NEPAL – Les filles dalits particulièrement vulnérables au mariage des enfants

Oct 01 2014

NEPAL – Les filles dalits particulièrement vulnérables au mariage des enfants


Dans une analyse intitulée «Népal: pourquoi le mariage des enfants persiste”, basée sur des données recueillies par Save the Children, World Vision et Plan, le service de presse IRIN News souligne que les filles dalits constituent un groupe particulièrement à risque pour des mariages d’enfants au Népal, et que des efforts concertés sont nécessaires pour améliorer le bien-être social des dalits dans ce pays.

Jeune fille dalit au Népal Photo: Jakob Carlsen

Jeune fille dalit au Népal
Photo: Jakob Carlsen

Rami Biswokarma a 33 ans et est mariée depuis 20 ans. Son village de Kateghari dans l’ouest du district de Surkhet au Népal a connu plusieurs campagnes contre le mariage des enfants, mais, selon elle, peu de choses ont changé. “Seul l’âge des mariées est passé de 12 à 16 ans maintenant”, a-t-elle déclaré à IRIN.

Biswokarma est analphabète. Elle s’occupe de sa petite ferme et a cinq filles adolescentes et un fils de 20 ans. Elle est également dalit, l’échelon le plus bas du système de castes hindou. Malgré les lois qui interdisent le mariage des enfants et de nombreuses campagnes de sensibilisation le concernant, les données nationales montrent que les mariages d’enfants sont particulièrement fréquents chez les dalits ; les experts attribuent ce phénomène à la pauvreté persistante et à l’analphabétisme de cette population historiquement marginalisée.

Tikaram Acharya, directeur de l’ONG Social Awareness Centre (SAC), insiste: « La difficulté des dalits est due à l’extrême pauvreté et aux taux élevés d’analphabétisme qui contribuent au mariage des enfants dans la communauté dalit ; et à moins que cela ne change, nous n’éliminerons jamais ce problème. »

Selon le recensement de 2011, plus de 750.000 femmes au Népal se sont mariées à l’âge de 10 à 14 ans. Plus de la moitié des filles et femmes entre 15 et 19 ans (soit 2,7 millions sur 4,3 millions) ont déclaré qu’elles sont mariées, ce qui signifie que plus de 73 pour cent des filles sont mariées avant l’âge de 19 ans (l’âge adulte).

Mais le phénomène du mariage des enfants est particulièrement important dans la communauté dalit, selon le rapport publié en 2012 par Save the Children, World Vision et Plan. Et les experts insistent que des interventions ciblées sont nécessaires pour aider les dalits à inverser cette tendance inquiétante.

Les risques liés aux mariages des enfants

«Des études ont montré que les jeunes filles mariées sont souvent victimes de violences sexuelles et domestiques, leur santé est sujette à risque et elles n’ont aucune perspective d’avenir », explique Ola Perczynska, directrice du programme népalais de l’ONG internationale Her Turn basée à Katmandou.

Selon le rapport conjoint de 2012, les filles qui se marient jeunes souffrent de complications liées à la grossesse, de mortalité infantile et maternelle, de malnutrition de la mère et de l’enfant ainsi que de problèmes psychologiques, y compris la dépression, de relations conjugales violentes et de suicides.

« Quand une jeune fille mariée tombe enceinte, le risque de mourir pendant l’accouchement est cinq fois supérieur à celui des femmes dans leur vingtaine, et c’est une des raisons principales pour pousser à retarder l’âge du mariage », explique Giulia Valais, représentante au Népal du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP).

Selon le Rapport sur ​​le développement humain du Népal (2014), les dalits représentent 13 pour cent des 27,4 millions d’habitants du Népal, et 43,6 pour cent des dalits vivent dans l’extrême pauvreté, avec moins d’un dollar US par jour. Quarante-huit pour cent sont analphabètes.

« Le faible indice de développement humain et les mauvais indicateurs sociaux de la population dalit doivent absolument être améliorés, sinon il sera très difficile d’éliminer le mariage des enfants », explique Tanka Biswakarma, militant pour les droits des dalits et vice-président de l’ONG Dalit Welfare Organization.

« Cela nous préoccupe fortement quand une de nos élèves de famille dalit se marie dès qu’elle atteint l’âge de 15 ans », déclare Bal Bahadur Thapa, directeur d’une école secondaire au village de Kateghari. Plus de six filles sur 100 de son école se sont mariées dans les deux dernières années, a-t-il dit.

Un appui gouvernemental nécessaire

Attirant l’attention sur la pauvreté en tant que principal moteur du mariage des enfants, les experts affirment qu’il reste encore beaucoup à faire pour aider les familles dalits.

« Un tout nouveau système doit être créé dans lequel toutes les parties prenantes impliquées doivent être responsabilisées », déclare Kirti Thapa, un spécialiste de la protection des enfants à l’ONG népalaise Save the Children (SCF).

Thapa explique que le mariage des enfants ne doit plus être traité seulement comme une question de protection pour les filles concernées, mais que le sujet doit être intégré dans l’ensemble des interventions humanitaires et économiques en faveur des communautés les plus pauvres, en particulier les dalits.

Une coalition comprenant des ONG internationales, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) ont travaillé avec le gouvernement pour élaborer une nouvelle stratégie nationale exclusivement centrée sur le mariage des enfants.

« La stratégie nationale pour mettre fin aux mariages d’enfants devrait non seulement avoir un impact au niveau politique mais apporter également un changement dans le système gouvernemental global et à la base de la communauté, y compris dans les croyances des gens et les normes sociales”, a déclaré Nafisa Binte Shafique, chef de programme à UNICEF Népal.

 

Extraits tirés de l’article « Népal: pourquoi le mariage des enfants persiste » dans IRIN News du 17 août 2014

 

 

 

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