Human Rights Watch et Amnesty International gravement préoccupés par la discrimination de caste

Mar 02 2015

Human Rights Watch et Amnesty International gravement préoccupés par la discrimination de caste


Amnesty-logo HRW-logoLes rapports récents de Human Rights Watch et d’Amnesty International estiment que la discrimination de caste persiste, avec des effets pervers pour les droits humains à plusieurs niveaux. Les rapports épinglent tout particulièrement de sérieux obstacles à l’accès à la justice, la discrimination dans l’éducation et l’accès aux services ainsi que la violence fondée sur la caste, y compris le viol de femmes dalits. Ces préoccupations sont également présentées dans les derniers rapports Inde et Népal du Département d’Etat américain.

Les droits des dalits bafoués par les autorités nationales

Dans le chapitre du rapport d’Amnesty International 2014-2015 consacré à l’Inde, il est noté que « la corruption, la discrimination et la violence fondées sur la caste restaient très répandues » et que « les autorités n’ont souvent pas su empêcher, et ont parfois commis, des crimes contre des citoyens indiens, parmi lesquels figuraient des enfants, des femmes, des dalits (opprimés) et des adivasis (aborigènes).» (Amnesty International)

Le rapport constate également que « les détenus, tout particulièrement les femmes, les dalits et les adivasis, étaient régulièrement torturés et maltraités. » (Amnesty International)

Cette préoccupation est également soulevée dans le chapitre Népal du même rapport, où il est noté que la discrimination de caste et d’autres discriminations continuent de sévir au Népal et que « les victimes étaient soumises à l’exclusion et à des mauvais traitements, ainsi qu’à la torture, y compris au viol et à d’autres violences sexuelles. » (Amnesty International)

Il a en outre été constaté que « la Loi de 2011 contre la discrimination fondée sur la caste et l’intouchabilité n’a été appliquée que dans quelques rares affaires pénales, par méconnaissance de ce texte et parce que les victimes n’osaient pas signaler les agressions. La législation sur le viol restait inappropriée et reflétait toujours des comportements discriminatoires vis-à-vis des femmes. » (Amnesty International)

Human Rights Watch, dans son chapitre consacré à l’Inde, note également que plusieurs affaires judiciaires en 2014 ont mis en évidence « les difficultés de la communauté dalit à obtenir justice » et « l’échec des autorités judiciaires ». Le rapport souligne cet élément en citant la persistance de la pratique de l’ébouage manuel – le nettoyage à la main des déchets humains par des dalits – malgré les lois qui l’interdisent et un verdict de la Cour suprême en 2014 rappelant que la Constitution de l’Inde oblige l’Etat à mettre fin à cette pratique.

Ces rapports font également écho au dernier rapport par pays sur les droits humains du Département d’État des États-Unis (le rapport 2014 n’a pas encore été publié). Dans son rapport Inde, le Département d’Etat écrit :

« Bien que la loi protège les dalits, ils ont subi la violence et une discrimination significative face à l’accès aux services, comme les soins de santé, l’éducation, la fréquentation du temple, et le mariage. Beaucoup de dalits ont souffert de malnutrition. La plupart des travailleurs asservis (forme d’esclavage, NdT) étaient dalits. Des dalits qui ont revendiqué leurs droits étaient souvent attaqués, en particulier dans les zones rurales. Comme ouvriers agricoles au service des propriétaires fonciers de castes supérieures, les dalits travaillaient souvent sans rémunération. Des rapports du Comité de l’ONU sur l’élimination de la discrimination raciale décrivent des abus systématiques des dalits, y compris des exécutions extrajudiciaires et des violences sexuelles envers les femmes dalits. Les crimes commis par les Hindous de caste supérieure contre les dalits sont souvent restés impunis, soit parce que les autorités n’ont pas poursuivi les auteurs ou parce que les victimes n’ont pas signalé les crimes par crainte de représailles. » (Département d’Etat américain)

Le rapport du Département d’État cite plusieurs exemples. En outre, dans son rapport sur le Népal, il écrit : « En dépit de l’adoption de la loi sur la discrimination de caste et l’intouchabilité en 2011, un système rigide des castes a continué à fonctionner dans tout le pays dans de nombreux domaines liés à la religion, à la profession et à la vie quotidienne. La discrimination sociale envers les castes inférieures, les femmes et les personnes handicapées est demeurée rampante, en particulier dans les zones rurales … »

Viol et violence contre les femmes dalits

Les trois rapports soulignent l’importance du viol et de la violence contre les femmes dalits. Le rapport d’Amnesty International indique qu’au Népal, « les femmes appartenant à des groupes marginalisés, notamment les femmes dalits et les femmes pauvres, étaient particulièrement défavorisées car elles étaient victimes de formes multiples de discrimination. En Inde, les femmes et les filles dalits faisaient toujours l’objet de discriminations et de violences multiples liées à la caste. » (Amnesty International)

Le rapport du Département d’Etat américain note ceci : « Les statistiques nationales sur la criminalité ont indiqué que, par rapport à d’autres castes, le viol a été le plus fortement rapporté chez les femmes dalits » et que « l’absence de garanties de l’application des lois et la corruption généralisée limitent l’efficacité des lois. » (Département d’Etat américain)

Il s’inquiète aussi des pratiques de travail en servitude affectant directement les femmes dalits.

Travail en servitude, travail des enfants et autres obstacles à l’éducation des enfants dalits

Le rapport de Human Rights Watch met en lumière la pratique de l’ébouage manuel et le Département d’État des États-Unis attire l’attention sur le système Sumangali dans l’industrie textile au sud de l’Inde.

« Au cours de leurs années de servitude pour cause d’endettement, les femmes ont été soumises à de graves violations sur leurs lieux de travail, à des restrictions sévères de la liberté de mouvement et de communication, à des abus sexuels, à l’exploitation sexuelle, au trafic des êtres humains et à la mort. La majorité des ouvrières asservies engagées dans le système Sumangali sont des dalits, … la plupart de ces ouvrières n’ont pas signalé des abus, par peur de représailles. » (Human Rights Watch)

Le travail en servitude des enfants et la discrimination contre les dalits ont également entravé gravement leurs possibilités de poursuivre leurs études.

Faisant écho aux conclusions de son rapport 2014 « Ils disent que nous sommes sales », sur l’éducation en Inde, le rapport indique également que, « de par les discriminations subies, en raison du manque de soutien suffisant dans les écoles publiques, ou à cause de pressions financières, des millions d’enfants, en particulier des dalits vulnérables, des adivasis et des communautés musulmanes, abandonnent rapidement leurs études et commencent à travailler. » (Human Rights Watch)

Le rapport d’Amnesty International indique également que les mesures prévues pour assurer l’éducation des familles défavorisées en Inde ont été « mal appliquées » et que « les enfants dalits et adivasis ont continué à être discriminés à l’école ».

En matière d’accès à l’éducation, le Département d’État des États-Unis se réfère à des rapports d’organisations non gouvernementales indiquant que, « au cours de l’année, certaines autorités scolaires ont écarté les enfants dalits de la prière du matin, demandé aux enfants dalits de s’asseoir à l’arrière de la classe, ou forcé des enfants dalits à nettoyer les toilettes de l’école tout en leur refusant l’accès aux mêmes installations. Ces rapports signalèrent également que des enseignants refusèrent de corriger les devoirs des enfants dalits ou de fournir des repas de midi aux enfants dalits, et leur demandèrent de s’asseoir séparément des enfants de familles de caste supérieure. » (Département d’État américain)

Source: IDSN

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