Yearly Archives: 2016

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Dec 19 2016

Les ODD « n’oublieront-ils personne » sans données ventilées sur la discrimination fondée sur la caste?


En 2015, dix-sept objectifs de développement durable (ODD) ont été adoptés par les dirigeants mondiaux pour guider les agendas du développement mondial pour les 15 prochaines années. Pourtant, à ce jour, les indicateurs mesurant la réalisation de ces objectifs n’ont pas encore été finalisés. Les 17 et 18 novembre 2016, le Groupe inter-institutions et d’experts sur les Objectifs de Développement Durable (GIIE-ODD) a tenu sa 4e réunion afin de finaliser les indicateurs de développement global.

Les organisations de la société civile ont participé à différents stades de la préparation des objectifs et des cibles des ODD, et maintenant à celle des indicateurs mesurant ses résultats. En juillet 2016, le Forum asiatique pour les Droits des Dalits, un réseau de la société civile qui défend les droits des dalits, a organisé des événements parallèles au Forum politique de haut niveau sur le développement durable de 2016 – Veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte. Il s’agissait notamment de deux événements parallèles sur l’inclusion des communautés les plus marginalisées et socialement exclues dans les ODD.

Un des événements parallèles a mis l’accent sur les femmes marginalisées et a accueilli Mme Rita Izsak-Ndiaye, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités. Il a été noté lors de l’événement que, partout, les femmes sont systématiquement discriminées dans la structure institutionnelle patriarcale et font face à divers obstacles dans l’atteinte des objectifs de développement et l’accès aux services et aux biens. Toutefois, les femmes affectées par le système des castes sont confrontées à une discrimination multi-structurée fondée sur leur sexe, leur caste, leur classe et leur religion.

Lors de la 4ème réunion du GIIE-ODD, le Forum asiatique pour les Droits des Dalits a mis l’accent sur la nécessité d’inclure la discrimination fondée sur les castes dans les indicateurs du développement durable et d’assurer l’inclusion des 260 millions de personnes discriminées pour des raisons de caste, de travail et d’ascendance. L’organisation s’est dit préoccupée par la résistance à inclure des cibles pour lutter contre la discrimination fondée sur les castes non seulement au sein des objectifs, mais aussi dans leurs indicateurs.

En préparant la 4e réunion du GIIE-ODD, le Forum asiatique pour les Droits des Dalits a rédigé un document soulignant la nécessité de disposer de données ventilées et d’inclure les discriminations fondées sur les castes dans les indicateurs finalisés des ODD.

« L’absence de la notion de discrimination fondée sur le travail et l’ascendance (DTA) dans le document principal, les objectifs et les cibles des ODD ainsi que dans les indicateurs globaux prouve clairement qu’il n’y a pas la moindre reconnaissance de la DTA dans l’agenda mondial du développement. D’un côté, les Objectifs du Développement Durable se veulent transparents, responsables et participatifs, en incluant toutes les populations, mais de l’autre, ils excluent structurellement les populations traditionnellement marginalisées et socialement exclues ».

La 4e réunion du GIIE-ODD a conclu « d’examiner chaque type de ventilation (suivant sexe, âge, lieu, revenu, etc.) », de préparer un plan détaillé et de le présenter pour commentaires avant la 5e réunion du GIEE. D’ici là, les militants des droits des dalits continueront de faire pression sur le groupe pour que les personnes discriminées pour des raisons de caste, de travail et d’ascendance ne soient pas exclues des agendas globaux de développement pour les 15 prochaines années.

Source : IDSN

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Dec 15 2016

Inde: l’Eglise catholique admet que les dalits chrétiens sont discriminés en son sein


Pour la première fois de son histoire, l’Église catholique indienne a officiellement reconnu que les dalits chrétiens sont confrontés à l’intouchabilité et à la discrimination et que « leur participation au niveau du leadership (…) aux niveaux supérieurs est presque nulle ».

Dans un document de politique préparé et publié lundi, la Conférence épiscopale catholique de l’Inde (CBCI) admet la situation et cherche à abolir toutes formes d’exclusion de cette partie socialement arriérée et à renforcer leur statut au sein de l’Eglise et de la communauté.

Le document de 44 pages, intitulé « Politique de renforcement des dalits dans l’Église catholique en Inde », demande aux 171 diocèses de soumettre dans un an des plans à court et à long terme pour mettre fin à toutes les formes de discrimination contre les dalits chrétiens.

« S’il existe des pratiques différenciées basées sur la discrimination de castes, ces pratiques devraient être abolies immédiatement. Sinon, des mesures strictes devraient être prises par l’autorité ecclésiale concernée », indique le document.

Le cardinal Baselios Cleemis Catholicos, président de la CBCI, a déclaré au journal The Indian Express: « C’est une étape révolutionnaire. Nous admettons qu’il s’agit d’un grave péché social et d’un problème. C’est un péché, dans le sens de l’esprit chrétien. Le document constitue donc une étape pour mettre fin à la pratique de la discrimination au sein de l’Eglise. Il s’agit à la fois d’un message et d’une introspection. »

En fait, l’Église lutte depuis des années pour l’inclusion des chrétiens dalits dans la liste des castes répertoriées (dalits reconnus par le gouvernement, N.d.T.).

