INDE – Doctorat pour la fille de la prostituée du temple

Feb 19 2015

INDE – Doctorat pour la fille de la prostituée du temple


En Asie du Sud, nombreuses sont encore les femmes dalits forcées à la prostitution, et notamment dans les temples.  Photo J.Carlsen, IDSN

En Asie du Sud, nombreuses sont encore les femmes dalits forcées à la prostitution, et notamment dans les temples.
Photo J.Carlsen, IDSN

BELAGAVI (Belgaum). Il y a très peu d’enfants de devadasis qui poursuivent des études supérieures en raison de leur situation sociale et financière. En effet, les jeunes filles dalits offertes au temple en tant que prostituées du temple n’arrivent que très rarement à sortir de leur situation d’esclavage. Mais Suvarna Shanta Madar, 36 ans, la fille d’une devadasi d’un village du Karnataka, vient d’obtenir son doctorat, après avoir vaincu tous les obstacles sur son chemin.

Elle a terminé ses études universitaires en 2002 et a obtenu ensuite une maîtrise. Son doctorat, elle l’a consacré à l’étude du système devadasi. C’est l’Université des femmes de l’État du Karnataka, à Vijayapura, qui lui a octroyé son doctorat l’an dernier pour sa thèse « Etude économique du Programme de réhabilitation des Devadasis dans le district d’Athani ».

Elle a fait des recherches sur cinq programmes gouvernementaux pour l’éradication du système devadasi et pour favoriser le bien-être des devadasis, y compris les programmes de logement, d’allocations financières, de réhabilitation et d’autonomisation.

« J’avais l’habitude de vendre des noix de coco, du curcuma, de l’huile, des fleurs et d’autres choses au temple Renuka Yallamma dans le village avant et après l’école. Cela nous a fourni le stricte nécessaire. La pauvreté restait notre plus grand ennemi. Comme j’avais vécu personnellement le système devadasi dans ses pires états, j’ai choisi ce sujet pour ma thèse», a-t-elle déclaré au journal Times of India.

En 1993-1994, le gouvernement de l’État avait mené une enquête auprès des prostituées de temple, ce qui a conduit à une allocation mensuelle de 500 Roupies (moins de 10€) octroyée à sa mère. Le montant a aidé à couvrir les dépenses du ménage. Suvarna a deux sœurs et un frère. Une sœur a rejoint la police et l’autre est infirmière. Son frère est journalier. Suvarna travaille actuellement comme conférencière invitée au collège local.

Sa mère, Shanta Madar, est très heureuse de la réussite de sa fille. Elle souhaite que sa fille obtienne un emploi permanent du gouvernement. Suvarna rajoute : « Si je ne suis pas encore mariée, c’est pour réaliser quelque chose. Ma première priorité est d’obtenir un emploi permanent, ce qui est aussi le rêve de ma mère. »

L’agent de district du programme de réhabilitation des devadasis, MK Kulkarni, a écrit à la Société de développement des femmes il y a une quinzaine de jours pour publier la thèse de Suvarna Madar. Il a dit que la mère et la fille devraient être honorées publiquement à l’occasion de la Journée de la femme. « Ce n’est pas un mince exploit pour une fille devadasi et c’est une source d’inspiration pour les autres”, a déclaré M. Kulkarni.

Source: Times of India

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