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Jul 25 2016

Rencontre avec Lalida et Perumal, témoins privilégiés de l’action des dalits


Lalida et Perumal - un couple de Pondichéry qui milite pour les droits des dalits et en particulier pour les droits des femmes dalits

Lalida et Perumal – un couple de Pondichéry qui milite pour les droits des dalits et en particulier pour les droits des femmes dalits. Photo E.Watteau

Elle s’appelle Lalidamballe, lui s’appelle Perumal. Ce couple de militants de Pondichéry (Inde) constitue un des rares mariages entre un homme dalit et une femme de basse caste. Mais leur engagement n’est pas d’abord « privé ». A la tête de l’organisation ADECOM qui lutte pour les droits des dalits depuis bientôt 25 ans, Lalida entend défendre en premier lieu les droits des femmes et des enfants, plus vulnérables et davantage exposés aux violences et aux discriminations. Et le statut d’avocat de son mari apporte des connaissances juridiques précieuses et ouvre des portes vers les tribunaux en cas de besoin.

A travers l’organisation ADECOM, le couple entend améliorer les droits économiques, culturels, sociaux et politiques des dalits dans la région de Pondichéry. « Nous aidons les femmes à augmenter leurs revenus par la coupe-couture, le travail agricole, mais aussi en leur permettant d’accéder à des prêts bancaires ou en travaillant dans des coopératives de femmes », nous raconte Lalida lors de notre entrevue à Solidarité Dalits Belgique. « Mais l’important, c’est d’avoir une vision plus globale d’émancipation et de renforcement de leurs droits », poursuit-elle. La lutte contre les discriminations sociales et les violences occupe donc une place importante dans son engagement. « Les femmes subissent souvent des violences au sein de leur couple, en particulier quand leur mari est saoul. Et en général, elles attendent une médiation de notre part, car elles n’ont pas envie de quitter leur mari, faute d’indépendance économique. Mais quand elles décident d’attaquer leur mari violent en justice, nous les assistons à travers notre forum d’avocats qui offre un soutien juridique gratuit. »

D’après Perumal, l’approche est similaire en cas de violence de la part d’hommes de caste. « La loi de prévention de violences envers les dalits et tribaux a bien été renforcée récemment, mais les violences continuent », dit-il. « Et les dalits dépendent souvent des autres villageois (de caste) pour trouver un travail dans leurs champs. S’ils attaquent des gens de caste en justice, ils risquent de perdre leur travail. Alors ils optent souvent pour une médiation de notre part ; ils cherchent un compromis plutôt que l’application pure et simple de la loi. D’autant plus que les auteurs des violences ont souvent le bras long et parviennent à faire traîner les affaires judiciaires pendant des années voire des dizaines d’années. Et à quoi sert une condamnation 20 ou 40 années après les faits ? Il vaut mieux trouver un accord à l’amiable qui garantit que les violences cessent et que les deux communautés puissent vivre en paix. »

C’est pourquoi, ADECOM est engagée également dans un travail d’éducation pour prévenir la violence. Bien sûr, c’est plus facile au sein des jeunes couples que dans les relations entre castes et hors castes.

Pour favoriser de bonnes relations entre dalits et non dalits, Lalida mise également sur le travail politique. Comme les dalits ont accès aux assemblées villageoises (gram sabha), il faut les encourager à y faire valoir leurs droits et intérêts. Et quand des postes de présidents de conseils locaux (panchayats) ou des postes de sarpanchs (échevins) sont réservés à des dalits ou des femmes, il faut former et accompagner les élus afin qu’ils puissent exercer leur mandat au bénéfice de toute la communauté. Ainsi, on crée des modèles positifs pour les autres, au sein du village ou ailleurs.  Et dans le travail d’ADECOM, cette mise en avant de modèles fait partie des stratégies d’éducation.

Malheureusement, il s’agit d’un travail de longue haleine. Car il faut changer la mentalité et le comportement des gens de caste, et cela ne se fait pas du jour au lendemain. Bien sûr il existe des villages qui s’affichent officiellement déjà comme « non-discriminatoires », mais Perumal pose la question des critères : « Ok, on trouve des villages où les gens de caste acceptent (enfin !) de manger avec les dalits, mais qu’en est-il de mariages entre les deux communautés ? Et surtout de mariages d’un homme dalit avec une femme de caste ! »

Nul doute, le chemin est encore long…

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Jun 16 2016

Inde – la violence contre les dalits en hausse


Malgré une solide législation, la violence contre les personnes les plus opprimées de l’Inde continue d’augmenter.

Par Hanne Couderé (*)

19 mai 2016

Tôt dans la matinée du 29 février de cette année, Raju Bairwa a été réveillé par un appel téléphonique. Un mariage était prévu ce jour-là dans son petit village, qui se trouve à la périphérie du district de Dausa au Rajasthan, et on l’appelait pour demander de l’aide à le préparer. Trois heures après que Raju ait quitté la maison, sa femme Gita reçut un autre appel téléphonique. Son mari avait été battu, d’après la voix au téléphone.

Une demi-heure plus tard, elle le trouva au bord du fleuve, grièvement blessé. Les auteurs avaient mis du sable dans sa bouche, de sorte qu’il ne serait pas capable de crier. Après que Gita ait nettoyé sa bouche, Raju lui demanda comment elle allait survivre, sachant que s’il décédait, il laisserait une femme sans emploi et trois jeunes garçons derrière lui.