Mais son dernier document politique admet que, bien que 12 millions sur 19 millions de membres de l’Église catholique en Inde soient des chrétiens dalits, « leur participation au niveau du leadership – dans l’administration diocésaine ainsi que dans les ordres religieux – est minime et aux niveaux supérieurs, elle est presque nulle ».

À l’heure actuelle, seulement 12 des plus de 500 évêques de l’Église catholique en Inde sont des chrétiens dalits.

« Il est dorénavant admis que la pratique de l’intouchabilité et de la discrimination envers les dalits existe au sein de l’Église et il est urgent d’aborder ces questions », dit le document.

Il ajoute cependant qu’il y a eu des changements positifs et « une plus grande acceptation des droits et de la dignité des dalits au moins au niveau idéologique et théorique » en raison des efforts de l’Église et des groupes de dalits.

Bien que différents niveaux de la structure de l’Église aient été sensibilisés, la jeune génération développant un sens beaucoup plus élevé de dignité et d’estime de soi, il existe néanmoins de nouvelles formes de discrimination.

« Puisqu’il n’y a pas de représentation adéquate dans les séminaires, dans les nominations aux postes clés ni dans le partage des ressources communes dans les ordres religieux et dans l’Église en général, des efforts sont nécessaires pour remédier à la situation, car de bons prêtres sont importants (…) pour la mission de Église », indique le document.

Il affirme que les dalits sont privés d’accès à des cours orientés vers l’emploi ou répondant à une demande.

« Même avec des références reconnues, le fait d’être un dalit confère un statut inférieur. Cette mentalité est contraire à la foi fondamentale du christianisme, que veut que chaque personne humaine est créée à l’image de Dieu. Alors que le terme d’hindou de caste peut être justifié, le terme chrétien de caste est simplement contradictoire en soi, le moins qu’on puisse dire », stipule le texte.

L’Église a également admis que, au lieu de susciter des dirigeants dalits à partir de la base, une « approche de caste est adoptée traditionnellement qui divise les fidèles par groupes d’intérêts acquis ».

Le document affirme également que les chrétiens dalits sont «pris en sandwich entre l’État et l’Église».

Critiquant le jugement de la Cour suprême qui stipule qu’il n’existe aucune preuve qu’après conversion, les dalits chrétiens demeurent socialement et économiquement arriérés comme c’est admis pour les dalits hindous, le document de politique estime que cette position est contraire à l’article 15 (1) de la Constitution interdisant la discrimination fondée sur la religion.

Dans le document, la CBCI demande à tous les diocèses d’abolir « toute pratique d’intouchabilité, de discrimination et d’exclusion, notamment dans les lieux de culte et les cimetières ».

Elle exige également une attention particulière à tous les niveaux pour la promotion des chrétiens dalits au sein de la structure locale, assurant une représentation proportionnelle dans les organes ecclésiastiques et les conseils paroissiaux et la participation des femmes dans ces organes de décision.

Source : Indian Express

Traduction : Solidarité Dalits Belgique

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Nov 07 2016

Rikke Nohrlind se retire de la direction du Réseau Dalit IDSN


idsn-council-2016Des amis et la famille de Rikke Nohrlind – y compris la plupart de ses collègues actuels et anciens – se sont réunis à Copenhague le lundi 24 octobre 2016 pour célébrer les nombreuses réalisations de la directrice sortante d’IDSN.
Le Conseil d’IDSN (dont beaucoup de membres étaient présents) était ravi d’offrir une réception pour remercier Rikke et lui souhaiter un chaleureux au-revoir et bonne chance. Rikke a été à la tête du Réseau international de Solidarité Dalit depuis 2003.
Sous son leadership, l’organisation est devenue de plus en plus forte, avec des avancées majeures au niveau des Nations Unies et de l’Union européenne. Après mûre réflexion, Rikke a décidé que le temps est venu pour elle de se retirer de l’organisation – et de s’engager personnellement dans de nouvelles aventures et préoccupations.
Solidarité Dalits Belgique se joint à cette assemblée pour exprimer à Rikke son immense gratitude et son respect pour tout ce qu’elle a accompli et donné à cette juste cause.

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Oct 27 2016

Cette génération sera la dernière à dépecer les vaches en Inde


Photo: J. Vellut

Photo: J. Vellut

Un Dalit avec une maîtrise en histoire, forcé par les circonstances à dépecer les vaches, se souvient des jours sombres de sa jeunesse et il espère que ses deux fils seront délivrés de ce destin.

MEERUT : Ovindra Pal connaît bien son histoire. Et cela le rend d’autant plus amer. Alors qu’il est assis dans sa maison d’une seule pièce, “une maison en dur” comme il tient à préciser lors de l’interview, l’homme de 56 ans (de la caste des Jatav, intouchable) est en colère : malgré une maîtrise de l’Université Chaudhary Charan Singh, il a fini par devoir faire ce que son père et ses ancêtres avaient fait – dépecer les vaches.

