, Human Rights Watch et IDSN ont félicité Mme Izsák-Ndiaye d’avoir abordé la question importante et longtemps négligée de la discrimination fondée sur la caste.

« Nous pensons que ce rapport constituera une étape importante dans la reconnaissance progressive par l’ONU et la communauté des Etats du dommage significatif causé par les violations des droits humains fondées sur la caste, » estiment les trois organisations dans un communiqué remis lors du débat au CDH.

Au cours du débat, plusieurs Etats ont exprimé leur soutien fort pour le choix du Rapporteur spécial d’un sujet difficile pour son dernier rapport. Beaucoup ont noté la vulnérabilité particulière des femmes touchées par les castes, d’autres ont exprimé leur choc au vu de l’ampleur du problème. Le Nigeria décrit le nombre de personnes soumises à la discrimination de caste comme «ahurissant».

La Norvège a évoqué la possibilité d’inclure des indicateurs de caste dans les objectifs de développement durable. La Suisse a demandé quelles mesures concrètes le CDH pourrait prendre pour aider les États touchés par la caste et a signalé qu’il était intolérable qu’ « en 2016, une grande partie de la société soit considérée comme inférieure et inhumaine. »

Source: IDSN

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Mar 14 2016

Prix Amnesty International pour l’avocat Henri Tiphagne (Inde)


Photo: Brian Tronic / American India Foundation

Photo: Brian Tronic / American India Foundation

L’avocat indien et défenseur des droits humains Henri Tiphagne se verra décerner le 8ème Prix des droits humains d’Amnesty International Allemagne. Le prix, qui sera présenté lors d’une cérémonie officielle le 25 avril au Théâtre Maxim Gorki à Berlin, est une reconnaissance de l’engagement exceptionnel d’Henri Tiphagne pour les droits humains.

« Depuis plusieurs décennies, Henri Tiphagne s’est engagé inlassablement et courageusement pour les droits humains. Le travail inestimable de son organisation comprend une campagne contre la discrimination et l’usage de la torture en Inde », a déclaré Selmin Çalýþkan, directeur d’Amnesty International Allemagne.

« Henri Tiphagne et son organisation People’s Watch se battent pour assurer les droits des autres et pourtant, ils sont eux-mêmes harcelés et entravés par les autorités. Il existe de nombreuses autres organisations de la société civile en Inde qui sont dans une situation similaire. Ce prix est donc destiné à envoyer un signal fort de soutien à l’ensemble du mouvement indien des droits humains. »

Henri Tiphagne est le fondateur de l’organisation People’s Watch, l’une des organisations les plus remarquables en faveur des droits humains en Inde. Depuis plus de 20 ans, People’s Watch a investigué et documenté les violations des droits humains, et a fourni une représentation juridique aux personnes concernées. L’organisation soutient également activement l’éducation aux droits humains. En 1997, Henri Tiphagne a fondé un institut offrant une formation pour les enseignants ainsi qu’un appui aux programmes d’éducation aux droits humains dans les écoles. Jusqu’à présent, cela a permis de toucher environ 500.000 enfants dans 18 Etats indiens.

Au cours des dernières années, de nombreuses organisations ont fait l’objet d’intenses pressions de la part du gouvernement indien, et People’s Watch ne fait pas exception. Les comptes bancaires de l’organisation ont été gelés à plusieurs reprises depuis 2012, avec pour résultat que certains employés ont dû être licenciés et de nombreux programmes abandonnés. Une plainte déposée par People’s Watch contre ces actions du gouvernement est toujours en cours d’instruction.

Les gouvernements successifs de l’Inde ont utilisé la Loi sur les contributions financières en provenance de l’étranger – qui impose des restrictions sur le financement étranger pour les organisations de la société civile – à des fins politiques. Les cibles visées par les autorités comprennent des organisations non-gouvernementales, ainsi que des militants et des groupes de protestation qui font campagne, par exemple, contre les expulsions forcées liées à des projets miniers.

