INDE – Les enfants oubliés de l’industrie du coton

Aug 11 2015

INDE – Les enfants oubliés de l’industrie du coton


Photo de la ICN / Stop Child Labour Campaign

Photo ICN / Stop Child Labour Campaign

Yadamma est une jeune fille de 14 ans, originaire d’une famille de main-d’œuvre agricole dalit dans un village isolé de l’Andhra Pradesh. Cela fait trois ans qu’elle travaille dans les champs de coton et qu’elle ne va pas à l’école.

Sa mère a emprunté 8000 Roupies (environ 110 EUR) à un producteur de coton pour couvrir les dépenses médicales de son mari. Depuis lors, Yadamma travaille chez le même employeur ; au début pour rembourser la dette, ensuite pour améliorer la situation financière de sa famille.

Dans la plantation, elle est en charge de tâches telles que la pollinisation croisée, les semis, le désherbage, la récolte et l’application d’engrais. La pollinisation croisée constitue son activité principale. Pendant ce temps de la pollinisation croisée, elle travaille environ 10-12 heures par jour et reçoit un salaire mensuel de 4500 Roupies (environ 65 EUR).

Au cours de la dernière saison de production, Yadamma a eu un grave problème de santé en raison de la forte exposition à des pesticides pulvérisés dans les champs où elle travaillait. Tout en continuant à travailler, elle avait des maux de tête graves et se sentait étourdie. À un certain moment, elle s’est évanouie et a perdu connaissance. Le médecin local lui a donné un traitement et lui a conseillé de prendre quelques jours de congé et d’éviter les pesticides à l’avenir.

Le cas de Yadamma est un des exemples décrits dans le nouveau rapport Enfants oubliés du coton, publié par le Comité néerlandais sur l’Inde (ICN) et la Campagne contre le travail des enfants Stop Child Labour Campaign, qui constate que près d’un demi-million d’enfants en Inde travaille dans l’industrie de la production du coton. La plupart d’entre eux sont des dalits, adivasis ou appartenant à d’autres basses castes (OBC). Le rapport avertit que la plupart de ces enfants ne fréquentent pas l’école et sont soumis à des travaux dangereux et des produits chimiques nocifs.

Le rapport constate également que les enfants travailleurs sont payés bien en dessous du salaire minimal et travaillent notamment pour rembourser les dettes de leurs parents. Ils doivent souvent travailler de 8 à 12 heures par jour. La plupart ont abandonné l’école, et ceux qui fréquentent l’école en saison creuse peinent à suivre leur travail scolaire. Deux tiers des enfants sont des filles, et il se trouve qu’elles reçoivent des salaires plus bas que les garçons. Toujours d’après ce rapport, près de 70% des enfants sont recrutés ou victimes de la traite en provenance d’autres régions de l’Inde. Comme documenté précédemment, les dalits et autres groupes minoritaires en Inde sont particulièrement vulnérables à l’exploitation de la main-d’œuvre en raison des multiples discriminations dont ils sont victimes.

Le rapport, qui couvre l’Andhra Pradesh, le Gujarat, le Rajasthan, le Karnataka et le Tamil Nadu, constate une augmentation du nombre d’enfants travaillant dans l’industrie du coton, alors qu’il y a une légère baisse du nombre d’enfants au travail dans d’autres secteurs industriels. L’augmentation du nombre d’enfants travailleurs dans le secteur du coton est due à la croissance rapide de ce secteur, tandis que le déclin relatif du travail des enfants dans d’autres secteurs peut être dû, selon le rapport, à une sensibilisation accrue réalisée lors de campagnes ciblées. Néanmoins, le rapport insiste sur le fait que le problème reste alarmant et est préjudiciable pour les enfants concernés.

Parmi les recommandations, le rapport invite les entreprises de l’habillement à surveiller tous les maillons de leur chaîne d’approvisionnement en coton pour détecter le travail des enfants et le paiement du salaire minimal pour les employés. Il appelle au partage des connaissances entre les entreprises pour aider à mettre fin au travail des enfants et interpelle le gouvernement à prendre des mesures pour assurer le salaire minimal garanti et répondre à son «devoir de protéger». Enfin, le rapport recommande de mettre au point des mécanismes efficaces pour dénoncer les problèmes constatés.

Source : India Committee Netherlands

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