« L’influence des brahmanes sur la structure sociale peu après l’effondrement de l’empire Maurya, dans les années 150 av. JC, est devenue si puissante qu’elle a  déshumanisé les castes inférieures à jamais. Pour les siècles suivants, les Dalits n’ont jamais pu s’en relever ou prospérer », fulmine-t-il. Puis son visage s’illumine. « Un de mes fils est diplômé en droit de l’Université de Delhi. L’autre étudie à l’Institut indien de technologie de l’information, Allahabad. Tous deux se préparent pour travailler dans les services publics. Ma génération sera la dernière de ma famille à devoir dépecer les vaches. En fait, je pense qu’il s’agit de la dernière génération de Dalits en Inde qui sera contrainte à exercer cette profession traditionnelle. »

Les deux fils de Pal disent qu’ils vont honorer la parole de leur père. L’aîné, Avenash Gautam, 25 ans, dit: « Je comprends la tristesse de mon père et l’espoir qu’il met en nous. Nous ne pouvons pas vraiment comprendre ce qu’il a vécu. »  Vêtu d’un T-shirt de marque et d’un jeans de qualité, il ajoute: « Nous avons seulement entendu les histoires qu’il a vécues et cela nous brise le cœur. »

Ce qui a toujours ulcéré Pal c’est de constater qu’il n’ait jamais pu obtenir un emploi respectable en dépit du fait qu’il soit le seul diplômé universitaire au sein de sa communauté des équarrisseurs et balayeurs de Bhagwatpura. « J’y pense toujours, déclare Pal, mais l’idée a été tuée dans l’œuf par mon propre père. Il souhaitait que je puisse l’aider dans le travail de la famille. Cependant, à cause de mon éducation, beaucoup de choses ont changé pour nous. Au fil du temps, à la fin des années 90, nous avons formé une coopérative et nous avons commencé à obtenir des appels d’offres publics pour l’équarrissage des animaux. »

« Le revenu annuel que nous en tirions m’a permis de construire une maison en dur et d’éduquer mes enfants. » L’éducation est quelque chose dont Pal ne se lasse pas de parler, car il est un lecteur assidu qui va tous les dimanches au marché Daryaganj de Delhi pour acheter des livres. « Je veux que mes fils réussissent brillamment les examens pour rentrer dans les services publics, dit-il, l’éducation permet de grandir. C’est le seul moyen qui nous permettra de faire oublier la honte et l’assujettissement dont nous avons souffert pendant des siècles. »

Par Sandeep Rai, Times of India, 15 août 2016

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Oct 18 2016

Liège 11/10 – 10/11/2016 : Expo “260 millions de raisons d’agir”


About UsJusqu’au 10 novembre, l’expo sur les dalits en Asie du Sud est présentée à l’Espace Prémontrés, 40 rue des Prémontrés à 4000 Liège.

Le photographe danois Jakob Carlsen a essayé dans cette exposition de donner un visage aux hommes et aux femmes qui souffrent de l’intouchabilité et d’autres exclusions liées au système de caste en Inde, au Pakistan, au Népal et au Bangladesh.

Parmi les témoignages présentés, il y a celui de Vilas Goekwad, l’éboueur qui, sans aucune protection, descend dans les systèmes d’égout de Mumbai pour les nettoyer à main nue. Ou celui de Niita, qui vide chaque jour les latrines de 25 maisons dans son village près de Lucknow. Mais il y a aussi des témoignages d’espoir, comme ces dalits libérés de l’esclavage au Pakistan ou ces femmes déplacées de l’Inde vers le bidonville des balayeurs de rue à Dhaka (Bangladesh) lors de la séparation des deux pays et qui se retrouvent dans des cours de langue pour mieux communiquer en bengali.

La situation pénible des enfants est abordée à plusieurs reprises dans l’exposition. Il s’agit notamment de Sukhwinder, 14 ans, qui travaille pour rembourser la dette de son père, d’une jeune fille de 11 ans du Pakistan qui fabrique des tapis. Et le regard de cette jeune fille du Bihar après que sa famille ait été déplacée suite à une catastrophe naturelle dit tout sur l’angoisse qu’elle vit.

Aujourd’hui, près de 260 millions de personnes, principalement en Asie du Sud, subissent dès leur naissance des pratiques inhumaines, tout simplement parce qu’elles sont nées “dalits” ou “intouchables”.

Visiter cette expo, c’est un premier pas vers la prise de conscience et la solidarité pour que cela change. Des animations peuvent être organisées pour des groupes et des écoles. Prenez contact avec Solidarité Dalits Belgique via info@dalits.be ou via le 0485847312.

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Aug 09 2016

Inde – Grèves et manifestations après les violences  envers les dalits à Una (Gujarat)


Photo extraite de vidéo

Photo extraite de vidéo

Le 11 juillet dernier, près de la petite ville d’Una au Gujarat, quatre jeunes dalits se sont fait attaquer brutalement et rouer de coups pendant une heure et demie avec des bâtons et des barres métalliques, quand ils étaient occupés à dépecer une vache morte des suites d’une morsure d’un lion. Sur les photos de l’incident, on voit clairement qu’un des bâtons utilisés appartient à la police…

Les attaquants, venus sur les lieux avec une trentaine de motos, font partie d’un groupe de « vigiles de vaches », un groupe de membres de castes supérieures s’opposant à l’abattage de vaches, pour des raisons religieuses ancrées dans l’hindouisme.

Il faut savoir qu’il incombe à certaines familles dalits – et ce à travers toute l’Inde – de dépecer les animaux morts, y compris les vaches, pour enlever et tanner la peau et pour éliminer le reste de la bête.

La violence de l’incident et l’absence de toute action sérieuse de la police ont provoqué une vague d’indignation à travers tout le Gujarat et même au-delà. Quant à la communauté de dalits, ils ont entrepris des protestations pendant toute une semaine dans cet Etat à la pointe ouest de l’Inde. Et depuis lors se constitue un mouvement de grève : nombre de dalits refusent, en effet, de débarrasser les carcasses de bêtes mortes, au détriment de la puanteur et des problèmes sanitaires qu’une telle grève provoque dans la chaleur de cet Etat.

