Dalits et Objectifs du millénaire : l’Inde peut faire mieux

Jun 27 2014

Dalits et Objectifs du millénaire : l’Inde peut faire mieux


Les dalits manifestent à Delhi pour plus de justice (Photo A. Noiret)

Les dalits manifestent à Delhi pour plus de justice (Photo A. Noiret)

A environ  an de la fin de la date butoir pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement, l’Inde a fait de sérieux pas pour réduire de façon drastique l’extrême pauvreté et pourra probablement atteindre, à peu de choses près, certains indicateurs liés à cet Objectif numéro 1. Malheureusement, les nouvelles sont moins bonnes pour les dalits, car l’écart se creuse entre ces derniers et les populations pauvres des autres castes.

Selon les chiffres publiés par les Nations Unies et se basant sur le rapport 2009 du gouvernement indien, ce dernier espère arriver à un taux de pauvreté de 22,1% en 2015, alors que l’objectif initial était de réduire de moitié le taux initial pour arriver à un taux de 18,6%. Mais les pourcentages concernant la population dalit s’écartent de cette moyenne nationale ; ils sont passés de 48,3% en 1993-1994 à 29,6% en 2009-2010, et l’écart par rapport à la moyenne nationale va en grandissant.

C’est ce qui ressort du Travail de fin d’études présenté par Alice Noiret à l’école HEPN de Namur (Belgique) en vue d’obtenir le baccalauréat en Coopération internationale. Analysant les données recueillies lors de son stage au NCDHR (National Campaign on Dalit Human Rights) basé à Delhi, Alice Noiret arrive à la conclusion qu’une approche qui ne tient pas compte de façon explicite de la stratification en castes de la société indienne, lèse une nouvelle fois les dalits, déjà marginalisés et discriminés à de nombreux égards.

Plutôt que de promouvoir la charité envers les dalits, elle plaide pour une reconnaissance de leurs droits humains et sociaux afin que justice soit faite. Et qui dit reconnaissance de droits en Inde dit également lutte contre l’impunité rampante dans ce pays à l’échelle d’un sous-continent. En effet, depuis l’indépendance acquise en 1947 et l’acceptation de la Constitution deux ans plus tard, l’Inde n’a pas manqué de passer des lois protégeant et favorisant les catégories plus vulnérables, en particulier les dalits. Mais faute d’une application scrupuleuse de ces législations qui incluent la prévention de la violence à l’égard des dalits et des populations tribales ou encore des mesures pour favoriser leur accès à l’enseignement et à l’emploi, ils restent à la traîne de la société indienne et les « champions » de la pauvreté.

Pour changer cette situation, il faudrait améliorer la législation existante et l’appliquer de façon correcte. L’action récente en vue de la révision de la loi contre les atrocités subies par les dalits en est un bel exemple, montrant l’importance des luttes courageuses des dalits pour le respect de leur dignité humaine. Mais en outre, il faudra un changement d’attitude de la part des castes privilégiées qui bénéficient de la situation actuelle ; mais cette volonté de changement conduisant à de véritables transformations structurelles existe-t-elle ? C’est sur cette question et d’autres encore qu’Alice Noiret ouvre le débat, car une solution miracle à très court terme n’existe pas dans ce pays dont l’histoire a montré plus d’une fois une certaine rigidité face au changement, en particulier en ce qui concerne le système de castes.

Les marques de solidarité sur le plan international voire mondial restent donc primordiales, comme l’avait montré la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud à la fin du 20e siècle.

 

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