Yearly Archives: 2018

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Feb 01 2018

Genève – « Jeunes et inclusion », thèmes abordés par des jeunes militants dalits au Forum des Nations Unies sur les minorités


Photo IDSN

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Plusieurs jeunes militants dalits ont joué un rôle actif lors du Forum sur les questions relatives aux minorités qui s’est tenu à Genève du 30 novembre au 1er décembre dernier. Des femmes dalits du Népal et de l’Inde, faisant partie d’une délégation de l’IDSN, ont fait des interventions fortes sur le thème de la jeunesse minoritaire et ont plaidé pour des sociétés diversifiées et inclusives. Elles ont expliqué aux participants à quel point la discrimination fondée sur les castes, profondément ancrée dans les mentalités, continue de poser de sérieux obstacles à une participation égale dans la plupart des aspects de la vie et comment les médias sociaux offrent à la fois de nouvelles possibilités de changement et de nouveaux défis.

Anju, représentant le All India Dalit Women Rights Movement, a pris la parole devant le panel du Forum des Nations Unies sur les avantages et les défis de l’utilisation des médias numériques pour autonomiser et protéger les dalits. Elle a expliqué comment les militantes dalits utilisaient les médias sociaux pour mobiliser et exiger la justice, notamment à travers des campagnes telles que #dalitwomenfight et le Dalit History Month.

Anju a également expliqué comment les outils informatiques donnaient une plus grande visibilité aux dalits alors que les récits médiatiques traditionnels continuent d’être contrôlés par des groupes de castes dominantes dans la société et ne représentent pas adéquatement les voix des dalits. Elle a également abordé les nombreux défis liés au harcèlement et à la sécurité personnelle des femmes engagées dans les médias sociaux, ainsi que le manque d’accès à Internet et les outils nécessaires pour de nombreux dalits.

« Malgré tous ces défis, nous devons utiliser les médias sociaux pour que le monde entier puisse savoir et voir ce qui se passe avec les communautés dalits ; c’est pourquoi nous décidons de ne pas céder mais de prendre des mesures pour surmonter ces défis. Nous devons utiliser ces médias sociaux pour atteindre le monde », a affirmé Anju.

Ankita, s’exprimant au nom de l’Organisation Féministe Dalit (FEDO) au Népal, a présenté des expériences d’éducation inclusive et de participation des jeunes issus des minorités à la vie publique. Les déclarations d’Ankita ont mis en avant la discrimination structurelle fondée sur la caste et la stigmatisation socialement enracinée comme étant les principaux obstacles empêchant les dalits de recevoir une éducation équivalente à celle des non-dalits et de jouir d’une participation égale à la vie publique.

« Les dalits doivent être protégés par une pleine mise en œuvre de la législation anti-intouchabilité. Cela ne changera pas les mentalités du jour au lendemain, mais au fil du temps, le comportement changera », a déclaré Ankita.

Elle a également souligné que les femmes dalits étaient encore plus exposées au risque d’exclusion, de discrimination et d’abus car elles étaient confrontées à une discrimination multiple en raison de leur sexe et de leur caste.

Chet Narayan, président de la Dalit Youth Alliance au Népal, a également présenté un exposé sur l’état général de la discrimination fondée sur la caste au Népal.

A la fin du Forum, le rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions minoritaires, Fernand de Varennes, a déclaré : « J’ai été particulièrement touché quand j’ai entendu parler de la situation de certaines minorités les plus vulnérables et les plus marginalisées du monde ».

« En particulier lorsque vous avez partagé vos expériences de marginalisation double ou triple des jeunes femmes Dalits, Rohingyas ou Roms, confrontées à l’exclusion, la discrimination et même la violence dans leur vie à un degré tel que la plupart d’entre nous aurions du mal à comprendre. »

Source : IDSN

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Feb 01 2018

Inde – L’intouchabilité, encore et encore


Photo Amrit Dhillon, SMH

Photo Amrit Dhillon, SMH

Lalitha Devi a 65 ans et se souvient comment, pendant son enfance, lorsqu’elle travaillait dans les champs d’un propriétaire terrien de haute caste, elle avait soif et demandait de l’eau.

La dame de la maison apportait un pot d’eau en acier et versait l’eau dans l’air près de Devi qui devait l’attraper dans ses mains pour boire.

« Je n’avais pas le droit de toucher un de ses ustensiles parce que mon contact le contaminerait », se souvient Devi, qui est dalit, c’est-à-dire un membre de la caste la plus pauvre et la plus opprimée de l’Inde.

Comme la plupart des femmes indiennes qui ont passé leur vie dans la pauvreté, Devi fait 20 ans de plus que son âge. Elle a quitté son village d’enfance à Haryana il y a longtemps, quand elle a déménagé dans la banlieue poussiéreuse et laide de Johripur, à environ une heure de route du centre de la capitale indienne, Delhi.

Devi dit que la discrimination de caste ou « intouchabilité » a diminué au fil des décennies, en particulier dans les villes. Contrairement aux villages, où tout le monde connaît la caste d’une personne, les villes offrent un certain degré d’anonymat, croit-elle.

Mais une nouvelle enquête publiée début janvier 2018 montre que les trois quarts des personnes interrogées dans le Rajasthan rural et 48% – presque la moitié – de tous les ruraux de l’Uttar Pradesh pratiquent toujours l’intouchabilité. Ce sont deux des plus grands Etats de l’Inde.

