INDE : Viol collectif de Delhi, le 16.12.2012 – Les multiples agressions sexuelles envers des femmes dalits

Jan 10 2013

INDE : Viol collectif de Delhi, le 16.12.2012 – Les multiples agressions sexuelles envers des femmes dalits


Dans un pays comme l’Inde, où les viols et les agressions sexuelles envers les femmes sont tellement nombreux qu’ils ne sont même pas mentionnés dans les médias, l’indignation suscitée par l’horrible viol et les coups brutaux assénés à une jeune fille à Delhi le 16 décembre 2012, a pris des proportions inhabituelles. De fait, elle a déclenché une vague de protestations dans tout le pays. Des milliers de personnes appartenant à plusieurs classes sociales et à des mouvements très divers exigeaient que la peine de mort soit prononcée à l’égard des six hommes accusés de ce crime. D’autres demandaient à la police et aux cours de justice de garantir la sécurité des femmes sur toutes les voies publiques du territoire indien. Cela ne s’était jamais vu auparavant.

Comment interpréter cette situation nouvelle ? Les femmes dalits pourraient-elles être mieux protégées qu’au cours des siècles écoulés. Pour ne pas remonter trop loin dans l’histoire, il convient toutefois de se rappeler du rapport publié en 2007 par « Human Rights Watch » qui faisait savoir que l’Inde « avait systématiquement échoué à faire respecter ses obligations légales internationales » en n’assurant pas les droits humains fondamentaux des dalits. Le même rapport soulignait du reste que l’usage de viols et d’agressions sexuelles envers des femmes dalits relevait de la volonté de poursuivre l’oppression de caste. D’autres analyses, allant toutes dans le même sens, proviennent d’autres observateurs, indiens ou étrangers. Ainsi A. Guruswamy, directeur d’Amnesty India, écrit : « Le viol de femmes dalits, perpétré par des hommes de haute caste est un instrument d’oppression de caste…Les femmes dalits sont souvent les cibles de viols très répandus et systématiques ». S. Abdulali, auteure indienne ayant vécu à Mumbai, rappelle – dans l’ International Herald Tribune du 9 janvier 2013 – que « nous avons passé des générations à construire un système élaboré de patriarcat, d’inégalités de caste, sociales et sexuelles qui permettent aux abus sexuels de se répandre et de se multiplier ».

De son côté, W. Gould, professeur d’histoire de l’Inde moderne à l’université de Leeds (Angleterre), pose la question : « Les protestations anti-viols de décembre 2012 – janvier 2013 qui ont déferlé partout en Inde incluent-elles de l’empathie pour celles qui ont vraiment fait les frais de nombreux viols, à savoir les pauvres villageoises dalits ? »

Rien n’est moins sûr ! En réalité, le vrai problème des viols en Inde, et particulièrement à Delhi, est que des femmes de toutes castes, ethnies et niveaux de revenus ont été et sont encore victimes de tels abus sexuels. Bref, rien ne nous autoriserait à croire que le mouvement qui a galvanisé l’Inde ces dernières semaines « soit, de quelque façon, un mouvement de protestation contre les problèmes auxquels doivent faire face les femmes dallits » (S. Chandra, chargée de cours à l’université de Washington).

En conclusion, même dans cette atmosphère grisante d’une campagne de protestations susceptible de changer l’histoire dans la plus grande démocratie du monde, les dalits sont, une fois de plus, laissés pour compte.

(Source : Palash R. Ghosh : « Delhi gang-rape protests : what about the sex crimes against untouchable women ? » in International Business Times, January 5, 2013)

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