Des députés interpellent l’Union européenne sur sa politique concernant la question des castes

Jul 18 2013

Des députés interpellent l’Union européenne sur sa politique concernant la question des castes


Le Comité du développement du Parlement européen a abordé le 8 juillet dernier la nécessité d’une politique de l’UE sur la discrimination de caste. Les députés estiment que ce problème sérieux des droits humains justifie une action prioritaire de l’UE. Ils préparent dès lors une résolution sur la question.

Leonidas Donskis et Thijs Berman ont appelé à une politique plus active de l’UE en matière de discrimination de caste.

Leonidas Donskis et Thijs Berman ont appelé à une politique plus active de l’UE en matière de discrimination de caste.

L’Union européenne doit prendre une position beaucoup plus forte sur la question de la discrimination de caste. Ce point de vue – partagé par de nombreux parlementaires européens – a été exprimé par le député néerlandais Thijs Berman lors du débat de la semaine passée sur la discrimination de caste au sein du Comité du Parlement européen pour le développement (DEVE). Berman et son collègue lituanien Leonidas Donskis ont appelé à reconnaître la caste comme un motif de discrimination qui doit être abordé avec d’autres motifs de discrimination comme l’ethnicité, la race, la religion, les relations de genre ou la sexualité.

Selon Donskis, la discrimination de caste détruit la vie de centaines de millions de personnes, mais la politique de l’UE n’en prend pas suffisamment compte. Il a noté que l’UE a établi des directives concernant les personnes homosexuelles, les défenseurs des droits de l’homme et d’autres groupes, mais que l’importante communauté de personnes qui souffrent de la discrimination de caste – 260 millions – est à peine mentionnée.

M. Donskis a souligné que la discrimination de caste existe non seulement en Asie du Sud, mais dans des pays comme le Yémen et le Nigeria et que ses victimes n’ont pratiquement pas accès au développement. Par conséquent, il est important de rendre l’agenda de développement post-2015 sensible à la question de la caste. Les femmes sont particulièrement vulnérables car elles souffrent de formes multiples et convergentes de discriminations fondées sur la caste, le sexe et la religion.

«L’UE doit soulever la question dans le cadre de ses relations avec l’Inde, par exemple lors les discussions sur les accords commerciaux et d’investissement”, a déclaré M. Donskis. Il a également fait part de ses préoccupations concernant «un lobby très puissant qui tente d’empêcher que ce sujet atteigne l’Union européenne et même l’ordre du jour du Parlement européen ».

Le refus de l’Inde de discuter de la question des castes a également été mentionné par Thijs Berman, qui a averti que sans une politique de l’UE sur la discrimination de caste, elle risque de ne pas se trouver à l’agenda. «Nous devons nous assurer  que la discrimination basée sur la caste soit plus prioritaire qu’elle ne l’est aujourd’hui», a-t-il dit.

M. Berman a salué la résolution sur la discrimination de caste qui a été préparée par le comité du développement (DEVE), et qui appelle l’UE à renforcer sa politique sur la question. La résolution sera votée au Parlement européen en septembre prochain.

Au cours de la discussion, les représentants de la Commission européenne et du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) ont répondu à cinq questions du comité DEVE concernant l’action de l’UE sur la discrimination de caste. Michael Swann du SEAE a déclaré que lors des discussions de l’UE sur sa politique en matière de droits humains, il a été convenu que “des stratégies locales de défense des droits humains seraient la meilleure façon de traiter cette question particulière, car elle affecte certaines régions plus que d’autres.”

Selon Swann, la Commission n’envisage pas de développer des lignes directrices sur la discrimination fondée sur la caste « notamment en raison de la nature particulière de la caste ». Il a noté que la caste est profondément ancrée au sein de certaines sociétés et ne peut être modifiée par des décisions gouvernementales seules. «Il est préférable de travailler avec la société civile et les organisations internationales à déplacer les termes du débat”, a-t-il ajouté.

Cette position s’apparente à une approche culturelle relativiste des droits humains, a déclaré Rikke Nöhrlind, coordinatrice du réseau IDSN dans un commentaire à propos de la discussion au sein de DEVE.

“Il semble que si un problème de droits humains est aussi sensible que la discrimination de caste et « profondément enracinée », l’UE le laisse aux bons soins de la société civile et des organisations internationales. Cela revient à dire que l’UE ne devrait pas non plus traiter d’autres questions relatives aux droits humains – comme les droits des femmes et l’homophobie – qui sont également liées à des traditions et des valeurs enracinées. Et pourtant, les gouvernements doivent être tenus responsables des violations des droits humains et interpellés pour protéger leurs citoyens contre de telles violations. “

Elle a également souligné que «l’UE doit s’exprimer clairement et à haute voix sur l’une des violations des droits humains les plus inhumaines et systématiques dans le monde, et élaborer une politique claire qui contribue à des initiatives visant l’élimination de cette forme de discrimination.”

Source IDSN

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