Genève – Un expert de l’ONU critique la campagne d’amélioration des conditions d’hygiène menée par l’Inde car elle aggrave la situation des ramasseurs manuels d’excréments

Dec 04 2017

Genève – Un expert de l’ONU critique la campagne d’amélioration des conditions d’hygiène menée par l’Inde car elle aggrave la situation des ramasseurs manuels d’excréments


Léo Heller, expert des Nations Unies en matière d’eau et d’assainissement, a déclaré que le fait de ne pas mettre fin à la pratique du ramassage manuel des excréments en Inde et de construire davantage de toilettes sans chasse contribue à accroître la pratique discriminatoire envers les castes les plus basses qui doivent prendre en charge le nettoyage manuel des excréments des toilettes sans chasse d’eau. La déclaration fait partie de la déclaration officielle de M. Heller sur sa mission de novembre 2017 en Inde.

Dans sa déclaration, le Rapporteur spécial des Nations Unies explique qu’il salue la vision de la campagne “Clean India Mission” (Mission Inde propre) pour mettre fin à la défécation à l’air libre, mais estime que cette campagne n’est pas mise en œuvre sur base d’une approche fondée sur les droits humains.

À titre d’exemple, il déclare avoir entendu parler de la persistance généralisée de la pratique du ramassage manuel d’excréments, qui constitue une violation de nombreux droits ainsi que de la dignité de ceux qui sont forcés de faire ce «travail». L’ONU a exprimé à maintes reprises de vives inquiétudes quant à la persistance de la pratique de l’ébouage manuel en Inde, malgré son interdiction.

« L’ébouage manuel n’est pas une carrière choisie volontairement par les travailleurs, mais plutôt un travail profondément malsain, désagréable et indigne imposé à ces personnes à cause de la stigmatisation attachée à leur caste. La nature du travail lui-même renforce alors cette stigmatisation »  avait déclaré Navi Pillay, ancienne Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, à la suite d’une visite en Inde.

Au cours de sa visite, M. Heller a participé à une consultation communautaire en Inde organisée par Jan Sahas, membre de l’IDSN. Lors de la consultation, il a entendu des cas de nombreux «travailleurs» décédés dans l’exercice de leurs «fonctions», sans qu’aucune action en justice ne soit engagée et qu’aucune réparation ou compensation n’ait été accordée. Il a également appris que les travailleurs engagés dans le nettoyage des conduites d’égout, des fosses septiques et des trous d’homme ne disposent d’aucun équipement de sécurité malgré les obligations légales et que les travailleurs de l’assainissement sont en grande partie non protégés. Jan Sahas a également informé l’expert qu’aucune loi du travail n’est applicable et assure leur protection et leur sécurité sociale de base.

L’accent mis sur la construction de toilettes ne devrait pas « contribuer à violer les droits fondamentaux des autres, comme ceux qui sont engagés dans le ramassage manuel d’excréments, les minorités ethniques et les personnes vivant dans des zones rurales reculées ».

Selon Reuters, le gouvernement indien nie que l’ébouage manuel soit toujours un problème répandu en Inde et que la campagne «Clean India Mission», lancée par le gouvernement en 2014, non seulement ne contribue pas à endiguer le phénomène, mais que, potentiellement, elle l’aggrave même.

« Ce n’est pas la première fois que le gouvernement rejette les déclarations des experts de l’ONU sur la nécessité de lutter contre la discrimination fondée sur la caste comme cause de nombreuses violations des droits humains dans le pays, et il est très décevant de constater que le gouvernement soit plus soucieux de nier le problème que de s’y attaquer de front », a déclaré Meena Varma, présidente du conseil d’administration de l’IDSN.

Le rapporteur publiera un rapport complet sur sa mission en Inde lors de la 39ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en septembre 2018.

Source : IDSN

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