Cette génération sera la dernière à dépecer les vaches en Inde

Oct 27 2016

Cette génération sera la dernière à dépecer les vaches en Inde


Photo: J. Vellut

Photo: J. Vellut

Un Dalit avec une maîtrise en histoire, forcé par les circonstances à dépecer les vaches, se souvient des jours sombres de sa jeunesse et il espère que ses deux fils seront délivrés de ce destin.

MEERUT : Ovindra Pal connaît bien son histoire. Et cela le rend d’autant plus amer. Alors qu’il est assis dans sa maison d’une seule pièce, “une maison en dur” comme il tient à préciser lors de l’interview, l’homme de 56 ans (de la caste des Jatav, intouchable) est en colère : malgré une maîtrise de l’Université Chaudhary Charan Singh, il a fini par devoir faire ce que son père et ses ancêtres avaient fait – dépecer les vaches.

« L’influence des brahmanes sur la structure sociale peu après l’effondrement de l’empire Maurya, dans les années 150 av. JC, est devenue si puissante qu’elle a  déshumanisé les castes inférieures à jamais. Pour les siècles suivants, les Dalits n’ont jamais pu s’en relever ou prospérer », fulmine-t-il. Puis son visage s’illumine. « Un de mes fils est diplômé en droit de l’Université de Delhi. L’autre étudie à l’Institut indien de technologie de l’information, Allahabad. Tous deux se préparent pour travailler dans les services publics. Ma génération sera la dernière de ma famille à devoir dépecer les vaches. En fait, je pense qu’il s’agit de la dernière génération de Dalits en Inde qui sera contrainte à exercer cette profession traditionnelle. »

Les deux fils de Pal disent qu’ils vont honorer la parole de leur père. L’aîné, Avenash Gautam, 25 ans, dit: « Je comprends la tristesse de mon père et l’espoir qu’il met en nous. Nous ne pouvons pas vraiment comprendre ce qu’il a vécu. »  Vêtu d’un T-shirt de marque et d’un jeans de qualité, il ajoute: « Nous avons seulement entendu les histoires qu’il a vécues et cela nous brise le cœur. »

Ce qui a toujours ulcéré Pal c’est de constater qu’il n’ait jamais pu obtenir un emploi respectable en dépit du fait qu’il soit le seul diplômé universitaire au sein de sa communauté des équarrisseurs et balayeurs de Bhagwatpura. « J’y pense toujours, déclare Pal, mais l’idée a été tuée dans l’œuf par mon propre père. Il souhaitait que je puisse l’aider dans le travail de la famille. Cependant, à cause de mon éducation, beaucoup de choses ont changé pour nous. Au fil du temps, à la fin des années 90, nous avons formé une coopérative et nous avons commencé à obtenir des appels d’offres publics pour l’équarrissage des animaux. »

« Le revenu annuel que nous en tirions m’a permis de construire une maison en dur et d’éduquer mes enfants. » L’éducation est quelque chose dont Pal ne se lasse pas de parler, car il est un lecteur assidu qui va tous les dimanches au marché Daryaganj de Delhi pour acheter des livres. « Je veux que mes fils réussissent brillamment les examens pour rentrer dans les services publics, dit-il, l’éducation permet de grandir. C’est le seul moyen qui nous permettra de faire oublier la honte et l’assujettissement dont nous avons souffert pendant des siècles. »

Par Sandeep Rai, Times of India, 15 août 2016

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