Raju mourut quelques heures plus tard, sur le chemin vers l’hôpital. Il était âgé de seulement 28 ans. Sa mort était à peine une surprise : la famille avait été harcelée et menacée pendant 25 ans à propos d’un lopin de terre qu’ils avaient acquis dans le village. La famille de Raju est dalit, une caste répertoriée autrefois considérée comme « intouchable » et sans terre dans l’ancien ordre des castes hindoues. Bien que les Bairwas possédaient légalement la terre, leur propriété fut contestée par les villageois des castes supérieures, qui contrôlent toujours le terrain.

Chiens morts

En Inde, les statistiques nationales sur la criminalité montrent que la violence envers les dalits est en hausse. Selon le National Crime Records Bureau (NCRB), les crimes contre les dalits – allant du viol, de meurtres, de passages à tabac, à la violence liée aux questions foncières – ont augmenté de 29 pour cent entre 2012 et 2014. En 2014, 47.064 cas de crimes contre les dalits ont été enregistrés, contre 39.408 en 2013 et 33.655 en 2012.

Les chiffres récents pour le Rajasthan, l’Etat avec le plus haut taux d’atrocités commises contre les dalits, indiquent que cette violence continue d’augmenter. Entre avril 2015 et mars 2016, 617 incidents graves ont été enregistrés par le Centre pour les Droits des Dalits (CDR) à Jaipur, la seule organisation au Rajasthan qui suit ces atrocités. Il convient de noter que ces chiffres sont la pointe de l’iceberg. Parmi ces atrocités, 161 cas sont liés aux conflits fonciers, 127 cas incluent la violence contre les femmes et des viols ; et 97 étaient des agressions physiques. En 2014-2015, 566 cas avaient été signalés.

« Notre histoire féodale, le taux élevé de pauvreté et le rôle important que joue la religion dans la société sont parmi les raisons pour lesquelles le Rajasthan se retrouve au sommet », raconte  P.L. Mimroth, le directeur du CDR au Diplomat.

Bien que la loi indienne moderne ait officiellement aboli la hiérarchie des castes, l’intouchabilité est à bien des égards encore une pratique courante. Dans la plupart des villages du Rajasthan, les dalits ne sont pas autorisés à prendre l’eau du puits public ou d’entrer dans le temple. Dans les écoles publiques, les dalits ne sont pas autorisés à servir des repas aux castes supérieures; ils doivent souvent s’asseoir en dehors de la salle de classe et sont obligés de nettoyer les toilettes.

« Récemment, un enseignant du Rajasthan a demandé à un étudiant dalit d’enlever le cadavre d’un chien dans la rue », se souvient Grijesh Dinker, le coordinateur de l’Etat du Mouvement national pour la justice des dalits. « Quand il a refusé, il a été battu. L’an dernier, deux enfants dalits de 8 ans avaient bu de l’eau au verre de leurs professeurs. Après les avoir battus brutalement, l’école a renvoyé 11 enfants de l’école, alors que deux seulement avaient bu au verre. Nous avons amené cette affaire au niveau national, mais l’enquête de police a été close. »

Au cours des dernières années, en raison des politiques d’action positive, certains dalits ont réussi à échapper au cercle vicieux de la pauvreté et de la discrimination. Un nombre croissant de dalits peut acheter des terres, bien qu’ils se heurtent souvent à la résistance de la communauté.

« La moitié de toutes les atrocités commises envers les dalits est liée à des conflits fonciers », dit Mimroth. « Le nombre total est en hausse parce que les dalits commencent de plus en plus à faire valoir leurs droits. D’une part, les cas sont plus souvent signalés aujourd’hui. D’autre part, le fait que les dalits ont tendance à parler conduit à des affrontements plus violents. Au Rajasthan, chaque jour deux ou trois dalits sont violées ou tuées. »

Violée et Empoisonnée

Le 28 mars 2016, Delta Meghnal, une jeune fille dalit de 17 ans, a été violée dans son école à Bikaner, une ville du Rajasthan. Son professeur de gym l’aurait attaqué quand elle nettoyait sa chambre, une tâche qu’elle devait accomplir tous les jours. Plus tard cette nuit, Delta a appelé son père pour lui expliquer ce qui était arrivé. Il a promis de venir la chercher le lendemain matin. Mais quand il est arrivé, il a constaté que Delta avait été empoisonnée, et son corps jeté dans un réservoir d’eau.

L’autopsie a établi à la fois le viol et l’assassinat. L’enseignant ainsi que le directeur et la vigile, ces deux derniers étant soupçonnés d’avoir facilité l’assassinat, ont été arrêtés. Mais ni la famille de Delta ni la communauté dalit n’ont de grands espoirs dans la justice. Selon Grijesh, « le mari de la vigile fait partie du Rashtriya Swayamsevak Sangh ou RSS, un mouvement nationaliste hindou, et les autres accusés sont affiliés au parti politique BJP au pouvoir. En raison de leurs liens puissants, je ne pense pas qu’un acte d’accusation sera déposé au tribunal dans les 60 jours, et donc l’enquête sera abandonnée. Même la recommandation récente du Bureau central d’Investigation sur la mort de Delta n’y changera rien. »

Au Rajasthan, 60 pour cent des cas de viol sont clos au cours de l’enquête; 20 pour cent se perdent après leur dépôt au tribunal. Sur les 20 pour cent donnant lieu à un verdict de culpabilité, seulement 4 pour cent conduisent au prononcé d’une peine. Le taux global de condamnation pour crimes contre dalits au Rajasthan est de 7 pour cent – par rapport à un taux de condamnation de 28,8 pour cent pour les crimes contre les dalits pour l’ensemble de l’Inde.