Le 31 juillet dernier, une grande manifestation a réuni 20.000 dalits à Ahmedabad, la capitale du Gujarat, au cours de laquelle ils se sont engagés à cesser leurs activités traditionnelles de ramassage des carcasses de bêtes mortes et l’ébouage des égouts et des latrines.

Leur leader, Jignesh Mevani, explique au Huffington Post India, que « le mouvement n’est non seulement une lutte contre les forces sociales et politiques d’exclusion. Il est également une lutte interne dans laquelle les dalits doivent se rendre compte qu’ils ne sont pas là pour nettoyer la boue de la société. Et en faisant ce changement, ils doivent s’attendre à des difficultés telles que la perte des moyens de subsistance. »

Mevani s’attend à ce qu’un quart seulement de ceux qui se sont engagés à cesser ces activités traditionnelles mettent leur résolution en pratique, mais il est convaincu que des milliers d’autres s’y rajouteront dans les prochains mois.

Le 5 août, une grande marche partira d’Ahmedabad pour rallier Una le jour de l’Indépendance (15 août). Les slogans sont d’ordre plus politique. La demande adressée au gouvernement de l’État est de fournir au moins cinq acres de terre pour chaque famille dalit dans le Gujarat, et d’établir des tribunaux spéciaux pour traiter les cas d’atrocités contre eux, comme inscrit dans la loi.

Les marcheurs prévoient de rencontrer les dalits dans les villages tout au long du parcours de 350 kilomètres, afin de les inciter à quitter leurs emplois subalternes et d’exiger des terres du gouvernement. «La lutte pour la terre est un élément clé. Ceux qui possèdent la terre ont le pouvoir», dit Mevani.

Sources: Navsarjan Trust et Huffington Post India

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Aug 05 2016

Bezwada Wilson, Prix Ramon Magsaysay 2016 : “Aucun être humain ne devrait être soumis à cette pratique inhumaine”


Bezwada Wilson, Prix Magsaysay 2016

Bezwada Wilson, Prix Magsaysay 2016

Bezwada Wilson, quinquagénaire dalit d’une famille d’éboueurs manuels, vient de recevoir le Prix Ramon Magsaysay 2016 aux Philippines, pour son engagement en vue d’éradiquer l’ébouage manuel.medallion

La récupération manuelle des excréments humains est une négation d’humanité en Inde. Réservé aux dalits ou « intouchables » de l’Inde de par l’inégalité structurelle dans laquelle ils se retrouvent, l’ébouage manuel consiste à enlever à la main les excréments humains des latrines sèches et à porter sur la tête des paniers d’excréments vers des sites d’élimination désignés. Occupation héréditaire, le ramassage manuel emploie quelque 180.000 ménages dalits pour nettoyer les 790.000 latrines sèches  publiques et privées à travers l’Inde. 98 pour cent des éboueurs sont des femmes et des jeunes filles qui ne touchent qu’un maigre salaire. Bien que la Constitution et d’autres lois interdisent les latrines sèches et l’emploi des éboueurs manuels, la législation n’est pas strictement appliquée dans la mesure où le gouvernement lui-même est le plus grand violateur des lois existantes.

Bezwada Wilson est né dans une famille dalit à Kolar Gold Fields dans l’Etat du Karnataka. Bien que sa famille ait été engagée dans l’ébouage manuel depuis des générations, les parents lui ont épargné ce travail, et il a été le premier de sa famille à poursuivre des études supérieures. Traité comme un paria à l’école et bien conscient du sort de sa famille, Bezwada était rempli d’une grande colère; mais il a su canaliser cette colère dans une croisade pour éradiquer l’ébouage manuel.

Il a commencé par changer les mentalités de sa famille et de ses proches – que d’être un dalit n’est pas leur destin, mais un statut imposé par la société telle qu’elle est organisée, et qu’aucun être humain ne devrait faire ce travail avilissant d’ébouage manuel. En 1986, il a envoyé une plainte au sujet de latrines sèches aux autorités de leur ville. Comme les autorités l’ont ignorée,  il a transmis la plainte au Premier ministre, menaçant de poursuites judiciaires. Suite à cela, les latrines sèches de la ville ont été transformées en latrines à chasse d’eau et les éboueurs transférés vers des emplois autres.

Avec audace, il a poursuivi sa croisade dans d’autres Etats, en collaboration avec des militants dalits, recrutant des volontaires pour ce qui deviendra ultérieurement le mouvement populaire des éboueurs manuels et de leurs enfants, Safai Karmachari Andolan (SKA). Avec Bezwada Wilson comme coordinateur national, SKA a été lancé en 1993 quand il a déposé une plainte pour un cas de litige d’intérêt public (LIP) à la Cour suprême de l’Inde, en nommant tous les Etats, territoires de l’Union et les ministères des Chemins de fer, de Défense, de la Justice et de l’Education pour avoir violé la loi de 1993 sur l’interdiction des latrines sèches et l’emploi des éboueurs manuels.

