Inde : l’esclavage des enfants reste répandu dans l’industrie textile, la plupart des victimes sont des dalits

Mar 13 2017

Inde : l’esclavage des enfants reste répandu dans l’industrie textile, la plupart des victimes sont des dalits


Selon un rapport récemment publié, la pratique de l’esclavage demeure bien ancrée malgré les efforts de réduire le nombre d’enfants esclaves engagés dans des filatures indiennes. 60 % des victimes sont des dalits.

D’après le rapport « Fabric of Slavery – Large-scale forced (child) labour in India’s spinning mills » (« Tissu de l’esclavage – travail forcé (des enfants) à grande échelle dans les filatures indiennes) réalisé par l’India Committee of the Netherlands (ICN, Comité de l’Inde aux Pays-Bas), différentes formes d’esclavage moderne, dont l’esclavage des enfants, sont présentes dans plus de 90 % des filatures dans le sud de l’Inde. Ces filatures fabriquent des fils pour des usines de confection indiennes, bangladaises et chinoises qui produisent des vêtements pour le marché occidental.

Dans son communiqué de presse, l’ICN déclare que la majorité des personnes travaillant dans ces conditions sont des dalits ou « hors-castes ». Souvent, les employeurs les asservissent, retiennent leur salaire ou les enferment dans un dortoir contrôlé par l’usine. Les ouvriers sont parfois amenés à travailler pendant de longues heures, font éventuellement face au harcèlement sexuel et ne touchent pas nécessairement le salaire minimum.

« Nous soulevons cette question maintenant depuis cinq ans, mais nous étions nous-mêmes choqués par l’ampleur du problème », a déclaré Gerard Oonk, directeur de l’ICN, dans le communiqué de presse.

Dans le sud de l’Inde, des chercheurs ont parlé à des travailleurs embauchés dans 743 filatures dans l’État Tamil Nadu, ce qui représente presque la moitié des filatures dans cette région. La majorité des femmes employées dans ces filatures ont entre 14 et 18 ans. 10 % à 20 % des travailleuses sont même plus jeunes. Près de la moitié des filatures examinées dans le cadre de cette recherche a mis en place un « système de Sumangali », une pratique qui consiste à retenir une partie considérable du salaire des travailleurs jusqu’à que ces derniers aient exécuté l’entièreté de leur contrat.

Les Nations unies appellent à l’action afin de mettre un terme à l’esclavage fondé sur les castes

Au cours des dernières années, l’IDSN a constamment attiré l’attention sur le problème des filles dalits engagées en tant que travailleuses Sumangali. L’IDSN s’est efforcé de rendre public les résultats des rapports précédents de l’ICN et à porter ce problème à la connaissance de l’ONU, de l’UE et des fabricants de vêtements à l’échelle internationale. Cette question constituait aussi un thème clé lors de la manifestation parallèle de l’ONU sur le travail forcé et le travail en servitude fondés sur la caste et le genre (en anglais : UN side-event on Caste and Gender-Based Forced and Bonded Labour) au cours de laquelle la Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage a mis en évidence les liens existant entre la caste, le genre et l’esclavage.

La Rapporteuse spéciale a signalé que les personnes issues de castes inférieures sont davantage sensibles aux formes contemporaines d’esclavage et que leur vulnérabilité est même accrue par l’intersection des discriminations fondées sur le genre, ce qui engendre un « tourbillon de désavantage économique permanent et d’impuissance politique ».

Le 15 septembre 2016, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les formes contemporaines d’esclavage, Urmila Bhoola, a présenté son rapport annuel au Conseil des droits de l’homme. Lors de sa présentation, elle s’est focalisée sur les tendances mondiales de la servitude pour dette et a communiqué les informations mises à sa disposition par différents acteurs. Le Dalit Solidarity Network du Royaume-Uni et son partenaire READ (Rights Education and Developpement Centre, centre des droits, de l’éducation et du développement) ont contribué à l’élaboration de ce rapport en faisant part de leurs connaissances de première main sur la servitude pour dette et le travail forcé des enfants, notamment dans le système de Sumangali.

Recommandations pour réaliser des progrès

Bien que quelques progrès aient été enregistrés, il est évident que beaucoup plus de mesures devront être prises. Le rapport fournit des recommandations clés visant à mettre un terme à l’esclavage dans l’industrie à tous les niveaux : filatures, marques et acheteurs internationaux, gouvernements des pays importateurs, gouvernement indien, gouvernement de l’État Tamil Nadu et responsables des districts.

Selon l’ICN, les ONG, les organisations syndicales et les marques ont aidé à réduire le recours aux systèmes de Sumangali par leur travail de plaidoyer et leurs actions. Cependant, ces initiatives n’ont pas permis de s’attaquer au problème de l’esclavage moderne sous toutes ses formes. De nombreux facteurs ont contribué à cet échec, dont l’application médiocre du droit de travail, la puissance de l’industrie, des contrôles superficiels effectués par les marques qui achètent les produits et le manque d’initiatives prises par les marques afin d’augmenter leur poids commun. Après que les acheteurs occidentaux aient exercé de la pression sur les fabricants, quelques filatures ont collaboré avec des organisations locales pour répondre aux préoccupations relatives au travail. En vue de soutenir et encourager de telles initiatives fructueuses, les marques et les gouvernements des pays importateurs devraient se servir de leur influence commune afin d’entamer la réforme structurelle de l’esclavage en collaboration avec le gouvernement central et les gouvernements de l’État, l’industrie, les organisations syndicales et les ONG.

Le rapport a trouvé un écho important. Le journal indien national The Hindu a, par exemple, consacré plusieurs publications à ce sujet, et Reuters a publié un article dédié à ce rapport à l’échelle mondiale. Certains sites de mode ont aussi publié des articles sur cette thématique, et la marque de vêtements mondiale C&A a répondu. Aux Pays-Bas, des questions parlementaires ont été soulevées à la suite de la publication du rapport.

Source : IDSN

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