INDE : Des jeunes filles dalits traitées comme des esclaves modernes dans l’industrie textile

Dec 08 2014

INDE : Des jeunes filles dalits traitées comme des esclaves modernes dans l’industrie textile


FlawedFabrics - couvertureUn récent rapport, publié à la fin du mois d’octobre 2014 et consacré aux formes modernes d’esclavage dans les filatures indiennes, fait apparaître que, malgré les initiatives prises pour mettre fin à la pratique de travaux forcés, la situation actuelle reste alarmante. Les efforts déployés par des marques de vêtements et des distributeurs au détail pour mettre un terme à ces abus manquent tant de considérations d’échelle que d’authentique conviction. A cause de leur statut de marginalisées et de leur incapacité d’avoir accès à des opportunités alternatives, la majorité des jeunes filles travaillant dans ces usines est constituée de dalits.

Le rapport intitulé « Flawed Fabrics » (Tissus défectueux), diffusé par le Comité indien des Pays Bas (ICN) et le Centre de recherches sur les corporations multinationales (SOMO), indique que des jeunes filles ayant à peine 15 ans sont toujours soumises à des conditions de travail épouvantables, qui sont en réalité des travaux forcés dans les filatures du Sud de l’Inde. Elles vivent dans des dortoirs ou foyers rudimentaires qui sont gérés, directement ou indirectement, par les propriétaires des usines, et elles ne sont pratiquement jamais autorisées à quitter l’enceinte de l’entreprise. Les filatures qui ont fait l’objet des recherches comptent parmi leurs clients des sociétés occidentales comme C&A et des usines de vêtements au Bangladesh. La compagnie hollandaise s’est d’ailleurs dite préoccupée et prête à agir si les informations confirment que les normes de production ne sont pas respectées.

On a découvert que les filatures en question recrutaient des jeunes filles pauvres et marginalisées, principalement des dalits, en persuadant  leurs familles par de fausses promesses concernant l’éducation, les conditions de vie décentes dans les dortoirs, les conditions légales de travail et le paiement de primes en fin de contrat qui ne sont souvent pas octroyés lorsque les travailleuses terminent leur emploi. Selon le rapport, ce que vivent les jeunes filles est en réalité une semaine de travail de 68 heures, sans aucun contrat de travail ni feuilles de paie, et des séjours dans des locaux fermés tant pendant leurs prestations qu’après leurs heures de travail. Quant aux promesses de promouvoir l’éducation de ces travailleuses, une des jeunes filles interviewée exprime le commentaire suivant : « Je n’aime pas travailler dans cette filature. Mes parents m’ont envoyée ici. Lors du recrutement, ils ont demandé à l’agent de la filature si l’usine pouvait assurer la poursuite de mon éducation scolaire. L’agent a répondu affirmativement, mais, jusqu’à présent, l’usine n’a rien fait pour que je puisse poursuivre mes études. »

Une des critiques majeures souvent exprimées par les jeunes travailleuses interviewées est l’absence de liberté : elles ne peuvent quitter ni leur logement, ni l’usine. En outre, elles craignent les chefs de service de l’usine et souffrent de ne pouvoir contacter librement leurs familles. Une de ces jeunes filles s’exprime ainsi : « Je n’aime pas le dortoir, nous n’y trouvons aucune activité récréative, nous n’y avons aucun contact avec le monde extérieur…Le dortoir est très éloigné de la ville… Notre vie devient semblable à celle de prisonniers. »

Les violations des droits humains fondamentaux et des droits du travail sont très fréquentes dans les filatures visitées. Celles-ci portent surtout sur la liberté de mouvement, sur la liberté d’association et incluent aussi des violations proches de ce qu’on pourrait décrire comme des situations de travaux forcés.

Le rapport fait aussi remarquer qu’au cours des dernières années, des organisations de la société civile, diverses entreprises, des hommes d’affaires et des fonctionnaires du gouvernement ont entrepris plusieurs initiatives visant à réduire les abus dans la mise en œuvre de la législation sur le travail au Tamil Nadu. Cependant les efforts émanant d’entreprises acheteuses de produits finis restent limités et ne s’intéressent souvent qu’aux entreprises qui produisent de tels produits finis. En d’autres mots, ils ne se focalisent nullement sur les phases antérieures de la production tels la filature, le tissage ou encore la teinture.

Quand les enquêteurs demandèrent aux travailleuses ce qu’elles souhaiteraient voir changer, elles répondirent qu’elles aimeraient être autorisées à sortir, à gagner assez d’argent que pour pouvoir épargner, à pouvoir visiter leurs familles plus souvent et aussi à posséder un téléphone portable de manière à pouvoir parler librement aux membres de leurs familles sans la présence d’un superviseur.

Sources : India Committee of the Netherlands & IDSN

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