SKA a mené des réunions au niveau des districts pour sensibiliser à l’ébouage manuel, au système des castes et à la loi de 1993 sur les violences envers les dalits. Il a formé des responsables locaux et des volontaires pour le mouvement. En 2004-2005, il a entrepris une démolition massive de latrines sèches à travers l’Etat de l’Andhra Pradesh. Il a publiquement dénoncé la violence au travail subie par les femmes qui pratiquent l’ébouage manuel et a rencontré des représentants politiques pour exiger de démolir les latrines sèches et de fournir d’autres postes de travail aux éboueurs. En 2010, SKA a conduit une marche à l’échelle de l’Inde pour l’éradication totale de l’ébouage, et de nouveau en 2015 il a organisé une action en bus de 125 jours à travers 30 États de l’Inde pour mobiliser le public contre l’ébouage manuel. Le mouvement a contribué à des progrès significatifs. En 2013 SKA a réussi à obtenir une nouvelle loi qui inclut l’appui à la réadaptation des éboueurs. Il a exercé des pressions auprès des autorités locales pour des bourses pour les enfants des éboueurs manuels, et a organisé une formation professionnelle pour les filles des éboueurs pour leur permettre de trouver des emplois plus décents. Actuellement, il est impliqué dans l’élaboration d’une nouvelle loi qui prévoit une aide financière pour les éboueurs qui veulent changer de profession.

Cinquante ans, Bezwada Wilson a passé 32 ans sur sa croisade. Son leadership se base non seulement sur un sentiment d’indignation morale, mais aussi sur ses compétences remarquables dans l’organisation de masse, en œuvrant au sein du système juridique complexe de l’Inde.

SKA est devenu un réseau de 7000 membres dans 500 districts à travers le pays. Sur les quelque 600.000 éboueurs manuels en Inde, SKA a libéré environ 300.000. Alors que Bezwada a placé au cœur de son travail l’auto-émancipation des dalits, il souligne que l’ébouage manuel n’est pas un problème sectaire: « Vous vous adressez à tous les membres de la société, car aucun être humain ne devrait être soumis à cette pratique inhumaine. » La société elle-même doit être transformée.

En nominant Bezwada Wilson pour recevoir le Prix Ramon Magsaysay 2016, le conseil d’administration reconnaît son énergie morale et sa prodigieuse habileté à diriger un mouvement populaire pour éradiquer la servitude dégradante de l’ébouage manuel en Inde, afin que les dalits puissent récupérer leur dignité humaine qui leur est un droit naturel de naissance.

Sources et photos: SKA

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Jul 25 2016

Rencontre avec Lalida et Perumal, témoins privilégiés de l’action des dalits


Lalida et Perumal - un couple de Pondichéry qui milite pour les droits des dalits et en particulier pour les droits des femmes dalits

Lalida et Perumal – un couple de Pondichéry qui milite pour les droits des dalits et en particulier pour les droits des femmes dalits. Photo E.Watteau

Elle s’appelle Lalidamballe, lui s’appelle Perumal. Ce couple de militants de Pondichéry (Inde) constitue un des rares mariages entre un homme dalit et une femme de basse caste. Mais leur engagement n’est pas d’abord « privé ». A la tête de l’organisation ADECOM qui lutte pour les droits des dalits depuis bientôt 25 ans, Lalida entend défendre en premier lieu les droits des femmes et des enfants, plus vulnérables et davantage exposés aux violences et aux discriminations. Et le statut d’avocat de son mari apporte des connaissances juridiques précieuses et ouvre des portes vers les tribunaux en cas de besoin.

A travers l’organisation ADECOM, le couple entend améliorer les droits économiques, culturels, sociaux et politiques des dalits dans la région de Pondichéry. « Nous aidons les femmes à augmenter leurs revenus par la coupe-couture, le travail agricole, mais aussi en leur permettant d’accéder à des prêts bancaires ou en travaillant dans des coopératives de femmes », nous raconte Lalida lors de notre entrevue à Solidarité Dalits Belgique. « Mais l’important, c’est d’avoir une vision plus globale d’émancipation et de renforcement de leurs droits », poursuit-elle. La lutte contre les discriminations sociales et les violences occupe donc une place importante dans son engagement. « Les femmes subissent souvent des violences au sein de leur couple, en particulier quand leur mari est saoul. Et en général, elles attendent une médiation de notre part, car elles n’ont pas envie de quitter leur mari, faute d’indépendance économique. Mais quand elles décident d’attaquer leur mari violent en justice, nous les assistons à travers notre forum d’avocats qui offre un soutien juridique gratuit. »

D’après Perumal, l’approche est similaire en cas de violence de la part d’hommes de caste. « La loi de prévention de violences envers les dalits et tribaux a bien été renforcée récemment, mais les violences continuent », dit-il. « Et les dalits dépendent souvent des autres villageois (de caste) pour trouver un travail dans leurs champs. S’ils attaquent des gens de caste en justice, ils risquent de perdre leur travail. Alors ils optent souvent pour une médiation de notre part ; ils cherchent un compromis plutôt que l’application pure et simple de la loi. D’autant plus que les auteurs des violences ont souvent le bras long et parviennent à faire traîner les affaires judiciaires pendant des années voire des dizaines d’années. Et à quoi sert une condamnation 20 ou 40 années après les faits ? Il vaut mieux trouver un accord à l’amiable qui garantit que les violences cessent et que les deux communautés puissent vivre en paix. »

C’est pourquoi, ADECOM est engagée également dans un travail d’éducation pour prévenir la violence. Bien sûr, c’est plus facile au sein des jeunes couples que dans les relations entre castes et hors castes.

