Yémen – des dalits appelés Al-Akhdam

Jul 02 2013

Yémen – des dalits appelés Al-Akhdam


A l’occasion de l’Examen périodique universel (EPU) des Nations Unies prévu pour janvier 2014, le réseau IDSN et l’ONG yéménite All Youth Network (AYN) ont publié un rapport mettant en cause le sort des Al-Akhdam, une minorité yéménite qui compte entre 500.000 et 3,5 millions de membres selon des sources non officielles.

D’après une étude réalisée par Huda Seif, militante pour les droits de l’homme, les Al-Akhdam souffrent de discriminations semblables à celles des dalits en Asie du Sud, basées également sur le travail et l’ascendance.

Depuis des siècles, les Al-Akhdam sont forcés de vivre en marge de la société : ils sont persécutés et exclus de toute vie publique, économique, sociale et politique. Ils sont forcés d’exécuter les tâches les plus polluantes et déshumanisantes, comme l’élimination à la main des excréments humains. Plutôt que d’être payés pour accomplir de telles tâches dégradantes, on ne leur offre en général que le surplus de repas donnés en aumône.

Dans les régions rurales au nord du Yémen, où le poids politique des cheikhs locaux dépasse celui du gouvernement central, leurs conditions de vie défient toute norme de droits humains élémentaires. Leur statut de hors caste, l’exclusion et l’exploitation économique sont d’une brutalité extrême. Et s’ils travaillent occasionnellement dans les moissons, on ne leur accorde qu’un repas ou un peu de grains qui ne suffisent nullement pour leur survie. Souvent, ils sont donc forcés à mendier pour subvenir aux besoins de leur famille.

Il leur est interdit de posséder de la terre ou d’habiter des logements avec accès vers l’extérieur. Les hommes ne peuvent pas porter les habits utilisés couramment au Yémen, au risque de se faire expulser violemment du village voire de se faire tuer. Les femmes Al-Akhdam sont harcelées en public et forcées de répondre aux avances sexuelles des hommes yéménites, car elles sont considérées comme manquant de modestie et de dignité. La police et les autorités ne considèrent pas ces actes comme une violation, mais plutôt comme un événement public « amusant ».

Les enfants de cette communauté ne peuvent pas suivre les cours dans les écoles publiques, car ils sont constamment harcelés verbalement et physiquement, ce qui se rajoute aux difficultés économiques qui les empêchent de prendre un bus pour aller à l’école, d’avoir du matériel scolaire et des vêtements décents. Ils sont ouvertement exposés à des abus sexuels, psychologiques et physiques sans aucune possibilité de recours à la justice. Et quand un enfant victime d’abus sexuel pleure, il est traité d’hystérique et abandonné sans aucune sympathie ou compassion.

Malgré que la Constitution du Yémen de 1991 déclare officiellement l’égalité pour tous les citoyens, aucun signe ne montre que cette égalité s’applique aux communautés Al-Akhdam. Le gouvernement du Yémen doit encore adopter des lois pour criminaliser les pratiques de persécution, d’exclusion et de discrimination à l’envers des Al-Akhdam et prendre des mesures de protection et d’intégration à leur égard. En attendant, ces pratiques passent ni vues, ni connues, ni punies.

Source : IDSN

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