Dalits et brahmanes ont pris un bain rituel commun lors de la Maha Kumbh Mela à Allahabad

Feb 12 2013

Dalits et brahmanes ont pris un bain rituel commun lors de la Maha Kumbh Mela à Allahabad


Crédit UCANEWS

Le 7 février dernier, une centaine de membres de la sous-caste des Bhangis ont pris part, aux côtés de brahmanes, aux bains rituels dans la Sangam à l’occasion de la Maha Kumbh Mela qui se déroule actuellement près de la ville d’Allahabad (Uttar Pradesh). Ce faisant, ils ont brisé un tabou profondément ancré dans les mentalités indiennes, devenant les premiers représentants de leur communauté, placée au plus bas de l’échelle des castes, à partager avec des hindous des hautes castes ce moment de célébration hindoue pour la purification des péchés.
Outre ce bain purificateur, le groupe de dalits a été autorisé à séjourner dans les camps de toile mis en place pour accueillir les foules de pèlerins. Ils ont ainsi pu partager les mêmes lieux de vie que des ascètes hindous et d’autres membres de groupes religieux hindous. Ils ont dîné en compagnie du Swami Narendra Giri, un des très nombreux prêtres et personnalités hindous présents à la Kumbh Mela. L’agence Ucanews, qui rapporte l’information, cite les propos de Rajni Nanda, l’un des Bhangis qui a vécu ce moment inédit : « Je suis lavé et béni. » Un autre dalit, Guddi Athwal, témoigne en ces termes : « C’était comme une renaissance, notamment lorsque des prêtres hindous parmi les plus importants du pays nous ont accueillis et acceptés comme faisant partie de la société hindoue. »
Les Bhangis forment une sous-caste située au plus bas de l’échelle sociale. En dépit de la suppression de l’intouchabilité – inscrite dans la Constitution de l’Union indienne de 1950 –, la discrimination dont ils font l’objet reste très forte. Les Banghis n’ont ainsi pas accès aux mêmes temples et aux mêmes puits que les autres castes. L’origine de la discrimination dont ils font l’objet tient à l’occupation dans laquelle ils sont cantonnés, à savoir la vidange quotidienne des latrines (1).
(…) A l’origine du bain rituel de ce groupe de Bhangis aux côtés de brahmanes, se trouve un sociologue, brahmane lui-même et ardent promoteur de la cause des Bhangis, Bindeshwar Pathak. (…) Il a pris fait et cause pour les Bhangis, estimant que leur occupation dégradante avait un impact négatif sur la capacité de la société indienne à entrer dans la modernité. (…)
Après le bain d’une centaine de Bhangis dans la Sangam, Bindeshwar Pathak a expliqué qu’il avait contribué à cet événement car il ne voyait pas de raison à ce que les Bhangis soient tenus à l’écart de ce qui constitue la célébration religieuse la plus importante du pays. « L’idée qui est derrière cet événement est de permettre à ces personnes de progresser sur l’échelle sociale. Le message qui est adressé à tous est que les scavengers ne sont pas des ‘intouchables’ mais qu’ils font partie de la société », a-t-il précisé à la presse. (…)
Notes
(1) Le terme anglais utilisé pour décrire leur occupation (scavenger) n’est pas directement traduisible en français (‘éboueur’ ou ‘charognard’). Il décrit l’occupation qui consiste, dès l’aube, pour les quelque 600 000 Bhanghis que compte l’Inde, à parcourir les rues des villes et des villages pour ramasser les excréments de la nuit tombés directement depuis les latrines sèches qui équipent encore un grand nombre d’habitations. Faire ainsi nettoyer chaque jour ses latrines coûte 100 roupies par mois et chaque scavenger s’occupe d’une dizaine de maisons, gagnant donc environ 1 000 roupies (14 euros) par mois. Bien qu’une loi de 1993 interdise l’utilisation de latrines sèches nécessitant le travail de ces dalits, de nombreuses maisons en possèdent encore et les Bhangis perpétuent leur occupation de père en fils et de mère en fille.
Le 9 janvier 2013, la Cour suprême à New Delhi s’est inquiétée du fait qu’un projet de loi interdisant l’emploi de scavengers travaillant à la main et favorisant leur reconversion professionnelle soit resté lettre morte au Parlement fédéral depuis trois législatures.
D’après un article de Eglises d’Asie du 8 véfvrier 2013

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