Cette impunité relative persiste en dépit de l’important effort législatif de l’Inde. L’amendement de 2014 de la Loi sur la prévention des atrocités introduit des infractions telles que de guirlander quelqu’un avec des chaussures, l’obligeant à enlever ou transporter des carcasses humaines ou animales, le forçant à vidanger manuellement des latrines et l’abus de dalits (castes répertoriées) et d’adivasis (tribus répertoriées) en public. La loi prévoit même la mise en place d’un tribunal spécial au niveau du district pour juger ces infractions.

Mais l’application semble être très faible. Au Rajasthan, Mimroth accuse ceux qui sont censés appliquer la loi: « La police, le ministère du Revenu et le pouvoir judiciaire – tous appartiennent aux castes supérieures qui ont des attitudes de parti pris contre les dalits. »

Au Gujarat aussi, Etat voisin du Rajasthan et qui a le plus haut taux de violence sexuelle contre les femmes dalits, la faible application de la loi pose un problème majeur en raison d’un manque de volonté politique, selon Manjula Pradeep, une militante bien connue. « Dans cet Etat, les atrocités commises contre les dalits sont également en hausse. En plus de la violence contre les femmes dalits, beaucoup de dalits sont également tués pour des questions foncières. Ils revendiquent de plus en plus leurs droits, mais l’Etat n’est pas prêt à les écouter. L’enregistrement d’une plainte ne signifie pas que vous obtiendrez justice. Le Gujarat n’a pas de tribunaux ou des postes de police spéciaux, comme l’exige la loi de prévention des atrocités. »

Il y a trois ans, trois jeunes garçons dalits ont été tués par des tirs de police à Thangadh, une ville de Gujarat. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de procès. « Nous avons soulevé cette question depuis septembre 2012, » dit Pradeep, « Nous avons présenté l’affaire devant l’Organisation des Nations Unies et lancé une pétition à la Haute Cour du Gujarat. Mais nous ne prévoyons pas de résultat. Chaque fois que la police est impliquée dans des meurtres, nous ne sommes pas en mesure d’obtenir justice pour la famille dalit. »

Pas de justice

Dans sa dernière déclaration à la police, juste avant sa mort sur le chemin de l’hôpital, Raju Bairwa a identifié les neuf hommes qui l’avaient attaqué. Il les connaissait bien, car c’étaient les mêmes qui avaient harcelé sa famille depuis 25 ans. Dans un incident, 500 personnes s’étaient rassemblées autour de la maison de la famille Bairwa. Quand elles ont commencé à tirer, trois membres de la famille avaient été blessés, y compris Raju. Quelques années plus tard, le frère aîné de Raju a été retrouvé mort dans des circonstances suspectes. L’affaire reste en suspens.

Il y a trois ans, ces mêmes neuf hommes ont été condamnés à trois ans de prison pour de multiples cas d’harcèlement de la famille Bairwa. Mais comme ils appartiennent à des familles de castes supérieures avec de puissants liens politiques, ils ont pu être libérés sous caution.

Au moment d’écrire cet article, seulement six des neuf accusés ont été arrêtés pour la mort de Raju. Trois restent libres en raison de « preuves insuffisantes ». Pendant ce temps, la communauté des castes supérieures continue d’occuper le terrain de la famille Bairwa, et organise des réunions pour que l’affaire soit réglée.

« Nous avons eu tort de croire que l’éducation permettrait d’éradiquer l’intouchabilité », soupire Mimroth, « la mentalité dominante au Rajasthan est toujours guidée par le système des castes. Il faudra plus de 100 ans pour changer cela. »

(*) Hanne Couderé est une journaliste indépendante belge spécialisée dans l’Asie du Sud ; elle écrit pour divers médias sur la politique internationale, les migrations et les conflits. L’original de l’article est paru dans The Diplomat du 19 mai 2016 sous le titre « India : Violence Against Dalits on the Rise »

Traduction SDB

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Jun 01 2016

New York / Copenhague – Les défenseurs des droits des dalits exclus de l’ONU


Le combat des dalits pour faire respecter leurs droits humains les plus élémentaires est un combat à l'échelle mondiale. Photo  @DalitAwaz Twitter Account

Le combat des dalits pour faire respecter leurs droits humains les plus élémentaires est un combat à l’échelle mondiale. Photo @DalitAwaz Twitter Account

Pour la 18e fois depuis 2008, le Comité des ONG a reporté la demande d’IDSN  pour obtenir le statut consultatif ECOSOC auprès de l’ONU. Il s’agit de l’attente la plus longue de son genre ! Deux autres questions de l’Inde ont encore une fois retardé le processus.

COPENHAGUE, 1 juin – Le Comité des Nations Unies sur les ONG est devenu tristement célèbre comme un outil des Etats qui ne respectent pas les droits humains et la société civile. La pratique du Comité de reporter à plusieurs reprises les demandes des ONG pour un statut consultatif auprès de l’ONU a atteint une ampleur alarmante telle qu’elle porte atteinte aux droits humains dans le monde, déclare le Réseau International de Solidarité Dalit IDSN dans un communiqué de presse.

