INDE – L’amendement proposé de la loi poussera les enfants dalits de l’école au travail

May 16 2015

INDE – L’amendement proposé de la loi poussera les enfants dalits de l’école au travail


Young-child-works-in-India-Vishal-L-Shukla-PhotovoiceUn amendement a été proposé par le gouvernement indien à la Loi sur l’interdiction du travail des enfants, en vue de permettre aux enfants de moins de 14 de travailler dans les « entreprises familiales ». Les militants des droits de l’enfant en Inde, y compris le prix Nobel Kailash Satyarthi, signalent que l’amendement va pousser des millions d’enfants à quitter l’école et à s’engager dans le travail des enfants, en particulier des enfants dalits, adivasis et musulmans.

Les experts du travail des enfants mettent en garde que le terme « entreprises familiales » permet une interprétation large et constitue communément un euphémisme pour des industries telles que le tissage de tapis, la préparation de « beedis » (cigarettes), le polissage de pierres précieuses, la fabrication de serrures et de boîtes d’allumettes.

Shamshad Khan, président du Centre pour l’éducation rurale et l’action de développement (CREDA), appelle la mesure « rétrograde » et affirme que « les enfants les plus touchés seront les dalits, les musulmans, ceux des familles tribales et ceux appartenant à des communautés marginalisées. »

« Les résultats de toutes nos campagnes pour mettre fin au travail en servitude des enfants, depuis les années ‘80, s’en iront en fumée », dit Khan. « Des écoles seront vidées et les enfants pauvres dans les États comme le Bihar, Jharkhand et l’Uttar Pradesh retourneront au travail dans les hangars et usines de fortune qui porteront tous le nom d’entreprises familiales.

Les enfants marginalisés sont les plus vulnérables au travail des enfants, comme le signale Siddharth Kara, spécialiste du travail des enfants à Harvard, qui a mené des études poussées, notamment sur le secteur de tissage de tapis. « Chaque enfant travailleur que j’ai interviewé provient d’une famille très pauvre et appartient à une basse caste ou une communauté minoritaire », signale-t-il.

Les experts soulignent également que les filles sont particulièrement exposées au risque dans la mesure où leur éducation est traditionnellement moins prioritaire que celle des garçons en Inde.

Le ministre du Travail et de l’Emploi, Bandaru Dattatreya, a fait valoir que l’amendement est proposé pour aider les familles pauvres et pour donner aux enfants un « esprit d’entreprise ».

L’argument du gouvernement que le fait de permettre aux enfants de travailler dans des « entreprises familiales » aide les familles à surmonter la pauvreté est fortement contré par des experts du travail des enfants, y compris le lauréat du prix Nobel de la paix, Kailash Satyarthi, qui écrit dans un article publié dans le Times of India :

« Il existe un cercle vicieux entre la pauvreté, l’analphabétisme et le travail des enfants … La vérité reste qu’un enfant au travail ne sortira pas sa famille de la pauvreté ; au contraire, il maintiendra sa famille dans le problème pour des générations. Cette pente glissante se poursuit sans relâche jusqu’à ce qu’un tel enfant soit éduqué. Il est un fait bien avéré, mais souvent ignoré, que le travail des enfants perpétue la pauvreté. Un rapport de l’Organisation internationale du Travail démontre que chaque dollar dépensé pour l’éradication du travail des enfants rapportera 7 dollars au cours des deux prochaines décennies ».

Enakshi Ganguly Thukral du Centre pour les droits de l’enfant dit que les agents du Ministère du travail sont déjà coupables de ne pas déclarer tous les enfants au travail, « mais une fois que le travail des enfants est autorisé sous une forme ou une autre, alors même un minimum de responsabilité cessera d’exister. »

Thukural souligne également que le gouvernement a récemment fait des coupes sévères dans les budgets de l’éducation, du développement des femmes et de lutte contre la pauvreté, y compris une réduction de 60% des budgets destinés au bien-être et à l’éducation des dalits et adivasis. Les experts avertissent que la nouvelle proposition pour amender la loi sur le travail des enfants, couplé aux coupes sévères des budgets du bien-être et de l’éducation, vont envoyer des millions de dalits et d’autres enfants marginalisés de l’école au travail, piégeant les familles dans un cycle de pauvreté pour une autre génération de venir.

Source : IDSN

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