Grande-Bretagne: La discrimination de caste débattue à Westminster

Jul 16 2014

Grande-Bretagne: La discrimination de caste débattue à Westminster


Le 9 juillet dernier, des parlementaires britanniques ont interpellé Mme Helen Grant, secrétaire d’Etat pour les Femmes et l’Egalité, sur la situation des dalits en Grande-Bretagne. A la base de cette interpellation, le fait que des mariages aient été refusés parce que les époux étaient  de castes différentes, que des dalits ne puissent avoir accès à certains lieux de culte ou qu’ils soient considérés comme des êtres inférieurs.

En Grande-Bretagne, la communauté des Asiatiques du Sud, principalement les Indiens et Pakistanais, compte près de 4,5 millions de personnes, dont environ 860.000 de dalits. Et selon le député Adam Holloway, des enquêtes ont révélé que 58% d’entre eux estiment être confrontés à des discriminations à cause de leur caste. Plus important, 80% des dalits britanniques croient que la police ne comprend pas cette discrimination si une plainte est  déposée. Toujours selon cette enquête, certains dalits se sont vus refuser une promotion professionnelle à cause de leur statut d’intouchable, alors que d’autres dalits se disent victimes d’humiliations ou d’harcèlements.

D’où la question que se pose le député : « Y aurait-il un apartheid caché sur notre île ? »

Si les discriminations envers les dalits sont de mieux en mieux connues en Asie du Sud, le débat parlementaire d’une demie heure à Londres montre à l’évidence que le problème s’est exporté à travers le monde entier où vit la diaspora indienne, pakistanaise, etc.

En 2010, le gouvernement travailliste avait d’ailleurs inclus dans la loi sur l’Egalité une possibilité d’amendement, assimilant la caste à la race, afin de pouvoir poursuivre des actes de discrimination basés sur la caste. L’amendement est entré en vigueur en avril 2013, interdisant toute discrimination de caste. Mais des zones d’ombre persistent, et le gouvernement actuel a prévu une consultation jusqu’après les élections de 2015 pour se prononcer définitivement.

Appuyé par plusieurs autres parlementaires, M. Holloway a dès lors conclu en présentant trois questions à la ministre en charge des questions d’égalité : Pourquoi prévoir un calendrier qui va au-delà des élections parlementaires de 2015 ? Le gouvernement entendra-t-il les groupes et communautés de la société civile impliqués dans l’enquête mentionnée plus haut ? Et quand le document pour la consultation sera-t-il publié ?

Dans sa réponse orale en fin du débat, Mme Grant a rappelé que le gouvernement britannique ne tolère pas des discriminations illégales ou autres préjudices dans la société. Cela s’applique, selon elle, aux questions concernant la caste, la race, la religion ou la croyance. « Je voudrais être claire », a-t-elle poursuivi, « le gouvernement éprouve toute sa sympathie avec les gens dans ces situations. L’expérience d’un tel antagonisme et d’une exclusion de la part de sa propre communauté doit être incroyablement pénible. » Et de rappeler que le gouvernement fait tout pour introduire une législation qui rend illégale toute discrimination de caste. Mais d’après elle, la question est très complexe. Une recherche scientifique a dès lors été commanditée avant de lancer une consultation plus large. Malgré les premières conclusions de la recherche publiées au printemps 2014, la ministre dit avoir postposé jusqu’en automne de cette année la consultation suite à de nouvelles questions juridiques apparues au cours de l’année et se dit ouverte à entendre les groupes concernés.

Elle rappelle que la question reste sensible et qu’elle prendra le temps qu’il faut afin de préparer une législation offrant une protection correcte pour tous ceux qui en ont besoin.

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