INDE / AFRIQUE DU SUD – Dalits et Noirs : mêmes discriminations, mêmes violences, mêmes stratégies

Dec 03 2014

INDE / AFRIQUE DU SUD – Dalits et Noirs : mêmes discriminations, mêmes violences, mêmes stratégies


En Inde, l’interdiction de l’intouchabilité n’a pas signifié la fin de la souffrance pour les dalits. En Afrique du Sud, la fin de l’apartheid n’est pas synonyme de fin de la souffrance pour les noirs.

Photo: Claude Mormont - Entraide et Fraternité

Photo: Claude Mormont – Entraide et Fraternité

Tel est le constat commun de Satyendra Kumar, Manoj Nayak, Thulile Hlengwa, Zandile Nsibande et des autres participants qui se sont rencontrés en octobre dernier au Kwazulu-Natal en Afrique du Sud pour un séminaire sur la démocratie participative et les mouvements populaires. L’ONG belge Entraide et Fraternité avait invité une vingtaine de ses partenaires à un partage de vécu et de stratégies pour construire de véritables mouvements sociaux et pour promouvoir les droits des enfants. C’est ainsi que les Indiens Satyendra et Manoj se sont retrouvés avec des Sud-Africains, des Zimbabwéens et un Malgache. Si la distance qui les sépare se mesure en milliers de kilomètres, tous se sont rapidement rendu compte que leur vie et leur combat sont fort similaires.

L’échange avec les communautés du mouvement Abahlali a clairement montré, si besoin était, que la violence à laquelle les noirs engagés en Afrique du Sud pour faire valoir leurs droits est comparable à celle dont souffrent les dalits qui luttent pacifiquement pour l’égalité et le respect en Inde. Des deux côtés, de simples citoyens paient de leur vie cet engagement pour plus de justice.

Photo: Claude Mormont - Entraide et Fraternité

Photo: Claude Mormont – Entraide et Fraternité

Mais les stratégies se rencontrent également. C’est ainsi que Satyendra s’est senti presque chez soi parmi les enfants du groupe sportif Sunflower qui ne constituent pas seulement une équipe de foot féminin, mais utilisent, comme en Inde, des stratégies de jeu pour faire avancer la paix dans leurs communautés. Et tous ont souligné l’importance de rassembler les enfants et les jeunes dans des mouvements populaires visant en particulier une éducation sans discriminations, car ils y amènent leurs propres réflexions, énergies et innovations.

Et quand le Père Manoj évoque l’expérience douloureuse des conflits interreligieux à Kandhamal (Odisha) en 2007-2008 et les stratégies déployées en Inde pour renforcer le mouvement dalit au niveau local et son action politique au niveau national, ses propos tombent sur un terrain fertile en Afrique, car pour les délégations présentes, un mouvement populaire fort et des contacts politiques ciblés permettent aux exclus de faire valoir leurs droits et de faciliter une véritable inclusion sociale, culturelle et politique.

Pour les communautés sud-africaines qui accueillaient cette délégation intercontinentale, la joie était grande. Il s’agissait d’un signe tangible d’ouverture et de reconnaissance qui leur permet de renforcer leur lutte pacifique.

Quant aux hôtes indiens qui ont fait le grand déplacement, ils se sont vraiment sentis proches des communautés noires rencontrées, se distanciant ainsi de leur illustre précurseur, le Mahatma Gandhi, qui a vécu en Afrique du Sud au début du 20e siècle, plus proche du gouvernement de l’époque que de la population noire majoritaire.

 

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