Chaque fois que les militants et les organisations sont obligés de limiter la portée de leur travail en raison de ce genre de harcèlement, les droits humains tels que les droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association sont menacés.

Le Prix des droits humains est attribué par Amnesty Allemagne tous les deux ans en reconnaissance d’individus ou d’organisations qui militent pour les droits humains dans des conditions très difficiles.

Grâce à ce prix, Amnesty International vise à honorer et soutenir les lauréats pour leur engagement exceptionnel en faveur des droits humains et à sensibiliser le public allemand à ce travail. Le prix est doté de 10.000 euros, fournis par la fondation d’Amnesty Allemagne Stiftung Menschenrechte, Förderstiftung Amnesty.

Le Prix des droits humains sera présenté pour la huitième fois en 2016. Les anciens lauréats comprennent Monira Rahman du Bangladesh (2006), Women of Zimbabwe Arise du Zimbabwe (2008), Abel Barrera du Mexique (2011) et Alice Nkom du Cameroun (2014).

(Communiqué de presse AI Allemagne)

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Mar 14 2016

Bangladesh – Des millions de dalits ont besoin d’eau et de toilettes


 

Bidonville dalit à Dhaka Photo J. Carlsen

Bidonville dalit à Dhaka
Photo J. Carlsen

Les dalits du Bangladesh sont privés d’accès à l’eau, aux sanitaires et à l’hygiène (WASH – Water, Sanitation and Hygiene). Un nouveau rapport exhorte le gouvernement du pays à prendre des mesures sur la question et les groupes de la société civile à accorder plus d’attention aux besoins de la population dalit.

Pour les dalits de Dhaka, l’eau propre est un luxe. La population non-dalit de la capitale du Bangladesh fait généralement bouillir ou filtre son eau, mais les dalits, économiquement défavorisés et discriminés, doivent souvent se contenter de sources d’eau non potable.

« Nous avons la chance d’avoir une source d’eau; qu’elle soit salubre ou non, ce n’est pas notre principale question », dit une militante des droits dalits, Sonu Rani Das, dans un récent rapport sur l’accès à l’eau, aux sanitaires et à l’hygiène (WASH) pour les dalits au Bangladesh.

La situation dans sa « colonie » – un terme pour désigner les hameaux où vivent la plupart des dalits – n’est qu’un exemple des nombreux problèmes auxquels les quelque 5,5 – 6,5 millions de dalits du Bangladesh doivent faire face dans leur vie quotidienne. Ils vivent dans des conditions épouvantables, souvent dans des endroits sales avec une canalisation qui déborde ou qui est bouchée, des égouts à ciel ouvert, un manque de latrines et de salles de bains, et près des terrains d’immondices.

La discrimination contre eux se manifeste en particulier par des difficultés d’accès aux services d’eau et aux toilettes. Dans la partie rurale du pays, 89 pour cent des dalits utilisent des latrines partagées, la plupart du temps sans toit. Et dans les « colonies » dalits urbaines, 84 personnes partagent en moyenne un point d’eau, et il y a une latrine pour 40 personnes.

Le rapport – produit par le Bangladesh Dalit and Excluded Rights Movement (BDERM) et l’ONG Nagorik Uddyog – constate que de nombreuses mesures prises par le gouvernement du Bangladesh pour améliorer les services d’eau et d’hygiène pour la population en général, tant dans les zones urbaines que rurales, n’ont eu que peu d’effet sur les dalits du pays. « C’est dans une large mesure parce que la reconnaissance des questions dalits doit encore évoluer, » selon le rapport.

Le rapport présente un certain nombre de recommandations au gouvernement. Celles-ci comprennent l’adoption d’une loi sur la lutte contre la discrimination; des mesures pour assurer « un accès adéquat et sans discrimination à l’eau et l’hygiène » pour les ménages dalits; le ciblage des colonies dalits pour améliorer les installations WASH; et l’abolition des « barrières physiques, culturelles, économiques et sociales » auxquelles les dalits se heurtent pour accéder aux services WASH.