Lors de la session en cours à New York, le Comité des ONG a encore une fois bloqué un certain nombre d’ONG d’avoir accès au Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC). La semaine dernière, 230 ONG ont pris l’initiative sans précédent d’appeler l’ONU à réformer la façon dont elle traite avec les ONG. Dans une lettre commune aux Etats membres de l’ECOSOC, elles ont décrit la pratique du Comité comme « le reflet de la croissance des restrictions sur la société civile à l’échelle mondiale ».

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’exercice des droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, Maina Kiai, a rejoint cette critique en déclarant que le Comité des ONG a été « détourné » par les gouvernements qui visent à « enlever les voix des ONG sur le scène internationale » en « reportant de façon arbitraire des applications au statut consultatif. » Elle a exhorté le Comité à cesser de « se plier aux considérations qui minent la capacité des Nations Unies de remplir sa mission. »

Le cas le plus extrême de l’obstruction contre les ONG est celui du Réseau International de Solidarité Dalit ou IDSN, qui a commencé son processus de demande il y a neuf ans. Hier, le Comité a reporté l’application pour la 18e fois, comme l’Inde a présenté deux autres questions à IDSN. Depuis 2008, l’Inde a ainsi demandé 77 questions à IDSN, beaucoup d’entre elles de façon répétitive et ayant déjà reçu une réponse. Maina Kiai a décrit ces actions comme « clairement inacceptables, erronées et injustes. »

Ce report signifie qu’IDSN et ses membres, dont beaucoup sont des défenseurs des droits humains en provenance des pays affectés par le système de castes, sont effectivement empêchés de s’associer librement avec l’ONU. Sans le statut ECOSOC, les ONG ne peuvent pas présenter des déclarations ou organiser des événements parallèles lors des forums des Nations Unies. Cela fait une perte d’occasions pour discuter des violations atroces des droits humains imputables à la discrimination de caste.

Au cours de la session du Comité sur les ONG, l’Inde a accusé IDSN de mondialiser des problèmes locaux en les amenant à l’ONU et a fait valoir que leurs « sensibilités » ne peuvent pas être discutées dans les enceintes multilatérales des Nations Unies. IDSN est fortement en désaccord avec ce point de vue, estimant que la discrimination de caste est incontestablement un problème mondial de droits humains.

« Le harcèlement d’IDSN par l’Inde fait partie de la tendance mondiale qui, en Inde elle-même, a conduit à un espace de plus en plus rétréci pour les défenseurs des droits humains. En outre, l’Inde agit contre les intérêts de ses 200 millions de dalits. En bloquant les discussions sur la discrimination des castes dans les instances internationales, elle laisse tomber en fait un sixième de sa propre population et nuit aussi aux aspirations à une vie meilleure des dizaines de millions de personnes soumises à la discrimination de la caste dans d’autres pays, » a déclaré la directrice exécutive d’IDSN, Rikke Nöhrlind.

Source : IDSN

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May 12 2016

Copenhague : Appel à la Conférence mondiale d’inclure 300 millions de femmes exclues


COPENHAGUE, mai 2016. Lorsque les dirigeants et les militants du monde entier se réunissent à Copenhague la semaine prochaine pour se concentrer sur la santé et les droits humains des filles et des femmes, leurs discussions doivent inclure deux grands groupes qui souffrent d’exclusion sociale extrême et de marginalisation, rappellent le Groupe de travail international des Affaires autochtones (IWGIA) et le Réseau international de solidarité Dalit (IDSN), tous deux basés à Copenhague (Danemark).

Les deux organisations sont engagées à s’attaquer aux problèmes respectifs des populations autochtones et des personnes soumises à la discrimination de caste. Ensemble, ces groupes constituent plus de 300 millions de femmes et de filles, soumises à de multiples formes de discrimination en matière d’égalité, de pauvreté, de faible statut social et – dans le cas des dalits – de caste. « Nous exhortons les participants à la conférence Women Deliver pour aborder les questions des femmes dalits et autochtones. Nous vous implorons d’inclure ces femmes exclues, et d’éviter de marginaliser les marginalisées davantage encore. Il y a un grand espoir dans la force et le potentiel de ce rassemblement mondial, et nous appelons les participants à rechercher des partenariats avec des centaines de millions de femmes qui souffrent de graves violations de leurs droits les plus fondamentaux et qui sont souvent contraintes de vivre en bas de l’échelle de leurs sociétés », signalent les deux organisations.

Comme les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies et leur mise en œuvre sont d’une importance capitale pour la conférence Women Deliver, il est pertinent de noter que les femmes dalits et autochtones sont souvent confrontées à un accès limité ou inexistant aux soins de santé en raison de la pauvreté et de la discrimination. La même chose vaut pour l’éducation et un certain nombre d’autres domaines clés. Ce manque d’accès condamne ces groupes d’être à la traîne des autres femmes – contrairement à l’esprit et à l’engagement des ODD qui sont censés veiller à ce que personne ne soit laissé derrière. Comme ces inégalités structurelles affectent des centaines de millions de filles et de femmes, il devient encore plus urgent d’inclure le sort des femmes dalits et autochtones dans les discussions de la conférence Women Deliver, en particulier celles qui se concentrent sur la violence contre les femmes et l’accès à la justice, la santé, l’éducation et la participation politique – et de trouver des solutions qui permettront à ces groupes marginalisés de devenir les moteurs du développement et de puissants agents de changement.

