INDE : Chanchal Kumari, survivante d’une attaque à l’acide

Sep 13 2013

INDE : Chanchal Kumari, survivante d’une attaque à l’acide


Chanchal Kumar a 19 ans et est dalit. Elle rêvait de devenir ingénieur en informatique. Mais une attaque à l’acide a soudainement a mis fin à son rêve. Brûlée au visage à plus de 90%, elle ne perd cependant pas espoir. Voici son témoignage.

Il n’est jamais évident pour une jeune fille dalit de rêver d’un monde meilleur. Les comportements de caste restent définis avec précision au Bihar et il est plutôt rare de voir une personne qui a pu se libérer de ce moule.

Et pourtant, je rêvais de devenir ingénieur en informatique. J’étais encouragée à poursuivre mon rêve par mon propre père, Sailesh Paswan. Ce travailleur du secteur de la construction, payé au jour, gagnait à peine de quoi subvenir aux besoins essentiels de sa famille de quatre personnes.

Il voulait absolument que moi, l’aînée de ses deux filles, soit meilleure que tous les garçons de notre communauté. Aussi, ignorant ses maigres revenus, mon père prit des mesures pratiquement impensables : il m’inscrit dans un collège réputé et veilla aussi à ce que je sois bien préparée à Danapur, près de Patna, pour l’examen d’entrée à la faculté d’ingénierie.

Ma vie n’était jamais simple mais l’espoir d’un avenir meilleur me poussait en avant. Les navettes de mon village de Chitnawan au collège et à l’institut de Danapur me paraissaient interminables. Mais je me forçais et finalement je supportais allègrement ces déplacements journaliers de 22 kilomètres.

Toutefois, tard dans la nuit du 21 octobre 2012, le monde s’effondra autour de moi. Peu avant minuit, quatre jeunes gars de mon village montèrent sur le toit de notre habitation sans étage à Chitnawan, au dessus de la chambre que je partageais avec ma soeur, Sonam. Deux de ces agresseurs se précipitèrent sur moi, me tinrent les mains pendant que les deux autres déversaient environ un litre d’acide sur mon visage. Alors que je me débattais, mes agresseurs riaient et se moquaient de moi. L’un d’eux me cria :«maintenant tu sais que nous faisons ce que nous disons ». Une partie de l’acide tomba sur ma jeune soeur qui s’efforçait de venir à mon secours. Mes cris ameutèrent ma mère, Sunaina, qui se précipita dans notre chambre, tandis que mes agresseurs avaient choisi de rester sur place, pendant de longues minutes, sans doute pour jouir de la scène.

En réalité, ces jeunes gens m’avaient harassée pendant des mois. Ils m’abreuvaient d’insultes odieuses, cherchaient à m’arracher mes vêtements, me suivaient sur leurs motocyclettes quand je me rendais à Danapur pour mes cours. Comme je ne répondais jamais à leurs insultes, ils devinrent plus agressifs et me menaçaient de m’enseigner une leçon que je n’oublierais jamais. Toute concentrée sur ma future carrière, je ne les prenais pas au sérieux. J’avais tort !

Pendant des mois après l’incident, personne ne vint à notre aide. Les autorités locales (chef du village etc…) évitaient de nous rendre visite et refusaient évidemment de nous aider puisque les coupables appartenaient à la communauté dominante. Depuis lors, des campagnes lancées sur internet par diverses organisations non-gouvernementales ainsi que l’action d’un militant social ont incité de nombreuses personnes à s’engager et à m’appuyer financièrement pour les soins médicaux et ma réhabilitation. Un chirurgien esthétique de Ranchi s’est même proposé de me donner un nouveau visage.

Lorsque cette attaque à l’acide fut finalement publiée par les médias, la Commission des castes répertoriées nous octroya, à ma soeur et à moi, une somme de 242.000 roupies indiennes, à diviser entre nous. Cette somme bienvenue mais insuffisante a déjà été entièrement utilisée. Au cous des mois écoulés, j’ai vécu en attendant d’autres aides et en me disant :’ tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ‘ . Mais les autorités gouvernementales n’ont pas fait grand chose. Les médecins de l’hôpital Safdarjung de Delhi m’ont dit qu’il fallait absolument traiter les sévères brûlures de mon visage. Mais nous ne disposons pas des fonds nécessaires pour entreprendre un tel traitement.

Ceux qui ont détruit ma vie sont en prison. Mais mon recours en justice ne progresse nullement. Ni la police, ni le gouvernement ne manifestent la moindre intention de faire avancer les choses. Peut-être s’imaginent-ils que je suis une pauvre fille dalit qui ne mérite pas leur attention…Ou bien faut-il trouver les raisons de ces délais dans le fait que les coupables appartiennent à un groupe dominant ? Je ne sais.

Quant à moi, je compte bien poursuivre mes appels à la justice jusqu’à mon dernier souffle. Mon père me dit que je suis une fille courageuse, animée de la volonté de me battre. Je veillerai à prouver qu’il a tout à fait raison. Je n’abandonnerai pas le combat jusqu’à la fin.

(Source : Rai Atul Krishna : « Nobody wants to help us because we are dalits : acid attack survivor Chanchal Kumari », in Hindustan Times Bihar, July 30, 2013)

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