PAKISTAN : Trois années consécutives de sécheresses dévastatrices causent la mort de nombreux enfants dalits à Tharparkar

Feb 16 2015

PAKISTAN : Trois années consécutives de sécheresses dévastatrices causent la mort de nombreux enfants dalits à Tharparkar


MITHI, janvier 2015. L’entrée principale de l’hôpital civil de Mithi, chef-lieu du district de Tharparkar dans la province du Sindh, au sud du Pakistan, est bloquée par deux hommes portant des vêtements traditionnels et des turbans. Ils s’efforcent de consoler une femme en pleurs qui éprouve beaucoup de peine à respirer. Elle vient de perdre son petit garçon, âgé de deux ans, et les deux hommes qui la soutiennent sont des membres de sa famille, ceux-là mêmes qui avaient porté l’enfant à l’hôpital quelques heures auparavant. Malheureusement, les médecins ont été incapables de lui sauver la vie.

Pendant les deux derniers mois, des dizaines de personnes – en majorité de jeunes enfants – sont mortes de famine, incapables de résister à la terrible sécheresse qui s’est abattue sur la région pour la troisième année consécutive. Fin 2014, on comptait déjà 650 morts et au cours du mois de janvier 2015, ce chiffre n’a cessé d’augmenter.

Des sécheresses récurrentes font penser à une mauvaise gestion.

Dans la mesure où les sécheresses sont de plus en plus régulières dans le district de Tharparkar, certains se posent la question de savoir pourquoi le gouvernement de la province du Sindh n’a pas encore prévu de plan d’urgence, malgré les preuves incontestables qui soulignaient la nécessité de prévoir des stocks d’aliments additionnels pendant les mois de la mousson – de juillet à septembre – au cas où les chutes de pluie seraient insuffisantes. Jusqu’à ce jour, aucun plan d’urgence n’a, en effet, été mis en œuvre pour venir en aide aux résidents les plus vulnérables. « La pauvreté des moyens mis en œuvre par le gouvernement provincial a aggravé l’intensité du désastre. Des enfants sous-alimentés mouraient en grand nombre, de même que le bétail par manque de fourrage » disait Amar, un journaliste local, à l’agence de presse IPS. Il faut savoir que l’agriculture et l’élevage sont les principales sources de revenu dans le district. Ce ne sont pas des travaux faciles dans une région aride où la récolte d’eau de pluie et les puits souterrains – parfois d’une profondeur de plus de 100 m – fournissent les seules sources d’eau douce. Et dans la mesure où la région abrite un pourcentage élevé d’hindous (35,6%) – et des dalits en particulier –, d’aucuns se posent la question si l’inaction du gouvernement n’est pas délibérée.

Les ONG  s’efforcent de faire face

Les efforts indépendants déployés pour enrayer la crise se sont avérés incapables de limiter le nombre de morts qui ne cessait de croître. L’ONG pakistanaise FIOH (L’Avenir en nos mains) a organisé des services d’aide au plan local mais s’est sentie dépassée par l’ampleur de la tâche et n’a pu donner une réponse adéquate pour l’ensemble du district qui compte 2 300 villages s’étendant sur une superficie de 22 000 km².

Les anciennes inégalités structurelles qui caractérisent la région exacerbent aujourd’hui l’impact de la sécheresse. Plusieurs recherches indiquent clairement que Tharparkar a l’index de développement humain le plus bas de tous les 25 districts de la province du Sindh. La malnutrition et la pauvreté extrême des installations des soins de santé, qui restent toujours une triste réalité, contribuent ces temps-ci à une hausse sensible du nombre de décès lorsque beaucoup de résidents, surtout des enfants, sont victimes de diarrhées et de pneumonies. Il faut encore ajouter à ce tableau la pratique obstinée de mariages d’enfants qui sont responsables des taux élevés de mortalité infantile et des décès de jeunes mères.

Négligence des services de santé et de l’administration ?

Récemment une enquête judiciaire portant sur la situation à Tharparkar a été ouverte. Elle est en cours depuis le mois de novembre 2014 et a déjà mis en lumière que 20 % des professionnels de la santé et des fonctionnaires du gouvernement provincial, originaires du district frappé par la sécheresse, n’y assumaient aucune responsabilité ! Aussi un premier rapport n’hésitait pas à écrire en toutes lettres que ces personnes devraient retourner dans leur district afin d’y mettre au service de la population leur connaissance de la région et de ses problèmes

Le gouvernement provincial réfute de telles allégations de négligence ou d’un parti pris basé sur le caractère ethnique et religieux de la région. Le sénateur Taj Haider, coordinateur du Comité d’Aide à Tharparkar, déclarait même : « Nous avons prévu et formulé un plan d’installations de 750 unités d’osmose inversée dans le désert de Tharparkar qui devraient être opérationnelles dès juillet 2015 » et il ajoutait toujours au représentant d’IPS que « cette mesure fournirait à Tharparkar un apport d’eau suffisant tant pour les ménages que pour l’irrigation des terres, permettant ainsi d’éviter dans le futur les tragédies dues à la sécheresse. »

D’après un article de Inter Press Service (IPS)

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