« À moins que la situation de plus de 300 millions de femmes dalits et autochtones ne soit spécifiquement abordée en tant que partie intégrante des programmes de développement international, et incluses dans les discussions sur les droits des femmes et la réalisation des objectifs de développement durable, l’engagement exprimé par les Chefs d’Etats “de ne laisser personne à la traîne“ sera dénué de sens. Une nouvelle fois, les femmes autochtones et dalits risquent d’être oubliées et exclues davantage des efforts mondiaux de développement, » concluent IWGIA et IDSN.

Source: IDSN

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Apr 26 2016

Le 8e Prix des Droits Humains d’Amnesty Allemagne décerné à l’Indien Henri Tiphagne


Photo: Brian Tronic / American India Foundation

Photo: Brian Tronic / American India Foundation

BERLIN, 25 avril 2016 – Lundi, Amnesty Allemagne a décerné son 8e Prix des droits humains à l’avocat indien et défenseur des droits humains Henri Tiphagne. La cérémonie de remise de prix, qui a eu lieu au Maxim-Gorki-Theater à Berlin, a rendu hommage à son engagement de plusieurs décennies en faveur des droits humains en Inde. « Le plaidoyer passionné de Henri Tiphagne dans la lutte contre la torture et la discrimination en Inde est exemplaire et sert d’inspiration pour des militants du monde entier qui s’engagent en faveur des droits humains », a déclaré Selmin Çalışkan, directeur d’Amnesty International Allemagne. « Grâce à son organisation People’s Watch, Henri Tiphagne soutient les victimes de la violence d’Etat depuis plus de 20 ans maintenant. Comme il les aide à faire valoir leurs droits et obtenir réparation, il est lui-même pris pour cible par les autorités ».

Au milieu des années 1990, Henri Tiphagne a fondé l’organisation People’s Watch. Sa vision était celle d’une société libre de toute discrimination fondée sur la caste et de violations des droits humains. People’s Watch a pour mission de faire de la recherche et de documenter les violations des droits humains, ainsi que de fournir une représentation juridique aux personnes touchées par ces crimes. L’organisation soutient également activement l’éducation aux droits humains. En 1997, Henri Tiphagne a fondé un institut offrant une formation pour les enseignants ainsi que le mentorat autour des programmes d’éducation aux droits humains à l’école. Jusqu’à présent, ils ont atteint environ 500.000 enfants dans 18 Etats indiens.

Lors de la cérémonie de remise du prix, Henri Tiphagne a dit: « Nous tenons à remercier Amnesty International pour ce prix, car cela nous rappelle que nous ne sommes pas seuls dans notre combat pour les droits humains. L’Inde a une société civile dynamique. Je suis honoré d’accepter ce prix au nom de toutes les femmes et tous les hommes courageux qui luttent sans relâche pour les droits humains en Inde. Cependant, l’espace pour les militants de la société civile diminue constamment. Le gouvernement ne nous laisse pas d’espace pour respirer ».

« Ce prix est extrêmement bien mérité. Henri Tiphagne a été un champion résolu des droits humains en Inde depuis des décennies », a déclaré Tara Rao, directeur des programmes d’Amnesty International en Inde. « Les défenseurs des droits humains en Inde passent par des moments difficiles, et le pays a besoin de plus de militants comme Henri Tiphagne, qui défendent les droits d’autrui ».

Les ONG basées en Inde et bénéficiant d’un financement en provenance de l’étranger doivent être enregistrées conformément aux dispositions du Foreign Contribution (Regulation) Act ou FCRA. Cette mesure est appliquée par le ministère des Affaires intérieures. La loi autorise la suspension de l’enregistrement d’une organisation pendant 180 jours, en attendant l’évaluation de l’organisation. Ceci est une longue période et cause des difficultés financières pour de nombreuses organisations, comme tous leurs comptes bancaires sont gelés pour la durée.

Entre 2012 et 2014, People’s Watch avait ses comptes bancaires gelés à plusieurs reprises par le gouvernement d’alors. Cela a mis à mal le financement de l’organisation, ce qui signifie que certains employés ont dû chercher un autre emploi et de nombreux programmes ont dû être abandonnés. Au cours de sa dernière évaluation imposée par l’État, People’s Watch a interjeté appel et lors d’une première audience en juillet 2014, le juge a décidé en faveur de l’organisation.

Ces tentatives du gouvernement indien visant à restreindre le travail des organisations de défense des droits humains tels que People’s Watch sont symptomatiques d’une tendance mondiale plus large: « Au cours de la dernière décennie, la société civile à travers le monde est soumise à une pression accrue. Dans de nombreux pays, des lois sont adoptées pour entraver délibérément ou empêcher carrément les ONG de faire leur travail », a déclaré Selmin Çalışkan. « Les gouvernements restreignent la liberté d’expression et la liberté de la presse, et cherchent à intimider les acteurs de la société civile. Les défenseurs des droits humains courent constamment le risque d’être traînés dans la boue, dépeints comme des sympathisants de terroristes ou détenus pour des motifs fallacieux ».

Le Prix des droits humains est attribué par Amnesty Allemagne à d’individus ou des organisations en reconnaissance de leur engagement pour les droits humains dans des circonstances difficiles. Le prix vise à honorer et soutenir l’engagement exceptionnel des lauréats en faveur des droits humains et de sensibiliser le public allemand à leur travail. Il est doté de 10.000 euros, fournis par la Fondation d’Amnesty Allemagne Stiftung Menschenrechte, Förderstiftung Amnesty. Le Prix des droits humains a été présenté pour la huitième fois en 2016. Les anciens lauréats comprennent: Monira Rahman du Bangladesh (2006), Women of Zimbabwe Arise du Zimbabwe (2008), Abel Barrera du Mexique (2011) et Alice Nkom du Cameroun (2014).