Pour favoriser de bonnes relations entre dalits et non dalits, Lalida mise également sur le travail politique. Comme les dalits ont accès aux assemblées villageoises (gram sabha), il faut les encourager à y faire valoir leurs droits et intérêts. Et quand des postes de présidents de conseils locaux (panchayats) ou des postes de sarpanchs (échevins) sont réservés à des dalits ou des femmes, il faut former et accompagner les élus afin qu’ils puissent exercer leur mandat au bénéfice de toute la communauté. Ainsi, on crée des modèles positifs pour les autres, au sein du village ou ailleurs.  Et dans le travail d’ADECOM, cette mise en avant de modèles fait partie des stratégies d’éducation.

Malheureusement, il s’agit d’un travail de longue haleine. Car il faut changer la mentalité et le comportement des gens de caste, et cela ne se fait pas du jour au lendemain. Bien sûr il existe des villages qui s’affichent officiellement déjà comme « non-discriminatoires », mais Perumal pose la question des critères : « Ok, on trouve des villages où les gens de caste acceptent (enfin !) de manger avec les dalits, mais qu’en est-il de mariages entre les deux communautés ? Et surtout de mariages d’un homme dalit avec une femme de caste ! »

Nul doute, le chemin est encore long…

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Jun 16 2016

Inde – la violence contre les dalits en hausse


Malgré une solide législation, la violence contre les personnes les plus opprimées de l’Inde continue d’augmenter.

Par Hanne Couderé (*)

19 mai 2016

Tôt dans la matinée du 29 février de cette année, Raju Bairwa a été réveillé par un appel téléphonique. Un mariage était prévu ce jour-là dans son petit village, qui se trouve à la périphérie du district de Dausa au Rajasthan, et on l’appelait pour demander de l’aide à le préparer. Trois heures après que Raju ait quitté la maison, sa femme Gita reçut un autre appel téléphonique. Son mari avait été battu, d’après la voix au téléphone.

Une demi-heure plus tard, elle le trouva au bord du fleuve, grièvement blessé. Les auteurs avaient mis du sable dans sa bouche, de sorte qu’il ne serait pas capable de crier. Après que Gita ait nettoyé sa bouche, Raju lui demanda comment elle allait survivre, sachant que s’il décédait, il laisserait une femme sans emploi et trois jeunes garçons derrière lui.

Raju mourut quelques heures plus tard, sur le chemin vers l’hôpital. Il était âgé de seulement 28 ans. Sa mort était à peine une surprise : la famille avait été harcelée et menacée pendant 25 ans à propos d’un lopin de terre qu’ils avaient acquis dans le village. La famille de Raju est dalit, une caste répertoriée autrefois considérée comme « intouchable » et sans terre dans l’ancien ordre des castes hindoues. Bien que les Bairwas possédaient légalement la terre, leur propriété fut contestée par les villageois des castes supérieures, qui contrôlent toujours le terrain.

Chiens morts

En Inde, les statistiques nationales sur la criminalité montrent que la violence envers les dalits est en hausse. Selon le National Crime Records Bureau (NCRB), les crimes contre les dalits – allant du viol, de meurtres, de passages à tabac, à la violence liée aux questions foncières – ont augmenté de 29 pour cent entre 2012 et 2014. En 2014, 47.064 cas de crimes contre les dalits ont été enregistrés, contre 39.408 en 2013 et 33.655 en 2012.

Les chiffres récents pour le Rajasthan, l’Etat avec le plus haut taux d’atrocités commises contre les dalits, indiquent que cette violence continue d’augmenter. Entre avril 2015 et mars 2016, 617 incidents graves ont été enregistrés par le Centre pour les Droits des Dalits (CDR) à Jaipur, la seule organisation au Rajasthan qui suit ces atrocités. Il convient de noter que ces chiffres sont la pointe de l’iceberg. Parmi ces atrocités, 161 cas sont liés aux conflits fonciers, 127 cas incluent la violence contre les femmes et des viols ; et 97 étaient des agressions physiques. En 2014-2015, 566 cas avaient été signalés.

« Notre histoire féodale, le taux élevé de pauvreté et le rôle important que joue la religion dans la société sont parmi les raisons pour lesquelles le Rajasthan se retrouve au sommet », raconte  P.L. Mimroth, le directeur du CDR au Diplomat.

Bien que la loi indienne moderne ait officiellement aboli la hiérarchie des castes, l’intouchabilité est à bien des égards encore une pratique courante. Dans la plupart des villages du Rajasthan, les dalits ne sont pas autorisés à prendre l’eau du puits public ou d’entrer dans le temple. Dans les écoles publiques, les dalits ne sont pas autorisés à servir des repas aux castes supérieures; ils doivent souvent s’asseoir en dehors de la salle de classe et sont obligés de nettoyer les toilettes.

« Récemment, un enseignant du Rajasthan a demandé à un étudiant dalit d’enlever le cadavre d’un chien dans la rue », se souvient Grijesh Dinker, le coordinateur de l’Etat du Mouvement national pour la justice des dalits. « Quand il a refusé, il a été battu. L’an dernier, deux enfants dalits de 8 ans avaient bu de l’eau au verre de leurs professeurs. Après les avoir battus brutalement, l’école a renvoyé 11 enfants de l’école, alors que deux seulement avaient bu au verre. Nous avons amené cette affaire au niveau national, mais l’enquête de police a été close. »

Au cours des dernières années, en raison des politiques d’action positive, certains dalits ont réussi à échapper au cercle vicieux de la pauvreté et de la discrimination. Un nombre croissant de dalits peut acheter des terres, bien qu’ils se heurtent souvent à la résistance de la communauté.

