INDE – Human Rights Watch: les jeunes marginalisés exclus de l’éducation

May 07 2014

INDE – Human Rights Watch: les jeunes marginalisés exclus de l’éducation


Dalits, adivasis et musulmans risquent le plus le décrochage scolaire et d’être privés d’éducation en Inde. Voilà ce qu’affirme le rapport que vient de publier l’ONG indienne Human Rights Watch « Ils disent que nous sommes sales – Le refus d’une éducation pour les marginalisés de l’Inde ».

Les auteurs du rapport ont interrogé des centaines d’étudiants, de parents, d’enseignants et de fonctionnaires qui ont peint une image claire de l’échec de la loi indienne pour le droit à l’éducation, en raison des orientations inadéquates et de l’incapacité de l’Etat et des pouvoirs locaux à mettre en œuvre des lois et des lignes directrices destinées à lutter contre la discrimination dans les écoles.

Les auteurs concluent qu’«assurer le succès de la loi indienne pour le droit à l’éducation est un projet ambitieux et digne … Mais tant que le gouvernement ne crée et n’applique pas des protocoles de suivi des enfants vulnérables et ne veille pas à ce que les écoles deviennent des lieux propices aux enfants et à l’intégration des enfants marginalisés, le projet va échouer. »

Le rapport comprend de nombreux cas d’enfants dalits qui sont victimes de discrimination à l’école, à tel point qu’ils sont poussés à abandonner leurs études. Le taux d’abandon à l’école primaire pour les enfants dalits est de 51 % alors que la moyenne nationale est de 37%. Celles qui sont les plus durement touchées sont les adolescentes, dont le taux de décrochage est de 64 % et encore plus quand il s’agit de filles dalits, adivasis ou musulmanes.

Le père d’un enfant d’une école publique au Bihar a expliqué aux chercheurs qu’ « ils n’apprennent rien et sont invités à s’asseoir séparément; les repas leur sont servis en dernier, quand souvent il ne reste plus rien. Ils invitent les enfants Kurmis (caste dominante) à s’asseoir devant. Ils chassent les enfants musahars (dalits) et donnent les repas d’abord aux enfants des castes plus hautes. Ils ne donnent que les restes à nos enfants. »

Le rapport cite plein d’enfants dalits qui expliquent qu’ils sont forcés de s’asseoir à part, séparés des autres enfants dans la classe. Les enseignants ne s’en occupent pas ou ne leur donnent pas de livres. Ils doivent prendre leurs repas à des places séparées, ils sont harcelés, agressés et ridiculisés par d’autres enfants et parfois battus par les enseignants.

Satyendra Kumar, directeur de CSEI

Satyendra Kumar, directeur de CSEI

Le rapport cite également le directeur du Centre pour l’équité sociale et l’inclusion basé à Delhi, Satyendra Kumar: « Les enfants dalits sont considérés comme des enfants inférieurs dans les écoles et les écoles renforcent les normes de caste . Quand il s’agit de travaux manuels comme le nettoyage des salles de classe ou de ramassage des ordures, ce sont toujours les enfants dalits à qui on demande de le faire. »

Les facteurs socioéconomiques tels que la pauvreté, le travail des enfants et la migration de travailleurs contribuent également au niveau élevé d’abandon scolaire pour les dalits. Les filles dalits sont souvent mariées très jeunes ou retirées de l’école pour contribuer aux tâches ménagères, au travail dans les champs, dans les fours à briques, le textile, la récolte de chiffons, la mendicité, la garde du bétail ou d’autres travaux. La corruption généralisée est un autre facteur qui influence l’application réelle de la volonté affichée de l’éducation pour tous en Inde.

Au cœur de tout cela se situe le problème d’une mise en œuvre très faible des politiques gouvernementales en matière d’éducation. Cela conduit, malgré des taux élevés de scolarisation, à une faible présence effective aux cours et à des taux d’abandon élevés pour les enfants des communautés marginalisées. Ce système pousse donc les enfants vers le marché du travail et accentue l’échec des politiques gouvernementales pour lutter contre le travail des enfants.

Source : IDSN

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