Source : Communiqué d’Amnesty Allemagne

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Apr 21 2016

Rencontre avec le P. Suresh et Ms Nandhini, deux dalits catholiques du Tamil Nadu


Le P. Suresh parmi des membres de Solidarité Dalits Belgique

Le P. Suresh parmi des membres de Solidarité Dalits Belgique

Il est plus facile de parler de pauvreté que du problème de caste. Et parmi les hors castes ou dalits, les chrétiens subissent une discrimination supplémentaire dans la mesure où le gouvernement indien ne les reconnaît pas parmi les « castes répertoriées » bénéficiant de mesures de réservation pour l’emploi, l’éducation ou en politique.

Ms Nandhini avec J.Vellut, membre de Solidarité Dalits Belgique

Ms Nandhini avec J.Vellut, membre de Solidarité Dalits Belgique

Tel était le message principal du P. Suresh du Tamil Nadu, un prêtre diocésain dalit et de Ms Nandhini, directrice d’une école pour enfants dalits à Kanjipuram au sud de Chennai (anc. Madras), de passage à Bruxelles. Une délégation de Solidarité Dalits Belgique les a rencontrés ce 20 avril 2016 en évoquant avec eux la situation des dalits chrétiens, et en particulier des dalits catholiques en Inde.

Ils rappellent qu’en Inde, les Chrétiens constituent 2,3% de la population, les Bouddhistes 6%, les Musulmans 10%, alors que la grande majorité de la population indienne est de confession hindoue. Dans toutes ces confessions, on retrouve le système des castes et donc aussi des dalits.

Malheureusement, un Ordre Présidentiel du 10 octobre 1956 a décidé que seuls les dalits hindous seraient considérés comme « castes répertoriées » bénéficiant des mesures de réservation et de protection. En 1991 les dalits des religions dites indiennes (sikhisme, bouddhisme) y ont été rajoutées, mais les dalits chrétiens et musulmans ne bénéficient toujours pas du statut qui leur donnerait droit aux mesures de protection et de réservation, alors que leur position dans la société et dans l’économie du pays reste très précaire et qu’ils sont confrontés à de multiples discriminations en société.

Au sein de leurs Eglises respectives, les dalits chrétiens souffrent également de discriminations et de rejets de la part de la hiérarchie et des autres paroissiens. Ainsi, parmi les 22 évêques catholiques du Tamil Nadu, seuls deux sont dalits, alors que les dalits constituent entre 70 et 80% des chrétiens. Encore aujourd’hui, les cimetières sont souvent séparés : celui qui jouxte l’église paroissiale est réservé aux chrétiens de castes, et les funérailles sont célébrées dans cette église principale. Quant aux dalits, ils doivent se contenter d’un cimetière en dehors du village et leurs funérailles sont célébrées dans une petite chapelle à proximité de ce cimetière. Et, d’après le P. Suresh toujours, des funérailles d’une personne dalit dans l’église paroissiale et l’enterrement dans le cimetière principal, il y a quelques années, ont conduit à des réactions fortes de la part des catholiques de castes du village.

Le P. Suresh signale donc que les dalits chrétiens se battent sur deux fronts pour être reconnus : face au gouvernement et à l’intérieur de leurs Eglises respectives.

Au niveau national, ils attendent toujours de la part des gouvernements successifs, tant dirigés par le Parti du Congrès que par le BJP (actuellement au pouvoir), de tabler au parlement une discussion concernant une décision de la Cour suprême qui déclare illégal le fait de refuser aux dalits chrétiens et musulmans le statut de « caste répertoriée ».

Au sein de l’Eglise catholique en particulier, le P. Suresh dit se confronter à un nombre croissant d’évêques qui prennent parti pour les catholiques de castes et dont certains vont jusqu’à refuser l’ordination de certains séminaristes dalits. Et pourtant, en 2001, la conférence épiscopale du Tamil Nadu avait signé une prise de position en 10 points en faveur d’un engagement pour faire respecter les dalits au sein de l’Eglise et de son hiérarchie.

Les dalits des différentes confessions chrétiennes ont instauré un Conseil national des dalits chrétiens pour mieux faire entendre leurs voix et pour coordonner leurs actions. Une protestation a été organisée il y a deux ans à Delhi, mais l’appui en provenance de l’étranger apporterait plus de poids à leurs revendications, selon le Père.

Pour améliorer le statut des dalits chrétiens en Eglise et en société, l’éducation est considérée comme un moyen privilégié. Trop de jeunes dalits quittent en effet l’école avant de finir leurs études à cause des discriminations qu’ils subissent. Ms Nandhini insiste donc sur l’importance des écoles qui préparent les enfants dalits à leur vie et même à l’entrée en université. Pour elle, le renforcement des droits et pouvoirs des dalits passe inexorablement par l’éducation et l’action politique.

Qu’attendent les deux visiteurs indiens des Belges engagés pour marquer leur solidarité avec les dalits ? Eh bien, parmi les marques de soutien possibles, ils citent des contacts avec la presse pour atteindre même le pape François qui, jusqu’à présent, n’a ni évoqué le problème des dalits chrétiens ni pris position en leur faveur.

