Rencontre avec le P. Suresh et Ms Nandhini, deux dalits catholiques du Tamil Nadu

Apr 21 2016

Rencontre avec le P. Suresh et Ms Nandhini, deux dalits catholiques du Tamil Nadu


Le P. Suresh parmi des membres de Solidarité Dalits Belgique

Le P. Suresh parmi des membres de Solidarité Dalits Belgique

Il est plus facile de parler de pauvreté que du problème de caste. Et parmi les hors castes ou dalits, les chrétiens subissent une discrimination supplémentaire dans la mesure où le gouvernement indien ne les reconnaît pas parmi les « castes répertoriées » bénéficiant de mesures de réservation pour l’emploi, l’éducation ou en politique.

Ms Nandhini avec J.Vellut, membre de Solidarité Dalits Belgique

Ms Nandhini avec J.Vellut, membre de Solidarité Dalits Belgique

Tel était le message principal du P. Suresh du Tamil Nadu, un prêtre diocésain dalit et de Ms Nandhini, directrice d’une école pour enfants dalits à Kanjipuram au sud de Chennai (anc. Madras), de passage à Bruxelles. Une délégation de Solidarité Dalits Belgique les a rencontrés ce 20 avril 2016 en évoquant avec eux la situation des dalits chrétiens, et en particulier des dalits catholiques en Inde.

Ils rappellent qu’en Inde, les Chrétiens constituent 2,3% de la population, les Bouddhistes 6%, les Musulmans 10%, alors que la grande majorité de la population indienne est de confession hindoue. Dans toutes ces confessions, on retrouve le système des castes et donc aussi des dalits.

Malheureusement, un Ordre Présidentiel du 10 octobre 1956 a décidé que seuls les dalits hindous seraient considérés comme « castes répertoriées » bénéficiant des mesures de réservation et de protection. En 1991 les dalits des religions dites indiennes (sikhisme, bouddhisme) y ont été rajoutées, mais les dalits chrétiens et musulmans ne bénéficient toujours pas du statut qui leur donnerait droit aux mesures de protection et de réservation, alors que leur position dans la société et dans l’économie du pays reste très précaire et qu’ils sont confrontés à de multiples discriminations en société.

Au sein de leurs Eglises respectives, les dalits chrétiens souffrent également de discriminations et de rejets de la part de la hiérarchie et des autres paroissiens. Ainsi, parmi les 22 évêques catholiques du Tamil Nadu, seuls deux sont dalits, alors que les dalits constituent entre 70 et 80% des chrétiens. Encore aujourd’hui, les cimetières sont souvent séparés : celui qui jouxte l’église paroissiale est réservé aux chrétiens de castes, et les funérailles sont célébrées dans cette église principale. Quant aux dalits, ils doivent se contenter d’un cimetière en dehors du village et leurs funérailles sont célébrées dans une petite chapelle à proximité de ce cimetière. Et, d’après le P. Suresh toujours, des funérailles d’une personne dalit dans l’église paroissiale et l’enterrement dans le cimetière principal, il y a quelques années, ont conduit à des réactions fortes de la part des catholiques de castes du village.

Le P. Suresh signale donc que les dalits chrétiens se battent sur deux fronts pour être reconnus : face au gouvernement et à l’intérieur de leurs Eglises respectives.

Au niveau national, ils attendent toujours de la part des gouvernements successifs, tant dirigés par le Parti du Congrès que par le BJP (actuellement au pouvoir), de tabler au parlement une discussion concernant une décision de la Cour suprême qui déclare illégal le fait de refuser aux dalits chrétiens et musulmans le statut de « caste répertoriée ».

Au sein de l’Eglise catholique en particulier, le P. Suresh dit se confronter à un nombre croissant d’évêques qui prennent parti pour les catholiques de castes et dont certains vont jusqu’à refuser l’ordination de certains séminaristes dalits. Et pourtant, en 2001, la conférence épiscopale du Tamil Nadu avait signé une prise de position en 10 points en faveur d’un engagement pour faire respecter les dalits au sein de l’Eglise et de son hiérarchie.

Les dalits des différentes confessions chrétiennes ont instauré un Conseil national des dalits chrétiens pour mieux faire entendre leurs voix et pour coordonner leurs actions. Une protestation a été organisée il y a deux ans à Delhi, mais l’appui en provenance de l’étranger apporterait plus de poids à leurs revendications, selon le Père.

Pour améliorer le statut des dalits chrétiens en Eglise et en société, l’éducation est considérée comme un moyen privilégié. Trop de jeunes dalits quittent en effet l’école avant de finir leurs études à cause des discriminations qu’ils subissent. Ms Nandhini insiste donc sur l’importance des écoles qui préparent les enfants dalits à leur vie et même à l’entrée en université. Pour elle, le renforcement des droits et pouvoirs des dalits passe inexorablement par l’éducation et l’action politique.

Qu’attendent les deux visiteurs indiens des Belges engagés pour marquer leur solidarité avec les dalits ? Eh bien, parmi les marques de soutien possibles, ils citent des contacts avec la presse pour atteindre même le pape François qui, jusqu’à présent, n’a ni évoqué le problème des dalits chrétiens ni pris position en leur faveur.

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