Genève – Nouveau rapport des Nations Unies sur la discrimination de caste

Mar 21 2016

Genève – Nouveau rapport des Nations Unies sur la discrimination de caste


Le rapporteur spécial des NU sur les questions des minorités à l'écoute des discriminations de caste en Mauritanie

Le rapporteur spécial des NU sur les questions des minorités à l’écoute des discriminations de caste en Mauritanie

GENÈVE. Le 15 mars dernier, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions des minorités, Mme Rita Izsak-Ndiaye, a présenté au Conseil des droits de l’homme (CDH) son rapport sur les discriminations liées au système des castes. Elle exhorte les pays affectés à prendre des mesures urgentes et globales pour lutter contre la discrimination fondée sur la caste.

« La question de la discrimination des castes m’a touchée depuis le début de mon mandat. Il est inacceptable que 260 millions de personnes soient considérées comme inférieures. Cela ne peut pas être toléré », a déclaré le Rapporteur spécial, en commentant le rapport lors d’une manifestation parallèle au Conseil des droits de l’homme (CDH) à Genève sur les « minorités et la discrimination fondée sur la caste ».

L’événement a réuni des experts sur les pays touchés par les castes en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe, soulignant le caractère global de cette question grave des droits humains. Ensemble avec les représentants des dalits de toute l’Asie du Sud, ils ont exploré des moyens pour éliminer la discrimination fondée sur la caste et l’ascendance, qui touche environ 260 millions de personnes à travers le monde.

L’intervention fut centrée sur la situation au Yémen et en Mauritanie, où la discrimination des castes reste profondément ancrée dans les mentalités et prend parfois des formes extrêmement violentes, même si elle reste le plus souvent ignorée par les gouvernements des pays concernés ainsi que par le monde extérieur.

L’événement a fait suite à la présentation par le Rapporteur spécial sur les questions des minorités de son rapport sur la caste et des formes analogues de discrimination au Conseil des droits de l’homme. Dans le rapport, elle appelle les Etats affectés par les castes à adopter une (nouvelle) législation, mettre en œuvre les lois existantes, sensibiliser à la question, élaborer des plans nationaux de lutte contre la discrimination de caste et prendre « des mesures énergiques » contre la violence liée à la caste envers les femmes et les jeunes filles.

Selon le rapport, la discrimination de caste est tellement ancrée dans les relations interpersonnelles et sociales que pour la surmonter, cela « exigera non seulement des réponses juridiques et politiques, mais aussi des approches communautaires visant à changer les mentalités des individus et la conscience collective des communautés locales. »

Le rapport propose une analyse approfondie et systématique de la discrimination fondée sur la caste et les systèmes analogues, la décrivant comme un phénomène mondial et une violation des droits humains portant gravement atteinte aux principes fondamentaux universels de la dignité humaine et de l’égalité. Il souligne que les groupes touchés par le système des castes souffrent d’une exclusion et d’une déshumanisation extrême et sont souvent privés de leurs droits les plus élémentaires. En outre, la discrimination de caste est une cause majeure de pauvreté, qu’elle perpétue dans les communautés touchées.

« Ce rapport est un effort très courageux. Il soulève les espoirs de millions de dalits qui sont soumis à des formes inhumaines de discrimination fondée sur la caste, le travail et l’ascendance. Nous rêvons que cela puisse être une étape sur la voie vers une Convention des Nations Unies sur l’élimination de la discrimination fondée sur la caste », a déclaré Manjula Pradeep, directrice exécutive de l’organisation indienne pour les droits des dalits, Navsarjan.

D’autres militants dalits d’Asie du Sud ont également accueilli favorablement le rapport. Ils conviennent que ce sera un outil important dans la lutte contre la discrimination des castes dans leur pays d’origine.

« Le rapport ne restera pas un simple document. Nous allons l’utiliser pour le travail de plaidoyer, et il donnera beaucoup de poids à nos discussions avec les institutions nationales des droits de l’homme », a déclaré Henri Tiphagne, un des principaux défenseurs indiens des droits humains et membre du conseil IDSN.

Minority Rights Group, Human Rights Watch et IDSN ont félicité Mme Izsák-Ndiaye d’avoir abordé la question importante et longtemps négligée de la discrimination fondée sur la caste.

« Nous pensons que ce rapport constituera une étape importante dans la reconnaissance progressive par l’ONU et la communauté des Etats du dommage significatif causé par les violations des droits humains fondées sur la caste, » estiment les trois organisations dans un communiqué remis lors du débat au CDH.

Au cours du débat, plusieurs Etats ont exprimé leur soutien fort pour le choix du Rapporteur spécial d’un sujet difficile pour son dernier rapport. Beaucoup ont noté la vulnérabilité particulière des femmes touchées par les castes, d’autres ont exprimé leur choc au vu de l’ampleur du problème. Le Nigeria décrit le nombre de personnes soumises à la discrimination de caste comme «ahurissant».

La Norvège a évoqué la possibilité d’inclure des indicateurs de caste dans les objectifs de développement durable. La Suisse a demandé quelles mesures concrètes le CDH pourrait prendre pour aider les États touchés par la caste et a signalé qu’il était intolérable qu’ « en 2016, une grande partie de la société soit considérée comme inférieure et inhumaine. »

Source: IDSN

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