INDE – La construction d’une aciérie menace des milliers de dalits

Jun 28 2013

INDE – La construction d’une aciérie menace des milliers de dalits


Le gouvernement indien vient d’être interpellé pour mettre fin aux violations des droits humains liées à son projet de coopération avec le géant sud-coréen de l’acier POSCO et d’arrêter les confiscations illégales de terres qui menacent de déplacer de force des milliers de dalits et d’autres communautés vulnérables.

Un grand projet industriel dans l’Etat indien d’Odisha menace de détruire une économie locale dynamique et durable et les moyens de subsistance d’au moins 22.000 personnes, y compris des milliers de dalits.

Un nouveau rapport appelle à une suspension du projet conjoint de la firme POSCO et de l’Etat indien, d’une valeur de 12 milliards de dollars américains, et l’arrêt des violations des droits de l’homme « avant qu’elles ne deviennent encore plus catastrophiques ». Les auteurs du rapport accusent le gouvernement indien d’avoir violé le droit indien et international en tentant d’expulser de force des communautés pour faire place à une aciérie et un port dans le district de Jagatsinghpur.

« Si le projet avance, des villages entiers seront décimés, les moyens de subsistance seront détruits et les familles se retrouvent sans-abri, tout cela au nom du développement », dit M. Miloon Kothari, ancien Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à un logement convenable et actuellement directeur exécutif du Réseau des droits à l’habitation et à la terre[1]. Selon lui, « les expulsions forcées présentent de graves menaces pour les droits humains. L’impact sur les personnes concernées constitue souvent une véritable tragédie humaine. »

Le rapport (The Price of Steel: Human Rights and Forced Evictions in the POSCO-India Project) est basé sur une année d’enquête et a été produit par la “Clinique Internationale des Droits Humains (IHRC) de la Faculté de Droit de  l’Université de New York et le Réseau international pour les droits économiques, sociaux et culturels (Réseau DESC).

Le rapport note que « généralement, les expulsions forcées touchent les plus pauvres, les secteurs socialement et économiquement plus vulnérables et marginalisés de la société, y compris dans ce cas les peuples autochtones, les habitants des forêts et les dalits. » Il est probable, ajoute le rapport, que l’exclusion de nombreux paysans sans terre « touchera particulièrement les dalits, qui se retrouvent nombreux dans cette catégorie. »

Une femme âgée dalit interviewée pour le rapport insiste pour dire que « c’est notre seule terre, même si nous n’avons pas de droits fonciers. S’ils nous enlèvent notre terre, nous allons mourir. Vous devriez dire au gouvernement de ne pas prendre nos terres. Ils essaient de nous faire peur avec leurs balles et leurs armes. Nous avons déjà pris beaucoup de balles, comme au pont à Balitutha. J’ai été blessée et les gens ont dû me ramener. Lorsque la police a commencé à tirer, nous n’avions aucun moyen de nous échapper. Nous avons dû sauter dans l’eau et même alors, ils ont continué à tirer. »

Sur les quelque 22.000 personnes affectées par le projet, un tiers sont des dalits. Le rapport souligne que les dalits devraient bénéficier de « protections spéciales dans la législation indienne et internationale en raison de leurs persécutions et marginalisations historiques et actuelles en tant que soi-disant intouchables. L’Inde doit prendre des mesures spéciales et concrètes pour assurer le développement et la protection des dalits, une obligation qu’elle n’a pas respectée. »

Depuis que le projet POSCO-Inde a commencé en 2005, la population locale a réussi à l’arrêter provisoirement et à résister aux expulsions forcées par une opposition soutenue et pacifique. Les autorités ont rétorqué par la violence et des arrestations et détentions arbitraires des opposants au projet.

Le Professeur Smita Narula, co-autrice du rapport et directrice de l’IHRC, a déclaré que les communautés touchées par le projet « vivent en état de siège et souffrent de graves violations de leurs droits humains fondamentaux. L’Inde doit agir maintenant pour mettre fin à ces violations et placer les droits de sa population au-dessus des besoins d’une compagnie industrielle. »


[1] Housing and Land Rights Network

Sources: IHRC, IDSN

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