« La moitié de toutes les atrocités commises envers les dalits est liée à des conflits fonciers », dit Mimroth. « Le nombre total est en hausse parce que les dalits commencent de plus en plus à faire valoir leurs droits. D’une part, les cas sont plus souvent signalés aujourd’hui. D’autre part, le fait que les dalits ont tendance à parler conduit à des affrontements plus violents. Au Rajasthan, chaque jour deux ou trois dalits sont violées ou tuées. »

Violée et Empoisonnée

Le 28 mars 2016, Delta Meghnal, une jeune fille dalit de 17 ans, a été violée dans son école à Bikaner, une ville du Rajasthan. Son professeur de gym l’aurait attaqué quand elle nettoyait sa chambre, une tâche qu’elle devait accomplir tous les jours. Plus tard cette nuit, Delta a appelé son père pour lui expliquer ce qui était arrivé. Il a promis de venir la chercher le lendemain matin. Mais quand il est arrivé, il a constaté que Delta avait été empoisonnée, et son corps jeté dans un réservoir d’eau.

L’autopsie a établi à la fois le viol et l’assassinat. L’enseignant ainsi que le directeur et la vigile, ces deux derniers étant soupçonnés d’avoir facilité l’assassinat, ont été arrêtés. Mais ni la famille de Delta ni la communauté dalit n’ont de grands espoirs dans la justice. Selon Grijesh, « le mari de la vigile fait partie du Rashtriya Swayamsevak Sangh ou RSS, un mouvement nationaliste hindou, et les autres accusés sont affiliés au parti politique BJP au pouvoir. En raison de leurs liens puissants, je ne pense pas qu’un acte d’accusation sera déposé au tribunal dans les 60 jours, et donc l’enquête sera abandonnée. Même la recommandation récente du Bureau central d’Investigation sur la mort de Delta n’y changera rien. »

Au Rajasthan, 60 pour cent des cas de viol sont clos au cours de l’enquête; 20 pour cent se perdent après leur dépôt au tribunal. Sur les 20 pour cent donnant lieu à un verdict de culpabilité, seulement 4 pour cent conduisent au prononcé d’une peine. Le taux global de condamnation pour crimes contre dalits au Rajasthan est de 7 pour cent – par rapport à un taux de condamnation de 28,8 pour cent pour les crimes contre les dalits pour l’ensemble de l’Inde.

Cette impunité relative persiste en dépit de l’important effort législatif de l’Inde. L’amendement de 2014 de la Loi sur la prévention des atrocités introduit des infractions telles que de guirlander quelqu’un avec des chaussures, l’obligeant à enlever ou transporter des carcasses humaines ou animales, le forçant à vidanger manuellement des latrines et l’abus de dalits (castes répertoriées) et d’adivasis (tribus répertoriées) en public. La loi prévoit même la mise en place d’un tribunal spécial au niveau du district pour juger ces infractions.

Mais l’application semble être très faible. Au Rajasthan, Mimroth accuse ceux qui sont censés appliquer la loi: « La police, le ministère du Revenu et le pouvoir judiciaire – tous appartiennent aux castes supérieures qui ont des attitudes de parti pris contre les dalits. »

Au Gujarat aussi, Etat voisin du Rajasthan et qui a le plus haut taux de violence sexuelle contre les femmes dalits, la faible application de la loi pose un problème majeur en raison d’un manque de volonté politique, selon Manjula Pradeep, une militante bien connue. « Dans cet Etat, les atrocités commises contre les dalits sont également en hausse. En plus de la violence contre les femmes dalits, beaucoup de dalits sont également tués pour des questions foncières. Ils revendiquent de plus en plus leurs droits, mais l’Etat n’est pas prêt à les écouter. L’enregistrement d’une plainte ne signifie pas que vous obtiendrez justice. Le Gujarat n’a pas de tribunaux ou des postes de police spéciaux, comme l’exige la loi de prévention des atrocités. »

Il y a trois ans, trois jeunes garçons dalits ont été tués par des tirs de police à Thangadh, une ville de Gujarat. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de procès. « Nous avons soulevé cette question depuis septembre 2012, » dit Pradeep, « Nous avons présenté l’affaire devant l’Organisation des Nations Unies et lancé une pétition à la Haute Cour du Gujarat. Mais nous ne prévoyons pas de résultat. Chaque fois que la police est impliquée dans des meurtres, nous ne sommes pas en mesure d’obtenir justice pour la famille dalit. »

Pas de justice

Dans sa dernière déclaration à la police, juste avant sa mort sur le chemin de l’hôpital, Raju Bairwa a identifié les neuf hommes qui l’avaient attaqué. Il les connaissait bien, car c’étaient les mêmes qui avaient harcelé sa famille depuis 25 ans. Dans un incident, 500 personnes s’étaient rassemblées autour de la maison de la famille Bairwa. Quand elles ont commencé à tirer, trois membres de la famille avaient été blessés, y compris Raju. Quelques années plus tard, le frère aîné de Raju a été retrouvé mort dans des circonstances suspectes. L’affaire reste en suspens.

