INDE – L’exclusion de castes est la clé d’une prospérité partagée

Feb 09 2015

INDE – L’exclusion de castes est la clé d’une prospérité partagée


S’adressant au Conseil indien des affaires mondiales (Indian Council of World Affairs), le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, a souligné la nécessité d’une croissance inclusive pour une prospérité partagée. « Des millions de dalits, tribaux et d’autres encore sont victimes de discriminations, en particulier les femmes et les filles », précisa-t-il. Lors d’une visite au Gujarat, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a également mis en garde l’Inde, signalant que l’Inde était bien une économie en croissance rapide, mais que « la société indienne a développé une exclusion durable qui s’appuie, entre autres, sur l’identité des castes. Ce biais peut entraver la prospérité partagée, servant de base à la discrimination dans de nombreux domaines, y compris en matière d’emploi et d’autres marchés, ainsi que dans les services publics. »

Ban Ki Moon (ONU) et Jim Yong Kim (BM)

Jim Yong Kim (BM) et Ban Ki Moon (ONU)

La référence à la caste dans ces deux discours de haut niveau est d’une grande importance, dans la mesure où 200 millions de dalits indiens continuent de subir une discrimination et une violation de leurs droits fondamentaux, ce qui entrave leurs possibilités de participer à la croissance et au progrès de l’Inde. La résolution des problèmes graves liés à la violence et la discrimination envers les femmes en Inde a également été un point clé dans les deux discours.

Ban Ki-Moon a parlé des efforts historiques pour éliminer la discrimination fondée sur la caste et de la nécessité de se concentrer sur une croissance inclusive pour apporter une prospérité partagée.

La discrimination de castes fut aussi le point clé dans le discours de Jim Yong Kim, Président de la Banque mondiale. Tout en louant la croissance économique de l’Inde et les stratégies du Premier ministre Narendra Modi, Jim Yong Kim a exprimé son assurance que « le gouvernement en est bien conscient. Ses contributions au fonds pour les entrepreneurs des castes répertoriées (dalits) et son attention pour que l’argent prévu pour les tribus les atteigne effectivement, sont des réponses éthiques et économiquement saines. »

Toutefois, en ce qui concerne les fonds destinés aux dalits, l’administration de ces fonds par l’Etat a été loin d’être convaincante, car environ 60% des fonds prévus pour les castes et tribus répertoriées ont toujours été détournés par les gouvernements successifs pour couvrir des postes budgétaires autres.

Au fil des années, la Campagne nationale sur les droits humains des dalits (NCDHR) s’est battue, dans le cadre d’une coalition nationale, pour mettre fin à ce détournement de fonds destinés à lutter contre la pauvreté et l’exclusion des populations les plus marginalisées en Inde. Malheureusement, jusqu’à présent, le détournement des fonds se poursuit et la coalition négocie actuellement avec le Ministre des Finances pour l’exhorter à résoudre ce problème de toute urgence dans le cadre des budgets 2015-2016.

Le président de la Banque mondiale a terminé son discours réaffirmant la vision de Martin Luther King :

« Dr. King s’est battu pour les droits civiques aux États-Unis et la justice pour les pauvres dans le monde entier. Il nous a montré que, pour apporter un changement historique, nous devons plier avec force l’arc de l’histoire vers la justice … En effet, de toutes les choses à faire en Inde, le plus important pour nous tous est de créer, dès aujourd’hui, le fondement même d’un monde libéré de la pauvreté ».

Alors que l’Inde progresse peut-être en termes économiques, le vrai progrès vers la justice pour tous ses citoyens, y compris les dalits, laisse à désirer. Il reste aussi à voir si les assurances du gouvernement affirmant qu’il va s’attaquer aux goulots d’étranglement pour que les dalits puissent accéder aux fonds qui leur sont destinés, se traduisent en actes.

En ce qui concerne la préoccupation de la Banque mondiale face à la persistance de la discrimination fondée sur la caste, le Réseau international de solidarité dalits (IDSN) rappelle que, dans une lettre conjointe au Président de la Banque mondiale du mois de décembre dernier, 27 Rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont signalé leur vive préoccupation que les groupes vulnérables et marginalisés restent « pratiquement sans protection dans les projets de la Banque mondiale ». Comme la Banque mondiale revoit actuellement son document de politique environnementale et sociale, IDSN demande avec insistance que les groupes touchés par la discrimination fondée sur la caste soient explicitement mentionnés dans le document final.

Source: IDSN

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