Plus surprenant encore est un chiffre montrant que la moitié des répondants dans les grands centres urbains des deux États ont également admis pratiquer l’intouchabilité. Même à New Delhi, 39% des personnes interrogées ont déclaré que les castes inférieures comme les dalits étaient intouchables.

L’un des auteurs de l’étude, Amit Thorat, chercheur à l’Université Jawaharlal Nehru, déclare aux médias indiens: « Ces tendances sont en effet assez inquiétantes. Ils ne sont pas de bon augure pour la croissance à long terme de l’économie et le développement de la société dans son ensemble, mais ils indiquent également, à bien des égards, une détérioration de la mentalité sociale. »

Diane Coffey, une autre chercheuse associée à l’étude et professeure adjointe à l’Université du Texas, rajoute ceci : « La chose la plus surprenante à propos des données est la taille des chiffres. Trop souvent, les gens qui se tournent vers un avenir moderne rejettent le système de caste ou le patriarcat comme une chose du passé, et les cas de discrimination comme des anecdotes isolées sans signification. Ce que ces chiffres révèlent, c’est que les préjugés restent très communs – trop communs. »

Ashok Bharti, président de la Confédération nationale des organisations dalits (NACDOR), n’est pas surpris.

« Chaque jour, je vois des chiffres bien pires, comme ceux-ci », dit-il, pointant une feuille de papier qu’il a imprimée.

On y trouve un tableau avec 799 meurtres, 2545 viols et 35.692 atrocités commises contre des dalits en 2016. Ce sont des chiffres officiels qu’il a rassemblés. En plus de ces crimes, il y a les humiliations et les affronts quotidiens qui sont tissés dans la vie d’un dalit, en particulier dans les villages: on leur refuse l’accès au village des gens de caste, ils vivent dans des huttes séparées, des débits de thé au bord de la route leur servent le thé dans des gobelets distincts, les enfants dalits sont non seulement isolés en classe mais forcés de nettoyer les classes et les toilettes, et les enfants dalits voient des camarades de caste supérieure refuser de manger des repas scolaires préparés par un dalit.

« En Inde, nous confondons souvent la simple alphabétisation avec l’éducation », dit-il. « L’éducation réelle est quelque chose de différent et il n’y a rien dans le système éducatif pour surmonter les préjugés contre les dalits. Quand les écoles elles-mêmes pratiquent l’intouchabilité, quel espoir y a-t-il? Il n’y a rien dans le programme pour apprendre aux enfants à penser différemment. »

Ganesh Gautam, responsable de projet de NACDOR à Johripur, a cependant constaté des changements depuis son enfance. Ce ne sont pas seulement des changements symboliques, comme le fait que l’actuel président de l’Inde, Ram Nath Kovind, soit un dalit. Ces nominations sont souvent purement symboliques et n’indiquent pas de changement sur le terrain. Mais en tant que dalit éduqué, Gautam se mêle aux gens de haute caste à Johripur. Et quand une connaissance de haute caste, les Brahmines, l’a invité au mariage de son fils récemment, Gautam a accepté, appréciant à sa juste valeur le changement d’attitude sociale qu’une telle invitation indique.

Et le brahmane a assisté au mariage du neveu de Gautam quelques semaines plus tard. Les deux hommes ont donc assisté aux mariages respectifs.

Ces petits changements sont importants pour Gautam.

« Regardez », dit-il, « c’est la nature humaine de vouloir socialiser avec vos égaux. Si un dalit n’est pas éduqué, vit dans une hutte et ne porte pas de vêtements décents, comment pouvez-vous espérer qu’une personne de caste supérieure se mêle à lui? Bien sûr, je sais que le dalit est pauvre et sans instruction à cause des siècles de discrimination, mais le fait brutal est que, tout en combattant la discrimination, nous aussi nous devons changer. »

Neha Kumar, 24 ans, marque son accord avec ce qui est dit. Elle a également été formée par NACDOR pour que son ONG puisse fournir des services en ligne pour aider les Indiens à demander des documents officiels tels que des cartes d’identité. Kumar dit qu’elle a vu les attitudes des voisins à Johripur changer au fil des ans.

« Quand ils nous voient porter de beaux vêtements propres, parlant bien et mangeant bien, ils acceptent les contacts avec nous », dit-elle.

Pourtant, elle est consciente des limites. « Mes amis de caste supérieure m’acceptent bien, mais leurs parents sont méfiants. Ils gardent une distance et ne sont pas très amicaux quand je les rencontre. »

Le système des castes est ancré dans la société indienne depuis des siècles. En fonction de leurs occupations, les gens appartiennent à l’une des quatre castes principales. La première et la plus élevée est celle des Brahmines, qui sont principalement des enseignants et des prêtres; le groupe suivant est celui des Kshatriyas, principalement des militaires et des administrateurs; le troisième groupe est celui des Vaishyas, commerçants; et la quatrième caste, la plus basse, est celle des Shudras, les gens qui font un travail subalterne. En dehors de ce système, il y a les hors castes, les dalits, anciennement appelés «intouchables» ; ils forment environ 16% de la population indienne.

Extraits d’un article d’Amrit Dhillon, publié le 21 janvier 2018 dans le Sydney Morning Herald.

Traduction Karl Wintgens

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