Il y a trois ans, ces mêmes neuf hommes ont été condamnés à trois ans de prison pour de multiples cas d’harcèlement de la famille Bairwa. Mais comme ils appartiennent à des familles de castes supérieures avec de puissants liens politiques, ils ont pu être libérés sous caution.

Au moment d’écrire cet article, seulement six des neuf accusés ont été arrêtés pour la mort de Raju. Trois restent libres en raison de « preuves insuffisantes ». Pendant ce temps, la communauté des castes supérieures continue d’occuper le terrain de la famille Bairwa, et organise des réunions pour que l’affaire soit réglée.

« Nous avons eu tort de croire que l’éducation permettrait d’éradiquer l’intouchabilité », soupire Mimroth, « la mentalité dominante au Rajasthan est toujours guidée par le système des castes. Il faudra plus de 100 ans pour changer cela. »

(*) Hanne Couderé est une journaliste indépendante belge spécialisée dans l’Asie du Sud ; elle écrit pour divers médias sur la politique internationale, les migrations et les conflits. L’original de l’article est paru dans The Diplomat du 19 mai 2016 sous le titre « India : Violence Against Dalits on the Rise »

Traduction SDB

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Jun 01 2016

New York / Copenhague – Les défenseurs des droits des dalits exclus de l’ONU


Le combat des dalits pour faire respecter leurs droits humains les plus élémentaires est un combat à l'échelle mondiale. Photo  @DalitAwaz Twitter Account

Le combat des dalits pour faire respecter leurs droits humains les plus élémentaires est un combat à l’échelle mondiale. Photo @DalitAwaz Twitter Account

Pour la 18e fois depuis 2008, le Comité des ONG a reporté la demande d’IDSN  pour obtenir le statut consultatif ECOSOC auprès de l’ONU. Il s’agit de l’attente la plus longue de son genre ! Deux autres questions de l’Inde ont encore une fois retardé le processus.

COPENHAGUE, 1 juin – Le Comité des Nations Unies sur les ONG est devenu tristement célèbre comme un outil des Etats qui ne respectent pas les droits humains et la société civile. La pratique du Comité de reporter à plusieurs reprises les demandes des ONG pour un statut consultatif auprès de l’ONU a atteint une ampleur alarmante telle qu’elle porte atteinte aux droits humains dans le monde, déclare le Réseau International de Solidarité Dalit IDSN dans un communiqué de presse.

Lors de la session en cours à New York, le Comité des ONG a encore une fois bloqué un certain nombre d’ONG d’avoir accès au Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC). La semaine dernière, 230 ONG ont pris l’initiative sans précédent d’appeler l’ONU à réformer la façon dont elle traite avec les ONG. Dans une lettre commune aux Etats membres de l’ECOSOC, elles ont décrit la pratique du Comité comme « le reflet de la croissance des restrictions sur la société civile à l’échelle mondiale ».

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’exercice des droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, Maina Kiai, a rejoint cette critique en déclarant que le Comité des ONG a été « détourné » par les gouvernements qui visent à « enlever les voix des ONG sur le scène internationale » en « reportant de façon arbitraire des applications au statut consultatif. » Elle a exhorté le Comité à cesser de « se plier aux considérations qui minent la capacité des Nations Unies de remplir sa mission. »

Le cas le plus extrême de l’obstruction contre les ONG est celui du Réseau International de Solidarité Dalit ou IDSN, qui a commencé son processus de demande il y a neuf ans. Hier, le Comité a reporté l’application pour la 18e fois, comme l’Inde a présenté deux autres questions à IDSN. Depuis 2008, l’Inde a ainsi demandé 77 questions à IDSN, beaucoup d’entre elles de façon répétitive et ayant déjà reçu une réponse. Maina Kiai a décrit ces actions comme « clairement inacceptables, erronées et injustes. »

Ce report signifie qu’IDSN et ses membres, dont beaucoup sont des défenseurs des droits humains en provenance des pays affectés par le système de castes, sont effectivement empêchés de s’associer librement avec l’ONU. Sans le statut ECOSOC, les ONG ne peuvent pas présenter des déclarations ou organiser des événements parallèles lors des forums des Nations Unies. Cela fait une perte d’occasions pour discuter des violations atroces des droits humains imputables à la discrimination de caste.

Au cours de la session du Comité sur les ONG, l’Inde a accusé IDSN de mondialiser des problèmes locaux en les amenant à l’ONU et a fait valoir que leurs « sensibilités » ne peuvent pas être discutées dans les enceintes multilatérales des Nations Unies. IDSN est fortement en désaccord avec ce point de vue, estimant que la discrimination de caste est incontestablement un problème mondial de droits humains.

« Le harcèlement d’IDSN par l’Inde fait partie de la tendance mondiale qui, en Inde elle-même, a conduit à un espace de plus en plus rétréci pour les défenseurs des droits humains. En outre, l’Inde agit contre les intérêts de ses 200 millions de dalits. En bloquant les discussions sur la discrimination des castes dans les instances internationales, elle laisse tomber en fait un sixième de sa propre population et nuit aussi aux aspirations à une vie meilleure des dizaines de millions de personnes soumises à la discrimination de la caste dans d’autres pays, » a déclaré la directrice exécutive d’IDSN, Rikke Nöhrlind.

Source : IDSN

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