D’autres recommandations s’adressent aux organisations de la société civile. Elles devraient « augmenter l’interaction avec la population dalit », renforcer le pouvoir et les capacités des dalits et de leurs organisations pour exiger des installations WASH et former des groupes de travail WASH pour identifier les besoins dalits dans ce domaine.

Source : IDSN

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Feb 18 2016

Inde – Les dalits toujours marginalisés


 


La discrimination contre les Dalits est en hausse en dépit des lois plus sévères. Les attitudes de la police et de l’appareil judiciaire doivent changer.

Par Christophe Jaffrelot, chargé de recherche au CERI/Sciences Po à Paris. Publié le 18 février 2016 dans The Indian Express.

BlurbReady22La mobilisation des dalits qui gagne du terrain dans le sillage du suicide de Rohith Vemula reflète les problèmes structurels dont il était bien au courant. Certes, les réservations ont donné naissance à des entrepreneurs dalits et une classe moyenne dalit bénéficiant d’emplois du gouvernement. Mais en dépit de cela, ou à cause de cela, les attitudes anti-dalits progressent.

Le nombre de cas enregistrés d’atrocités anti-dalits, notoirement sous-estimé, a bondi de 17,1 pour cent en 2013 (par rapport à 2012), selon le National Crime Records Bureau (NCRB). L’augmentation est encore plus marquée entre 2013 et 2014 et se situe à 19,4 pour cent. Le mot «atrocités» doit être explicité ici, sinon il deviendra un autre terme bureaucratique, un euphémisme abstrait.

La loi sur la prévention des atrocités envers les tribus et les castes répertoriées de 1989 donne une liste des « infractions et atrocités ».

Quelqu’un est coupable de l’une de ces « infractions et atrocités » si il ou elle force un dalit ou un adivasi « à boire ou à manger toute substance non comestible ou désagréable », « enlève de force les vêtements de la personne d’un membre d’une caste ou d’une tribu répertoriée ou la fait défiler nue ou avec le visage ou le corps peint », « le dépossède de sa terre », l’oblige à faire du « travail forcé », « l’exploite sexuellement », « salit l’eau » qu’il utilise, lui refuse le « droit de passage à un lieu public », l’oblige « à quitter sa maison, son village ou tout autre lieu de résidence », etc.

Cette liste est surprenante, non seulement en raison de son détail, mais aussi parce que la Constitution rédigée par Ambedkar avait déjà pris soin de la plupart de ces questions. (…) En 1989, pourquoi une nouvelle loi détaillée doit dresser la liste des cas de « crimes et atrocités »? Parce qu’aucune des législations précédentes n’avait fait la différence.

La loi de prévention contre les atrocités n’a pas eu un énorme impact, comme en témoignent les chiffres mentionnés ci-dessus. Les atrocités ont continué, et de façon insupportable. En octobre 2014, un garçon de 15 ans a été brûlé vif par un homme de caste supérieure dans le village de Mohanpur (district de Rohtas) parce que ses chèvres avaient mangé sa récolte de riz. En juin 2015, deux garçons dalits ont été tués dans une altercation parce qu’ils étaient à court de Rs 4 (6 Eurocents) dans un moulin à farine d’Allahabad. En octobre 2015, deux enfants de trois et huit ans ont été brûlés vifs dans leur maison du village de Ballabgarh (Haryana) après une dispute avec des Rajputs locaux. En mai de cette même année, un dalit de 21 ans a été tué à Shirdi (Maharashtra) parce qu’il jouait une chanson à la gloire d’Ambedkar.

En parallèle, les femmes dalits continuent d’être victimes de violences et de viols, de la même manière que Mahasweta Devi, qui a eu 90 ans ce mois-ci, les a décrits il y a des décennies dans ses histoires courtes.

