Minorités et (in)égalité de l’aide en cas de catastrophes

Mar 13 2017

Minorités et (in)égalité de l’aide en cas de catastrophes


Organisée le 24 et 25 novembre 2016, la neuvième session du forum sur les questions relatives aux minorités était axée sur la situation des minorités pendant des crises humanitaires. Ce forum constitue une opportunité unique pour des représentants d’État, des experts, la société civile, des communautés minoritaires et des agences spécialisées de s’engager dans un dialogue constructif et d’essayer de trouver des moyens pour renforcer la protection et la promotion des droits de minorités lors de la prévention de crises, pendant des situations de crise et après les crises.

International Dalit Solidarity Network (IDSN) a assisté à ce forum et invité deux représentants d’organisations membres qui ont tenu un discours à cette occasion. Il s’agissait de Bhakta Bishwakarma, représentant de Nepal National Dalit Social Welfare Organization (NNDSWO, organisation nationale pour la protection sociale des dalits de Népal), et Deepak Nikarthil, représentant de National Campaign on Dalit Human Rights (NCDHR, campagne nationale sur les droits humains des dalits) et de Asia Dalit Rights Forum (ADRF, forum sur les droits des dalits en Asie).

Lors de la réunion, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités, Rita Izsák-Ndiaye, a résumé ses conclusions et affirmé que, partout dans le monde, les crises elles-mêmes, qu’elles soient naturelles ou déclenchées par l’être humain (dont des sinistres et des conflits), ainsi que la suite des crises ont affecté des minorités de façon disproportionnée. La Rapporteuse spéciale a cité quelques exemples qui illustraient que des minorités au Sri Lanka, au Nigeria, aux États-Unis, au Yémen, en Asie du Sud et d’autres pays ont été frappées par des situations de crise de manière disproportionnée. La Rapporteuse spéciale a remarqué qu’« une analyse des interventions d’urgence pour réagir aux catastrophes naturelles dans des pays d’Asie du Sud, dont l’Inde, le Pakistan, le Sri Lanka et le Népal, a démontré que les dalits ont été, par exemple, victimes de discriminations flagrantes lors de chaque étape de l’intervention en cas de catastrophe, du sauvetage à la réhabilitation. »

La déclaration de la Rapporteuse spéciale reprend les conclusions du rapport publié par l’IDSN en 2013 « Equality in Aid : addressing caste discrimination in humanitarian response » (Égalité dans l’apport de l’aide : s’attaquer aux discriminations fondées sur la caste durant des interventions humanitaires) :

« Durant les phases de secours et de réhabilitation qui suivent les sinistres, les dalits ont fait des expériences qui démontrent à quel point les discriminations fondées sur la caste peuvent s’ancrer dans l’injustice et la renforcer. Les discriminations fondées sur la caste persistent dans la vie quotidienne dans de nombreux pays malgré des lois et des politiques, et les discriminations fondées sur la caste qui apparaissent lors du secours et de la réhabilitation en cas de catastrophe sont dès lors très prévisibles. Malheureusement, les normes humanitaires minimales n’exigent pour le moment pas que les fournisseurs d’aide humanitaire actifs dans des pays caractérisés par un système de caste comprennent ou réagissent aux discriminations fondées sur la caste ou aident à les comprendre ou à y réagir. »

Avant la session du forum, des projets de recommandations avaient été élaborés. Ces projets avaient pour but de protéger et de promouvoir les droits des minorités lors de chaque étape d’une crise humanitaire. Les participants du forum ont été invités à donner leur avis sur ces projets et à y ajouter des éléments. Les quatre exposés tenus pendant le forum ont confirmé que ceux qui subissent des discriminations fondées sur la caste sont affectés par des crises humanitaires de manière démesurée.

Bhakta Bishwakarma, représentant de l’IDSN et de la NNDSWO, a déclaré que pendant le tremblement de terre dévastateur au Népal, 8 856 personnes ont trouvé la mort et plus de 22 309 personnes ont été blessées. Bien que le tremblement ait touché tous les habitants de la même façon, « il a affecté divers castes et groupes ethniques différemment. ” La discrimination en cas de sinistre ” a été observée lors de l’étape de secours et de sauvetage : environ 60 % des dalits ont subi des discriminations lors des opérations de secours et de sauvetage, ce qui représente un déni des droits de l’homme et de la dignité des personnes. »

Un représentant de l’IRA-Mauritanie a déclaré que les Muhamasheen au Yémen et les minorités ethniques en Mauritanie font l’objet de discriminations fondées sur la caste et sur des systèmes similaires. Tandis qu’on sait relativement peu sur les discriminations fondées sur la caste en Mauritanie, le Minority Rights Group International (groupe international pour les droits des minorités) a publié en janvier 2016 un rapport intitulé « Even war discriminates : Yemen’s minorities, exiled at home » (Même la guerre discrimine : les minorités du Yémen exilées dans leur patrie) sur les discriminations fondées sur la caste subies par les Muhamasheen au Yémen et l’impact démesuré d’un conflit armé sur cette communauté.

Pirbhu Lal Satyani, membre de la National Lobbying Delegation on minorities (délégation nationale des groupes de pression sur les questions relatives aux minorités) et coordinateur du Pakistan Dalit Solidarity Network, a affirmé que « des centaines de milliers de dalits ont été touchés par des inondations au Pakistan en 2010, beaucoup d’entre eux se sont vu refuser l’accès aux camps de secours », ils devaient « vivre et dormir en plein air » et n’avaient pas accès à des biens de première nécessité tels que des aliments, de l’eau et des couvertures.

Deepak Nikarthil, représentant de la NCDHR, de l’ADRF et de l’IDSN, a déclaré que « la région de l’Asie du Sud est une des régions les plus susceptibles d’être frappées par un sinistre » et compte plus de 215 millions de dalits qui font face à « une discrimination et une exclusion structurelles dans tous les aspects, y compris la réaction en cas de catastrophe, l’aide et le processus de réhabilitation après une crise humanitaire ».

Les acteurs ont formulé une série de recommandations. En voici quelques-unes : reconnaître la discrimination à l’égard de groupes spécifiques, collecter des données désagrégées afin de déterminer de quelle manière les minorités sont affectées par des situations de crise, entrer en contact avec des communautés vulnérables durant des sinistres et impliquer des groupes minoritaires dans la planification préalable aux catastrophes et des plans d’intervention. La Rapporteuse spéciale présentera les recommandations finales du forum sur les questions relatives aux minorités au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en mars 2017.

Source : IDSN

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