Dalits musulmans en Inde

Sep 30 2015

Dalits musulmans en Inde


Pendant des centaines d’années la construction sociale de l’Inde a été façonnée autour d’un système de castes hindou inflexible. Et cet héritage a encore aujourd’hui un impact profond sur la société indienne moderne, en particulier pour les dalits qui se trouvent tout en bas de la hiérarchie du système de castes.

Depuis toujours, les dalits ont accompli des emplois rituellement impurs, comme ramasser des ordures, balayer la route, la crémation des morts et l’élimination des déchets humains.

Certains se sont donc convertis à d’autres religions, et notamment à l’Islam, pour éviter les discriminations et préjugés envers leurs communautés. Mais souvent, les discriminations les rattrapent.

« Cela me dérange chaque fois que je me présente. Les personnes me demandent mon nom de famille », dit Rakesh, qui est un dhobi, la caste des blanchisseurs.

Rakesh s’est converti à l’Islam et s’appelle désormais Ali Kanojia.

« Je leur dis que je m‘appelle Rakesh. Alors ils demandent, ‘Rakesh comment’? Ce sont en particulier les Hindous qui insistent », dit-il.

En outre, beaucoup de convertis sont confrontés à la résistance et même à la violence de leurs propres familles ou communautés. La nouvelle religion qu’ils ont choisie peut poser un ensemble de défis – comme ceux auxquels est confronté Ali Kanojia de la part de ses proches.

 « Il n’est pas simple de se convertir à l’Islam, » dit-il. « Ils [la famille] disent que cela ne leur convient pas. Je demande, pourquoi? Ils disent que les Musulmans n’ont pas une bonne image. »

La conversion d’Abdulrahman Bharti à l’Islam lui a même presque coûté sa vie.

«Je me suis fait tirer dessus par des individus hindous du clan Sawar …. Quand quelqu’un se convertit, la nouvelle foi l’accueille, mais des individus de la foi précédente tentent de s’opposer à la conversion. S’ils n’y parviennent pas, ils vont tenter de le tuer. C’est ce qui est arrivé à moi », dit Bharti, qui a été blessé par balle à la poitrine et à la jambe.

Après l’indépendance en 1947, les autorités indiennes ont prévu des mesures de discrimination positive en faveur des membres de basses castes, mais tout le monde ne bénéficie pas de ces avantages.

La Loi sur quotas réservés aux basses castes et aux dalits ne concerne pas ceux qui se sont convertis au Christianisme ou à l’Islam. Pour les dalits convertis à ces religions, les inconvénients de la conversion pourraient sans doute l’emporter sur les avantages, en particulier en ce qui concerne l’emploi.

« La sécurité d’emploi concerne les Sikhs, les Jaïns et les Bouddhistes, mais pas les Chrétiens et les Musulmans qui sont exclus de ces quotas réservés aux dalits, » dit Meenakshi Ganguly de Human Rights Watch.

Ali Kanojia, par exemple, n’a pas été capable d’obtenir un emploi de la part des autorités publiques.

« Si vous ne disposez pas d’un certificat de ‘caste répertoriée’, vous n’obtiendrez pas un emploi réservé. Et je ne dispose pas d’un tel certificat. … Je ne peux pas donc pas obtenir un emploi, n’importe où », dit Kanojia.

Voilà quelques extraits du film de Mostafa Bouazzaoui ‘Dalit Muslims of India’ qui évoque les discriminations dont souffrent les dalits musulmans, essentiellement de la part de leurs propres communautés d’origine. Le film offre une perception de la conversion à des religions différentes, comme ce fut déjà le cas du réformateur social et principal architecte de la Constitution indienne, BR Ambedkar, né dalit et converti au bouddhisme.

Source : Aljazeera, septembre 2015

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