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Apr 13 2016

Inde – 125e anniversaire de la naissance du Dr. Ambedkar


Dr. B.R. Ambedkar

Dr. B.R. Ambedkar

Ce 13 avril 2016 marque le 125e anniversaire de la naissance du Dr Ambedkar.

Bhim Ram Ambedkar (1891-1956) est une figure centrale dans la lutte des dalits pour plus de respect et de dignité, et sa statue ou photo apparaissent dans tous les lieux chers aux dalits en Inde. Plus globalement, ce personnage est connu à la fois pour son rôle dans la lutte pour l’indépendance de l’Inde, comme rédacteur principal de la Constitution du pays fraîchement indépendant et comme rassembleur des dalits.

Contemporain du Mahatma Gandhi, Ambedkar est cependant peu connu au niveau international.

Pour mieux comprendre le personnage et sa pensée, rien de tel que de se plonger dans son livre “Annihilation of Caste”, dont vous trouverez ici des extraits en français.

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Apr 12 2016

Inde – le Bhim Yatra donne espoir aux éboueurs manuels


Des militants au cours de leur périple de 125 jours à travers l'Inde pour dénoncer l'ébouage manuel

Des militants au cours de leur périple de 125 jours à travers l’Inde pour dénoncer l’ébouage manuel. Photo SKA

Au cours des quatre derniers mois, des militants ont sillonné l’Inde en bus pour protester contre l’enlèvement manuel des excréments. Leur « marche » – le Bhim Yatra – se conclut le 13 avril à New Delhi, à l’occasion du 125e anniversaire du grand leader dalit, le Dr Ambedkar.

Le message est clair: « Arrêtez de nous tuer » – dans les latrines sèches, les égouts et les fosses septiques. Un groupe de militants représentant la communauté des éboueurs manuels a porté ce message à travers l’Inde depuis décembre 2015, et sur le chemin, il a donné de l’espoir aux personnes impliquées dans cette pratique inhumaine et illégale en les informant de leurs droits.

Les militants du mouvement contre l’ébouage manuel Safai Karmachari Andolan (SKA) avaient lancé le Bhim Yatra en décembre de l’année passée et ont depuis visité 500 districts dans 30 États. Ils ont parcouru plus de 35.000 kilomètres, parlé à des milliers de gens ordinaires et soulevé la question avec les dirigeants politiques, y compris le président Pranab Mukherjee. Une délégation de la société civile l’a rencontré le 18 mars dernier et exigé une « fin immédiate à la pratique de l’ébouage manuel et aux décès dans les égouts. »

L’ébouage manuel est interdit en Inde, mais continue néanmoins à travers tout le pays, souvent avec le consentement ou même l’encouragement des autorités. Des centaines de milliers de femmes, principalement dalits, sont obligées de ramasser les excréments humains de leurs mains nues. D’autres centaines de milliers, surtout des hommes dalits, nettoient les égouts tout en risquant leur vie. SKA estime que 1200 en meurent chaque année.

« Est-ce parce que ce sont des dalits qui font cet ébouage manuel, que le gouvernement ne prend pas leur réadaptation au sérieux ? Si des membres d’autres castes étaient impliqués, une solution aurait sûrement été trouvée, » a déclaré Dr Bezwada Wilson, responsable national de SKA dans une récente interview avec The Tribune.

Le Yatra – décrit par SKA comme un « voyage de la douleur et de l’angoisse » – arrive ce 12 avril à New Delhi et se termine le 13 dans la capitale, coïncidant avec le 125e anniversaire de la naissance du Dr Ambedkar, qui avait exhorté ses compatriotes dalits à « quitter le balai et prendre la plume ». Lors de la dernière rencontre, 125 familles de toute l’Inde prennent la parole sur le sujet douloureux des décès dans les égouts.

« Nous ne voulions pas célébrer l’anniversaire en apportant la guirlande habituelle à notre idole. Nous avons pensé que la meilleure façon de célébrer Babasaheb (Ambedkar) serait d’apporter sa vision au peuple et de conscientiser les gens à leurs droits », a déclaré le Dr Wilson à Catch News pendant le périple du Bhim Yatra.

Source : IDSN

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Apr 08 2016

Human Rights Watch: L’UE devrait encourager l’Inde à protéger les dalits


A la veille du sommet UE-Inde du 30 mars 2016, Human Rights Watch (HRW) a adressé une lettre à l’UE abordant de nombreuses questions clés de droits humains. Y figure en particulier l’échec du gouvernement indien pour protéger la population dalit du pays.

D’après HRW, l’Union européenne devrait encourager le gouvernement indien à prendre des mesures immédiates pour éliminer les abus contre les dalits, fournir des plans concrets pour mettre en œuvre des lois pour assurer leur protection et faire respecter son engagement de mettre fin au ramassage manuel des excréments.

Ces demandes constituent les messages les plus importants liés à la question de caste dans une lettre ouverte à l’occasion du sommet UE-Inde, adressée par Human Rights Watch (HRW) aux dirigeants européens Donald Tusk et Jean-Claude Juncker. La lettre aux présidents respectifs du Conseil européen et de la Commission européenne aborde de nombreuses questions clés des droits humains. Elle a été publiée le 29 mars dernier, à la veille du sommet entre l’UE et l’Inde.

HRW note que le gouvernement indien continue à « ne pas parvenir à mettre en œuvre des politiques visant à protéger les dalits (ou « intouchables ») et les groupes tribaux face aux discriminations et à la violence. » L’organisation ajoute que le taux d’abandon scolaire parmi les enfants dalits est particulièrement élevé et qu’il est dû à la discrimination de caste ; ce qui conduit souvent aux pires formes du travail des enfants et au mariage précoce.

