INDE – Le système de caste dans la mégapole de Mumbai

Apr 08 2015

INDE – Le système de caste dans la mégapole de Mumbai


29 étudiants de la dernière année en cinématographie au Tata Institute of Social Sciences (TISS) ont produit six documentaires sur la façon comment la caste influence la vie quotidienne dans la mégapole indienne. Ils ont analysé l’influence des castes à Mumbai à travers des angles d’approche aussi variés que la nourriture, le langage ou encore l’accès à l’éducation.

« La classe moyenne dit souvent que la caste n’est pas un problème. Ou, que la caste constitue un problème pour eux parce que les réservations réduisent leurs opportunités d’emploi », raconte le professeur KP Jayasankar qui a accompagné le projet des étudiants.

Troublé par le fait de nier l’existence de la caste dans la ville et le silence qui s’installe de plus en plus autour de la question, le projet a été conçu pour examiner les attitudes et les réalités dans ce qui est sans doute la ville la plus cosmopolite de l’Inde.

Le projet s’est étalé sur une période de deux mois et demi. Tout d’abord, les étudiants et les professeurs impliqués ont défini la portée de leurs projets individuels. Certains ont décidé de scruter la question de la caste dans leur propre entourage, l’explorant à travers une action demandant la suppression de la viande de bœuf et de porc à la cantine de l’Institut. D’autres ont trouvé des conflits de caste dans des espaces improbables, en suivant des dalits tamouls dans leur lutte pour construire un temple.

« Il est excitant de voir que chaque film incite à réfléchir et explore avec intelligence comment la culture dominante affecte les préoccupations des dalits et d’autres minorités », dit le cinéaste primé Anand Patwardhan, qui a lui-même exploré l’influence des conflits entre communautés et entre castes dans ses films récents.

Après avoir entendu régulièrement la réponse standard de la société d’élite pour laquelle le vrai problème des castes, c’est la politique des réservations (de postes de travail et d’étude), il est intéressant de voir une diversité d’approches couvrant des discriminations souvent invisibles causées par la langue, les normes alimentaires, l’éducation, les lieux de vie ou le mariage.

La caste et le menu de la cantine universitaire

Un groupe de jeunes cinéastes s’est penché sur le menu de la cantine de leur Institut, car certains étudiants ont demandé que le bœuf et le porc en soient exclus. « Nous avons voulu exploré comment les choix de certains sont imposés à la majorité, même si la base de l’alimentation varie fortement d’une communauté à l’autre », raconte Chaudhary. « Dans le nord-est, par exemple, le bœuf est une nourriture de base pour presque tout le monde. Et parmi les castes plus basses, du porc est offert lors des fêtes pour célébrer l’amitié. »

En fait, les deux viandes ont été retirées du menu de l’Institut. Et le même mois, la consommation de la plupart des préparations à base de bœuf a même été interdite dans tout l’Etat du Maharashtra.

« Interdire une certaine nourriture est une pratique malsaine, car cela exclut certaines communautés sur base de leur religion, caste ou origine », rajoute Chaudhary. « Interdire certaines pratiques culinaires remet en cause l’existence même de certaines communautés dans la ville. »

Des quartiers de caste

Une autre équipe s’est intéressée à la différence entre certains quartiers. « A Matunga (un quatrier de castes supérieures), tous les restaurants sont purement végétariens », dit Toni. « Quant à Chembur, un quartier de dalits, il y a de nombreuses statues d’Ambedkar. Comme la ville est tellement grande, nous ne remarquons même plus à quel point la caste est omniprésente. »

Silence s’il vous plaît !

L’équipe qui a analysé l’influence de la caste sur le système d’éducation a interviewé une quinzaine d’étudiants de deux écoles différentes. « La caste, cela se limite à un paragraphe dans nos manuels d’histoire », dit Keerthana dans son école d’élite à Matunga. « C’est une chose qui appartient au passé », rajoute un autre étudiant. Un consultant en éducation estime que dans les curriculums, la caste est effectivement un « grand trou noir », car elle n’intervient dans aucune autre discipline à part l’historie et n’est quasi pas reliée à la situation présente. Par conséquent, une jeune fille qui termine l’école secondaire dans une école d’élite rejette automatiquement toute politique de réservations, alors qu’il s’agit d’une mesure visant à garantir des emplois à certaines minorités en fonction de leur taille dans la société.

Mais tout n’est pas que discrimination dans la ville de Mumbai.

En effet, quelques jeunes cinéastes se sont intéressés à deux dalits qui avaient fui des discriminations subies pendant leur enfance, et qui ont trouvé une protection dans la grande ville. « Mumbai agit comme une sorte de bouclier. Alors qu’auparavant, toute notre vie était déterminée par la caste, elle est maintenant plus cachée. Mais certains aspects persistent, bien sûr », raconte Sharma. « Il n’est pas toujours facile de trouver sa nouvelle identité, entre l’intégration dans sa caste d’origine et la perte de cette même identité. »

Les deux dernières équipes de jeunes cinéastes ont étudié les conséquences du système des castes sur le mariage et le langage. Car aujourd’hui encore, les mariages inter-castes posent problème aux familles, et l’école enseigne toujours un langage de caste supérieure dans lequel des jeunes dalits et d’autres minorités ne se retrouvent pas nécessairement.

(D’après un article paru dans The Hindustan Times du 30 mars 2015)

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