Quelle a été la réponse de l’État, ces derniers temps? Une nouvelle loi a été adoptée. Le mois dernier, le Parlement indien a rendu la législation en vigueur encore plus sophistiquée. Cette loi prévoit des mesures sévères contre ceux qui agressent sexuellement les dalits et adivasis ou occupent leurs terres illégalement; elle déclare également comme une infraction de guirlander avec des chaussures un homme ou une statue, de forcer un dalit d’enlever ou transporter des carcasses humaines ou animales ou de faire la vidange manuelle des toilettes sèches.

Cela fera-t-il une différence? Non, si la police et le système judiciaire ne changent pas leur attitude. En dépit du fait que la loi a mis en place des tribunaux spéciaux pour des procès expéditifs, le taux de condamnation en vertu de cette loi est restée très faible au cours des dernières années et a diminué, même – de 30 pour cent en 2011 à 22,8 pour cent en 2013 (des données plus récentes ne sont pas disponibles). Et le pourcentage des « affaires en suspens » a augmenté de 80 à 84 pour cent.

Mais le fait même d’avoir un cas enregistré en vertu de cette loi est un problème en soi. En moyenne, seul un tiers des cas d’atrocités est enregistré conformément à la loi. La police est réticente à le faire en raison de la sévérité des sanctions susceptibles d’être imposées.

De nombreux dalits ne connaissent pas leurs droits et de toute façon ne peuvent pas livrer une bataille juridique coûteuse en termes de temps et d’argent. Le Recensement national de 2011 offre une image poignante de la condition socio-économique des dalits, ce qui explique leur vulnérabilité. Sur les 44.226.917 ménages dalits en Inde, 74 pour cent vivent dans des zones rurales, où la terre qu’ils possèdent par ménage est en moyenne inférieure à 0,3 ha – la plupart d’entre eux sont sans terre. Un total de 20.616.913 ménages dalits vivent dans une seule pièce et 13.924.073 dans deux pièces. Seuls 22 pour cent des ménages dalits vivent dans des maisons plus grandes. Et seulement 34 pour cent d’entre eux disposent de toilettes dans leurs maisons. Plus de 50 pour cent des ménages dalits utilisent le bois comme principal combustible pour la cuisine.

Le taux d’alphabétisation des dalits est en hausse, cependant. En 2011, leur taux d’alphabétisation a dépassé les 66 pour cent (8 points de moins que les non dalits ou non adivasis). Mais les dalits instruits veulent plus – et notamment intégrer le système universitaire. Certains d’entre eux ont réussi à le faire, mais ils sont souvent confrontés à des expériences frustrantes quand ils sont victimes de discrimination dans l’institution même qui devrait favoriser la mobilité sociale. Rohith Vemulawas (qui s’est suicidé, n.d.T.) était l’un d’entre eux. Il y en a beaucoup d’autres. Prenons le cas de Senthil Kumar de Jalakandapuram (près de Salem). Ce fils d’un éleveur de porcs a rejoint l’Université de Hyderabad, tout comme Rohith Vemula, et a obtenu une bourse de doctorat en physique en 2007. Mais il se suicida en 2008 – victime de l’atmosphère locale – après avoir échoué aux examens et perdu sa bourse. Aujourd’hui, les enfants de sa famille ne veulent pas être éduqués – sa mère même « déteste l’éducation ». Mais un pays peut-il progresser si un cinquième de sa population n’a pas un accès complet à l’enseignement supérieur? Quel type de développement (mot-clé aujourd’hui en Inde) ce sera?

L’auteur est chargé de recherche au CERI-Sciences Po / CNRS, Paris, professeur de politique indienne et de sociologie au King’s India Institute, Londres et chercheur non résident au Carnegie Endowment for International Peace.
Traduction : Solidarité Dalits Belgique

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