La lettre mentionne également le récent rapport sur la discrimination fondée sur la caste par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités. Selon ce rapport, les victimes du système de castes continuent à souffrir d’exclusion, de déshumanisation et de violence accrue. Le rapport note également que la pratique de récupération manuelle des excréments, liée au système de castes, continue en dépit d’être interdite. La lettre fait référence à des recherches menées par Human Rights Watch, qui souligne que les gouvernements et les municipalités utilisent toujours les éboueurs manuels.

HRW exhorte également l’Union européenne et ses Etats membres à suivre la résolution du Parlement européen de 2012 sur la discrimination des castes en Inde, qui les appelle à inclure la question dans leurs dialogues avec les autorités indiennes, et à donner la priorité aux programmes luttant contre la discrimination de caste, y compris dans l’éducation, de même qu’à des programmes visant plus particulièrement les femmes et les filles. La résolution prévoit également que la future coopération de l’UE avec l’Inde soit notamment évaluée sur base de  son incidence sur la discrimination de caste.

La lettre couvre beaucoup d’autres problèmes graves de droits humains en Inde qui sont également pertinents pour les dalits, y compris les attaques contre la liberté d’expression, l’impunité pour les violations des droits humains et la nécessité de réformer les lois du travail du pays. Elle décrit également l’Inde comme « un promoteur faible des droits humains à l’ONU » et invite l’UE à encourager l’Inde à « jouer un rôle plus positif au nom des droits humains internationaux et de soutenir les victimes d’abus, au lieu de protéger des gouvernements répressifs pour échapper à un contrôle international. »

Le sommet UE-Inde s’est concentré essentiellement sur les questions de commerce et d’investissement. La délégation indienne était dirigée par le Premier ministre Narendra Modi en personne.

Source IDSN

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Apr 08 2016

Genève / Bruxelles – Les membres d’IDSN interpellent la communauté internationale


Les membres d’IDSN après l’Assemblée générale du réseau le 14 mars 2016. Photo: IDSN

Les membres d’IDSN après l’Assemblée générale du réseau le 14 mars 2016. Photo: IDSN

La troisième semaine de mars 2016 a été riche en événements pour IDSN. L’assemblée générale du réseau s’est réunie à Genève, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités a présenté un rapport novateur sur la discrimination de castes, et les membres d’IDSN ont rencontré plusieurs hauts fonctionnaires des Nations Unies et de l’Europe.

Le 14 mars 2016, les membres d’IDSN en provenance de différentes régions du monde se sont réunis à Genève pour l’Assemblée générale triennale du réseau. Les participants étaient des dalits défenseurs des droits humains en Asie du Sud, des réseaux de solidarité Dalit d’Europe, des associés et le personnel du Secrétariat international IDSN.

L’Assemblée générale est l’organe suprême d’IDSN. Elle élit le conseil d’administration du réseau et est également un important forum d’échange d’informations. Lors de cette réunion, les membres d’IDSN ont souligné leur forte détermination à poursuivre la lutte mondiale contre la discrimination de caste, lutte qui a permis des avancées importantes au cours des dernières années.

A la suite de l’Assemblée générale, les membres d’IDSN se sont lancés dans quelques jours d’intense lobbying au Conseil des Droits de de l’Homme (CDH) de l’ONU à Genève. Ils ont rencontré le Haut-Commissaire adjoint des Nations Unies aux Droits de l’homme, Kate Gilmore, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités, Ritz-Izsák Ndiaye, et d’autres fonctionnaires de l’ONU.

Le rapport de Mme Izsak-Ndiaye sur les « minorités et la discrimination fondée sur la caste » a été le point focal des activités de la semaine. Elle l’a présenté au dialogue interactif avec les membres du CDH le 15 mars. Plusieurs délégués – y compris ceux de la Suisse, la Norvège et le Nigeria – ont fortement soutenu ce rapport, alors que l’Inde a continué à exprimer sa position récalcitrante, refusant d’accepter que la discrimination de caste puisse être assimilée à une question de minorité.

Le lendemain, le Haut-Commissariat pour les Droits de l’Homme a organisé un événement parallèle sur les minorités et la discrimination fondée sur la caste, avec la participation du Rapporteur spécial ainsi qu’un certain nombre d’experts de différents pays et régions, notamment d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient. Les discussions ont été animées et productives et ont mis en évidence le caractère global de la discrimination de castes.

Des représentants d’IDSN ont également pris part au Forum des OSC, réunissant les 17 et 18 mars dernier à Bruxelles les organisations de la société civile (OSC) du secteur du développement international et des droits humains, les institutions européennes et les Etats membres. La réunion a rassemblé plus de 800 participants, et la discrimination des castes a été soulevée dans plusieurs forums de discussion. Henri Tiphagne, directeur de Peoples Watch-Inde et membre d’IDSN, a présenté à la séance de clôture une déclaration très ferme sur la diminution rapide de l’espace démocratique en Inde et sur la discrimination des castes. Il a appelé l’UE à soutenir les défenseurs des droits humains plus efficacement et à intensifier le dialogue politique avec l’Inde.

La question de la caste a également été signalée comme un défi dans la déclaration publiée par le Haut-Représentant Federica Mogherini au nom de l’Union européenne à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, le 21 mars dernier.

Source : IDSN

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