Pour l’ONG Christian Aid, il est grand temps de mettre fin au système des castes

Aug 27 2013

Pour l’ONG Christian Aid, il est grand temps de mettre fin au système des castes


La lutte contre le système des castes est cruciale pour l’égalité et a besoin d’une mobilisation mondiale en vue de promouvoir l’égalité et la justice sociale pour tous, que ce soit en Inde ou en Grande Bretagne. Telle est la conclusion d’Anand Kumar, responsable de la section Inde de l’ONG britannique Christian Aid. Voici de larges extraits de sa déclaration.

La discrimination (envers les dalits) est profondément enracinée et cause des marginalisations, des exclusions sociales et économiques, des conditions de travail extrêmement précaires et un accès limité aux services de base tels que l’eau, les installations sanitaires et l’emploi. Dans de nombreux pays, y compris l’Inde, le système de castes divise la population en de multiples groupes sociaux (castes) où leurs droits sont déterminés par la naissance et restent fixés à vie. Ce système, inégalitaire et hiérarchique, permet à ceux qui sont au sommet de jouir de positions sociales confortables tandis que ceux qui sont au bas de l’échelle doivent lutter sans bénéficier d’aucun droit. Ce système injuste fonctionne sur la base de principes de pureté et de pollution, et se base sur le fait que les dalits sont considérés comme des êtres impurs. En Inde, les « intouchables », comme on les appelait jadis, ont choisi d’être connus sous le vocable de dalits, qui signifie « personnes brisées ». Officiellement, en Inde, on les considère comme « castes répertoriées (scheduled castes) » et ils représentent plus de 16 % de la population nationale.

Les dalits doivent sont confrontés à une discrimination journalière qui comprend la ségrégation dans les villages et les écoles ; un accès réduit aux routes, places publiques et temples ; un accès limité aux services publics, soins de santé, eau potable ; de même qu’un accès difficile à la terre et, bien sûr, à la propriété foncière. Pareille discrimination a été déclarée illégale depuis l’année 1955, entraînant par la suite l’introduction en 1989 de la loi de la prévention des atrocités à l’égard des castes et tribus répertoriées ainsi que diverses mesures de protection dans le système de l’éducation et de l’emploi. Malheureusement, il faut constater que cette législation est très imparfaitement appliquée et que les dalits indiens continuent de subir discriminations et exclusions.

M. Anand Kumar se dit absolument ravi d’apprendre que Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits humains, avait invité les pays membres à aborder franchement la discrimination de caste et les violations des droits humains qui affectent les femmes dalits dans le monde et aussi, de manière plus précise, à ajouter à la législation existante au Royaume Uni la prohibition de la discrimination de caste.

Prenant récemment la parole lors de la 23ème session du Conseil des Droits Humains des Nations Unies à Genève, Mme Pillay a dit : « A notre époque, les pratiques dégradantes de caste, de discrimination et d’intouchabilité, renforcées encore par l’action conjointe de la discrimination de caste et de genre, n’ont plus de place dans notre monde ».

Souvent, les dalits sont à la merci de propriétaires de castes dominantes pour leur survie. Cette situation les enferme dans le cercle vicieux de la pauvreté. Et pourtant, grâce aux changements apportés à la constitution indienne en vue de protéger les droits des dalits, un petit nombre d’entre eux a pu rejoindre la classe moyenne, certains même ont réussi à devenir des chefs d’entreprises après avoir surmonté toutes les barrières sociales et économiques dressées sur leur route.

Malgré les rapides progrès du développement et une remarquable croissance économique de l’Inde, les femmes et jeunes filles dalits restent particulièrement vulnérables puisqu’elles doivent subir non seulement la discrimination de caste mais aussi celle de classe et de genre – connue, en Inde, sous le nom de triple discrimination – les laissant dans un cercle vicieux de marginalisation et d’exploitation. A titre d’exemple, les statistiques indiennes rapportent plus de 1000 viols par an commis sur la personne de femmes ou de jeunes filles dalits, un chiffre nettement supérieur à celui qui concerne d’autres groupes sociaux.

En outre, de nombreuses jeunes filles dalits sont toujours offertes au temple dans le cadre du système Devadasi. Cette pratique considérée jadis comme sacrée dans beaucoup de temples hindous cache en réalité un système d’abus sexuels perpétrés par des hommes de castes dominantes sur des jeunes filles dalits. Ces jeunes filles ne pourront jamais se marier. Elles sont même rejetées par leurs communautés. Si elles donnent naissance à un enfant, ce dernier sera victime d’une discrimination supplémentaire pour n’avoir pas de père reconnu.

En conclusion, selon le représentant de Christian Aid, il ne faudrait pas considérer la discrimination de caste comme un problème limité aux seuls dalits ou propre à un pays déterminé. Il s’agit d’un problème de droits humains dont souffrent des millions de personnes en Inde, en Asie du Sud et partout dans le monde où vit une diaspora indienne, y compris au Royaume Uni.

Source : Anand KUMAR, représentant indien de ‘Christian Aid’ (par courriel)

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