Rencontre avec Lalida et Perumal, témoins privilégiés de l’action des dalits

Jul 25 2016

Rencontre avec Lalida et Perumal, témoins privilégiés de l’action des dalits


Lalida et Perumal - un couple de Pondichéry qui milite pour les droits des dalits et en particulier pour les droits des femmes dalits

Lalida et Perumal – un couple de Pondichéry qui milite pour les droits des dalits et en particulier pour les droits des femmes dalits. Photo E.Watteau

Elle s’appelle Lalidamballe, lui s’appelle Perumal. Ce couple de militants de Pondichéry (Inde) constitue un des rares mariages entre un homme dalit et une femme de basse caste. Mais leur engagement n’est pas d’abord « privé ». A la tête de l’organisation ADECOM qui lutte pour les droits des dalits depuis bientôt 25 ans, Lalida entend défendre en premier lieu les droits des femmes et des enfants, plus vulnérables et davantage exposés aux violences et aux discriminations. Et le statut d’avocat de son mari apporte des connaissances juridiques précieuses et ouvre des portes vers les tribunaux en cas de besoin.

A travers l’organisation ADECOM, le couple entend améliorer les droits économiques, culturels, sociaux et politiques des dalits dans la région de Pondichéry. « Nous aidons les femmes à augmenter leurs revenus par la coupe-couture, le travail agricole, mais aussi en leur permettant d’accéder à des prêts bancaires ou en travaillant dans des coopératives de femmes », nous raconte Lalida lors de notre entrevue à Solidarité Dalits Belgique. « Mais l’important, c’est d’avoir une vision plus globale d’émancipation et de renforcement de leurs droits », poursuit-elle. La lutte contre les discriminations sociales et les violences occupe donc une place importante dans son engagement. « Les femmes subissent souvent des violences au sein de leur couple, en particulier quand leur mari est saoul. Et en général, elles attendent une médiation de notre part, car elles n’ont pas envie de quitter leur mari, faute d’indépendance économique. Mais quand elles décident d’attaquer leur mari violent en justice, nous les assistons à travers notre forum d’avocats qui offre un soutien juridique gratuit. »

D’après Perumal, l’approche est similaire en cas de violence de la part d’hommes de caste. « La loi de prévention de violences envers les dalits et tribaux a bien été renforcée récemment, mais les violences continuent », dit-il. « Et les dalits dépendent souvent des autres villageois (de caste) pour trouver un travail dans leurs champs. S’ils attaquent des gens de caste en justice, ils risquent de perdre leur travail. Alors ils optent souvent pour une médiation de notre part ; ils cherchent un compromis plutôt que l’application pure et simple de la loi. D’autant plus que les auteurs des violences ont souvent le bras long et parviennent à faire traîner les affaires judiciaires pendant des années voire des dizaines d’années. Et à quoi sert une condamnation 20 ou 40 années après les faits ? Il vaut mieux trouver un accord à l’amiable qui garantit que les violences cessent et que les deux communautés puissent vivre en paix. »

C’est pourquoi, ADECOM est engagée également dans un travail d’éducation pour prévenir la violence. Bien sûr, c’est plus facile au sein des jeunes couples que dans les relations entre castes et hors castes.

Pour favoriser de bonnes relations entre dalits et non dalits, Lalida mise également sur le travail politique. Comme les dalits ont accès aux assemblées villageoises (gram sabha), il faut les encourager à y faire valoir leurs droits et intérêts. Et quand des postes de présidents de conseils locaux (panchayats) ou des postes de sarpanchs (échevins) sont réservés à des dalits ou des femmes, il faut former et accompagner les élus afin qu’ils puissent exercer leur mandat au bénéfice de toute la communauté. Ainsi, on crée des modèles positifs pour les autres, au sein du village ou ailleurs.  Et dans le travail d’ADECOM, cette mise en avant de modèles fait partie des stratégies d’éducation.

Malheureusement, il s’agit d’un travail de longue haleine. Car il faut changer la mentalité et le comportement des gens de caste, et cela ne se fait pas du jour au lendemain. Bien sûr il existe des villages qui s’affichent officiellement déjà comme « non-discriminatoires », mais Perumal pose la question des critères : « Ok, on trouve des villages où les gens de caste acceptent (enfin !) de manger avec les dalits, mais qu’en est-il de mariages entre les deux communautés ? Et surtout de mariages d’un homme dalit avec une femme de caste ! »

Nul doute, le chemin est encore long…

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